Ismaël Haniyeh (en ou , Ismāʿīl ʿAbd as-Salām Aḥmad Haniyya), né le à Al-Shati (bande de Gaza) et mort le à Téhéran (Iran), est un homme politique palestinien.

Membre du bureau politique du Hamas, Haniyeh est Premier ministre de l’Autorité nationale palestinienne de 2006 à 2007, à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 2006. Son gouvernement est limogé par le président Mahmoud Abbas après la prise de Gaza par le Hamas.

Il dirige ensuite la bande de Gaza de 2007 à 2017, devenant cette année-là le chef du bureau politique du Hamas. Son pouvoir au sein du mouvement est considéré comme essentiellement symbolique, le véritable pouvoir étant, dans la bande de Gaza, entre les mains de Yahya Sinwar et de Mohammed Deïf.. Il vit ainsi principalement au Qatar de 2017 à 2024. Il occupe cependant un rôle majeur dans la diplomatie et les négociations du mouvement, notamment pour les cessez-le-feu et les échanges de prisonniers.

Il est considéré comme une figure modérée et pragmatique au sein de la direction du Hamas, et l'un des plus ouverts à l'acceptation d'un accord de paix avec Israël et à la réconciliation avec le Fatah.

Pendant la guerre de Gaza, Haniyeh est poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, qui émet un mandat d’arrêt international à son encontre.

Il est assassiné le à Téhéran en Iran lors d’une attaque attribuée à Israël, alors qu’il participe à des événements officiels. Sa mort est largement commentée comme un coup majeur pour la direction du mouvement Hamas et provoque des inquiétudes sur l’escalade du conflit dans la région.

Biographie Jeunesse Ismaël Haniyeh naît en 1962 ou 1963 à Chati, camp de réfugiés palestiniens dans le nord de Gaza, alors sous contrôle égyptien. Ses parents sont devenus des réfugiés après avoir été chassés ou avoir fui leur maison du village d'Al-Jura près d'Ashkelon, ville aujourd’hui israélienne, pendant la guerre israélo-arabe de 1948. Son père, pêcheur de condition modeste, meurt alors qu'Ismaël est encore enfant. Devenu adolescent, il travaille dans le bâtiment en IsraëlSon ancien employeur israélien, Danny Makhlouf d'Ashkelon, décrit Ismaël Haniyeh comme un homme honnête et travailleur. « Il était au mariage de ma fille à l'époque. Nous sommes allés leur rendre visite. Quand j'ai appris qu'il était impliqué dans le terrorisme, je suis allé à Gaza pour lui parler afin qu'il arrête le terrorisme », a-t-il déclaré en 2018. Lire en ligne pour subvenir aux besoins de sa famille.

Il étudie la littérature arabe à l'université islamique de Gaza et en sort diplômé en 1987. Étudiant, il adhère rapidement à la politique et milite en tant que chef du conseil des étudiants représentant les Frères musulmans, de 1985 à 1986 et dès la création du mouvement pour la libération de la Palestine, à travers l'organisation islamiste du Hamas, formé pendant la première Intifada contre Israël.

Début au sein du Hamas À la suite de sa participation à plusieurs manifestations de Palestiniens, Ismaël Haniyeh est brièvement emprisonné en 1987 par les autorités israéliennes et est à nouveau emprisonné l'année suivante, cette fois pour une durée de six mois. En 1989, alors qu'Israël ne parvient pas à arrêter le soulèvement palestinien de la première Intifada (qui durera jusqu'en 1993), il est emprisonné pendant trois ans par les autorités israéliennes..

Le gouvernement de Yitzhak Rabin l'expulse ensuite vers le Liban en 1992 avec des centaines d'autres militants palestiniens de premier plan. Les exilés montent pendant un an un campement dans la localité de Marj al-Zahour dans le gouvernorat d'Idlib en Syrie et reçoivent une certaine exposition médiatique. Il rentre à Gaza en 1993 et devient l'homme de confiance et le secrétaire du fondateur et chef spirituel du Hamas, Ahmed Yassine - incitateur à l’action armée - qui est relâché des prisons israéliennes en 1997. Devenu un proche, Haniyeh présente le cheikh Yassine comme un modèle pour les jeunes Palestiniens qui doivent apprendre de lui « l'amour de l'islam et le sacrifice pour l'islam ». En , Yassine est tué par un missile de l'armée israélienne et Haniyeh est lui-même blessé lors de cette attaque. Dans le même temps, Hayniyeh est promu doyen de l'université islamique de Gaza.

