alt=|vignette|320x320px|Des femmes et des filles mahoraises posent en groupe. Elles portent le salouva coloré traditionnel de Mayotte et pour certaines un kichali assorti ; leurs bras sont couverts par un body en coton. Elles sont maquillées, mais seules la femme de droite et les jeunes filles ont des motifs sur le visage, tracés avec du msinzano.

La culture de Mayotte est issue de croisements de populations depuis des siècles, elle est le résultat d’un métissage très riche, avec pour creuset principal la culture swahilie. Ce mélange se reflète dans la musique, le chant et la danse. L’île possède une grande tradition musicale et chorégraphique liée à la culture arabo-musulmane. La musique est un moyen d’exprimer des sentiments forts mais aussi un moyen de vivre sa foi.

Plusieurs cultures se côtoient à Mayotte, mais la culture mahoraise (d'inspiration swahilie) qui concernait il y a quarante ans 60 % de la population s'est imposée progressivement sous une forme syncrétique à l'ensemble de la population locale. Il reste toutefois dans le sud de l'île des isolats d'une seconde culture malgache, fortement marquée cependant par la culture mahoraise au point de n'être difficilement discernable qu'au regard avisé. Enfin, la culture française comme d'une manière générale, la civilisation occidentale moderne imprègne de plus en plus la culture locale.

Langues et peuples

Le français est la seule langue officielle. Mais il n'est pas ou peu connu des personnes âgées originaires du monde traditionnel de l'île. Celles-ci, ainsi que la plupart des plus jeunes, maîtrisent une langue africaine bantoue, le shimaoré (dialecte du kiswahili), ou une langue d'origine malgache, le kibushi (dialecte du sakalava), parler vernaculaire du sud au nord ouest de Mayotte. Ces deux langues varient légèrement d'un village à l'autre sous l'influence d'autres dialectes de la région. Le shimaore est de facto la lingua franca indigène pour un usage au quotidien, notamment dans les médias. Il diffère légèrement des langues parlées aux Comores, la plus proche étant le shindzuani (parlé à Anjouan) et la plus éloignée, le shingazidja de Grande Comore, plus proche du kiswahili classique de la côte est-africaine. Tous les dialectes comoriens sont représentés à Mayotte, dans les populations immigrées, avec une nette prédominance du shindzuani.

On estime que l'illettrisme en français concernait en 2000 environ 35 % des hommes et 40 % des femmes. L'Alliance française œuvrait pour sa promotion, engagée dans diverses activités culturelles émancipatrices comme les arts martiaux, avant la départementalisation. Toutefois, cet illettrisme français est aussi causé par une piètre familiarité avec l'alphabet latin. L'illettrisme en arabe est moindre car la langue et l'alphabet arabes sont enseignés avec assiduité dans les madrassas. Toutefois, depuis la dernière décennie, de gros efforts sur l'instruction ont été menés par l'État, ce chiffre a donc constamment baissé et l'illettrisme ne concerne qu'une certaine catégorie de la population relativement âgée.

Cultures traditionnelles thumb|Mausolées shirazi de Tsingoni, ces tombes royales, qui datent probablement du , sont similaires aux sépultures à dôme de l'archipel de Lamu, l'un des cœurs de la culture swahilie.

La culture mahoraise, proche de la culture comorienne, est historiquement une subdivision méridionale de l'importante Culture swahilie, ensemble culturel africain d'origine bantoue et d'influence indienne et arabo-musulmane, présent sur toute la côte est-africaine et une partie des îles de l'océan Indien occidental (région anciennement appelée ), et dont la principale unité politique historique fut au le grand sultanat de Mascate et Oman (qui deviendra le sultanat de Zanzibar fin , auquel les îles des Comores n'appartinrent cependant jamais formellement). Les Comores constituent toutefois une région satellitaire de cet ensemble culturel - d'où le fait que le shimaoré est linguistiquement légèrement éloigné du kiswahili continental -, marqué par de nombreuses autres influences fortes comme les cultures malgache (très importante à Mayotte, nettement moins aux Comores), persane, indienne ou bien sûr française (la France n'ayant jamais possédé d'autre colonie dans l'aire culturelle swahilie), notamment par le biais des échanges de plus en plus intenses avec la Réunion.

La culture mahoraise est aussi proche de la culture sakalave (Nord Ouest de Madagascar). Le kibushi, langue d'origine malgache, est la langue maternelle d'environ 30 % de la population, Mayotte représentant ainsi le territoire le plus occidental de l'aire linguistique et culturelle austronésienne. Des travaux archéologiques récents ont démontré la présence historique de ces traditions dès le , et encore au dans les sépultures (Accoua et civilisation de Dembeni), ou dans les objets du quotidien.. De même, des travaux en génétique botanique ont démontré l'origine asiatique et non africaine des plantes cultivées importées anciennement à Mayotte. Enfin, plusieurs travaux en ethnologie ont démontré que l'organisation collective traditionnelle de la société mahoraise, reposant sur la mère, le rôle dominant de l'oncle maternel (Zama), les principes d'une société égalitaire sont bien plus proches de la société sakalave, malgache que de la société des autres îles de l'archipel des Comores.

