Pierre Gaxotte, né le à Revigny-sur-Ornain (Meuse). et mort le à Paris, est un historien et journaliste français d'extrême droite. Directeur, à sa fondation, du journal Je suis partout, il est élu à l'Académie française en 1953.
Biographie Famille et formation Pierre Gaxotte est le fils de Jules Gaxotte (1859-1926), notaire à Revigny-sur-Ornain, et Marie-Augustine Fresse (1865-1912). Son père fut élu conseiller municipal en 1904 puis maire de Revigny-sur-Ornain en jusqu'à sa démission en .
Après de très bonnes études secondaires au lycée de Bar-le-Duc, Pierre Gaxotte entre en khâgne à Paris en , il est reçu en 1917 au concours d'entrée à l'École normale supérieure. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire et géographie en 1920. Il est introduit dans les milieux intellectuels par l'éditeur Arthème Fayard.
Engagement à l'extrême-droite En , présenté par l'un de ses camarades d'études, il devient le « secrétaire de nuit » du leader intellectuel et politique Charles Maurras (1868-1952)Pierre Gaxotte, Les Autres et moi, Flammarion, 1975, : .. Gaxotte contribuera dès lors régulièrement à L'Action française.
Comme beaucoup de ses compatriotes de l'époque, il conçoit pour Charles Maurras une grande admiration :
Sa pensée s'imprègne de la « ligne maurrassienne », nationaliste et xénophobe.
À partir du , Pierre Gaxotte remplace un professeur d'histoire au lycée Charlemagne. Il raconte dans ses Mémoires :
En 1919, après le rétablissement du professeur qu'il remplaçaitPierre Gaxotte, Les Autres et moi, Flammarion, 1975, ., il est nommé professeur au lycée d'Évreux et en 1924, le libraire Arthème Fayard lui confie la direction du journal Candide, puis celle du journal Je suis partout.
C'est ainsi que Pierre Gaxotte réagit dans les termes suivants à l'accession au pouvoir d'Hitler :
Commentant l'actualité de son époque, il écrit : Et :
Jusqu'en 1939, Gaxotte poursuit sa carrière de journaliste dans une société française de plus en plus marquée par la montée de l'extrême droite et la xénophobie. Ainsi écrit-il à propos de Léon Blum :
Au début, lui non plus n'était pas hostile au fascisme, à l'instar ses collègues de Je suis partout. Mais, à partir de 1936, à la mort d'Arthème Fayard, il s'en éloigne progressivement. Cela lui vaut d'être remplacé au poste de rédacteur-en-chef de Je suis partout par Robert Brasillach en 1937. À partir de , il cesse définitivement de signer des éditoriaux pour ce journal.
Le refus de la Collaboration Selon les mémoires de l'essayiste Claude Roy, au cours de l'été 1940, Pierre Gaxotte tente en vain de persuader Maurras de suspendre la parution du quotidien L'Action française. En effet, Gaxotte a la certitude que les États-Unis entreront en guerre contre le Reich dès l'année suivante et qu'il fallait éviter de relier le mouvement maurrassien aux dérives autoritaires de l'Allemagne nazie.
L'historien François Bluche que
Le journaliste Thierry Maulnier raconte un bon mot de Pierre Gaxotte lors d'une soirée pendant les premiers temps de l'Occupation ; à quelqu'un affirmant
Replié à Clermont-Ferrand pendant l'Occupation, Gaxotte continue à diriger Candide sur un ton aussi agressif que possible jusqu'au jour où la verve frondeuse de ses billets lui attire les foudres des censeurs de Vichy. On le somme de changer de ton ou d'abandonner. Il abandonne et ne dirige plus que l'hebdomadaire humoristique Ric et Rac (1929-1944), pour lequel la guerre n'existe pas.
