Les émeutes de Kenosha ont lieu en réaction aux tirs d'un policier blanc, Rusten Sheskey, sur Jacob Blake, un Afro-Américain de , lors de son arrestation pour suspicion de violence domestique le à Kenosha, dans le Wisconsin. Blake, qui a reçu plusieurs balles dans le dos, est grièvement blessé et paralysé ; et cet événement, filmé, provoque dans les heures et jours qui suivent d'importantes émeutes, pillages, et incendies, ainsi que les tirs d'arme à feu d'un adolescent, Kyle Rittenhouse, contre des manifestants, faisant deux morts et un blessé grave. Des manifestations pacifiques ont également lieu. Un couvre-feu est mis en place à Kenosha dès le , puis dans d'autres villes de la région les jours suivants, et l'état d'urgence est décrété dans l'État du Wisconsin par son gouverneur le .

En pleine campagne présidentielle et dans le contexte des nombreuses manifestations consécutives à la mort de George Floyd lors de son arrestation fin , ces émeutes ont un retentissement national et international, avec des manifestations dans plusieurs autres villes américaines et le boycott par des joueurs de plusieurs compétitions sportives professionnelles aux États-Unis devant se dérouler dans les jours suivants.

Le policier qui a tiré sur Jacob Blake n'est pas poursuivi par la justice américaine. L'adolescent qui a tué deux manifestants et en a blessé un autre à l’arme automatique est acquitté après avoir plaidé la légitime défense.

Arrestation et tirs sur Jacob Blake alt=Lieu de l'arrestation et des tirs|vignette|Le lieu de l'arrestation et des tirs sur Jacob Blake, 2805 40th St (Kenosha). Le , la police répond à un appel d'urgence en fin d'après-midi d'une femme qui se serait plainte que son petit ami était présent alors qu'il n'était pas censé l'être, qu'il lui aurait pris ses clés et refuserait de les lui rendre. Jacob Blake était sous mandat d'arrêt depuis le pour agression sexuelle au troisième degré, intrusion criminelle et conduite désordonnée, tous les faits étant liés à une dispute conjugale du . L'existence d'un mandat d'arrêt est signalée par la centrale d'appel d'urgence aux policiers qui se rendent chez Jacob Blake. Selon un témoin, Jacob Blake aurait arrêté sa voiture près de « six ou sept femmes se criant dessus sur le trottoir » et ne leur aurait rien dit. L'avocat de Jacob Blake, Benjamin Crump, affirme qu'il « tentait de calmer une dispute entre deux personnes lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux », et qu'il aurait ensuite essayé d'entrer dans sa voiture pour voir comment se portaient ses trois fils.

Les policiers tentent de le maîtriser pour l'arrêter, utilisant un taser. Un témoin affirme que Blake se bat avec un des policiers. Un témoin qui a filmé l'incident affirme avoir entendu la police crier « lâchez le couteau », ajoutant « je ne lui ai pas vu d'armes dans les mains, il n'était pas violent ». Blake a admis plus tard qu'il avait bel et bien un couteau en sa possession...

Après une première lutte, Jacob Blake réussit à partir et marche vers le côté conducteur de sa voiture, suivi de deux policiers qui avaient sorti leur pistolets. L'officier le plus proche tente de l'attraper, et quand Jacob Blake ouvre la porte et se penche vers l'intérieur, l'attrape et lui tire au moins sept coups dans le dos. L'officier déclarera qu'une femme avait crié « il a mon fils, il a mes clefs » et qu'il pensait que Blake essayait d'enlever un de ses enfants. Blake est ensuite transporté par hélicoptère à l' dans la ville voisine de Milwaukee. Selon son avocat Benjamin Crump, Blake a été touché par quatre des sept balles. Le procureur général du Wisconsin affirme lors d'une conférence de presse du que Jacob Blake a admis qu'il avait un couteau et que les enquêteurs en ont retrouvé un sur le plancher du véhicule au niveau du siège conducteur, sans trouver d'autres armes. Les policiers impliqués dans l'intervention sont mis en congé et l'enquête est transférée au Département de la justice du Wisconsin. Le lendemain de l'évènement, le frère de Jacob Blake annonce que ce dernier est sorti du bloc opératoire et qu'il a été transféré aux soins intensifs. Le , son père annonce qu'il est paralysé du bas du corps et que les médecins ne savent pas si cette paralysie sera définitive. Le , son père lui rend visite à l'hôpital et note qu'il est menotté à son lit.

