vignette|Deutscher Tag à Osterode, à l'époque en province de Prusse-Orientale, en 1920. Le terme allemand Deutscher Tag ou der Deutsche Tag (en français : « la Journée allemande ») désigne, au sens strict, des rassemblements annuels majeurs qui se sont tenus de 1920 à 1922 en Allemagne sous la République de Weimar, principalement organisés par le Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund, une organisation politique allemande antisémite et völkisch. Dans un sens plus large, il désigne aussi d'autres événements de diverses associations völkisch, nationalistes ou paramilitaires dans les années 1920, qui se situent dans la continuité du Schutz-und-Trutzbund. Le terme désigne également, à l'époque actuelle, des événements organisés par des Allemands vivant à l'étranger.
La manifestation la plus connue est le Deutscher Tag de Cobourg, qui a eu lieu les 14 et : c'est là que la Sturmabteilung (SA) du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) effectue son premier rassemblement en masse et se livre à des combats de rue avec des opposants de gauche dans la ville qui est alors un fief socialiste (plus tard national-socialiste). Ces événements seront plus tard glorifiés par la propagande nazie comme une étape décisive de la période dite « de lutte » ().
Eisenach, 1913 Un rassemblement précurseur des Deutschen Tage a lieu le à Eisenach. Le but de la manifestation, organisée par Wilhelm Schäfer-Karlshorst et Adolf Bartels est de « réaliser une organisation complète du travail du mouvement völkisch »Lohalm 1970, .. Pour participer, les manifestants doivent présenter un « certificat de pureté du sang » (Blutsbekenntnis)Lohalm 1970, ..
Lors de l'événement, un « appel au peuple allemand » est lancé et de nombreuses associations se joignent à la formation d'une union nationale allemande deutschvölkisch avec pour siège Berlin, cependant l'initiative n'est pas suivi d'effet à long terme. En sa qualité de membre du « Comité sur les Juifs » pangermaniste alldeutsch, l'agitateur antisémite demande le à ses membres à travers une pétition, « Réflexions sur la question juive », de s'appuyer sur les réunions d'Eisenach pour créer une organisation centrale nationaleLohalm 1970, .. Roth déclare plus tard que l'échec est dû à « l'ambiguïté des buts » et au manque de « personnalités de premier plan »Lohalm 1970, ..
Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund À l'origine, le Deutscher Tag devait être une organisation conjointe du Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund et du Forum des dirigeants des associations völkisch allemandes (Gemeinschaft deutschvölkischer Bünde) et fonctionner comme une « Chambre pour le peuple allemand » et répondre aux « questions vitales du peuple allemand » en se basant sur des théories raciales, mais l'initiative ne dépasse pas le stade du projetLohalm 1970, .. Ainsi, lors de la première manifestation à Weimar, le Deutscher Tag fait office de conférence représentative du Schutz- und Trutzbund, et en même temps de convention générale des alliances völkisch allemandesLohalm 1970, ..
En outre, ces événements constituent des manifestations solennelles visant à exalter le sentiment national et völkisch en rassemblant des milliers de participants venus de toutes les régions du Reich. Elles incluent des services religieux, des représentations théâtrales, des soirées de lecture commune, des discours, des marches et des saluts au drapeauLohalm 1970, et suiv..
Weimar, 1920 Du 1er au , le Deutscher Tag se tient à Weimar. Les mouvements völkisch restent entre eux et se consacrent à des questions d'organisation. Ainsi, les Gauleiter, représentants locaux du Schutz-und Trutzbund, se rassemblent en un comité consultatif qui se joint au conseil fédéral afin d'assurer des liens plus forts entre les districts régionaux et la direction fédérale, et convoque désormais les réunions du conseil. On décide que les cotisations des adhérents seront recueillies par les districts et groupes locauxLohalm 1970, p. 105. et que les adhérents recevront les journaux d'information du Parti du peuple allemand, expédiés par la direction fédéraleLohalm 1970, ..
