L'histoire des Juifs en Afrique du Sud commence au début du , avec la proclamation de l’égalité religieuse sur le territoire actuel de l'Afrique du Sud.
En termes de relations diplomatiques et militaires entre l'Afrique du Sud et Israël, les Juifs d'Afrique du Sud jouent un rôle important.
Histoire Exploration portugaise
Colonie néerlandaise En 1652, Jan van Riebeeck, au nom de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, installe un modeste comptoir commercial, composé de 90 pionniers. La Compagnie exige que l'ensemble de ses employés et des colons qu'elle administre soient de religion protestante. Aucune personne ouvertement de religion juive ne peut donc avoir été recrutée et tolérée. Le comptoir se développe et devient en 1691 la première colonie européenne permanente d'Afrique du Sud (colonie du Cap).
Le , le commissaire général hollandais Jacob Abraham de Mist émet une proclamation garantissant l'égalité religieuse dans la colonie. Toutes les dispositions précédentes sont annulées durant l'occupation anglaise de 1806, et rétablies en 1820. Une population ouvertement juive a pu exister officiellement entre 1806 et 1820.
De 1820 à 1890
À partir de 1820, des Juifs arrivent en nombre significatif. En , au Cap, la première synagogue d'Afrique du Sud, connue sous le nom de Gardens Shul, est fondée. Le premier service a lieu la veille de Yom Kippour (jour des expiations) dans la maison de Benjamin Norden (colon et homme d'affaires de 1820), située au coin des rues Weltevreden et Hof.
Dès le début, les Juifs jouent aussi un rôle politique, notamment dans la colonie du Cap. Le capitaine Joshua Norden est abattu à la tête de ses Burghers à cheval lors de la guerre Xhosa de 1846. Le lieutenant Elias de Pass combat dans la guerre Xhosa de 1849. Julius Mosenthal (1818–1880), frère du poète Salomon Mosenthal de Vienne, est membre du Parlement du Cap dans les années 1850. Simeon Jacobs, CMG (1832–1883) est juge à la Cour Suprême du Cap de Bonne-Espérance et procureur général par intérim de la colonie du Cap. En 1872, il présente et adopte le projet de loi volontaire (abolition des aides d’État à l’Église anglicane). Saul Salomon (1817-1892), chef du Parti Libéral de la colonie du Cap, surnommé "Cap Disraeli", s'était battu pour ce projet. Invité dans le premier gouvernement responsable, formé par Sir John Molteno, il refuse à plusieurs reprises le poste de premier ministre. Comme Disraeli, il quitta très tôt les rangs du judaïsme.
La ruée vers l'or dans les régions nord du Cap et au Transvaal commence après 1886, attirant de nombreux Juifs. La population juive passe alors de 4000 (1880) à (1914)Aubrey Newman, Nicholas J. Evans, J. Graham Smith & Saul W. Issroff, Jewish Migration to South Africa: The Records of the Poor Jews’ Temporary Shelter, 1885-1914 (Cape Town: Jewish Publications-South Africa, 2006) .. De nombreux Juifs venaient de Lituanie : les Juifs étaient parfois désignés comme colons lituaniens. Johannesburg était aussi parfois appelée "Jewburg"Martin Gilbert, The Jews in the Twentieth Century, (New York: Schocken Books, 2001)..
Les Juifs sont cependant confrontés à un certain antisémitisme, notamment dans les républiques boers comme celle de la république sud-africaine du Transvaal où le calvinisme est religion d'État. Au Transvaal, bien que la liberté de culte soit accordée à tous les résidents en 1870, le Grondwet révisé de 1894 exclue encore les Juifs et les catholiques des postes militaires, des postes de président, de secrétaire d'État ou de magistrat, de la représentation au Volksraad ("parlement" ), et des surintendances des indigènes et des mines. Ces postes sont encore réservés aux personnes de plus de 30 ans possédant des biens permanents et ayant une longue histoire de colonisation. De nombreux résidents des républiques boers, du moment qu'ils ne sont pas issus des communautés des voortrekkers, des Boers, de la communauté afrikaans du Cap et plus largement de la communauté de langue néerlandophone, ont un accès limité aux postes dans les échelons supérieurs du gouvernement.
Jusqu'à la guerre des Boers (1899–1902), les Juifs restent ainsi souvent considérés comme des uitlanders («étrangers») et exclus du courant dominant de la vie sud-africaine. Néanmoins, le quotidien Pretoria News est fondé en 1898 par Leo Weinthal, un journaliste juif natif de Graaf Reinet d'origine germanique et proche du président Paul Kruger tandis que l'industriel Sammy Marks (1844-1920), juif d'origine lituanienne, un autre proche du président boer, finance l'édification d'une statue de Paul Kruger) à Pretoria ainsi que la construction d'une grande synagogue dans la capitale boer (1898).
Un petit nombre de Juifs s'identifie néanmoins avec la population rurale de langue afrikaans blanche; ces personnes sont devenues connues sous le nom de Boerejode (Juifs Boers). Un projet de loi en faveur des mariages mixtes fut accepté..