Le , le procureur général de Kenosha, Michael Graveley, annonce que le policier qui a tiré à sept reprises dans le dos de Jacob Blake n'est pas pénalisable ; ni lui ni Jacob Blake ne seront poursuivis.

Déroulement

Jour 1 : 23 août La nouvelle de l'événement se répand rapidement après la diffusion sur Internet de vidéos de passants, et des centaines de personnes se réunissent dans les rues de Kenosha, en particulier sur les lieux de la fusillade, où des policiers sont insultés et des heurts éclatent. Les émeutiers cassent également des vitres et démarrent des incendies, notamment d'un concessionnaire de voitures d'occasion. Ce dernier affirme que 50 voitures ont été brûlées, causant 1.5 million de dégâts. Certains magasins sont pillés, comme une bijouterie.

Un couvre-feu est décrété pour 22h15, et la plupart des émeutiers se dispersent après l'usage de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc par la police.

Des appels à protester à travers le pays circulent également sur Internet, avec le mot-dièse #JusticeForJacobBlake (« Justice pour Jacob Blake »).

Jour 2 : 24 août

Mesures de police Le gouverneur du Wisconsin Tony Evers (démocrate) mobilise 125 membres de la garde nationale du Wisconsin pour protéger les pompiers et les infrastructures vitales de Kenosha. L'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) s'oppose fortement à cette décision.

Le comté de Kenosha prononce un couvre-feu débutant à 20h et le train régional Metra suspend son service au nord de la gare de Waukegan pour la nuit, tandis que les sorties d'autoroutes pour le comté des Interstate 41 et 94 sont fermées.

Des plaques de bois protectrices sont posées sur presque tous les bâtiments dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour du lieu de la fusillade.

Événements du jour vignette|Ruines du bâtiment de la division correctionnelle communautaire brûlé le 24 août 2020. Dans la soirée, un millier de personnes se réunissent devant le tribunal de Kenosha, où le rassemblement tourne à l'émeute, avec notamment une camionnette incendiée devant le tribunal. Les émeutiers cassent une porte en essayant de pénétrer dans le bâtiment de la Sûreté publique, avant d'être repoussé par du spray au poivre. Du gaz lacrymogène est à nouveau utilisé, à partir de 20h30, pour tenter de disperser les foules qui violent le couvre-feu et se sont réunies près du tribunal, tandis que des émeutiers lancent des feux d'artifice sur la police. Un camion ramasseur d'ordures est mis à feu un concessionnaire automobile est pillé et un magasin de meubles est incendié, alors que des hommes armés semblent garder une station d'essence au centre-ville. Un homme de 70 ans qui tentait de protéger un magasin de matelas est attaqué par des émeutiers dans une attaque filmée et se serait fait briser la mâchoire. Un policier est blessé par un tir de mortier, et les services d'urgence reçoivent divers appels pour des blessures graves et blessures non mortelles de balles de fusil.

De multiples luminaires urbains sont renversés et vers une heure du matin de multiples commerces du centre-ville sont en feu. Parmi les bâtiments incendiés se trouvent notamment un bâtiment de liberté sur parole communautaire du Département pénitentiaire du Wisconsin et la loge de la Fraternité maçonnique danoise de la ville. Les autres bâtiments incendiés comprennent des immeubles résidentiels et de nombreuses maisons individuellesFlores, Christine. "Department of Corrections building burned to the ground in Kenosha unrest ", CBS 58. August 25, 2020. Retrieved August 25, 2020."Officials responded to 37 fires in Kenosha on 2nd night of protests, 1 'nearly leveled several city blocks' ", WITI. August 25, 2020. Retrieved August 25, 2020.. Les pompiers travaillent jusque dans la matinée, alors que les propriétaires de commerces viennent constater les dégâts. Les autorités affirment avoir combattu 37 incendies, dont un qui a presque détruit plusieurs blocs.