Recherché par la Gestapo, Pierre Gaxotte fuit Clermont-Ferrand et se réfugie à Varennes-sur-Allier comme Mitty Goldin, juif, ancien directeur du music-hall ABC et le comédien Jean Barreyre. Il est l'un des rares maurrassiens restés en France à ne pas être inquiétés à la Libération. (nombre de maurrassiens furent pendant quatre ans en poste à Vichy. et les trois commissaires généraux aux questions juives successifs ont tous des liens avec l’Action française.La fidélité de l'Action française et de Maurras au régime du Maréchal sera maintenue jusqu'au bout. C'est pourquoi bien des ligueurs ou sympathisants ont repris leur liberté : "on peut, en effet, constater un éclatement de la ligue en plusieurs courants, en gros quatre, pour se limiter à l'essentiel : les fidèles envers et contre tout, regroupés à Lyon autour du maître ; les journalistes parisiens « collaborationnistes » retournés contre leur maître et rejetés par lui, tel Lucien Rebatet qui fustige « l'inaction française » (...), ceux qui se sont éloignés de l'Action française, mais que les principes de la Révolution nationale fédèrent autour du Maréchal ; enfin, ceux qui ont rejoint Londres, sans adhérer nécessairement à la France libre" (L’Action française, Jacques Prévotat (2004), (§11).).
L'historien et académicien Après la Libération, il abandonne son militantisme politique et devient éditorialiste au Figaro. Dès lors, il se consacre essentiellement à la rédaction de travaux historiques.
Pierre Gaxotte est élu à l'Académie française le — le même jour que Fernand Gregh et Antoine de Lévis-Mirepoix. Il occupe le fauteuil de l'historien René Grousset, mort quelques mois plus tôt. La même Académie lui avait décerné le grand prix Gobert en 1946 et le prix Louis-Barthou en 1952.
En 1970, il prononce l'éloge funèbre de François Mauriac à l'Académie française, puis y reçoit en 1973 l'écrivain Julien Green.
Pierre Gaxotte a écrit de nombreux ouvrages d'histoire, si marquants pour son époque qu'ils furent plusieurs fois réédités, notamment ceux publiés avant la Seconde Guerre mondiale : La Révolution française (1928) ; Le Siècle de Louis XV (1933) et Frédéric II (1938). L'auteur y propose une vision critique de la Révolution française en même temps qu'une réhabilitation de , jusque là très décrié. C'est pourquoi ses travaux se situent dans le même courant que ceux de ses contemporains Jacques Bainville, Louis Bertrand et Frantz Funck-Brentano.
En 1979, Pierre Gaxotte fait partie du comité de patronage de la revue intellectuelle Nouvelle École, périodique du GRECE, lié à la Nouvelle Droite.
Opposé à la présence de Femmes à l'Académie française, il déclare en 1980 : ...
Décès Mort le , célibataire, Pierre Gaxotte est inhumé dans sa ville natale de Revigny-sur-Ornain.
À l'Académie, Jean Dutourd prononce un discours d'hommage dans lequel il précise que
Vie mondaine Pierre Gaxotte était un ami de Colette, Julien Green et Robert de Saint-Jean, Christian Dior, Henri Sauguet, Max Jacob, Alain Daniélou, Jean Cocteau, Georges Dumézil (auquel il a dédié La Révolution française), Thierry Maulnier, Jean Mistler, Matthieu Galey
Passionné de musique et de ballets, il était membre de l'Académie du disque français, qu'avait fondée Colette en 1951.
Vie privée Pierre Gaxotte était homosexuel. Il a longtemps vécu avec Jean Fazil, ancien danseurDaniel Garcia, Coupole et dépendance. Enquête sur l'Académie française, éditions du moment, 2014.. Didier Eribon lui prête une liaison avec Georges Dumézil au début des années 1920Jean Birnbaum, « Réflexions sur la déraison gay », Le Monde, 5 février 2014.. Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, qui ont connu Gaxotte au temps de Je suis partout et se présentent comme ses disciples, évoquent son homosexualité dans Dialogue de vaincusDialogue , Le troisième sexe : ..
