L'apparition mariale de Notre-Dame de l'Osier est une apparition mariale qui se serait produite le dans le village de Notre-Dame-de-l'Osier, en France, à Pierre Port-Combet. Cet événement, rapporté par une déclaration de son épouse 29 ans après les faits n'a pas fait l'objet d'une étude canonique de l’Église catholique. Le sanctuaire Notre-Dame de l'Osier intègre néanmoins une chapelle dédiée à cette apparition, et fait largement part au récit de l'apparition mariale.
Cette apparition a été précédée par le le , qui a fait l'objet d'une enquête et d'un procès civil, ainsi que d'une enquête canonique de la part de l’Église romaine. Celle-ci a reconnu cet événement comme un . La particularité de ces récits (apparition et miracle de l'Osier) est que le voyant est un protestant convaincu, ce qui est un cas très rare d'apparition mariale à un . Le voyant se convertira au catholicisme plusieurs mois après l'apparition mariale, et sur son lit de mort (sept jours avant sa mort).
Dans un contexte politico-religieux faiblement tendu (avant la révocation de l'édit de Nantes et bien après les guerres de Religion), le récit miraculeux de l'Osier, à nette tonalité antiprotestante, a fait l'objet de publications par les autorités catholiques. Une dévotion locale s'est mise en place rapidement, par les habitants locaux, avant d'être organisée par l'évêché de Grenoble, et prise en main par des communautés monastiques. Le pèlerinage local, très important jusqu'au , existe toujours et rassemble chaque année plusieurs dizaines de milliers de pèlerins.
Récit des événements Le contexte historique
Le hameau , est un petit hameau de la petite ville de Vinay, sur le plateau de Chambaran, dans le Dauphiné, à à l'Ouest de Grenoble. En 1649, la région est partagée entre catholiques et protestants. Pierre Port-Combet est huguenotÀ noter que cette apparition mariale est l'un des rares cas d'une reconnue par l'Église catholique (même s'il n'y a pas eu de reconnaissance canonique au sens propre), à un voyant . Comme autre cas, nous pouvons citer celui de Notre-Dame de Šiluva., alors que son épouse Jeanne Pélion, est une fervente catholique. Leurs enfantsLe couple a un garçon prénommé Reymond et cinq filles. sont élevés dans la foi protestante..
Malgré les destructions des archives lors de la Révolution française, les événements survenus en 1649 sont abondement documentés car ils ont fait l'objet de procès juridiques contre Pierre Port-Combet, ainsi que d'une enquête ecclésiastique, et les dépositions et enquêtes nous sont parvenues.
Par contre, l'apparition mariale alléguée de 1657 n'est connue que par un récit tardif, rédigé peu après la Révocation de l'Édit de Nantes, et n'a fait l'objet d'aucune enquête. Le récit a été rédigé le , 29 ans après les faits, sur la déclaration de Jeanne Pélion (l'épouse du voyant), âgée de 72 ans, devant quatre notaires royaux et en présence de deux prêtres et ayant personnellement connu le voyant : Jaques Jullin, recteur de la chapelle de Notre-Dame de l'Osier, et le père Nicolas, prêtre augustinLe père Jullin a été témoin de l'abjuration par Pierre Port-Combet de sa foi protestante (et de son retour au catholicisme), et le père Nicolas lui a porté la communion sur son lit de mort. Voir .. Ce document est cité dans une publication réalisée en 1749, à l'occasion du centenaire du premier miracle. Une publication. faite en 1670 (trois ans après l'apparition) par un père augustin, évoque sommairement cette apparition mariale. Joachim Bouflet et Philippe Boutry notent que cette déposition tardive est .. Cette conversion du voyant est évoquée dans un opuscule publié par Pierre de Blossat en 1659, mais il ne mentionne pas ouvertement une apparition mariale.