Jour 3 : 25 août

Mesures de police et progression de l'enquête judiciaire Le conseil du comté de Kenosha rédige une lettre au gouverneur demandant le déploiement de 2 000 gardes nationaux supplémentaires. Le shérif du comté, David Beth, affirme que l'essentiel des dégâts sont le fait d'individus sans intention de manifester et venus en découdre d'en-dehors du comté.

Le gouverneur déclare l'état d'urgence et augmente la mobilisation des troupes de la garde nationale de 125 à 250 membres. Mark Meadows, chef de cabinet de la Maison-Blanche, affirme que le gouverneur a refusé une aide fédérale sous la forme de gardes nationaux supplémentaires, et des appels à l'aide du député du district Bryan Steil (républicain) et du sénateur du Wisconsin Ron Johnson (républicain).

Les autorités du Wisconsin publient des informations sur le policier auteur des tirs sur Jacob Blake, Rusten Sheskey, et affirme que l'identité des autres policiers impliqués sera bientôt révélée.

Événements du jour

A Kenosha même, le couvre-feu est déclaré. Malgré cela, 200 émeutiers se réunissent dans le centre-ville, où des échauffourées éclatent avec la police. Certains essaient dans la nuit de briser une clôture érigée par les forces de l'ordre pour protéger le tribunal, sans succès. Un nombre significatif de civils armés, parfois décrits comme des miliciens, sont également dans les rues. La police affirme que de tels groupes n'ont pas été invités et n'aident pas. Le chef de la police affirme que des personnes ont reçu des tirs lors d'une dispute. Une vidéo montre un jeune homme, Kyle Rittenhouse, tirant sur un autre homme qui l'avait poursuivi sur un parking et avait jeté quelque chose sur lui. Le tireur est ensuite filmé alors qu'il est poursuivi dans la rue par plusieurs hommes avant de tomber. On le voit ensuite ouvrir le feu sur ceux qui le poursuivent. Le tireur est ensuite vu en train de passer devant des polices avec son fusil semi-automatique, alors que des membres du public crient à la police de l'arrêter. Lors de la fusillade, deux personnes sont tuées et une est gravement blessée, mais sa vie ne serait pas en danger. Le shérif de Kenosha affirme le lendemain qu'une des victimes a été touchée à la tête et l'autre à la poitrine.

Le jeune Kyle Rittenhouse plaide la légitime défense et est acquitté en novembre 2021. vignette|La rue de Kenosha où Anthony Huber est décédé lors de la fusillade du 25 août 2020: 60th et Sheridan.

Jour 4 : 26 août

Mesures de police et progression de l'enquête judiciaire Le président Donald Trump annonce dans l'après-midi que le gouverneur a accepté une assistance fédérale. Ce dernier publie un communiqué autorisant 500 membres de la garde nationale du Wisconsin à « soutenir les forces de l'ordre ».

Le conseil du comté de Kenosha rédige une seconde lettre au gouverneur demandant le déploiement de 1 500 gardes nationaux supplémentaires, affirmant que le comté, les commerces et les maisons sont « attaqués » et que les forces de l'ordre locales ont besoin de plus de soutien pour ramener de le « civisme » dans la commune.

Un adolescent de 17 ans est arrêté chez lui à Antioch dans l'Etat d'Illinois, une banlieue très proche de Kenosha, et est poursuivi pour homicide intentionnel au premier degré, en lien avec la fusillade qui a mené à la mort de deux personnes et l'hospitalisation en état grave d'une autre. Le FBI apporte son assistance dans la procédure. Son identité est largement diffusée dans la presse, et des images de lui nettoyant un bâtiment tagué le jour précédant la fusillade refont surface. Il aurait fait partie d'une milice locale .

Événements du jour