Ismaël Haniyeh, partisan d'une ligne pragmatique, devient une personnalité incontournable. Il fait prendre un tournant au mouvement en l'intégrant à la vie politique palestinienne, devenant le représentant du Hamas auprès de l'Autorité palestinienne.

En 2005, une trêve de presque un an dans les attentats-suicides est adoptée et permet le retrait israélien de la bande de Gaza.

Premier ministre de l'Autorité nationale palestinienne (2006-2007) vignette|Ismail Haniyeh durant son second gouvernement. Après la victoire du Hamas aux élections municipales palestiniennes de 2005, Ismaël Haniyeh est la tête de liste aux élections législatives de . Il annonce lui-même la victoire du Hamas qui remporte au parlement palestinien et se dit prêt à travailler avec le Fatah de Mahmoud Abbas.

Le , il devient Premier ministre de l'Autorité palestinienne, après le succès massif de son parti aux élections législatives.. Il a affirmé que les Palestiniens avaient le droit de poursuivre leur lutte pour l'indépendance, tout en déclarant qu'il souhaitait engager des discussions avec les médiateurs internationaux en vue de résoudre le conflit. « Notre gouvernement ne ménagera aucun effort pour parvenir à une paix juste dans la région, en mettant fin à l'occupation et en rétablissant nos droits », déclare t-il.

Connu pour son calme, ses positions réalistes et sa volonté de préserver l'unité du peuple palestinien, il jouit d'une grande popularité au sein du Hamas et entretient de bonnes relations avec les dirigeants des autres partis palestiniens.

Après le discours de Ratisbonne sur la violence exercée au nom de la religion prononcé par le pape Benoît XVI en , qui suscite l’incompréhension et la colère dans une partie du monde musulman en raison d'une citation d'un empereur byzantin décrivant l'islam comme « mauvais et inhumain », Haniyeh dénonce les attaques d'islamistes contre des églises dans les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui ont lieu en réaction à la controverse.

En décembre de la même année, Haniyeh se voit refuser l'entrée à Gaza depuis l'Égypte au poste-frontière de Rafah, fermé sur ordre du ministre israélien de la Défense, Amir Peretz. Haniyeh revenait alors à Gaza de son premier voyage officiel à l'étranger en tant que Premier ministre et transportait plus de 30 millions de dollars américains en espèces, destinés aux paiements de l'Autorité palestinienne. Les autorités israéliennes autorisent ensuite Haniyeh à traverser la frontière à condition qu'il laisse l'argent en Égypte, qui serait transféré sur un compte bancaire de la Ligue arabe. Des tirs de la Garde présidentielle palestinienne contre des militants du Hamas qui avaient investi ce même poste-frontière de Rafah en réponse à l'incident sont signalés. Lors d'une nouvelle tentative de Haniyeh de traverser la frontière, un autre échange de coups de feu tue l'un de ses gardes du corps et le fils aîné de Haniyeh est blessé. Le Hamas dénonce l'incident comme une tentative d'assassinat de Haniyeh par son rival, le Fatah, ce qui déclenche à nouveau des échanges de tirs en Cisjordanie et dans la bande de Gaza entre les forces du Hamas et du Fatah. Haniyeh appelle néanmoins à l'unité palestinienne et l'Égypte propose sa médiation pour apaiser les tensions entre les deux mouvements palestiniens.

Le mandat de Haniyeh est marqué par une grave crise politique avec le rejet de ce gouvernement par l'Occident, des affrontements armés avec Israël et des tensions interpalestiniennes. En effet, c'est durant cette période qu'éclate un bref conflit ouvert entre le Hamas et le Fatah. Haniyeh échappe à plusieurs tentatives d'assassinat dont une, le , imputée à Mohammed Dahlan...