Le miracle de l'Osier thumb|Bannière de procession représentant le dans la basilique Notre-Dame de l'Osier. Le , l'agriculteur Pierre Port-Combet décide d'aller couper des branches d'osierL'osier désigne plusieurs arbres ou arbustes. Voir l'article . La variété n'est pas précisée dans les récits.. Sa femme le met en garde, car ce jour du est la fête de l'Annonciation, fête très importante pour les catholiques, et un jour chômé où tout travail est interditCette interdiction de travailler le 25 mars dans tout le royaume de France a été répété de multiples fois par le législateur : Charles IX en 1563, 1570, 1573, Henri III en 1577, et Henri IV en 1598 dans l'édit de Nantes. Voir .. Comme il est protestant, il n'en tient pas compte (même si la loi s'applique également aux protestants).. Sa femme lui prédit même s'il va travailler un jour de fête de la Vierge Marie, cela ne le convainc pas, car il déclare ..
Arrivé devant l'arbre, il utilise sa serpe pour couper des branches sur le tronc, mais du sang se met à couler des différentes entailles, du tronc, comme des branches qu'il a coupées. L'homme se trouve éclaboussé et ses vêtements et chaussures maculées de sang. Effrayé, il vérifie qu'il n'est nullement blessé, et ne souffre d'aucune blessure ou coupures. Il rentre alors effrayé à son domicile, demande à ses enfants de se mettre en prière, et amène son épouse . Il explique l'aventure à sa femme, qui fait un test avec la serpe, coupe plusieurs branches, sans faire sortir la moindre goutte de sang. Le mari reprend la serpe et à la première branche coupée, le sang coule à nouveau. Il fait alors appeler son Louis Caillat et lui montre le phénomène. Un autre proche voisin, Jean Francillon-Croze est également témoin du phénomène.
Le , Pierre Port-Combert fait une première déposition (sur les instances de sa femme et de ses voisins) au juge civil de la châtellenie de Vinay. En conséquence de quoi, il est assigné en justice devant le juge Gaspard Brenier, sur réquisition du procureur de la ville pour avoir contrevenu aux textes de loi interdisant le travail le jour de la fête religieuse. Il tente néanmoins de se soustraire au juge en allant se cacher chez des amis protestants dans le village de L'Albenc, sans succès. Il doit faire une nouvelle déposition le . Le procureur réclame une amende de . Mais le juge Brenier, qui s'est adjoint pour l'occasion un juge protestantÀ l'époque, les relations entre catholiques et protestants étaient encore assez détendues, l'édit de Nantes n'ayant pas été révoqué. Le but de l'autorité royale étant . Voir . (comme l'accusé) réduit le montant de l'amende à .
Le , l'évêque de Grenoble demande à ouvrir une enquête ecclésiastique. Celle-ci est ouverte en janvier de l'année suivante par les curés des paroisses voisines. Des procès-verbaux de l'enquête sont établisCes procès-verbaux sont aujourd'hui perdus, mais leur existence est attestée par des sources sures. Voir .. Cette enquête fait l'objet d'une publication nationale dans la Gazette de France, dès le mois d'août., sous le titre . En 1659, Pierre de Blossat publie à Lyon une petite brochure . de 48 pages, relatant le miracleA noter que le est immédiatement attribué à la Vierge Marie, bien qu'il n'y ait pas eu d'apparition en tant que telle..
L'apparition mariale thumb|Vitrail de la Basilique représentant l'apparition à Pierre Port-Combet. En , Pierre Port-Combet est en train de labourer son champ à du lieu du . Il est toujours protestant et n'a pas encore renié sa foi. Alors qu'il dirige ses bœufs pour le labour, il voit . L'homme est très surpris de voir dans ce lieu une femme qu'il ne sait que penser..
La ouvre alors la discussion avec le paysan, lui demandant s'il venait beaucoup de monde prier en ce lieu (du miracle de l'osier). Le voyant répond que oui. La dame reprend lui demandant s'il . Pierre élude la question et remet en marche ses bêtes. La femme lui demande d'arrêter ses bœufs et l'interroge pour savoir si . Le voyant esquive la question en répondant . Sur ce la femme lui lance et elle lui intime à nouveau l'ordre de stopper son travail, mais lui refuse et passe outre. Alors elle lui lance que s'il ne les arrête pas, c'est elle même qui arrêtera les bêtes. Pierre déclare alors qu'il les arrêtera lui-même.