Prix Pierre-Gaxotte À l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa mort, le prix Pierre-Gaxotte est créé.
La première édition est remise à Revigny-sur-Ornain et récompense l'historien Christian Bouyer (1941-) pour son Gaston d'Orléans (Pygmalion).
L'année suivante, le prix émigre à Metz et devient le Prix Pierre-Gaxotte de la biographie et le Prix Pierre-Gaxotte de l'essai historique. Les lauréats 2008 sont Michel de Decker avec ou l'empire des sens (Belfond) et Henry Bogdan avec Histoire de la Bavière (Perrin).
En 2009, les lauréats sont Didier Le Fur avec (Tallandier) et Jean-Paul Gourévitch avec Le Rêve méditerranéen, D'Ulysse à Nicolas Sarkozy (L'Œuvre).
Depuis sa fondation, le prix est présidé par Roger Maudhuy. Le musicologue Philippe Beaussant, qui occupe le fauteuil qui fut celui de Gaxotte à l'Académie française, en est le président d'honneur.
Publications « Les Mongols », in La Revue universelle. Tome XIV, , Jacques Bainville, directeur. « Les Avertissements d’un diplomate : Souvenirs inédits du comte de Bourgueney », in La Revue universelle. Tome XIV, , Jacques Bainville, directeur. La Révolution française, Paris, Fayard, 1928 ; édition revue et augmentée : 1962 ; nouvelle édition : 1970. Le Siècle de Louis XV, Paris, Fayard, 1933 ; version définitive : 1974. Frédéric II, Paris, Fayard, 1938. La France en face de l'Allemagne, articles, formules et réflexions, 1940. La France de Louis XIV, Paris, Hachette, 1946. Histoire des Français, Paris, Flammarion, 1951, 2 volumes [réédition « révisée et refondue » en 1972 chez le même éditeur en un seul volume]. Discours de réception de M. Pierre Gaxotte à l'Académie française et réponse de M. le Général Weygand, Paris, Fayard, 1953. Thèmes et variations, Paris, Fayard, 1957. Réédité sous le titre Aujourd’hui en 1965. Histoire de France, Paris, Hachette, 1960. Histoire de l'Allemagne, Paris, Flammarion, 1963, 2 volumes. L'Académie française, Paris, Hachette, 1965. Frédéric II, roi de Prusse, Paris, A. Michel, 1967. Le pays de l'Ill. Entre Vosges et Rhin, Lausanne, André et Pierre Gonin, 1967 ; illustrations de Bernard Gantner. Paris au , Paris, Arthaud, 1968. Mon village et moi, Paris, Flammarion, 1968. Molière, fameux comédien, Paris, Hachette (coll. Les soirées du Luxembourg), 1971. Le nouvel ingénu, Paris, Fayard, 1972. Louis XIV, Paris, Flammarion, 1974. Les autres et moi, Paris, Flammarion, 1975 [suite du premier volume de ses mémoire, Mon village et moi]. Merveilles des châteaux royaux, Paris, Hachette Réalités, 1976. Apogée et chute de la royauté, Paris, Jules Tallandier, 1976 [6 vol.]. Le blasphème du professeur Piton, Paris, Fayard, 1977. Molière, Paris, Flammarion, 1977. Louis XV, Paris, Flammarion, 1980. Le Loir des coteaux, Paris, chez l'artiste, 1981, illustré par Jean-Pierre Rémon [tiré à 41 exemplaires]. Le purgatoire, Paris, Fayard, 1982. La marquise et moi, Monaco, éd. Du Rocher, 1986.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Denise Bourdet, , dans Brèves rencontres, Paris, Grasset, 1963
Sébastien Argiolas, , mémoire présenté pour le DEA , dirigée par Michel Winock .
Articles connexes Historiographie de la Révolution française
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