vignette|Bidonville à Manille aux Philippines.|250x250px

Un bidonville, comme défini par le Programme des Nations unies pour les établissements humains, est la partie défavorisée d'une ville caractérisée par des logements très insalubres et construits par les habitants avec des matériaux de récupération, une grande pauvreté et sans aucun droit ou sécurité foncière. D'après les Nations unies, le pourcentage de citadins qui vit dans des bidonvilles est passé de 47 à 37 % dans les pays en développement entre 1990 et 2005.. Cependant, à cause de l'accroissement de la population mondiale et surtout de la population urbaine, le nombre d'habitants des bidonvilles est en augmentation. Un milliard de personnes sur la planète vivait dans des bidonvilles en 2008. et les prévisions sont de deux milliards pour 2030..

Terminologie

Bidonville a d'abord été un toponyme désignant un quartier bien précis de Casablanca, attesté dès le début des années 1930 par plusieurs récits de voyage francophones et anglophones, comme dans ce livre du militaire Jean Ravennes :Les huttes de Bidonville scintillent comme une petite mer dans une vaste dépression; les miséreux, qui ont inventé son nom pittoresque, ignoré des cartographes, l'ont bâtie avec les vieux bidons d'essence, qu'on n'a pas le temps ici de récupérer.vignette|upright|Un « bidonville vertical » à Luanda, Angola.L'intérêt onomastique de ce témoignage est salué dans une recension publiée dans le numéro de du Bulletin du Comité de l'Afrique française., ce qui explique peut-être la diffusion rapide du mot, qui va bientôt être utilisé comme nom commun dans toute l'Afrique française du Nord, puis dans la métropole. Il est ainsi employé quelques mois plus tard par un médecin dans La Voix du Tunisien à propos d'habitats précaires à TunisArticle du Dr. Materi datant du 6 novembre 1931, ..

Ce mot a progressivement pris une signification plus large, proche des termes anglais et . D'autres noms existent, propres à chaque langue, voire à chaque pays ou chaque ville comme les maquis de Paris à la fin du . Il existe une grande variété de noms locaux : les achwayates en Algérie, les mapane ou matiti au Gabon, les gecekondus en Turquie, les favelas au Brésil, les musseques en Angola, jhugi ou bustee en Inde, kachi abadi au Pakistan, slum, kijiji ou korogocho au Kenya, mudduku au Sri Lanka, imijondolo/township en Afrique du Sud, karyane et brarek au Maroc, bairro de lata au Portugal, lušnynai en Lituanie, mahalale en Roumanie ou encore kartonsko naselje en Serbie. Dans les pays hispanophones, on trouve barrio en République dominicaine, ranchos au Venezuela, asentamientos au Guatemala, cantegriles en Uruguay, ciudades perdidas ou colonias (mais ce terme peut aussi s'appliquer à des quartiers chics) au Mexique et dans le sud du Texas, invasiones en Équateur et Colombie, poblaciones callampas, poblas ou campamentos au Chili, chacarita au Paraguay, chabolas en Espagne, pueblos jóvenes ou barriadas au Pérou, villas miseria en Argentine ou precario/tugurio au Costa Rica.

Histoire des définitions successives Les premières définitions des bidonvilles remontent au , en particulier sous l'impulsion du chercheur et philanthrope britannique Charles Booth, auteur de . Le bidonville y est vu comme Mike Davis (trad. Jacques Mailhos), Planet of Slums [« Le pire des mondes possibles : de l'explosion urbaine au bidonville global »], La Découverte, Paris, 2006 , , « La prédominance des bidonvilles », ., incluant ainsi une dimension morale.

Dans de 1894, les sont définis comme des Carroll D. Wright, The Slums of Baltimore, Chicago, New York, and Philadelphia, Special report of the Commissioner of Labor, Negro Universities Press, 1894 (réed. 1969) ..

Cette dimension morale va diminuer au cours du , en réalisant que les habitants des bidonvilles sont plus souvent victimes que générateurs de la criminalité et sont dans des situations différentes d'appréhension du problème par les urbanistes d'état et de villes selon le pays(Pour la France :) Pierre George, L'immigration italienne en France de 1920 à 1939 : aspects démographiques et sociaux (lire en ligne), École française de Rome, colloque, 1986 (site Persée consulté le 14/11/2019).. Chaque pays, voire chaque ville utilise une définition différente, avec des critères adaptés à la situation locale.

Il n'y a pas actuellement de « définition universelle » des bidonvilles. Une définition très simple telle que proposée par le Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) est :

Cette définition inclut les éléments de base de la plupart des bidonvilles : surpeuplement, habitat de mauvaise qualité, et pauvreté. Mais face aux diverses définitions générales, l'ONU-Habitat a eu besoin d'une définition opérationnelle, utilisable par exemple pour recenser le nombre d'habitants des bidonvilles ; elle a donc recensé les caractéristiques communes des bidonvilles, d'après les définitions existantes UN-HABITAT, The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, Earthscan Publications, Londres, 2003 ou , partie I « Sharpening the global development agenda », . : Manque des services de base : principalement l'accès à l'eau potable et l'assainissement (toilettes et latrines), mais aussi électricité, gestion des déchets, éclairage et pavage des rues... Habitat non conforme aux normes : non seulement les habitations peuvent ne pas être conformes aux normes municipales et nationales de construction (mauvais matériaux de construction), mais elles peuvent se situer à un emplacement illégal. Surpopulation / hautes densités : les maisons peuvent être occupées par plusieurs familles ; plusieurs personnes peuvent partager la même pièce pour dormir, manger, voire travailler. Conditions de vie malsaines et / ou dangereuses : l'absence d'assainissement entraine une plus grande propagation de maladies ; les maisons sont parfois bâties sur des terrains inondables, pollués ou sujets aux glissements de terrain. Précarité du logement : cette caractéristique est souvent centrale. Elle prend en compte le fait que les occupants des bidonvilles n'ont souvent pas de contrat de location ou de titre de propriété, et que certains quartiers soient construits sur des zones à l'origine non habitables. Pauvreté et exclusion sociale : sans être une caractéristique inhérente aux bidonvilles (les pauvres habitent aussi en dehors des bidonvilles, et ceux-ci n'abritent pas que des pauvres), la pauvreté en est une cause et souvent une conséquence. Taille minimale : pour qu'une zone soit considérée comme un bidonville et non comme un simple taudis, elle doit comporter plus d'habitations qu'un simple campement. Les seuils courants sont de l'ordre de (Calcutta) ou 300 personnes / 60 foyers (législation fédérale indienne).