La Vierge lui annonce alors que sa vie touche à sa fin et que s'il ne se convertit pas (au catholicisme), il finira en enfer, mais que s'il se convertit, elle-même interviendra en sa faveur devant Dieu. Enfin, elle lui donne pour mission d'aller porter un message aux pèlerins et responsables du sanctuaire, disant que .
L'homme tourne alors le dos à l'apparition, et reprend son labeur. La dame s'éloigne en direction de l'Épinousa, mais lui, abandonne son attelage et court à sa suite jusqu'à un bois où celle-ci s'arrête pour lui laisser le temps de la rejoindre. Il s'approche à douze pas, et déclame . L'apparition, qui lui tourne le dos, disparaît ensuite, sans s'être retournée vers le voyant. La scène a été vue par de jeunes bergères qui ont vu le laboureur parler et courir, mais sans voir d'autre personne.
Suite et conséquences Répercussions locales thumb|Vue du sanctuaire (et du hameau) avant 1836. Le hameau dénommé va, à la suite de ces événements, changer de nom pour prendre le nom de , en référence au premier déclaré par Pierre Port-Combet en 1649. Le premier usage de ce nouveau nom ( avec l'orthographe de l'époque), date de 1657, soit moins de 10 ans après le miracle. La forte affluence de pèlerins va entraîner le développement d'une activité économique d'accueil importante puisque l'on comptera jusqu'à onze accueillant et hébergeant les pèlerins. Au , la dernière maison encore en fonction fermeFermeture en raison d'un changement de propriétaire. en 2011.. Un hospiceL'hospice sera détruit par un incendie le soir de Noël 1948. et un couvent sont construits dans le hameau qui, voyant sa population augmenter fortement (au milieu du il ne compte qu'une vingtaine de maisons) deviendra une commune en 1869 et comptera jusqu'à 600 habitants vers la fin du ..
Influence religieuse Conversion du voyant et des enfants Après le miracle de l'osier, le voyant, Pierre Port-Combert, protestant, ne se convertit pas immédiatement au catholicisme. Il va rester fidèle à sa foi protestante durant des années. D'après les dires de son épouse, c'est . Si le fils aîné de la famille décide de quitter le protestantisme en , son père est toujours fidèle au protestantisme lors de en mars de cette même année.
Après l'apparition, Pierre déclare à son épouse qu'il veut se convertir immédiatement, mais il ne résiste pas D'après les dires de son épouse, et ses déclarations rédigées dans son acte civil d'abjuration. Voir ., et reste protestant. Le , veille de l'Assomption de Marie, il est pris d'une forte fièvre, et sentant sa fin prochaine, il fait appeler des religieux du couvent proche de son domicile. Devant un prêtre et des témoins, il se convertit au catholicismeSuivant les sources, sa conversion a lieu dans la nuit du 14 au 15, ou le 15 août même. Les sources s'accordent pour dire qu'il signe une abjuration du protestantisme, qu'il se confesse à un prêtre et communie.. Il décède 7 jours plus tard, le .. À sa mort, son corps est enterré auprès de . Sa tombe est redécouverte en 1966, à l'occasion de fouilles dans la sacristie de l'église, à sous le dallage..
Les cinq filles du voyant se convertiront à leur tour au catholicisme, ainsi que d'autres voisins protestants. Après la révocation de l'édit de Nantes, toute la région reviendra au catholicisme..
Position de l’Église
L'Église catholique a fait effectuer plusieurs enquêtes canoniques concernant le : la première en 1650, la seconde en . Si la première enquête demandée par l'évêque est menée par les curés des villages voisin (Tullins et Poliénas), la seconde, toujours réalisée sous l'autorité de l'évêque de Grenoble, est menée par le chanoine Bernard du chapitre de la cathédrale. Avant même la seconde enquête, l'évêque de Grenoble autorise l'érection d'une croix sur le lieu du , et la construction d'une chapelle. La croix est mise en place le .