La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro est une comédie en cinq actes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais écrite en 1778, lue à la Comédie-Française en 1781, donnée en privé le dans la maison de campagne de Gennevilliers du comte de Vaudreuil..
Représentation La première représentation officielle publique n'eut lieu que le au théâtre François., après plusieurs années de censure..
Réception Ce fut un triomphe, un événement, et l'occasion de polémiques. 68 représentations suivirent en huit mois. La comédie contenait également de la musique (airs chantés ou pièces instrumentales), composée par Antoine-Laurent Baudron, et des ballets chorégraphiés par Jacques-François Deshayes. Le public n’est sorti du spectacle qu’à dix heures et demie, heure indue à cette époque. Enfin, Figaro était représenté et, comme l’a écrit Charles Nodier, la Révolution était faite.
Historique Chef-d’œuvre du théâtre français et universel, la pièce est considérée, par sa dénonciation des privilèges archaïques de la noblesse et plus particulièrement de l'aristocratie, comme l’un des signes avant-coureurs de la Révolution française.., donc comme une œuvre politique et satire de la société inégalitaire et de la justice vénale d'Ancien Régime. Louis XVI la qualifia et dont . On attribue au révolutionnaire Danton le verdict , et à Napoléon la sentence : .
C'est aussi une œuvre comique au rythme soutenu (la « folie » enfiévrée de la illustre le comique de répétition, de mots ou de gestes : l'huissier glapit, se lève et rassied comme un pantin pour calmer l'audience ; Brid'oison bégaie ; jeu muet des pantomimes ; « God-dam » de la scène 5 acte III) ; le comique de situation d'une pièce à surprises (quiproquos, péripéties cascadantes, coups de théâtre et rebondissements, déguisements, identités échangées) ; le comique de caractère (Brid'oison juge incapable et sot : le procès qu'il anime est une parodie de justice ; Bartholo médecin et avocat pédant, prétentieux, ridicule ; bonne humeur générale de la pièce grâce à la fraîcheur du jeune, sympathique et délicieux Chérubin, aussi grâce aux danses qui animent la représentation : séguedille, fandango).
Cette comédie d'intrigues, de mœurs et de caractères rencontre aussi le drame bourgeois préfiguré par Molière, théorisé par Diderot (où les problèmes de société, les questions d'argent, d'âge et de mariage, les différences entre les classes sociales et les générations., s'enracinent dans la trivialité et le langage de la vie quotidienne, avec un souci de vérité et de réalisme ; de la matérialité de la surgissent la question sociale, le questionnement moral, voire le pathétique). Dans la lignée de Molière, c'est aussi une comédie de maître et de valet, avec un jeu de miroir déformant entre les deux caractères et positions.
Beaumarchais y réintègre en scène les principaux personnages de la première pièce de la trilogie Le Roman de la famille Almaviva, située en Andalousie (sud de l'Espagne), Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile () : le barbier Figaro, devenu concierge du comte, le comte Almaviva et Rosine, appelée maintenant la comtesse. Bartholo, autre personnage essentiel de la première pièce, joue ici un rôle beaucoup plus secondaire.
Une troisième pièce viendra clore la trilogie en 1792 : L'Autre Tartuffe ou la Mère coupable.