La direction du Schutz-und Trutzbund est par ailleurs amené à réagir aux accusations du cercle de travail berlinois nationaliste de et du major Voigt qui accusent les dirigeants Alfred Roth et de s'être laissés influencer par la franc-maçonnerie et les Jésuites : la direction effectue alors une annonce publique où elle affirme ne subir aucune influence de cette sorte et que ses membres n'appartiennent à aucune loge maçonniqueLohalm 1970, ., l'annonce ayant aussi pour but de répondre aux accusations des représentants bavarois et du Gauleiter Ernst Mik, un courant sécessionniste qui a relayé et s'est appuyé sur les accusations du groupe berlinois.
La manifestation se concentre sur plusieurs autres thèmes, dont la « suppression de l'esclavage de l'intérêt »Aussi traduite par « rupture de l’asservissement aux intérêts », , notion conçue en 1919 par Gottfried Feder, théoricien du NSDAP, et qui sera intégrée dans le programme en 25 points du parti nazi, érigée en principe général du Schutz-und TrutzbundLohalm 1970, pp. 370 et suiv., et une « politique culturelle allemande völkisch »Lohalm 1970, p. 375.. Le théologien antisémite , promu spécialiste de la « religion allemande » dans l'organisation du Deutscher TagLohalm 1970, p. 173. se charge de tenir des prêches allemands völkischLohalm 1970, p. 392..
Detmold 1921 Le congrès de Detmold qui se tient en est essentiellement consacré à des questions internes, dont la situation financière déplorable en raison de la mauvaise remontée des cotisations ; on décide donc que celles-ci seront à nouveau recueillies par les instances centrales du mouvement situées à Hambourg, ainsi que des hausses de cotisation.
Le propagandiste antisémite Artur Dinter y tient un discours devant le Hermannsdenkmal où il s'en prend au traité de Versailles, aux Alliés de la Première Guerre mondiale et à la politique étrangère sous la république de Weimar. Il ajoute :
Adolf Hitler a déjà participé comme orateur à des rassemblements du Schutz- und Trutzbund. Pour celui de Detmold, le nazi de Basse-Saxe Gustav Seifert lui adresse une invitation mais Hitler refuse, tout comme il refuse l'idée d'envoyer des représentants du NSDAPLohalm 1970, p. 289.. Seifert, responsable du groupe local du NSDAP à Hanovre, se présente alors à Detmold pour fustiger « la tiédeur et l'indifférence des partisans du Schutzbund », ce en quoi il a été incité par HitlerLohalm 1970, p. 323., qui déclare à propos du Deutscher Tag : « Nous devrions nous réjouir si ce rassemblement permettait à l'aile radicale de faire une percée Eberhard Jäckel et Axel Kuhn (Hrsg.) : Hitler. Sämtliche Aufzeichnungen: 1905–1924, Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1980, p. 509 et suiv. ».
Cobourg, 1922 Le rassemblement de Cobourg du 14 au , s'il est un succès de propagande pour le mouvement völkisch, voit néanmoins le déclin du Schutz- und Trutzbund comme force principale, désormais supplanté par le NSDAP, et dans une moindre mesure par le Parti populaire allemand de la liberté.
L'assassinat de Walther Rathenau le a entraîné l'interdiction du Schutz-und Trutzbund dans la plupart des régions du Reich allemand en application de la loi de protection de la République. Un rassemblement de protestation est alors organisé à Coburg par les associations bavaroises du Schutz- und Trutzbund sous la direction du Gauleiter Hans Dietrich (le Schutz- und Trutzbund n'est pas interdit par l'État de Bavière qui s'est refusé à appliquer la loi de protection) et par les associations dirigées par Alfred Roth, et auquel participent environ quatre mille personnes, dont des personnalités comme Charles-Édouard de Saxe-Cobourg et GothaLohalm 1970, pp. 103, 264.
