est une anthologie de mangas écrits et dessinés par Moto Hagio et publiés entre 2011 et 2012 dans le magazine de Shōgakukan. Il s'agit d'une collection de sur le thème de l'énergie nucléaire et plus particulièrement sur l'accident nucléaire de Fukushima ; elle est l'une des toutes premières œuvres publiées sur ce thème au Japon.

L'œuvre forme un diptyque, dans lequel un message d'espoir consécutif à la triple catastrophe de Fukushima est confronté à une satire contre l'énergie nucléaire. Le manga paraît en France en aux éditions Akata.

Description L'œuvre constitue en un ensemble de cinq , avec d'une part une duologie qui ouvre et ferme l'anthologie, et d'autre part une trilogie centrale. Un sixième , indépendant des autres, est ajouté à la fin de l'œuvre lors de sa deuxième édition..

Duologie vignette|alt=Photographie couleur d'un champ de fleurs jaunes.|Champ de colza en Ukraine.

Ce manga raconte le récit initiatique de Naho, une jeune fille de dont la famille a été déplacée à cause de la triple catastrophe du séisme, du tsunami et de l'accident nucléaire de Fukushima ; l'ensemble de la famille est sauve, à l'exception de la grand-mère, portée disparue à la suite du tsunami. Mais le reste de la famille fait comme si tout allait bien, ce qui perturbe la jeune Naho. Il est expliqué que lors de sa jeunesse, la grand-mère avait aidé les enfants victimes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, notamment une jeune fille qui plantait du colza dans l'espoir que la plante absorbe les radionucléides. Naho rêve de Tchernobyl, de sa grand-mère et de la jeune fille ukrainienne ; ce rêve lui permet d'aller de l'avant et elle décide de dépolluer Fukushima avec du colza, à l'image de ce que faisait la jeune fille ukrainienne.

Dans cette deuxième histoire, Naho lit l'exemplaire de sa mère de l'histoire du Train de nuit dans la Voie lactée de Kenji Miyazawa. À la suite de cette lecture, Naho rêve qu'elle voyage avec son grand-frère dans un train qui traverse la Voie lactée, où elle rencontre sa grand-mère. Grâce à ce rêve, la jeune fille parvient finalement à faire le deuil de sa grand-mère. Cette histoire cite également un poème de Kenji Miyazawa, Ame ni mo Makezu.

Trilogie de la

Cette histoire représente le procès de Dame Pluton, incarnation anthropomorphique du plutonium, jugée par une assemblée d'hommes. Pluton tente de séduire l'assemblée, mais parvient difficilement à se défendre ; bien qu'elle perde le procès, elle se révèle incontrôlable et sa demi-vie colossale a raison des juges qui meurent de vieillesse. Pluton se retrouve alors seule dans un monde dévasté, alors qu'elle professe son amour pour l'humanité.

Dans cette histoire, le Comte Uranus, incarnation anthropomorphique de l'uranium, rend visite à une famille bourgeoise, représentative de la société japonaise. Uranus use de ses charmes et d'une rhétorique portée sur l'amour, la paix et la prospérité pour convaincre l'assemblée, qui succombe immédiatement. Les deux seules exceptions sont un grand-père traumatisé par les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, et Anne, une jeune femme qui déroule un argumentaire écologique. Mais lorsque le grand-père tente d'assassiner le Comte, Anne déclare finalement son amour à Uranus. Anne enfin convaincue, les membres de la famille partent suivre le Comte Uranus, abandonnant le grand-père, laissé pour mort ; mais Anne recommence alors à douter des bienfaits apportés par le Comte Uranus.

vignette|alt=Peinture représentant une femme dénudée assise sur un lit ; elle caresse la tête décapitée d'un homme.|Le frontispice du reprend la scène de Salomé avec la tête de Yohanan. Peinture par Pierre Bonnaud. Ce manga est une réécriture de la tragédie Salomé d'Oscar Wilde. Lors du , Salomé est une jeune, innocente et belle danseuse de cabaret ; si elle danse pour les grands patrons de l'industrie japonaise, elle rêve de retrouver son amour Iokanân (nom donné à Yohanan dans l'édition française du manga). Lorsque Iokanân entre enfin dans le cabaret, il est accompagné d'hommes en combinaison et arrête la jeune femme sous le prétexte qu'elle est du plutonium. Iokanân enferme Salomé dans une prison sous terre ; la danseuse ne comprend pas pourquoi elle est ainsi enfermée, elle exécute alors la danse des sept voiles, ce qui provoque une explosion atomique.