Personnages Le comte Almaviva : il joue au jeune premier libertin. Grand d'Espagne, il est aussi Grand Corregidor de Justice d'Andalousie, à Séville. La scène est dans son château d'Aguas-Frescas près de Séville. La comtesse : épouse délaissée du comte, Rosine dans Le Barbier de Séville Figaro : valet de chambre du comte, fiancé de Suzanne Suzanne : première camériste de la comtesse et fiancée de Figaro Marceline : femme de charge. Vieille fille, ancienne amante de Bartholo, en fait la mère de Figaro Antonio : jardinier du château, oncle de Suzanne et père de Fanchette Fanchette : fille d'Antonio et cousine de Suzanne Chérubin : filleul de la comtesse et le premier page du comte. Il est l’amoureux transi de la comtesse. Personnage libertin et plein de vivacité. Bartholo : médecin de Séville ; en fait le père de Figaro (né de parents inconnus) Bazile : professeur de clavecin de la comtesse. Don Gusman Brid’oison : lieutenant de Justice de la ville et juge au tribunal du Corregidor. Double-main : greffier et secrétaire de Don Gusman. Grippe-Soleil : jeune pastoureau. Une jeune bergère : on ne sait rien d'elle Un huissier-audiencier : il ramène le silence à chaque fois que les discussions deviennent trop houleuses. Pédrille : il est le piqueur du comte. Troupe de paysans
Distribution de la création RôleCréation, Le comte Almaviva, corrégidorFrançois-René MoléLa comtesse, sa femmeMlle Saint-ValFigaro, valet de chambreDazincourtSuzanne, caméristeLouise Contat Marceline, femme de charge Mme BellecourtAntonio, jardinierM. Belmont Fanchette, fille d’Antonio Mlle Laurent Chérubin, page Jeanne Olivier Bartholo, médecin Desessarts Bazile, maitre de clavecin Don Gusman, Brid'Oison, lieutenant du siège Préville Doublemain, greffier M. Marsy Un huissier-audiencier M. La Rochelle Grippe-Soleil, jeune patoureau M. Champville Une jeune bergère Mlle Dantier Pédrille, piqueur M. Florence
Argument Acte I vignette|left
Scène première C'est le matin des noces de Suzanne et de Figaro. Celui-ci fait des projets pour aménager leur future chambre, entre celle du comte et celle de la comtesse, Suzanne lui révèle par énigme que le comte lui fait des avances et veut rétablir le droit de cuissage qu'il avait aboli il y a trois ans de cela, pour son propre mariage avec Rosine, devenue la comtesse, dans Le Barbier de Séville.
Scène 2 Figaro, seul, comprend, à la suite de la révélation de Suzanne, la raison pour laquelle le comte voulait l'éloigner du château. Il ne peut cacher son amertume de servir un tel homme et se remémore tout ce qu'il doit faire pour arriver à célébrer ses noces avec Suzanne ce soir.
Scène 3 Bartholo et Marceline arrivent sur la scène. Au passage, Figaro se moque du docteur, qu'il a trompé et volé dans Le Barbier de Séville, et salue Marceline.
Scènes 4, 5 et 6 Marceline, amoureuse de Figaro, demande l'aide de Bartholo pour empêcher la noce, elle veut divulguer le chantage qu'exerce le comte sur Suzanne, ainsi pense-t-elle, Suzanne ne pourra que refuser de céder au comte et ce dernier empêchera le mariage pour se venger. Arrive Suzanne qui se moque de l'âge de Marceline.
Scène 7 Chérubin annonce à Suzanne que le comte l'a renvoyé, il est au désespoir car amoureux de la comtesse, il ne pourra plus la voir, il prend en souvenir le ruban de nuit que Suzanne apportait à la comtesse.
Scènes 8, 9, 10 et 11 À l'arrivée du comte, Chérubin se cache derrière un fauteuil, le comte propose de l'argent à Suzanne pour qu'elle cède à ses avances. Le comte se cache en voyant arriver Bazile. Ce dernier se croyant seul avec Suzanne la rudoie et prétend que Chérubin tourne autour d'elle, le comte se montre et découvre Chérubin caché, il croit à un rendez-vous galant entre Suzanne et Chérubin ! Il en est d’autant plus irrité que Chérubin connaît maintenant tous ses projets… Heureuse diversion : une foule de paysans et de valets envahit la scène, conduits par la comtesse et Figaro. Celui-ci demande au comte de célébrer sur-le-champ l’abandon du droit du seigneur ; celle-là sollicite la grâce de son filleul. Verdict embarrassé du comte : la cérémonie aura lieu plus tard ; quant à Chérubin, il partira pour l’armée, à l’autre bout de l’Espagne. Mais Figaro, discrètement, lui souffle le moyen de rester au château.