À la suite des négociations de La Mecque, Ismaël Haniyeh démissionne le et revient quelques semaines plus tard au pouvoir en composant un gouvernement d'union nationale le , « initialement présenté comme la seule (solution) susceptible de sauver du chaos des institutions palestiniennes en pleine décomposition », selon Le Monde.

Le , il est limogé par le président Mahmoud Abbas, à la suite de la prise du pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, au profit de l'ancien ministre des Finances Salam Fayyad. Cependant, le Hamas ne considère pas ce limogeage comme légitime. Cette prise de contrôle de la bande de Gaza, considérée comme un « putsch », soulève de violentes réactions en Cisjordanie par des militants du Fatah : lynchage, incendies, blessés. Victime de l’insécurité due aux combats et de l'instabilité politique et économique, la population civile de la bande de Gaza paie ainsi le prix de ces affrontements.

Le , Haniyeh annonce que l'administration de Gaza par le Hamas n'est que . Il souhaite que le dialogue avec le Fatah reprenne..

Cette même année, Haniyeh négocie la libération du journaliste britannique de la BBC, Alan Johnston, qui avait été enlevé dans la bande de Gaza par le groupe salafiste Armée de l'islam.

En , il condamne l'assassinat d'Oussama Ben Laden par des commandos américains.

En octobre de la même année, Haniyeh prend la parole lors des célébrations organisées à Gaza pour saluer la libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël en échange du soldat franco-israélien enlevé Gilad Shalit. Selon lui, l'accord constitue un « tournant stratégique dans la lutte contre l'ennemi sioniste ». Il a ajouté que « grâce à la résistance, nous avons libéré le pays et le peuple ». Pour montrer l'engagement du Hamas envers l'ensemble du peuple palestinien, il précise qu'il a voulu que les prisonniers palestiniens libérés soient issus de tous les mouvements palestiniens, soit notamment le Fatah, le Hamas, le Jihad islamique, les Comités de résistance et le Front populaire de libération de la Palestine.

vignette|gauche|Ismaïl Hanieyh (au centre) au du Hamas en 2012.

Le , à Tunis (Tunisie), à l'occasion de sa première sortie de la bande de Gaza depuis 2007, Ismaël Haniyeh, qui a entrepris une dans plusieurs pays musulmans, promet à Israël et appelle . Il déclare ne pas , et ne pas en appelant . Les représentants officiels du Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas ont regretté de ne pas avoir été associés à la visite de HaniyehVoir sur fr.news.yahoo.com..

Le à Téhéran (Iran), dans un discours durant les célébrations du de la révolution iranienne de 1979, Ismaël Haniyeh déclare que . Plus tard, dans une allocution retransmise par la télévision iranienne, il réaffirme que .. Selon le journaliste franco-israélien Jacques Benillouche, les déclarations parfois radicales d'Ismaël Haniyeh vise à ménager la base militante du Hamas : « il fait donc fluctuer la position modérée du Hamas par des déclarations, parfois fantaisistes, sans jamais conseiller de passer aux actes ».

Considéré comme pragmatique et modéré, il tente de négocier la paix avec Israël pour permettre le développement économique de la bande de Gaza. Les services de sécurité du gouvernement de Gaza tentent d’empêcher des mouvements armés, comme le Jihad islamique palestinien, de mener des attaques contre Israël. Il réussit, après des tirs jihadistes contre Israël et des bombardements israéliens en représailles, à rétablir une trêve sous médiation égyptienne pour éviter que Tsahal n’intervienne massivement dans la bande de Gaza. Après s’être rapproché du Qatar, il obtient de la Banque de Développement Islamique, une première tranche de 137 millions de dollars pour créer des routes, construire des écoles et engager des projets d’assainissement. Le programme des Nations Unies pour le développement a accepté de superviser ces projets sous réserve que les matériaux de construction entrent légalement à Gaza, ce à quoi Israël a donné son accord.