Fukushima

Ce manga est une reprise de la chanson Tachikawa de Yoshihiro Kai, un requiem composé à la suite de la mort d'un ami du musicien. Le manga, qui a la particularité de n'avoir pour seul texte que les paroles de la chanson, raconte l'histoire de trois amis, deux hommes et une femme, originaires de Fukushima ; un des deux hommes, brouillé avec ses deux amis, se trouve à Tokyo lorsque la tragédie frappe Fukushima. Sans nouvelles de ses amis, l'homme est désemparé et roule en voiture sur les routes du pays dans l'attente de leur appel..

Genèse de l'œuvre Contexte de création vignette|alt=Photographie couleur d'une centrale nucléaire en ruine, vue de dessus, avec de la fumée qui se dégage des ruines.|La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi lors de la catastrophe. Le se produit le séisme de la côte Pacifique du Tōhoku qui provoque un puissant tsunami sur la côte est du Japon, notamment dans les préfectures de Miyagi, d'Iwate, et de Fukushima. Cette double catastrophe entraîne des défaillances dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ; ces défaillances dégénèrent en une troisième catastrophe, l'accident nucléaire de Fukushima, avec des explosions dans la centrale et la fusion de réacteurs.

Au moment de la catastrophe, Moto Hagio se trouve dans la préfecture de Saitama ; elle travaille depuis 2006 sur la série , une importante collection de , mais l'autrice se retrouve incapable de continuer la série. Peu rassurée par les messages du gouvernement, qui explique que , elle se documente sur l'histoire et le fonctionnement des centrales nucléaires à partir des travaux initiaux de Marie Curie sur la radioactivité. Hagio comprend alors que la situation est beaucoup plus grave que ce que peuvent laisser à penser les paroles du gouvernement.

Si Hagio a abordé par le passé des sujets sociaux ou difficiles, elle l'a généralement fait sous l'angle de la fantaisie au travers de la science-fiction ou du ; la seule œuvre dans laquelle elle aborde frontalement un sujet difficile est le publié en 1971, qui traite de la pollution de l'air et de l'asthme. La mangaka avait trouvé l'élaboration de ce manga difficile et douloureuse.

Première édition En , un ami explique à Hagio qu'à Tchernobyl, des personnes pratiquent la phytoremédiation ; planter du colza et du tournesol pour absorber les radionucléides disséminés dans l'environnement à la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, et que des personnes font de même à Fukushima. Si Hagio découvre plus tard que cette technique n'a qu'une faible efficacité, elle se rend compte que des personnes essaient de régler le souci à leur échelle, et qu'en tant que mangaka, elle peut dessiner sur le sujet pour dépasser son angoisse.

L'histoire du colza à Tchernobyl lui inspire l'image d'une fille ukrainienne qui remet à une fille japonaise un semoir sur fond d'un champ de colza et au loin, la centrale de Fukushima accidentée ; l'autrice décide de faire de cette scène le climax de son premier manga sur le sujet, Les Colzas.

Lors de l'élaboration du Les Colzas, l'idée d'une trilogie de science-fiction autour d'éléments radioactifs anthropomorphisés vient rapidement à l'esprit de l'autrice. Inspirée par la fascination qu'ont pu ressentir Marie Curie et les autres scientifiques du début du envers les éléments radioactifs, elle rend ses personnages particulièrement sensuels et sexuellement désirables ; Dame Pluton, basée sur des figures comme Marilyn Monroe ou Lady Gaga, incarne l'ironie de voir Pluton, dieu romain du monde des morts, devenir source d'abondance et de vie.

