thumb|Statues au pied de la tour du Juche à Pyongyang. L'histoire de la Corée du Nord commence au lendemain de la capitulation du Japon le . Kim Il-sung, qui avait dirigé l'Armée révolutionnaire populaire coréenne (ARPC) dans la résistance communiste coréenne à l'occupation japonaise, s'impose comme le principal dirigeant du pays en tant que secrétaire général du Parti du travail de Corée, issu de la fusion du Parti communiste et du Parti néo-démocratique de Corée.

De la partition à la guerre de Corée

Contexte Conséquence du succès japonais dans la guerre sino-japonaise, le Japon considère la Corée comme partie de son territoire.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la capitulation japonaise les Soviétiques sont au nord après la campagne de Mongolie et Mandchourie, contre l'empire du Japon, et les Américains au sud, partitionnant de fait la Corée en deux.

Le comité populaire provisoire de Corée du Nord exerce les fonctions de gouvernement provisoire. La loi sur la réforme agraire du abolit la propriété foncière féodale. La loi du 1946 nationalise les grandes industries, les banques, les transports et les télécommunications. Le premier code du travail est établi par la loi du et la loi du 1946 proclame l'égalité des sexes. Une campagne d'alphabétisation est conduite dès fin 1945, près du quart de la population nord-coréenne étant alors illettrée.

Formalisation de la division La partition de fait de la Corée est entérinée fin 1948. Au Sud, les États-Unis mettent en place une administration militaire directe, avant l'organisation d'élections le qui conduisent à la proclamation de la république de Corée le .

Après la tenue à Pyongyang d'une conférence réunissant des organisations du Nord et du Sud en , des élections législatives (organisées clandestinement au sud) sont tenues le . Le , l'Assemblée populaire suprême proclame la république populaire démocratique de Corée à Pyongyang.

La politique communiste fut loin de faire l'unanimité. Par exemple, dès 1947, de très nombreux habitants de la province de Hwanghae, vaste zone agricole situé juste au nord du parallèle sur la côte ouest de la péninsule, avaient protesté contre le système de conscription mis en place par Kim Il-sung. Leurs attaches familiales et culturelles avec le Sud étaient si fortes que certains fuirent dans les collines, quelques-uns prirent les armes et d’autres traversèrent la frontière (Voir UNPIK).

Les origines de la guerre de Corée, du au , donnent lieu à des interprétations divergentes au nord et au sud. Pour Séoul, la guerre a été déclenchée par une agression nord-coréenne selon un plan établi préalablement en liaison avec Moscou, ce qui a été avéré par l'ouverture des archives soviétiques. Pour Pyongyang, le franchissement par ses troupes du est la riposte à une attaque surprise de l'armée sud-coréenne sous commandement de conseillers américains. De fait, la multiplication des incidents de frontières témoignait d'une aggravation des tensions militaires à la veille du conflit.

Guerre de Corée

Après une rapide avancée des troupes nord-coréennes commandées par Kim Il-sung qui occupent bientôt presque toute la péninsule, à l'exception d'une tête de pont à Pusan, les forces américaines et d'autres pays occidentaux (dont des soldats français, dirigés par le général Monclar) débarquent sous le drapeau des Nations unies le : le boycott par l'URSS du Conseil de sécurité de l'ONU (afin de protester contre le refus de reconnaître la république populaire de Chine comme membre permanent du Conseil de sécurité) a permis aux États-Unis de condamner la Corée du Nord comme agresseur et de faire voter une intervention des Nations unies. La contre-offensive américaine pénètre largement au nord et atteint la frontière chinoise le . Un demi-million de soldats chinois viennent alors appuyer les soldats nord-coréens qui reprennent brièvement Séoul en , avant que le front ne se stabilise de part et d'autre du trente-huitième parallèle. L'armistice signé à Panmunjeom le est toujours en vigueur, en l'absence de traité de paix. Le maintien de plus de américains en Corée du Sud depuis 1953 est dénoncé de façon constante par Pyongyang comme le principal obstacle à la réunification, depuis le retrait des troupes chinoises au nord en 1958. C'est le seul pays à avoir un navire américain en « otage ».

Entre 1953 et 1993

Après le très lourd coût humain et matériel de la guerre célébrée en Corée du Nord comme une victoire sur les États-Unis, le pays reconstruit son économie et s'industrialise rapidement par le mouvement Chollima, cheval ailé mythique qui parcourait li par jour, suivant les idées du juche élaborées par le président Kim Il-sung. La Corée du Nord est alors l'un des pays dont l'économie progresse le plus rapidement au monde, suivant des taux de croissance annuels officiels supérieurs à 10 %.

Selon les statistiques établies par des analystes occidentaux, le PNB par habitant en Corée du Nord quadruple presque entre 1953 et 1960 (de 55 à ), alors qu'il est resté presque stagnant en Corée du Sud (de 56 à ). L'historien Bruce Cumings note qu'« un rapport interne de la CIA admettait du bout des lèvres les différentes réalisations du régime : les soins apportés aux enfants et notamment aux orphelins ; le "changement radical" du statut de la femme ; le logement gratuit ; les soins médicaux gratuits et la médecine préventive ; des taux de mortalité infantile et une espérance de vie comparable aux pays les plus avancés ».