vignette|Délégation du NSDAP, portant le brassard à croix gammée, Cobourg ; tout à gauche en chapeau : , deuxième président du parti, mort lors du putsch de la Brasserie. Cette fois-ci, le NSDAP paraît en grand nombre, avec Hitler, la direction du parti nazi, et une troupe de plusieurs centaines de SA. L'invitation vient de la direction du Schutz- und Trutzbund, qui désire montrer à ses adhérents « comment mobiliser des troupes de choc et contrôler la foule en utilisant ses propres forces ». Cette invitation, médiatisée par Max Amann, n'est destinée à l'origine qu'à « quelques messieurs », mais est étendue par Dietrich, à qui la direction du NSDAP demande par l'intermédiaire d'Amann un prix de groupe pour la participation de 600 personnes. Dietrich accepte à la condition qu'Hitler vienne en personne à Cobourg. Et effectivement, Hitler vient alors en train spécial accompagné d'environ 650 SA, un orchestre et son entourage, comprenant Dietrich Eckart, Hermann Esser, Anton Drexler, Christian Weber, Ulrich Graf, Alfred Rosenberg, , , et Julius StreicherErdmann 1969, p. 99..
Peu de temps après l'arrivée des nazis, de violents affrontements ont lieu à Cobourg avec des contre-manifestants des quartiers ouvriers, de la zone industrielle, ainsi que du sud de la Thuringe, et se poursuivent deux jours durant, y compris la nuit. Plusieurs personnes sont blessées dans les deux camps et dans les rangs de la police (composée de la police de la ville de Cobourg et de la police de l'État bavarois), qui agit avec hésitation en raison du survenu récemment le samedi . Dans l'ensemble, la SA marque la manifestation de sa présence, en assurant le service d'ordre de la brasserie accueillant les manifestants, et en organisant une marche à la forteresse Veste Coburg, qu'Hitler choisit à l'encontre du programme officiel annoncé. vignette|Colonne de véhicules du groupe local du NSDAP de Cobourg, octobre 1937. La Journée allemande de Cobourg sera exploitée par la propagande nationale-socialiste et nommée « Marche sur Cobourg », une allusion à la « Marche sur Rome » des fascistes italiens qui a également lieu en , et revêt pour le NSDAP une importance particulière à plusieurs égards : le parti nazi se manifeste pour la première fois de façon massive en dehors de Munich, il attire l'attention de la presse dans toute l'Allemagne et même à l'étranger, il a l'occasion de montrer la force paramilitaire des SA, et également sa force politique car les autorités locales ont fait preuve de tolérance envers les nationaux-socialistes en rendant les mouvements de gauche responsables des émeutes de Cobourg, et entraîne dans son sillage des adhésions au parti venues du camp völkisch. Ainsi, Julius Streicher passe du DSP au NSDAP et fonde le groupe local nazi de Nuremberg le . À Cobourg même, lieu de pèlerinage national-socialiste jusqu'à la fin de la dictature, le groupe local est fondé le Erdmann 1969, p. 119.
Dans Mein Kampf, Hitler revient sur les événements de Cobourg, reprenant le récit de Rosenberg dans le Völkischer Beobachter du Erdmann 1969, p. 117., souligne une victoire contre la gauche et l'interprète comme un moment historique. Pour les SA, la journée de Cobourg se traduit par l'introduction d'un uniforme avec couvre-chef et veste, ainsi que l'adhésion en nombre de nouveaux membres : ainsi, la SA mobilisera plus de 5 000 hommes pour le premier congrès du parti à Munich le Erdmann 1969, p. 114..
Au Parlement régional bavarois, les événements de Cobourg sont l'objet d'un vaste débat les 21 et , déclenché par une question du social-démocrate Franz Klingler qui porte de lourdes accusations contre le gouvernement régional, accusations rejetées par le ministre de l'Intérieur Franz Schweyer. Les autorités de Berlin, telles que le Ministère de l'Intérieur du Reich et le Commissariat du Reich pour la surveillance de l'ordre public, se penchent également sur les événements de Cobourg. Un article du journal social-démocrate et un rapport anonyme envoyé au commissaire du Reich serviront de documents de départ à l'État libre de Prusse pour motiver l'interdiction du NSDAP, finalement mise en œuvre par Carl Severing le Erdmann 1969, p. 112..