vignette|Manuscrit d'hippiatrie arabe daté de 1670, vraisemblablement d'origine égyptienne, détaillant les noms des parties du corps du cheval.|alt=Dessin de cheval noir avec une liste de noms calligraphiés en arabe autour de lui.
Le cheval arabe, que ce terme désigne la race Arabe au sens strict, ou tous les chevaux élevés par les peuples musulmans, est l'équidé le plus présent et le plus célébré dans la culture humaine.
La culture musulmane voue une quasi-vénérations à ces chevaux, dont la création est racontée dans des textes canons du Coran et dans des hadîths mettant en scène Ismaël et le roi Salomon. La poésie arabe, en particulier, accorde aux chevaux une position centrale, à travers de nombreuses métaphores qui le comparent au vent et à d'autres éléments naturels, mettant en valeur sa vitesse et sa bravoure au combat.
Les chevaux du monde musulman inspirent aussi des oeuvres d'art européennes orientalisantes, ainsi que les romans et films américains de L'Étalon noir, évoquant un foisonnant imaginaire lié au désert.
Contextualisation
vignette|Mamelouk guidant son cheval par Carle Vernet, fin .|alt=Peinture d'un homme en costume arabe tenant son cheval face à lui, vu de profil.
La culture musulmane se caractérise par le respect et l'amour, proches d'une vénération, qui y sont portés au cheval, un animal considéré comme nobleMikhaïl Piotrovski, « Le respect du cheval » dans .. Pour la en littérature comparée Bernadette Rey Mimoso-Ruiz, cette noblesse découle, d'une part, de sa fonction de marqueur social pour l’aristocratie bédouine, et d’autre part, de son rôle religieux, à l'exemple du Bouraq qui permet le voyage nocturne de La Mecque à Jérusalem et l'ascension vers le Paradis. D'après le docteur en littérature Ahmed Chaouki Binebine (Palais royal de Rabat), l'écriture arabe classique dispose d'un champ lexical de plus de 500 mots pour décrire les concepts liés aux chevaux, allant de pair avec l'intérêt précocement porté à leur généalogie.
Les nuances de la pensée arabe, dans laquelle s'entremêlent mythologie, légendes, faits et poésie, sont notoirement difficiles à comprendre et à appréhender par la pensée européenne.
Si le cheval fait partie intégrante de cette culture arabe dès les temps pré-islamiques, c'est surtout durant les cinq premiers siècles après l'hégire qu'il inspire un grand nombre d'oeuvres littéraires. Les plus anciennes relèvent de la lexicographie et de la généalogie, à travers les Kutub al-khayl (« Livres des Chevaux ») qui recensent des noms de chevaux célèbresAnnie Vernay-Nouri, « Chevaux et pratiques équestres dans les manuscrits arabes » dans .. D'autres relèvent de la furûsiyya (art de l'équitation de guerre) ou d'œuvres qui, typiquement, débutent par des citations du Coran et des hadîths, et se poursuivent par des connaissances vétérinairesAnnie Vernay-Nouri, « Chevaux et pratiques équestres dans les manuscrits arabes » dans .. L'art équestre islamique prend forme à partir du . L'écrivain et politicien égyptien Wacyf Boutros-Ghali (1878–1958) décrit une Tradition chevaleresque des Arabes qu'il compare à la chevalerie européenne, en prenant pour bases les mœurs et coutumes, l'ascendance ancestrale et morale, l'estime pour les femmes, les chevaux et les armes, et surtout l'honneur..
Durant la majeure partie de leur histoire, les pasteurs cavaliers du monde musulman ne distinguent pas leurs chevaux par race, mais par usage : les chevaux de moindre valeur fournissent du portage, du lait et de la viande ; seuls les meilleurs animaux servent à l'équitation. Parmi ceux-ci, l'élite est constituée des chevaux de chasse et de razzia.
Le lendemain du 11 septembre 2001, le Koweïtien Suleiman Abu El Ghayt, porte-parole officiel d’Oussama ben Laden, emploie l'image des « Chevaux de Dieu », présente dans un hadith, pour désigner le djihad durant une allocution diffusée sur Al Jazeera :
Valorisation culturelle de la race
vignette|gauche|Silhouette d'un cheval arabe en Égypte.|alt=Silhouette de cheval sur coucher de soleil.
