En France, la préfecture de Police (PP), dirigée par le préfet de police sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, est l'institution responsable de l’ensemble du dispositif de sécurité intérieure sur le territoire de Paris et des départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne ainsi que, les départements de grande couronne. À ce titre, elle commande, gère et coordonne les forces de police et de gendarmerie de sa zone, y compris celles qui ne sont territorialement pas compétentes (par exemple, les subdivisions d'armes de la Gendarmerie nationale, telles que la Gendarmerie des transports aériens, la Gendarmerie de l'air et de l'espace, etc.). Elle a la charge de l'ordre public, qu'elle met en œuvre au travers de ses propres directions de police ou en faisant appel aux gendarmes mobiles, aux forces armées françaises (si nécessaire ou dans le cadre du plan Vigipirate ou de l'opération sentinelle) ou aux compagnies républicaines de sécurité. Elle veille, sur le territoire dont elle a la responsabilité, à animer l'ensemble du dispositif de sécurité intérieure, en particulier l'action des différents services et forces dont dispose l'État en matière de sécurité intérieure, civile et militaire. De même, elle est responsable, dans la capitale, de la délivrance de titres (identité, étrangers, naturalisations, permis de conduire, certificats d'immatriculation, etc.), de la police des débits de boissons ou encore des services vétérinaires et de la répression des fraudes.

La préfecture de Police est chargée, sur l'ensemble de la région Île-de-France et en tant que préfecture de la zone de défense et de sécurité de Paris, de la coordination des moyens de Sécurité civile en France, de sécurité intérieure et la coordination des forces armées françaises ainsi que les organismes interarmées sur la zone de défense et de sécurité Île-de-France. Elle est également responsable de la coordination zonale des préfectures d'Île-de-France en matière d'asile des étrangers. Pour Paris et sa petite couronne, elle assure la direction et le financement de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et dispose de son propre service de déminage, rattaché au laboratoire central de la préfecture de police (LCPP). Compétence particulière à cette institution, elle dispose de son propre institut médico-légal. Enfin, depuis le , le préfet de police a vu sa compétence territoriale étendue aux trois aéroports parisiens (Le Bourget, Orly et Roissy) avec notamment un préfet délégué.

Par ailleurs, depuis le , la préfecture de Police exerce en Île-de-France, en sus des compétences habituelles, celles dévolues aux secrétariats généraux pour l'administration du ministère de l'Intérieur, aux secrétariat pour l'administration, l'innovation et la logistique du ministère de l'Intérieur et ceux du secrétariat de l'achat, de l'équipement et la logistique de la sécurité intérieure, qui sont mises en œuvre au travers des directions et services du secrétariat général pour l'administration de la préfecture de police Article 6 du .

La préfecture de Police ne relève pas organiquement et hiérarchiquement de la direction générale de la Police nationale, qui fut créée par la loi n°66-492 du portant sur l'organisation de la Police nationale.

Elle est une institution à part entière, avec des compétences multiples et rattachée directement au ministère de l'Intérieur. Elle est une des deux préfectures de ce type en France, avec la préfecture de police des Bouches-du-Rhône créée en , aujourd'hui préfecture de police déléguée des Bouches-du-Rhône.

Le préfet a donc des missions de police active (DPJ-PP, DRPP, DSPAP, DOPC, etc.) et est aussi préfet de la zone de défense et de sécurité de Paris. Il dirige dans ce domaine l'action des préfets des départements de la région parisienne. À cela s'ajoutent ses compétences administratives qui sont celles d'une préfecture de droit commun (police administrative, délivrance de titres, police divers, etc.) ainsi que des établissements ou directions rattachées (DDSV, LCPP, infirmerie psychiatrique, institut médico-légal, hôpital des Gardiens de la Paix, Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, etc.).

Historique

Origines vignette|upright|Musée de la préfecture de Police, Paris. Salle consacrée à Alphonse Bertillon. vignette|Citation à l'ordre de la Nation et Ordre national de la Légion d'honneur de la préfecture de Police. Héritière du guet, la police parisienne est sous l'autorité de l'État à partir de Colbert et du lieutenant-général de police Gabriel Nicolas de La Reynie, et ce jusqu’à la Révolution. vignette|Le 36, quai des Orfèvres est l'ancien siège de la Direction régionale de la police judiciaire de Paris. vignette|Plaque dans une cour de la préfecture célébrant la reddition des troupes allemandes en 1944.

Napoléon Bonaparte crée la fonction de préfet de police par la loi du 28 pluviôse an VIII () et par l'arrêté du .. Quelques jours après son coup d'État, il rattache ainsi au pouvoir central les missions de police générale qui relevaient auparavant de la Commune de Paris avant le Consulat. Le préfet de police reprend alors les attributions du lieutenant général de police, institué par Louis XIV en 1667 pour exercer des pouvoirs jusque-là dévolus au prévôt de Paris.

Sous la monarchie de Juillet, il partage toujours avec le préfet de la Seine les fonctions confiées ailleurs aux préfets et aux maires, couvrant à la fois la police administrative (subsistances, circulation et salubrité) et la police politique, la sûreté et le maintien de l'ordre.. Pour cela, le préfet de police dispose de commissaires dans les quartiers, d'une police municipale, de deux corps militaires (la garde municipale et les sapeurs-pompiers), d'un réseau d'agents secrets et de bureaux spécialisés (Bourse, Halles, Poids et Mesures, etc.). Dans les années 1840, cela représente agents sur le terrain et encadrés par une administration de 200 personnes.

