Bokoni (« pays des Koni », « pays du peuple du Nord ») est l'aire de peuplement (le territoire, le foyer) d'une société agropastorale qui se situe dans le nord-ouest et le sud de l'actuelle province du Mpumalanga en Afrique du Sud. Les habitations, construites en pierre, sont caractéristiques, tout comme les parcelles agricoles délimitées par des murs de pierre et le réseau de routes menant aux habitations et aux zones de culture et de pâturage qui attestent de pratiques agricoles spécialisées. Ses habitants sont engagés dans des relations commerciales à longue distance. La région est occupée par les Koni entre et environ.

Étymologie La terminologie concernant Bokoni et ses résidents fait l'objet de nombreux débats. On trouve plusieurs variantes pour le terme, telles que Bokone, BoKoni, Bakoni, Bakone et BaKoni. Linguistiquement, Bokone se traduit en « région du Nord » et Bakone, en « peuple du Nord ». BoKoni et BaKoni ne sont plus considérés comme des graphies correctes. Le terme Koni a parfois été incorrectement utilisé pour traiter des prédécesseurs du peuple Nguni, il est en revanche utilisé pour parler adéquatement des membres des communautés qui résidaient à Bokoni. C'est un exonyme, car il est généralement admis qu'il n'est utilisé que par les étrangers, mais ne l'est pas par les intéressés pour se désigner eux-mêmes. Dans le souci de correspondre aux terminologies les plus fréquentes, « Bokoni » est ici utilisé en référence à la société et à son territoire et « Koni » pour parler des personnes qui la composent.

Description

Peuplement Les études récentes montrent que les Koni ne forment pas une entité ethnique unique et ne doivent pas être considérés comme tel. Les recherches archéologiques sur les sites les plus anciens montrent l'existence de groupes ethniques distincts, venant d'endroits différents mais arrivés dans la même région à la même époque. Ensuite, au fil du temps, les groupes tendent à fusionner et à former une identité collective partagée. On a émis l'idée que les groupes Roka participent de cette identité commune. Quelques-uns de ces groupes viennent de l'est de la zone de peuplement tandis que d'autres sont en provenance du nord-ouest. Certains Koni modernes font référence au Swaziland (actuel Eswatini) comme étant le lieu d'origine de leurs ancêtres.

Sites

Les sites de Bokoni se trouvent entre Ohrigstad et Carolina, au bord des différentes rivières qui se ramifient à l'est à l'ouest de cette ligne qui s'étire sur cent cinquante kilomètres. Les communautés de Bokoni résident généralement dans de grands villages centraux qu'on trouve sur les collines surmontant les vallées ; ils sont entourés d'autres villages plus petits aux alentours. Les plus grands des villages s'étendent sur cinq kilomètres. Il existe cependant quelques notables différences quant à ce schéma, notamment des groupes de sites dans la partie sud de la vallée de la Komati et vers les affluents de la rivière Crocodile. Un groupe de sites isolés peut aussi être trouvé à l'ouest de la zone de peuplement, dans la vallée de la rivière . Ils ne présentent pas les mêmes caractéristiques que les autres et ils ont parfois été ignorés dans les diverses recherches effectuées sur le sujet. La région qui correspond à Bokoni est généralement décrite comme circonscrite entre les monts Leolu, la rivière et la vallée de Badfontein.

Les zones de peuplement s'étendent à des altitudes très différentes.

La population de Bokoni, à son apogée, est estimée dans une fourchette allant de à .

Phases d'occupation

Quatre phases d'occupation ont été identifiées.

Avant le , le peuplement est centré dans la vallée de la Komati ; de petites chefferies construisent les premières terrasses en pierres légères. Au début du et jusqu'au milieu du même siècle, les structures prennent des formes plus défensives. Cela coïncide avec un déplacement du centre de peuplement de Moxomatsi vers Mholo-Pela, peut-être en lien avec la violence des populations Mapono (un sous-groupe Nguni) voisines. Cette phase correspond aussi au moment de la création de nombreux villages qui perdurent à la phase suivante. La période allant du milieu du au milieu du est marquée par des conflits fréquents, le plus souvent avec les Pedi (ou Maroteng). Le peuple Koni se disperse à ce moment et la plupart des informations proviennent alors des récits oraux et non plus des données archéologiques. À la fin du , après une brève embellie au début de la période, Bokoni décline et connait une perte d'autonomie face aux groupes plus puissants. Les sites sont généralement abandonnés à partir de ce moment.

Usage de la pierre Uniques dans cette région de l'Afrique, les terrasses en pierre et le travail de la pierre sont les traits les plus représentatifs de la culture de Bokoni. Les pierres, d'origine locale, servent à plusieurs usages, tels que construire des routes, des enclos pour les animaux et des fermes. D'autres types de constructions existent aussi, plus localisés. Les terrasses et les murs en pierre sont très variés quant à leur forme ; les murs font de de hauteur. Les terrassements de Bokoni sont particulièrement bien préservés en comparaison d'autres bâtis similaires qu'on peut trouver dans d'autres régions, sachant que les routes et les terrasses à usage agricole de Bokoni sont considérées comme uniques.

Les murs de pierre ne sont pas statiques, définitifs ; les chercheurs pensent qu'ils sont conçus de manière à pouvoir être remodelés en fonction des besoins. Les données archéologiques de certains sites montrent des routes à plusieurs niveaux et les fouilles à Rietvlei ont révélé des zones de pâturage pour le bétail placées directement sur d'anciennes terrasses agricoles ; il s'agissait sans doute d'optimiser l'occupation des terres.

