Jiří Melantrich d'Aventin (tchèque : Jiří Melantrich z Aventina ; né Jiří Černý Rožďalovický ; vers 1511 à Rožďalovice – à Prague) était un important imprimeur et éditeur tchèque de la Renaissance.
Jiří Melantrich d’Aventin est un imprimeur et éditeur pragois de la Renaissance. Il a développé son imprimerie pour en faire une maison d'édition de taille européenne. La base de son activité était la publication de la Bible, et sa Bible de Melantrich, qui connut plusieurs éditions, était la traduction tchèque la plus répandue dans la seconde moitié du . Utraquiste, il publia un large éventail d'œuvres religieuses pour le public catholique et luthérien, The Oxford Handbook of the Protestant Reformations, Oxford University Press, 2016, de la littérature humaniste et de la poésie latine. Sa collaboration avec le médecin et botaniste italien Pietro Andrea Mattioli, pour son herbier eut un large retentissementHoward Louthan, Graeme Murdock, A Companion to the Reformation in Central Europe, éditions Brill, 2015. Son atelier a également produit des manuels et des dictionnaires, des ouvrages juridiques et de la fiction. Membre du conseil de la Vieille Ville pragoise, il fut anobli en 1557, reçut le nom d'Aventin et un blason. Lors de la Renaissance nationale tchèque des et s, son rôle pour la diffusion du tchèque fut souligné et rappelé : il publia en tout près de 260 textes en tchèqueMarina Dmitrieva, Karen Lambrecht, Krakau, Prag und Wien: Funktionen von Metropolen im frühmodernen Staat, Franz Steiner Verlag, 2000.
Jeunesse Il est né Jiří Černý probablement en 1511 dans une famille utraquiste de Rožďalovice, près de Nymburk, aujourd'hui en Bohême-Centrale.
En 1534, il était bachelier à la faculté des arts de l'université Charles de Prague. On suppose qu'il a ensuite étudié à Wittemberg où enseignait Philippe Mélanchthon. C'est à cette époque qu'il changea de nom de famille et opta pour Melantrichos (brun, en grec), de tels phénomènes, comme la latinisation des noms, étant fréquents à l'époque.
Il n'a pas pu être prouvé qu'il ait rencontré Sigismund Gelenius, qui travaillait pour l'imprimerie de Johann Froben à Bâle. Il est par contre établi qu'il vivait en 1545 à Prostějov, pendant le règne de , et qu'il publia dans l'atelier de Jan Gunther le livre Doktora Urbana Rhegia rozmlouvání s Annou, manželkou svou (Conversation du docteur Urbanus Regius avec sa femme Anna), un ouvrage religieux.
1545-1549 En 1545 ou 1546, il s'établit à Prague, qui connaissait alors un essor économique important, et travailla pour l'imprimerie Severin-Kamp, en activité depuis 1488 et qui avait résisté à une période de crise dans les années 1520, donnant deux éditions de la Bible en 1529 et 1537, la . En 1544, il y avait une dizaine d'imprimeurs à Prague, et leur nombre continuait d'augmenter.
Melantrich fit venir de Moravie du matériel d'impression et publia une traduction en tchèque d'un nouveau livre d'Urbanus Regius, son catéchisme.
Après l'échec de la révolte de la diète des États de Bohême en 1547, troisième révolte sous les Habsbourg après la guerre des Communautés de Castille (1520-1522) et la Révolte de Gand de 1539, Ferdinand instaura une interdiction de publier des livres. Melantrich rejoignit donc l'atelier du vieillissant Marcel Černý, traduction de Eurydice Antolin, La traduction des textes religieux, dans Histoire de la traduction en Europe médiane qui, parce qu'il était catholique, était resté fidèle au monarque et échappait donc à l'interdiction de publier : officiellement employé, il était officieusement un partenaire à part entière, et le travail des deux peut être nettement distingué, notamment grâce à la typographie. Il publia des textes de Ferdinand Ier relatifs au soulèvement, ainsi qu'un texte religieux catholique, Testamentové a neb kšaftové dvanácti patriarchův (Testaments des douze patriarches). Néanmoins, il se préparait intensément à ce qui allait devenir en 1549 la Bible de Melantrich.
