Arnold Joseph Toynbee, né le à Londres et mort le à York, est un historien britannique.

Son analyse en douze volumes de l'essor et de la chute des civilisations, Étude de l'histoire (A Study of History), parue entre 1934 et 1961, est une synthèse de l'histoire mondiale, une « métahistoire » basée sur les rythmes universels de la croissance, de l'épanouissement et du déclin. A partir d'une méthode empiriste, Toynbee y envisage le développement général de l'humanité à l'aide d'un certain nombre de concepts socio-historiques: défi-et-réponse, minorité créatrice, minorité dominante, Etat universel, prolétariat interne et externe, Eglise universelle. Sa logique comparatrice le pousse à retrouver des récurrences dans l'évolution parallèle des civilisations, et il découvre dans les grandes religions les plus hautes unités significatives de l'histoire humaine, s'inscrivant ainsi dans une perspective mystique.

La question se pose de savoir si Toynbee doit être rangé dans la catégorie des historiens ou des sociologues. Selon Robert Bierstedt, la question « n'est pas de savoir si A Study of History appartient à l'histoire ou à la sociologie mais seulement de savoir si c'est une bonne sociologie ou une mauvaise sociologie ». Interrogé à ce sujet par Matthew Melko dans les années 1960, Toynbee se définissait lui-même comme un sociologue.

Biographie Fils d'Harry Toynbee et frère de Jocelyn Toynbee, Arnold Joseph Toynbee était le neveu d'un grand historien de l'économie, Arnold Toynbee, avec lequel il est parfois confondu. Né à Londres, Arnold junior a fait ses études au Winchester College et au Balliol College. Il y a commencé sa carrière d'enseignant en 1912, qu'il a ensuite poursuivi à l'université de Londres, à la London School of Economics, et à l'Institut royal des affaires internationales (RIIA) à Chatham House. Il a été directeur des études au RIIA (1925-1955) et professeur de recherche d'histoire internationale à l'université de Londres.

Il a travaillé au British Foreign Office pendant la Première Guerre mondiale, et fut délégué à la Conférence de la paix de Paris en 1919. Avec son assistante de recherche, Veronica M. Boulter, qui fut aussi sa seconde femme, il était coéditeur du rapport annuel du RIIA Revue des affaires internationales. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a à nouveau travaillé au Foreign Office et a participé aux pourparlers de paix après la guerre.

Il a été marié une première fois avec , fille de Gilbert Murray ; ils ont eu trois fils, dont Lawrence et . Puis il a divorcé et s'est marié avec Veronica Boulter en 1946.

Idées et approche de l'histoire L'œuvre de réflexion de Toynbee sur la genèse des civilisations est inclassable. Son approche peut être comparée à celle de Oswald Spengler dans Le Déclin de l'Occident. Il n'adhère pas cependant à la théorie déterministe de Spengler selon laquelle les civilisations croissent et meurent selon un cycle naturel.

Toynbee présente l'histoire comme l'essor et la chute des civilisations plutôt que comme l'histoire d'État-nations ou de groupes ethniques. Il identifie les civilisations sur des critères culturels plutôt que nationaux. Ainsi, la « civilisation occidentale », qui comprend toutes les nations qui ont existé en Europe occidentale depuis la chute de l'Empire romain, est traitée comme un tout, et distinguée à la fois de la « civilisation orthodoxe » de Russie et des Balkans comme de la civilisation gréco-romaine qui a précédé.

Une fois que les civilisations sont délimitées, Toynbee présente l'histoire de chacune d'entre elles en termes de défis et de réponses. Les civilisations surgissent en réponse à certains défis d'une extrême difficulté et alors que les « minorités créatrices » conçoivent des solutions pour réorienter la société entière.

Défis et réponses peuvent être physiques. Ce fut, par exemple, le cas lorsque les Sumériens exploitèrent les marais insalubres du sud de l'Irak en organisant au Néolithique les habitants dans une société capable de mener à bout des projets d'irrigation de grande ampleur. Ils peuvent être sociaux, lorsque par exemple l'église catholique a résolu le chaos de l'Europe post-romaine en enrôlant les nouveaux royaumes germaniques dans une communauté religieuse unique. Quand une civilisation arrive à relever ses défis, elle croît. Sinon elle décline.