Les Colzas et la trilogie sont publiés dans le magazine entre le et le ; ces histoires sont alors associées à la série de .. Shōgakukan rassemble les quatre histoires dans un volume relié publié en , finalement dissocié de la série . L'ouvrage est publié avec une reliure à la française dans la collection de la maison d'édition ; dans ce volume est ajoutée une histoire inédite, la suite de Les Colzas.

Deuxième édition En 2013, Shōgakukan prévoit le manga pour fêter les de son magazine ; ce manga est une compilation en deux volumes de dessinés par les plus grands mangakas de la maison d'édition. Moto Hagio est invitée à contribuer à l'ouvrage et profite de l'occasion pour explorer encore une fois le contexte de la triple catastrophe qui a touché Fukushima. Elle dessine ainsi Fukushima , publié dans le numéro du ..

Lors de la publication de la deuxième édition du manga Fragments d'espoir, le , Shōgakukan y inclut Fukushima , comme ce permet d'explorer plus en avant le thème de l'œuvre.

Traductions pour l'étranger En 2015, la revue anglophone Mechademia publie un numéro spécial dédié à la régénération du monde, inspiré par la triple catastrophe de Fukushima. Dans ce numéro est publiée une traduction anglaise du Les Colzas ; la traduction est réalisée par Rachel Matt Thorn, amie et traductrice de la mangaka en langue anglaise. Avec l'accord de l'autrice, Thorn décide d'utiliser le scots pour traduire le dialecte du nord-est japonais employé par différents personnages du manga..

En France l'hebdomadaire Courrier international, dans son numéro 1114 du dédié au premier anniversaire de la triple catastrophe de Fukushima, utilise une planche de en couverture de l'hebdomadaire, titrée Japon un an après la catastrophe : sous le signe de Miss Plutonium ; la revue souhaite ainsi et mettre en avant les femmes pour la journée internationale des femmes.. Il s'agit de la première couverture de Moto Hagio pour un magazine en France. La sortie du manga est finalement annoncée le Annonce: Fragments d'espoir, akata.fr, 11 mars 2025, anniversaire de la catastrophe, aux éditions Akata pour une parution le ; le titre français du manga est Fragments d'espoir, et l'édition publiée est la seconde édition japonaise, comprenant l'histoire Fukushima Drive.

Analyses Style Selon l'universitaire Yukari Fujimoto, la triple catastrophe du n'est pas traitée de la même façon par les mangas en fonction de leur cible éditoriale : les mangas qui ciblent un public masculin (les et mangas) abordent le problème sous l'angle social et technique, quand les mangas qui ciblent un public féminin (les mangas et dérivés) optent pour une approche centrée sur l'impact de la catastrophe sur la vie des personnages ainsi que sur les choix qu'ils font face à cette dernière. Fragments d'espoir ne déroge pas à cette tendance. Pour autant les deux puis trois parties de l'œuvre n'ont pas le même objectif, et utilisent donc des techniques différentes.

Les Colzas Les deux histoires de Les Colzas ont un découpage des cases simple avec une succession de cases rectangulaires, assez similaire au standard des mangas. Mais elles présentent un contraste entre d'une part le monde réel situé à Fukushima, où la composition des cases est très structurée et réaliste, et d'autre part les passages oniriques ou dans les cases dédiées aux monologues intérieurs de Naho qui sont plus éthérés et fantaisistes ; les cases elles-mêmes se voient alors dotées de pointillés.

C'est dans ces passages plus subjectifs que l'on retrouve des conventions visuelles typiques des mangas, notamment un usage important des décorations florales avec des fleurs de colza, du lotus sacré, des fleurs de pêcher, ou encore du lis doré. On y trouve en outre plusieurs scènes muettes où sont projetés les émotions et sentiments des personnages que le lectorat est supposé interpréter.

La trilogie vignette|alt=Photographie couleur d'une femme habillée de façon exubérante.|Lady Gaga en 2011, l'un des principaux modèles pour Dame Pluton.