Acte II Chez la comtesse. Suzanne informe sa maîtresse, rêveuse et amère, des faits et gestes de Chérubin et du comte. Arrive Figaro, qui expose son plan : pour lui « donner le change », il a fait adresser au comte un billet anonyme l’informant que son épouse doit rencontrer un galant le soir même. Quant à Suzanne, il faut qu’elle fixe un rendez-vous au comte ; mais c’est Chérubin, déguisé, qui s’y rendra. Figaro va donc chercher le page, qui, en tenue d’officier et son brevet à la main (non cacheté, remarque la comtesse), reste avec les deux femmes. Il chante une romance d’adieu à la comtesse aussi émue que lui, et plus encore lorsqu’elle découvre au bras du page le ruban volé, taché de sang par une blessure. Elle le lui reprend, en feignant l’indifférence ; au même moment, le comte frappe à la porte fermée à clé. Chérubin court s'enfermer dans le cabinet de toilette, mais y fait tomber une chaise. La comtesse, plus morte que vive, prétend qu’il s’agit de Suzanne, et le mari jaloux enjoint à celle-ci, évidemment sans succès, de se montrer ; puis il sort avec la comtesse tremblante pour chercher de quoi forcer la serrure, non sans avoir au préalable fermé à double tour la chambre - où Suzanne, par bonheur, a pu se cacher. Elle ouvre donc à Chérubin, qui saute par la fenêtre, et elle prend sa place. Retour du comte et de la comtesse, qui finit par tout avouer et par donner au comte la clé du cabinet. Stupeur : Le comte, penaud, implore le pardon de son épouse, qui, se remettant peu à peu, feint d’avoir voulu punir sa jalousie. Le comte passe sa mauvaise humeur sur Figaro. Catastrophe : le jardinier Antonio arrive avec à la main un pot de giroflées écrasées et le brevet de Chérubin, que celui-ci a perdu dans sa chute. Mais Figaro sauve la situation de justesse : c’est lui, dit-il, qui a sauté par la fenêtre, et a gardé le brevet pour y faire apposer le cachet… Rageusement, le comte vérifie et doit s’incliner. De nouveau une foule envahit la scène, avec Marceline qui vient réclamer ses droits sur Figaro. Bazile, rudoyé par le comte, est dépêché au bourg pour y chercher les gens de justice. Demeurées seules, la comtesse et Suzanne font le point : impossible, désormais, d’envoyer Chérubin au rendez-vous ! C’est donc la comtesse qui, sous l’apparence de Suzanne, ira elle-même.
Acte III La « salle du trône », servant de salle d’audience au Grand Corregidor qui commence à s’énerver fortement. Désarroi du comte, qui se sent joué de tous côtés, il a convoqué Figaro pour tenter, au moins de savoir s’il est au courant de son intrigue avec Suzanne. Tête-à-tête aigre-doux entre les deux hommes, également sur leurs gardes. Figaro se moque du comte (tirade de God-damn (juron anglais qui permettrait de tout régler en Angleterre), couplet sur la politique), qui croit néanmoins l’avoir percé à jour : Mais Suzanne retourne la situation en promettant au comte le rendez-vous tant espéré, en échange de quoi il déboutera Marceline. Hélas ! un mot de trop de Suzanne à Figaro révèle au comte toute la manœuvre, et il décide de se venger : En attendant, Marceline puis Figaro essaient d’exposer leur cas à Brid’oison, le juge assesseur d’Almaviva, bègue et formaliste, dont le nom évoque le fantasque magistrat de Rabelais, Bridoye. Le procès commence. Bartholo, promu avocat de Marceline, et Figaro ergotent longuement sur les termes (et/ou, ou/où…) de la promesse de mariage ; le comte tranche enfin, en condamnant Figaro à payer Marceline ou à l’épouser. En désespoir de cause, Figaro, né de parents inconnus (donc un enfant naturel abandonné, qui en sus de sa condition de valet porte l'humiliation de la bâtardise dans l'ancienne société), se proclame gentilhomme afin d’échapper au verdict. Coup de théâtre : ses se révèlent n’être en réalité que Marceline et Bartholo - lequel refuse obstinément d’épouser la mère de son fils. Marceline profère alors une violente dénonciation de la cruauté masculine, et tombe dans les bras de Figaro, son fils retrouvé. Pour Marceline, les hommes sont ingrats, pervers, lâches, et dominent injustement les femmes ; et le sort des mères célibataires, des , est lamentable. Suzanne, qui arrive avec l’argent donné par la comtesse, se croit trahie, mais le malentendu se dissipe, le comte rage et Bartholo se laisse fléchir.
Acte IV