La minorité dominante ne peut construire l’imposant appareil de l’État universel sans imposer son autorité et exiger la soumission : son action est donc basée sur la force et la répression. En conséquence d’une civilisation qui a cessé de séduire pour contraindre se forment deux types de prolétariats : un prolétariat intérieur constitué des sujets de la minorité dominante et un prolétariat extérieur constitué des peuples primitifs ou barbares sur lesquels la civilisation exerce un attrait. Toynbee souligne également le rôle essentiel de la religion dans la séparation des prolétariats : le prolétariat intérieur crée une religion supérieure, ou Église universelle, tandis que le prolétariat extérieur manifeste son nationalisme par l’intermédiaire de religions dérivées ou de l’hérésie. En fait, face à l’action coercitive de la minorité dominante, l’Église universelle représente l’échappatoire du prolétariat intérieur quand le prolétariat extérieur répond par la violence. Il en résulte un affrontement prolongé opposant l’État universel aux bandes de guerriers barbares.

Toynbee avait une grande admiration pour Ibn Khaldoun et en particulier pour le Muqaddima, préface de l'histoire universelle de Khaldoun. Il admirait aussi énormément le prophète Baha'i, Baha'Ullah, tout en mettant en garde les Baha'is, tout comme John Charles Taylor, des dangers d'un fonctionnement sous la forme d'une organisation et non pas à titre individuel () conformément au message du Prophète.

La théorie des cycles, point commun entre Spengler et les auteurs traditionalistes comme Julius Evola, est formellement critiquée par Toynbee, qui lui reproche son aspect mécanique et néo-déterministe. Pourtant, « ruse de la raison » dans le langage de Hegel, il apparaît que la théorie des cycles resurgit dans la réflexion mythologisante et spiritualiste de Toynbee, en particulier par son adhésion à une vision platonicienne de cette genèse. La présence englobante de la théorie traditionnelle du Yin et du Yáng renforce cette ruse de l'esprit. Toynbee se refuse de la même façon à un chiffrage chronologique des trois périodes de la genèse d'une civilisation. Voir dans l'histoire l'incarnation de rythmes dictés par des principes métaphysiques qui qualifient le temps avant de le quantifier le rapproche ainsi malgré tout de la vision mécanique et donc déterministe dont il cherche pourtant à se distancier car dès lors qu'on admet dans le raisonnement des principes à la source de la succession des événements, il en découle naturellement que ces mêmes événements soient déterminés et déterminables à l'avance, la précision chronologique étant réduite à un détail technique finalement (c'est la fondation même de la vision cyclique du temps partagée par les astrologues et que l'on retrouve effectivement chez Platon, minutieusement décrite dans le Timée : "Dieu résolut donc de faire une image mobile de l'éternité ; et par la disposition qu'il mit entre toutes les parties de l'univers, il fit de l'éternité qui repose dans l'unité cette image éternelle, mais divisible, que nous appelons le temps.").