La société mahoraise traditionnelle est clairement matriarcale. : la mère définit la famille et son lieu de résidence.. La femme a un rôle déterminant, des tâches économiques de base à la politique en passant par la vie associative. Selon Faouzia Kordjee, présidente et fondatrice de l'Association départementale pour la condition féminine et aide aux victimes, .. Il est souvent considéré sur l'île aux parfums qu'une femme à tout âge ne peut que s'épanouir ou aller vers le succès de ses diverses entreprises, alors que l'homme a atteint sa plénitude à son mariage. À Mayotte, il convient de distinguer le mariage civil, le mariage religieux (mafounguidzo) et le (manzaraka), réservé aux plus fortunés car demandant d'organiser des festivités très codifiées pour plusieurs centaines de personnes. À cette occasion fort coûteuse pour la gent masculine si l'on veut respecter la tradition, la femme reçoit cadeaux et bijoux, si possible en or, qu'elle portait jadis pour afficher son statut social., ainsi que d'importantes sommes d'argent qui lui permettent d'établir son foyer. L'autorité de la mère, possédant biens et maisons, forte d'avoir élevé ses enfants et assemblé sa parentèle ou sa descendance, pouvait chasser ou sauver son conjoint lorsque les critères sociaux, communément constatés par la communauté villageoise, avaient confirmé la déchéance maritale. D'une manière générale, c'est l'autorité de l'épouse active qui protège sur ce plan mari et foyer. Il va de soi que l'importance de la sœur d'un mari jouait un rôle crucial en cas de dispute familiale, au cas où celle-ci avait un rang au moins similaire à sa belle-sœur.

La plus célèbre danse traditionnelle mahoraise est le debaa, sorte de rencontre sous forme de chant et de danse religieux. Les femmes vêtues de chatoyants lambas aux motifs similaires, et assemblées d'après des critères d'appartenance à une même petite communauté forment un chœur lancinant, laissant aux hommes l'apport musical rythmé. Ainsi s'organise une forme de rivalité chorégraphique entre villages.

Parmi les nombreuses musiques et danses traditionnelles de Mayotte, on compte aussi le mbiwi (réservée aux femmes et aux cérémonies), le madjilisse (chant religieux des hommes d'âge mûr), le ngoma nyombé (sorte de corrida locale en musique, avec un zébu attaché), le wadaha (danse féminine exhibant la maîtrise des outils de cuisine), le chigoma (danse de mariages), ou encore le murengué (danse martiale proche de la capoeira)..

Traditions masculines et jeux virils d'autrefois thumb|Un banga à Mtsamoudou. thumb|Défilé à l'occasion d'un grand mariage en 2019.

Traditionnellement, les jeunes hommes après l'adolescence quittent la case familiale ou maternelle et construisent des bangas, petites maisons éphémères dont le toit était autrefois en bois, en bambou ou en raphia et feuille de cocotier et qui leur permettent de s'initier à la vie adulte en y invitant des fiancées potentielles.

Un homme marié trouve à ne pas perdre son prestige en aidant ses neveux (tradition de la ) : ainsi le meilleur pédagogue des techniques traditionnelles conservait un statut particulier au sein de sa famille et de sa communauté. . Ce sont traditionnellement les femmes qui possèdent les maisons à Mayotte, aussi le banga constitue le seul moment dans la vie d'un mahorais où il est principal responsable d'une maison : une fois marié, il s'installera chez sa femme, dans une maison construite par la belle-famille (mais à l'aide de la généreuse dot maritale).

Le moringue ou mouringué, analogue à la capoeira brésilienne, était pratiqué, jusqu'à la fin des années 1980, entre villages rivaux. Il a actuellement presque disparu, même si des séances improvisées peuvent encore avoir lieu à M'Tsapéré.. On peut encore avoir l'occasion d'assister au moringue mahorais durant le mois de ramadan : au coucher du Soleil, après avoir bien mangé, des gens se regroupent sur la place publique, tapent sur les tam-tam et pratiquent le moringue. La seule différence avec la capoeira est que cette dernière se rapproche d'arts martiaux alors que le moringue n'a strictement aucun enseignement ni règle réellement définie. Il existe cependant quelques interdits, notamment celui des coups de pied, ou l'obligation de combattre à mains nues, et auparavant chacun des deux protagonistes pose son pied sur celui de l'autre et vice versa, empêchant ainsi la fuite. La rancune reste interdite une fois le combat fini et en dehors de celui-ci. S'il doit y avoir vengeance, celle-ci se fera à un prochain mouringué, ou lors du même moringué. Mais le moringue est considéré par les Mahorais comme un jeu. Il est et reste aussi un moyen de règlement d'éventuels différends. C'est aussi un moment de convivialité : les lutteurs deviennent très souvent amis après la lutte, où gagnant et perdant ont tous deux montré leur courage.

Auparavant, le moringué se faisait entre villages voisins, et, peu importe la distance, on se déplaçait à pied. Des mouringués se font aussi tout autour de l'île et des invitations orales convient tout le monde à rejoindre le lieu-dit. Un lutteur ne peut défier plus d'un adversaire en même temps, le nombre de combats n'est pas limité.

Soins et habits féminins traditionnels thumb|Danseuses de Debaa en tenue de salouva en 2018. thumb|Autre ensemble. Le vêtement traditionnel mahorais, s'appelle le « salouva ». Il se compose de deux parties : pièce de tissus nouée au niveau de la poitrine. et qui tombe à hauteur des chevilles, et le kishali, un châle porté sur les épaules qui sert aussi pour recouvrir la tête. Tous deux sont normalement décorés et colorés, et le plus souvent assortis. L'ensemble servait autrefois de signes de reconnaissance communautaire, et est encore utilisé comme tel lors des fêtes et des spectacles de chant. C'est un habit traditionnel qui est à la fois conforme à la pudeur musulmane, mais suggère suffisamment le corps pour être aussi un vecteur de séduction.. Si le salouva proprement dit est typique de l'archipel des Comores (avec des différences pour chaque île), les femmes portent aussi volontiers des habits inspirés des nombreuses racines culturelles de Mayotte : on voit souvent le sari indien, mais aussi plus rarement le caftan arabe, et parfois le boubou africain.