Routes Les système des routes de Bokoni est considéré comme le plus long et le plus complexe de l'Afrique du Sud pré-coloniale, et il n'existe que peu de dispositions comparables ailleurs dans le monde. Les routes sont délimitées par un muret ou un mur de pierre de chaque côté. Elles relient les habitations et les agglomérations, et sont utilisées pour limiter et canaliser les déplacements des troupeaux tout en préservant les terrasses destinées au pâturage ou à l'agriculture. À l'approche des fermes, les routes tendent à se rétrécir, jusqu'à ne plus faire qu'un mètre de large, obligeant les animaux à circuler sur une seule file (à la queue leu leu). Dans la plupart des cas, les chemins se terminent aux entrées d'enclos situés au centre d'un ensemble de bâtiments. Ces routes peuvent être considérées comme des « routes communautaires » reliant les différentes habitations et terrasses. Leur longueur peut atteindre quatre kilomètres.

Terrassements agricoles Les terrassements agricoles sont variés en forme et en complexité et c'est le seul système connu à avoir perduré jusqu'à la période coloniale et au-delà. Les limites des champs sont marquées par des rangées de pierres simplement disposées au sol et, parfois, par des murs considérables, mesurant en ce cas généralement plus d'un mètre de haut. La taille et la forme des parcelles varient énormément. La tendance est de délimiter des parcelles plutôt sur des terrains pentus que sur les sols plats, ce qui est une autre des caractéristiques de l'agriculture de Bokoni. L'agriculture se pratiquait sans doute aussi en plaine, mais les preuves archéologiques sont manquantes tandis qu'on sait que les matériaux utilisés pour la construction des terrasses et autres structures proviennent des collines mêmes sur lesquelles elles sont érigées.

Les terrasses sont efficaces dans la lutte contre l'érosion des sols sur les pentes des collines. Elles servent non seulement à diviser des parcelles, mais permettent de rendre cultivables les pentes raides qui, sinon, seraient victimes de l'érosion ainsi qu'à retenir l'eau. Dans la plupart des cas étudiés, il semble que les terrasses ne sont pas construites en une seule fois ; la perte des sols du fait de l'érosion amène à agrandir certaines des délimitations initiales vers le haut pour l'éviter. On pense également que ce système n'a pas été mis en place dès les débuts de l'occupation des lieux, mais, plutôt, au fil du temps et de l'accroissement de la population.

Habitat Les habitats de Bokoni ont plusieurs points communs dans leur disposition ; on trouve ainsi un kraal central pour le bétail, entouré par des espaces domestiques comprenant les habitations pour les familles et les espaces sociaux, le tout enserré par un mur extérieur. La plupart du temps, ils sont reliés, via de petits chemins, à des routes plus larges qui mènent aux autres habitations et agglomérations et aux autres régions de la zone de peuplement. Les superstructures (parties supérieures des constructions) sont faites de matériaux plus légers que la pierre ; il y a donc peu de vestiges en dehors des murs en pierre et des fosses à feu. Il existe cependant quelques exceptions avec des huttes construites entièrement en pierre et présentant des encorbellements. On les trouve dans les groupes de sites du sud de la région principale. Des études montrent également que la disposition physique des constructions à l'intérieur des concessions évolue en fonction des liens familiaux et notamment de la taille de la famille.

Les archéologues distinguent trois variétés de dispositions pour ces concessions.

La première est faite de deux cercles concentriques. Le cercle intérieur abrite le bétail dans son kraal central, le cercle extérieur sert d'espace domestique, il abrite les bâtiments d'habitation. Un mur intérieur entoure l'espace domestique outre le mur extérieur. Ce type de disposition se trouve le plus souvent dans les petits habitats des endroits isolés.

La deuxième disposition est aussi constituée de deux cercles concentriques, mais elle est complétée par des cercles extérieurs au mur d'enceinte, disposés selon un motif qui rappelle des pétales de fleur rayonnant autour d'un cœur central. Ce type d'habitat se trouve essentiellement dans les plus grandes agglomérations.

La troisième disposition ne connaît pas les cercles concentriques des deux premières, elle est faite entièrement de petits cercles. C'est la forme la plus rare, qui se trouve généralement à une bonne distance des autres propriétés et des terrasses agricoles.

La comparaison des autres types d'habitat du continent avec celui de Bokoni permet de considérer qu'il est largement distinct et donc représentatif car il ne suit pas les conventions traditionnelles. La distinction porte sur les enceintes à orientations opposées de la première et de la deuxième forme et sur les enceintes extérieures de la deuxième forme, disposées « en pétale de fleur », et de la troisième forme, qu'on ne retrouve pas ailleurs. La taille des villages varie beaucoup, Rietvlei, composé de trois cents concessions, étant le plus grand.

Gravures rupestres Les Koni ont créé beaucoup de gravures rupestres, c'est une caractéristique essentielle de leur culture avec les habitats en forme de fleur, quoiqu'étant de nature plus interprétative. Les pétroglyphes sont réputés car très détaillés ; ils représentent des structures stylisées d'une manière comparable à beaucoup d'autres datant de l'âge du fer africain. Il existe aussi un aspect « masculin » que certains attribuent au fait, notamment pour la zone de et de ses alentours, que les gravures ont été réalisées par des jeunes hommes durant leurs activités de gardiennage de bétail. Les gravures rupestres de Bokoni sont protégées par le gouvernement sud-africain via le National Heritage Resources Act of 1999.

Société Système de croyances Dans le système de croyances des Koni, les esprits ancestraux ne peuvent être contactés que par l'intermédiaire du chef de famille mâle, à la tête de la famille et de la concession, grâce au pouvoir qu'il détient du fait de son appartenance à la lignée patrilinéaire de ces ancêtres.

Figures d'autorité