En termes de sémantique dans le monde occidental, et ce aussi bien en anglais qu'en français., le mot se réfère soit à une personne humaine parlant la langue arabe, soit à une race de chevaux, qui incarne un aspect vital dans la culture humaine du même nom.. Selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), la plupart des dictionnaires généralistes des emploient le mot « arabe » par ellipse pour désigner le « cheval arabe ».
Cette race Arabe évoque le désert et le mythe. Elle est très souvent qualifiée de par différents auteurs, une réputation que confirme l'expansion de son élevage.. Pour la en biologie Elissa J. Cosgrove, .. Cette influence supposée sur la race du Pur-sang (réfutée désormais par les études en génétique) constituait un dogme universellement admis à la fin du et au début du , le Pur-sang étant perçu comme le seul descendant « pur » de l'Arabe.. L'éleveuse de chevaux Lady Wentworth insiste fortement sur ce concept de « pureté du sang », dressant ainsi un parallèle entre l'aristocratie anglaise et cette race de chevaux.
L'anthropologue Christoph Lange analyse la sélection de la race de l'Arabe égyptien comme résultant d'une construction culturelle et sociale entre des investisseurs américains et européens, qui ont décidé de ce qu'un Pur-sang arabe pur égyptien et devrait être..
Littérature religieuse
vignette|Texte de la sourate du Coran, Al-Adiyat, d'après une édition datée de 1874|alt=Page d'un manuscrit calligraphié en arabe.
Le cheval est rapidement intégré à la mythologie islamique. Le Coran et les hadîths mentionnent des chevaux à plusieurs reprises, en accordant une importance considérable au cheval de bataille, comme en témoigne la sourate, Al-Adiyat, où Dieu prend les chevaux à témoin de l'ingratitude des HommesFarouk Mardam-Bey « Le cheval dans le Coran et dans le Hādith » dans .. Le rôle des chevaux et des ânes est explicité dans la sourate An-Nahl (Les Abeilles ; 16:8) :
Le Prophète inclut explicitement les beaux chevaux au nombre des biens dont les Musulmans se doivent de jouir.
Les hadîths incitant les Musulmans à élever des chevaux revêtent, selon l'historien franco-syrien Farouk Mardam-Bey, une importance historique particulière, dans la mesure où ils se traduisent par la constitution d'une cavalerie à l'origine de nombreuses victoires militaires. Il estime aussi que le hadîth suivant est resté particulièrement célèbre :
Abdullah ibn Abbas cite un hadith selon lequel Dieu a demandé aux hommes s'ils préfèrent le cheval ou le Bouraq ; ils ont choisi le cheval.
Domestication par Ismaël D'après Farouk Mardam-Bey, les traités d'hippologie arabes citent, presque sans variation depuis celui d'Hicham ibn al-Kalbi (737-819), qui cite lui-même Abdullah ibn Abbas (619-687), la même origine légendaire du cheval domestiqué et monté par IsmaëlFarouk Mardam-Bey, « L'origine légendaire du cheval arabe » dans .. Dieu fit sortir pour lui 100 chevaux de la mer, qu'Ismaël apprivoisa et fit se reproduire entre eux. Ibn Abbas conclut cette histoire par le fait que ces chevaux furent nommés ′irâb, soit « arabes ».
Les chevaux du roi Salomon Une autre origine légendaire citée dans les textes canoniques implique le roi Salomon, maître de mille chevaux hérités de son père le roi David, et venus notamment d'Arabie. Salomon donne son célèbre étalon Zâd-er-Râkib () à la tribu Banu Azd, venue d'Oman pour lui payer son tribut. Cet étalon légendaire permet à chaque expédition de chasse d'être couronnée de succès, devenant l'ancêtre de l'étalon Al-A'waj.
Récits non-canoniques
vignette|Le Prophète à la bataille de Badr, d'après le Siyer-i Nebi, .|alt=Dessin d'une armée, des cavaliers et chevaux au premier plan, un homme surélevé dont le visage n'est pas dessiné, près d'un ange.