Afin de pouvoir effectuer un recensement global, l'UN-Habitat a ainsi retenu une définition opérationnelle, adoptée officiellement au sommet des Nations unies de Nairobi en 2002. Elle s'en tient aux dimensions physiques et légales des implantations, et laisse de côté les dimensions sociales, plus difficile à quantifier. Les critères retenus sont :

Un « bidonville », au sens des Nations unies, est donc une zone urbaine présentant certains de ces aspects. Des seuils ont été définis, comme 20 litres d'eau potable par jour et par personne provenant d'une source « améliorée », ou une surface minimale de par personne ; sur le terrain, ces seuils sont toutefois adaptés à la situation.

Généralités vignette|Bidonville à Delhi (en 1973).|200x200px vignette|200x200px|Bidonville à Jakarta (2004) Selon un rapport sur l'« urbanisation mondiale durable » de 2007 par l'Institut Worldwatch (ONG, organisme de recherche indépendant), alors que la part de l'argent consacrée au logement ou au loyer ne cesse d'augmenter, plus de la moitié des 1,1 milliard de personnes censées s'ajouter à la population mondiale d'ici 2030 (environ 70 millions de personnes supplémentaires par an pour les années 2000) pourrait vivre dans des bidonvilles si l'on ne reconsidère pas les priorités de développement global..

Selon un rapport des Nations unies de , près d'un citadin sur trois habite déjà dans un bidonville.. En Afrique, la croissance de ces quartiers précaires atteint 4,5 % par an« 1,4 milliard de personnes habiteront dans des bidonvilles en 2020 ». Dans les pays développés, 6,4 % de la population totale vit dans des bidonvilles ou des taudis..

Les bidonville-ghettos se retrouvent essentiellement dans les grandes villes d'Asie du Sud et du Sud-Est. Ils sont symptomatiques de ces mégapoles en devenir qui ont pensé l'urbanisation pour leur hypercentre mais n'ont pas pu anticiper ce qui se passerait dans leurs faubourgs. À Jakarta, par exemple, les ONG estiment que chaque année, rejoignent des bidonvilles. À New Delhi, ils seraient . À Manille, Jakarta, Phnom Penh, Calcutta et même Hô Chi Minh-Ville, les zones de précarité ont pris une telle ampleur qu'elles atteignent le centre-ville mais ne jouissent d'aucune des infrastructures disponibles.

Description La majeure partie des bidonvilles, à leur début, sont dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures, écoles, postes de santé…). La pauvreté, la promiscuité, le manque d'hygiène réunissent les conditions de développement de foyers infectieux, pouvant être source de pandémies futures.

De nombreuses associations agissent pour améliorer cette situation et parfois des États, en rendant légale l'occupation des sols, ont investi dans l'infrastructure.

Cependant, dans la majeure partie des pays du monde, la « résorption des bidonvilles » a consisté à repousser toujours plus loin du centre-ville les familles et groupes habitant ces bidonvilles. En dispersant ainsi les personnes, les réseaux de survie, fondés sur les relations entre les gens, se trouvent cassés, rendant plus aléatoire encore la possibilité de se sortir de cette situation.

Dans les pays en développement, la plupart des bidonvilles sont situés en périphérie, mais les habitants cherchent cependant à se rapprocher le plus possible de lieux où ils pourraient trouver du travail.

Impacts sanitaires Les bidonvilles sont des zones bondées, dues à l'exode rural et aux statuts économiques faibles des personnes y résidant qui ne leur permet pas d'avoir un logement classique. La plupart du temps, dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures, écoles, postes de santé...), les bidonvilles sont des foyers infectieux permettant la prolifération de nombreuses maladies. Au commencement, les nombreux ruraux allant vers les villes dans l'espoir d'y trouver un travail, sont souvent accompagnés de leurs animaux de ferme porteurs de maladies alors inconnues pour la ville.

Parallèlement au problème de la surpopulation, les bidonvilles sont majoritairement construits dans des sites dangereux, que ce soit sur le plan géologique ou sur le plan sanitaire. En effet, certains sont construits à flancs de collines et d'autres sur des décharges publiques. Les habitations des bidonvilles sont construites avec des matériaux de récupération tels que la ferraille et le plastique. Ces logements sont très petits et non adaptés aux nombreuses personnes qui y vivent. Cette proximité entre les individus multiplie fortement les risques de propagation des maladies. Outre les maladies infectieuses, les habitants des bidonvilles développent de nombreuses maladies respiratoires telles que l'asthme, en raison de l'absence de fenêtres en nombre suffisant et plus généralement d'ouvertures sur l'extérieur.