Classification des civilisations selon Toynbee

Toynbee dans l'avant-propos du dernier tome en 1972 déclare que lorsqu'il commence à réfléchir à son histoire universelle comparative à la manière de Thucydide en 1914, il compte contre 31 à la conclusionCompte-rendu : . Civilisations épanouies Civilisations indépendantes Sans relation avec d'autres civilisations Amérique centrale Andins Non « affiliées » à d'autres civilisations Suméro-accadiens Égyptiens Égéens Indusiens Chinois « Affiliées » à d'autres civilisations Syriens                // Suméro-accadiens, Égyptiens, Égéens et Hittites Helléniques            // Égéens Indiens                // Indusiens Africains              // Égyptiens puis Islamiques puis Occidentaux Chrétienté orthodoxe   // Syriens et Helléniques Occidentaux            // Syriens et Helléniques Islamiques             // Syriens et Helléniques Civilisations satellites Mississippi     ← Amérique centrale "Sud-Ouest"     ← Amérique centrale Andins du Nord  ← Andins Andins du Sud   ← Andins ? Élamites      ← Suméro-accadiens Hittites        ← Suméro-accadiens ? Urartu        ← Suméro-accadiens Iraniens        ← Suméro-accadiens puis Syriens ? Méroé         ← Égyptiens Coréens         ← Chinois Japonais        ← Chinois Vietnamiens     ← Chinois ? Italiques     ← indo-européens apparus en Italie au Asie du Sud-Est ← Indiens (puis Islamiques en Indonésie & Malaisie) Tibétains       ← Chamanes puis bouddhistes du Tibet et des régions voisines Russes          ← Chrétiens orthodoxes puis Occidentaux Nomades         ← civilisations sédentaires voisines des steppes eurasiennes et africaines Civilisations avortées Pré-syriens                            → éclipsés par les Égyptiens Chrétienté nestorienne                 → éclipsée par les Islamiques Chrétienté monophysite                 → éclipsée par les Islamiques Chrétienté de l'Extrême-Occident       → éclipsée par les Occidentaux Scandinaves                            → éclipsés par les Occidentaux État-cité occidental du monde médiéval → éclipsé par la civilisation occidentale moderne

Critiques reprochent à Toynbee l'importance qu'il attribue à la religion par rapport aux autres aspects de la vie lorsqu'il brosse le portrait des grandes civilisations. À cet égard, le débat rejoint celui, plus actuel, sur la théorie de Samuel Huntington sur le "choc des civilisations".

L'approche idéologique de Toynbee a été critiquée par Pieter Geyl : « les spéculations métaphysiques sont érigées au rang d'histoire ». Toynbee engagea un dialogue public publié en 1949 (et réédité en 1968) : L'Empreinte du passé : pouvons nous la déterminer ?.

Karl Popper dans Misère de l'historicisme (1944) dénonce la vision historiciste, la méthode "scientiste" que Toynbee utilise dans A Study of History. La philosophie de l'histoire de Toynbee inspire à Asimov la trilogie Fondation.

Raymond AronCf. sa préface à L'Histoire, Elsevier, 1978., Gilles DeleuzeCf. par exemple le séminaire sur le Cinéma du 14 au 23/03/82 : ., entre autres, furent de ses lecteurs attentifs.

Représentations Il est généralement admis qu'Arnold J. est bien le Toynbee mentionné dans les .

Quelques-unes de ses idées sont représentées dans À l'ouest d'octobre, le recueil de nouvelles de Ray Bradbury, plus particulièrement dans la nouvelle Le Convecteur Toynbee (The Toynbee convector, 1988), et dans un livre moins connu dont le titre est .

Publications Essais Les Massacres des Arméniens. Le Meurtre d'une nation (1915-1916), Lausanne-Paris, Payot, 1916 ; nouv. éd. augmentée, Payot, 2004 - . : The Armenian Atrocities: The Murder of a Nation, préf. de James Bryce, Londres, Hodder & Stoughton, 1915 Nationality and the War, Londres, J. M. Dent & co, 1915 The New Europe: Some Essays in Reconstruction, préface d'Evelyn Baring, J. M. Dent & co, 1915 La Destruction systématique de la Pologne, quelques mots sur la méthode allemande, Londres, Darling & Son, 1916, 47 p. - The Destruction of Poland: A Study in German Efficiency, Londres, T. Fisher Unwin, 1916 The Belgian Deportations, with a statement by Viscount Bryce, Londres, T. Fisher Unwin, 1917 The German Terror in Belgium: An Historical Record, Hodder & Stoughton, 1917 The German Terror in France: An Historical Record, Hodder & Stoughton, 1917 Turkey: A Past and a Future, Hodder & Stoughton, 1917 The Western Question in Greece and Turkey: A Study in the Contact of Civilizations, Constable, 1922