1549-1554 Si publier la Bible en tchèque à partir du latin et de la Vulgate pouvait s'avérer lucratif et prestigieux, cela nécessitait beaucoup de travail et des ressources financières importantes, et donc un mécène, car il était alors impossible de contracter un prêt pour un tel projet. C'est probablement Netolický qui a fourni l'argent, et c'est aussi probablement lui qui a obtenu du monarque le privilège d'imprimer cette Bible pendant 10 ans, dont la traduction avait été revue par . Melantrich tira de cette publication un profit respectable, et l'impression de Bible allait devenir un des piliers de son entreprise.
En 1552, Melantrich avait publié 17 autres titres qui, en dehors du Nouveau Testament, avaient eu une portée plus réduite, mais il reprend l'imprimerie de Netolický et devient indépendant. Or, depuis 1950, les privilèges n'étaient plus accordés aux livres, mais aux imprimeurs, et Melantrich avait pu acheter ce privilège à son ancien partenaire. Il déménagea de la Malá Strana pour aller dans la Vieille Ville, où il avait obtenu des droits civiques.
À cette époque, il publiait aussi des calendriers de saignées, des recueils de pratiques paysannes et dictons météorologiques, des livres de prières et un nouveau livre d'Urbanus Regius.
1554-1561 vignette|gauche|Vignette utilisée par Melantrich, comme les suivantes.
Il se maria en 1554 mais son épouse mourut peu après. Il se maria de nouveau l'année d'après et délaissa l'imprimerie pour sa maison, où des travaux de rénovation l'attendaient. Il noua aussi des liens avec ou Tadeáš Hájek. Il eut aussi des contacts importants avec Ferdinand de Tyrol.
Melantrich publia sa deuxième édition de la Bible le : il y mit beaucoup d'énergie car le privilège expirait en 1559. Les seules nouveautés étaient une nouvelle page de titre et un nouveau signet. Immédiatement après l'impression de la Bible, il s'attela à d'autres ouvrages, comme les sermons de . Les recueils de poésie étaient petits peu nombreux mais d'une grande qualité typographique. L'un de ces recueils concernait le mariage de Guillaume de Rosenberg en , et ce n'est pas forcément un hasard si ce dernier soutint la publication d'un livre sur Le Livre de Ben Sira le Sage écrit par et traduit par Tomáš Rešl.
À la mi-, Melantrich reçut les armoiries et le nom de famille d'Aventin, qui fait référence à l'Aventin romain, l'une des sept collines de Rome, où se trouvait la première bibliothèque publique. Le , il devient conseiller municipal de la Vieille Ville, charge qu'il exercera jusqu'en 1579, mis à part une interruption entre 1560 et 1565.
Dans le domaine de l'édition,Melantrich campe sur ses petits formats, comme pour le Nouveau Testament, et sur l'in-octavo pour les évangiles et les épîtres. Il continuait aussi à publier les calendriers pous les saignées, les almanachs et les actes du
1561-1564 vignette|gauche
En 1561, en plus de ses publications habituelles et d'une troisième édition de sa Bible, il mit sous presse de Pierandrea Mattioli qui contient ses lettres à des patients importants. Mattioli était à Prague depuis 1554 en tant que médecin personnel de Ferdinand de Tyrol, et cet ouvrage permet de révéler des découvertes médicales importantes. C'était un projet de prestige qui incita Melantrich à réaliser un nouveau signet qui reprenait une devise locution latine nec igni cedit nec ferro (« il ne cède ni au feu ni au fer »). Pour ce livre, il fut aussi récompensé par des droits seigneuriaux.