Supprimée par le gouvernement provisoire installé après la Révolution de 1848, la préfecture de Police est temporairement remplacée, jusqu'au , par un « département de police » dirigé par un « délégué ».

Ce n'est qu'en 1859, à la demande pressante du baron Haussmann, soutenu par Napoléon III, que les responsabilités liées à la voirie et à la salubrité sont transférées du préfet de police au préfet de la SeineJacques Aubert et al. avec le concours du CNRS, L'État et sa police en France (1789-1914), Genève, Librairie Droz, 1977, p. 97..

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la préfecture de Police, alors composée d'environ 22 000 personnels (20 000 policiers et 2 000 administratifs), collabore avec les autorités allemandes. Elle n'est pas placée, comme toutes les forces de police française, sous l'autorité de René Bousquet, secrétaire général pour la Police, qui n'a pas autorité pour y intervenir. Les Brigades spéciales, qui dépendent de la Direction des renseignements généraux, sont chargées de la lutte contre la Résistance et les communistes. C'est ainsi que la préfecture de Police a pris en charge le recensement méthodique des juifs (fichier Tulard) et l'organisation des rafles, dont la rafle du Vel'd'hiv des 16 et . C'est dans cette institution qu'il y aura le plus de fonctionnaires révoqués. À la Libération, la préfecture de Police procède à l'épuration de ses effectifs : 50 % des fonctionnaires mis en cause pour collaboration avec les Allemands sont révoqués ou emprisonnés. Ces fonctionnaires exclus créent alors l'Amicale des exclus de l'administration (A.E.A.). Néanmoins, ceux-ci sont rapidement réintégrés, en particulier après les grèves insurrectionnelles de 1947 et le début officiel de la guerre froide.

Les mouvements de la résistance les plus actifs dans cette institution, regroupant un nombre très restreint de personnels - évalué à moins de mille agents sur un total à l'époque de plus de vingt deux mille personnes rétribuées sur le budget de la préfecture de Police - , sont « Honneur de la Police » et « Front national Police », qui pratiquent des sabotages de véhicules et des fuites d'informations avant les rafles. Alors que la 2 ème Division blindée du général Leclerc et les 2 divisions de l'U.S. Army, soutenant la progression de la célèbre unité française, sont aux portes de Paris, les Allemands décident de désarmer la police qui se met en grève le ; le , les mouvements de la Résistance organisent l'insurrection et s'emparent de la Préfecture de police, rue de la Cité et s'illustrent dans la libération de Paris, sous la direction de Charles Luizet, nommé préfet de police par le général de Gaulle (Edgard Pisani deviendra son chef de cabinet). Pour cette contribution à la victoire contre l'occupant, où sont tués, la préfecture de Police a été décorée par le général de Gaulle de la Légion d'honneur et de la croix de guerre 1939-1945, avec citation à l'ordre de la Nation le . C'est la raison pour laquelle ses agents en tenue d'honneur portent la cordelière rouge, représentation de la Légion d'honneur, à l'épaule gauche, les jours de cérémonie.

Durant la guerre d'Algérie, elle met en œuvre à Paris notamment une unité spécialisée, la Force de police auxiliaire (F.P.A.), en 1959, composée de Français musulmans venus d'Algérie, logés en casernes militaires, qui combat les indépendantistes du Front de libération nationale. Ces unités pratiquent la torture et échappent à la hiérarchie policière classique. Force créée à l'initiative du préfet de police Maurice Papon, elle ne dépend que de lui et de son cabinet. Il est à noter qu'après l'indépendance de l'Algérie le , les anciens membres de la F.P.A. qui le désiraient furent intégrés dans les services actifs ou administratifs de la préfecture de Police.

Après la disparation de Mehdi Ben Barka le , la loi du 9 juillet 1966 portant création de la direction générale de la police nationale dite loi Roger Frey, alors ministre de l'Intérieur, intègre officiellement la préfecture de Police dans cette nouvelle direction générale au sein des services centraux de la Place Beauvau ; en réalité, elle reste une institution policière particulièreLoi du 9 juillet 1966 portant organisation de la police nationale.

Le , les compétences territoriales de la préfecture de Police sont élargies aux départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne relatif à la compétence territoriale de certaines directions et de certains services de la préfecture de police., prérogatives qu'elle possédait sur la petite couronne jusqu'en 1969 où le nouveau ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, prenait ombrage sur la gestion opérationnelle du préfet de police à l'égard des départements de cette petite couronne. (Seine-et-Marne (77), Yvelines (78), Essonne (91) et Val-d'Oise (95)). Le , les secrétariats généraux pour l'administration de la police de Paris (compétent pour Paris et la petite couronne) et de Versailles (compétent pour la grande couronne), sont fusionnés, instituant la Préfecture de police comme le gestionnaire unique du soutien de l'ensemble des services de police de l’Île-de-France (ressources humaines, finances, affaires juridiques et contentieux, immobilier, logistiques et SIC) relatif à la modernisation de l'administration de la police nationale et aux systèmes d'information et de communication dans la zone de défense et de sécurité de Paris.. À compter du , le commandant de la région d’Île-de-France de la gendarmerie nationale pour l'exercice de ses attributions en matière de sécurité intérieure est placé sous l'autorité du préfet de police relatif aux secrétariats généraux pour l'administration du ministère de l'intérieur et modifiant diverses dispositions du code de la défense et du code de la sécurité intérieure..