Il existe d'autres récits légendaires, qui ne figurent pas parmi les six corpus canoniques. Ce récit est cité comme étant un hadîth du Prophète, entre autres dans le Nâçerî, et figure dans Les Chevaux du Sahara :
La légende des cinq juments (Al Khamsa), bien que souvent racontée parmi les amateurs de chevaux arabes, constitue un récit tardif d'origine populaire et très postérieure à la fondation de l'Islam... Certains éleveurs affirment que les montures modernes des Bédouins descendent de ces juments..
Selon cette légende, le prophète de l'Islam a choisi les juments fondatrices de la race pour leur courage, leur résistance et leur loyauté. Il existe des variantes dans le récit, mais l'une des plus communes raconte qu'après un long et pénible voyage à travers le désert, le Prophète dirigea sa harde de chevaux assoiffés vers une oasis. Tous les animaux se mirent à galoper en désordre vers le point d'eau, quand il leur donna l'ordre de revenir vers lui. Seules cinq juments répondirent à son appel. Pour les récompenser de leur loyauté, il fit de ces juments ses favorites, et les nomma Al Khamsa ar Rasul Allah (« les Cinq du Prophète de Dieu »)..
Ces juments devinrent les cinq fondatrices des cinq premières lignées du cheval Arabe.. Au , les éleveurs de chevaux de Dongola (notamment Nubiens) affirment que cette race descend elle aussi de l'une des juments sacrées du Prophète et de ses compagnons..
Poésie La poésie arabe est l'une des plus riches au monde. L'orientaliste et islamologue Mikhaïl Piotrovski estime qu'. D'après le en littérature arabe Samir Pourianpour, les descriptions de chevaux font appel à un vocabulaire visuel extrêmement varié, et à de nombreuses références à l'origine arabe de ces animaux.
La poésie pré-islamique aborde déjà la question de l'origine du cheval. Selon Farouk Mardam-Bey, les bédouins jâhilites (pré-islamiques) lui prêtent attention en raison de sa place dans leur mode de vie, avec . Les thématiques majeures en sont la noblesse des origines, la beauté et la rapidité du cheval. Un canon esthétique est évoqué dans les ouvrages publiés aux , notamment la finesse du bout du nez et de la bouche, associée à des naseaux larges. Des métaphores le comparent à l'eau, et à l'oiseau. Ces poèmes peuvent être difficiles à traduire en langue française :
Imrou'l Qays compare aussi le cheval à un rocher dévalant un torrent, pour souligner à la fois son impétuosité et sa solidité. Al-Nābiġa al-D̠ubyānī associe la rapidité de Salomon sur ses ennemis à sa monture, qui . Les chevaux sont décrits comme n'obéissant qu'à leurs maîtres.
La majorité des poèmes louent les qualités du cheval pour la guerre et la chasse, plus rarement pour la course. Ces poèmes inspirent à leur tour des textes en prose et des encyclopédies mameloukes. À l'époque d'Aboû Nouwâs, le cheval arabe jouit d'un prestige important, et se forme par croisement entre différentes souches de chevaux présentes sur les territoires du califat islamique. Ce poète liste longuement les activités qui font souffrir ou qui avilissent le cheval, au besoin par l'ironie.
Métaphores liées au vent De nombreuses métaphores arabes comparent le cheval au vent, en premier lieu le récit de sa création par Dieu à partir d'une poignée de vent. Aboû Nouwâs décrit le « cheval de vent », comme étant celui à l'encolure fine, tendue pour la course. Le vétérinaire marocain Yassine Jamali cite le surnom fréquent de ou donné à l'époque coloniale aux chevaux d'Afrique du Nord, dans les régions bordant le Sahara, notamment par l'émir Abdelkader ibn Muhieddine, qui leur accorde sa préférence :
Cette expression est citée dans un poème algérien, paru en 1864 :
Dans de nombreux ouvrages vulgarisés et/ou illustrés..., ainsi que dans des romansPar exemple dans ., l'expression « Buveur de vent » désigne la race Arabe.
Iconographie musulmane Les représentations figurées d'êtres vivants sont globalement rares dans le monde musulman, qui privilégie la calligraphie et les représentations géométriques..