Immédiatement après, Melantrich a commencé à travailler sur une autre œuvre de Matthiolis, aujourd'hui bien plus connue, son herbier, Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis, paru en 1544. L'édition tchèque a été achevée en 1562. C'était la première édition tchèque du livre, qui à l'époque était déjà connu dans toute l'Europe. Par rapport aux éditions précédentes, le livre a été élargi et révisé par l'auteur. L'initiateur de l'édition était probablement Ferdinand de Tyrol, qui a manifestement soutenu la préparation et l'impression. Cependant, toutes les personnes concernées, y compris Melantrich, ont été impliquées dans le financement. En raison notamment de plus de 200 grandes gravures sur bois réalisées avec minutie, le projet était encore plus exigeant que sa première édition de la Bible. Tadeáš Hájek l'a traduit en tchèque et en allemandUniversité de Liège : https://donum.uliege.be/handle/2268.1/1073?locale=fr, et l'édition presque simultanée des versions tchèques (1562) et allemandes (1563) a couvert l'ensemble du marché du livre en Europe centrale. L'édition tchèque a été vendue dans les pays de la Couronne de Bohême et en Pologne, l'édition allemande a été vendue en Allemagne, en Autriche et dans d'autres régions germanophones
À cette époque, le commerce du livre n'était pas encore développé. Les livres ont été vendus non reliés directement dans les bureaux des officiers et sur les lieux des foires, notamment la Foire du livre de Francfort, à laquelle Melantrich a assisté. Une grande partie des livres étaient également vendus par des relieurs.
En cette année 1962, Melantrich a aussi sorti des manuels de latin, dont la grammaire latine de Philippe Mélanchthon : avec 19 titres, ce fut sa plus grande production annuelle.
En 1563, en plus de ses productions habituelles, il publia entre autres un ouvrage de et surtout un texte d'Érasme originellement paru en 1534, Erasmi Roterodami Liber cum primis pius, De præparatione ad mortem (Livre d'Érasme de Rotterdam, dans lequel chaque chrétien reçoit un enseignement sur la façon de se préparer à la mort), avec des gravures de Hans Holbein le Jeune. Le texte ayant été traduit par Popel von Lobkowitz, censeur depuis 1547, ce qui permit de caviarder les scènes satiriques et anti-catholiques et d'être publié sans difficulté.
L'ouvrage le plus important de Melantrich en 1564 est le livre Práva a zřízení zemská království Českého (Les droits et l'ordre régional du royaume de Bohême) de Wolf z Vřesovic, qui décrit la constitution juridique et politique de la Bohême de l'époque.
1564-1570 vignette|gauche
Après 1564, il y a une rupture dans la production de sa maison d'édition : seuls les titres habituels et les rééditions étaient publiés. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène. D'abord son âge (53 ans), ensuite son travail au conseil municipal, et le fait qu'il ait acquis une nouvelle demeure dans la Vieille Ville, qui fut ensuite connue sous le nom de et qui fut détruite à la fin du XIXe siècle.
Une autre raison est que l'archiduc a quitté Prague pour le château d'Ambras dans le Tyrol. Prague avait donc perdu son caractère de siège royal, ce qui dura jusqu'à la mort de Rodolphe II. Les personnalités importantes et les humanistes avaient donc plus de chance d'être attirés par la cour de Maximilien II à Vienne.
En 1565, il publia un texte de Jérôme Savonarole qui connut ensuite deux rééditions, Sept beaux sermons réconfortants. Un autre livre s'est bien vendu : Chronique d'Hercule de Sigmund Antoch von Helfenberg, un mathématicien. Dans son catalogue, Melantrich avait presque tous les livres populaires de l'époque : Testaments des douze patriarches, Theriobulia de Jan Dubraw, Alexandreis, Till l'Espiègle, , Salomon et Marcolf, Mélusine, Roman des sept sages, Pyrame et Thisbé et Bruncvík. Comme autre succès, on peut citer un guide de conversation allemand-tchèque (et vice-versa) d'Andreas von Glatau qui fut réimprimé jusqu'au XVIIe siècle.
Après 1570 vignette|gauche