De 1962 à 1968, le régime nord-coréen croit que le Sud se soulèvera de lui-même. Pour hâter l'apparition du « moment décisif », il envoie dans le Sud des agents subversifs et des équipes de guérilla qui sont vite neutralisés« La dimension de la stratégie militaire de P'yongyang », Georges Tan Eng Bok, Statisc.Org. avec quelquefois de lourdes pertes dans les deux camps. Plusieurs attentats sont commis contre des membres du gouvernement de la Corée du Sud jusqu'aux années 1980, dont deux contre le président Park Chung-hee.

Les années record d'infiltration sont 1967 et 1968 avec 743 agents armés recensés sur les infiltrés connus entre 1954 et 1992Vantage Point, Séoul, novembre 1995, ..

Le , un commando des forces spéciales de Corée du Nord de attaque la Maison Bleue, la résidence présidentielle à Séoul ; 28 seront tués et un sera fait prisonnier ; 68 Sud-Coréens civils et militaires seront tués et ; trois soldats américains seront tués et trois autres blessés CRS report for Congress : North Korean Provocative Actions, 1950 - 2007 ..

Le , la Corée du Nord arraisonne le navire-espion américain qui avait pénétré selon lui dans ses eaux territoriales. L'équipage, dont un membre est tué, n'est libéré qu'après et des excuses officielles du gouvernement américain.

En , ce sont 130 commandos nord-coréens venus par la mer qui tentent un raid sur la côte est de la Corée du Sud : 110 seront tués et 3 autres capturés. thumb|Kim Il-sung recevant Nicolae Ceaușescu en 1971. Le , un EC-121 Constellation de reconnaissance électronique américain est abattu au-dessus de la mer du Japon, à plus de des côtes coréennes, par des MiG-21 de l'armée de l'air nord-coréenne. Ses d'équipage sont tués David E. Pearson, « Chapter 5 Three WWMCCS Failures », The World Wide Military Command and Control System, AU Press..

La société nord-coréenne est extrêmement hiérarchisée. C'est aussi une société policière : ses membres font l’objet d’une surveillance constante et sont l'objet de dossiers individuels constamment mis à jour.

En 1970, Kim Il-sung présente, au Congrès du Parti des travailleurs, un système de classification structurant la société en trois classes — le noyau, les « tièdes » et les hostiles — et cinquante et une catégories. Depuis le système évolue au rythme des opérations régulières de reclassification, mais le statut de chacun continue d’être déterminé par la loyauté politique et les antécédents familiaux. Cette hiérarchie complexe régit tous les aspects de la vie sociale : elle est déterminante pour l'accès à des postes d’encadrement au sein du Parti et de l’armée mais elle influe également sur l’accès aux biens matériels. L’appartenance de classe ouvre ou ferme un accès discriminatoire à l’éducation, aux promotions et aux postes de responsabilités mais aussi aux privilèges qui y sont attachés : voitures, magasins spéciaux, appartements chauffés, soins de santé, etc Asia Watch, Human Rights in the Democratic People’s Republic of Korea, 1988..

Les premières discussions entre les gouvernements des deux Corées en vue d'un traité de paix et d'une réunification se tiennent en 1972. Dans ce cadre, la Corée du Nord propose en 1980 la constitution d'une république fédérale démocratique de Koryo sur la base d'une autonomie régionaleVoir le texte de cette proposition à l'adresse suivante : ..

La Corée du Sud accuse la Corée du Nord d'avoir organisé en 1983 un attentat à la bombe à Rangoon (actuelle Yangon) en Birmanie, qui tua 17 Sud-Coréens en visite officielle, dont quatre membres de cabinets ministériels, ainsi qu'un autre attentat qui a causé la mort des cent quinze passagers du vol 858 de Korean Airlines. Les éléments de preuve manquent à l'appui et le gouvernement nord-coréen nie toute implication dans l'attentat de Rangoon. Un agent nord-coréen aurait en revanche reconnu avoir placé une bombe dans l'attentat du vol de Korean Airlines.

En , la Corée du Nord verse une aide de de dollars aux victimes d'inondations en Corée du Sud.

Le , les deux Corées intègrent officiellement l’ONU et trois mois plus tard, elles signent un « accord de réconciliation, de non-agression, d’échanges et de coopération ». Selon , ministre sud-coréen de l’Unification entre 2002 et 2004, les dirigeants nord-coréens veulent alors profiter de ce réchauffement diplomatique pour normaliser leurs rapports avec les États-Unis. Ainsi en , Kim Il-sung envoie son propre secrétaire au siège de l’ONU à New York pour une rencontre secrète avec un délégué américain. L'ambassadeur nord-coréen est alors porteur d’un seul message : « Nous renonçons à réclamer le retrait des troupes américaines du Sud ; en contrepartie, vous garantissez que vous ne remettrez pas en cause l’existence de notre pays. » George H. W. Bush, alors président des États-Unis, répond à l’offre nord-coréenne par le silence. C’est à ce moment que Kim Il-sung lance sa politique de nucléaire militaire, convaincu que Washington souhaitait rayer son pays de la carte. Ce sont donc les menaces américaines qui ont vraisemblablement incité la Corée du Nord à se doter de l'arme nucléaire, et qui encore aujourd'hui bloquent le processus d'unification des deux Corées..

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Famine et aide humanitaire internationale Entre 1994 et 1998, une importante famine a touché la Corée du Nord. Les estimations du nombre des victimes sont variables, de (selon les données officielles) à un million de morts selon certaines ONG. L'urgence est telle que pour la première fois de son histoire, le pays sort de son isolationnisme et demande une aide humanitaire des pays étrangers en juin 1995.