Seconde guerre anglo-boer: 1899-1902
Pendant la seconde guerre des Boers, environ 300 Juifs sont servent parmi les Boers. Ils étaient connus sous le nom de Boerjode. Ceux qui avaient des droits de citoyenneté étaient enrôlés avec d'autres bourgeois («citoyens»), mais l'armée comptait aussi des volontaires. Les Juifs combattirent sous le drapeau quadricolore des Boers (le Vierkleur) dans de nombreuses batailles et engagements majeurs et pendant la phase de guérilla de la guerre. Une douzaine sont connus pour y être morts. Environ 80 sont capturés et détenus dans des camps de concentration britanniques en Afrique du Sud. Certains sont envoyés aussi loin qu'à Sainte-Hélène, aux Bermudes et à Ceylan où ils avaient été exilés par les Britanniques. Parmi les Bittereinders ("Bitter Enders"), qui combattirent longtemps après que la cause des Boers est clairement perdue, se trouvent des Juifs.
De l'Union à la Seconde Guerre mondiale Depuis l'île de Rhodes, deux vagues d'immigration juive en Afrique se déroulent : une en 1900, l'autre en 1960. Cette immigration fait partie d’une forte émigration juive, qui fait passer la communauté juive d’Afrique du Sud de 4000 personnes en 1880 à en 1914. 90 % des nouveaux arrivants sont originaires de Lituanie, d’où leur surnom de LitvaksSophie Boutière Damahi, « [ https://afriquexxi.info/En-Afrique-du-Sud-les-tiraillements-de-la-communaute-juive En Afrique du Sud, les tiraillements de la communauté juive] », Afrique XXI, 4 décembre 2023..
Avec la création de l'Union sud-africaine, les Juifs jouissent des mêmes droits que les autres citoyens blancs dans les quatre provinces sud-africaines.
En 1930, alors que l'Afrique du Sud connait une augmentation du nombre d'immigrés européens de confession juive, le ministre de l'intérieur, Daniel François Malan, fait adopter par le parlement un projet de loi (la loi sur les quotas) restreignant l'immigration en provenance d'Europe du Sud et de l'Est, visant indirectement les juifs même s'ils n'étaient pas spécifiquement mentionnésmentionné par Fankie Lucas Monama, Wartime Propaganda In the Union of South Africa, 1939 - 1945, Université de Stellenbosch, 2014, 37 avec référence infra B. Bunting, The Rise of the South Africa Reich, Penguin Books, 1964, 60-61 , P.J. Furlong, Between Crown and Swastika, Wits University Press, 1991, 46-69, J. Hellig, German Jewish Immigration to South Africa, Jewish Culture and History, vol. 11, issue 1-2, 127, R. Citino, Germany and the Union of South Africa, Greenwood Press, 1991, 77-78.. Pour Malan et ses partisans, ce soudain afflux d'immigrés juifs d'Europe orientale était suscité par les milieux juifs du capitalisme minier au détriment des travailleurs pauvres afrikaners.
Dans les années 1930, le nazisme trouve un écho attentif chez certains ultranationalistes sud-africains sensibles au fait que l'Allemagne, puissance rivale de l'Angleterre, a toujours été un soutien des Boers durant les conflits entre les Républiques boers et le Royaume-UniPaul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Ed. Complexe, 1992, 133-137.. Durant la Première Guerre mondiale, de nombreux Afrikaners du Transvaal, pleins de ressentiment envers la Grande-Bretagne, s'étaient ainsi opposés à l'invasion du territoire allemand du Sud-Ouest africain par le gouvernement de l'Union agissant au nom de la Grande-Bretagne (rébellion Maritz). Pour ces ultras, minoritaires mais bruyants, Hitler est un allié et un espoir qui permettrait de vaincre le Royaume-Uni et de restaurer les républiques boers. Ce lien, voire cette affinité avec l'Allemagne, est d'autant plus fort qu'existe en Afrique du Sud et au Sud-Ouest africain une importante communauté d'origine allemande, d'arrivée récente ou plus ancienne et constitutive de l'identité afrikaner. Ainsi de nombreux étudiants des universités de Pretoria, Potchefstroom et Stellenbosch poursuivent leurs cursus en Allemagne et aux Pays-Bas, de préférence au Royaume-Uni. Quant à l'antisémitisme, il existait dans les républiques boers et était associé à la pénétration britannique, en particulier au capitalisme minier (Barney Barnato, etc ...) lequel était caricaturé dans les années 1920 et 1930 sous les traits caricaturaux d'Hoggenheimer dans Die Burger) créé par Daniël Cornelis Boonzaier. Parmi ces ultras figure le mouvement des chemises grises (Gryschempbeweging), un groupuscule nazi, fondé en 1933 sur le modèle des sections d'assaut nazis par un vétéran de l'armée du Reich, Louis Weichardt, pour servir de service d'ordre au South Africa’s Nazi Party; The ‘Gryshemde’, South African modern military history, dont l'une des factions dissidentes (les South African Fascists), menée par Johannes von Strauss von Moltke, proclamera l'objectif de détruire et d'établir une république aryenne. Parmi ses autres mouvements antisémites figurent le Boernasie (la nation Boer) de Manie Maritz, actif et influent dans les cercles nationalistes du Transvaal ou encore le Volksbeweging de Chris Havemann.
Les nazis s’intéressent de près aussi à leur ancienne colonie allemande du Sud-Ouest et y financent plusieurs organisations qui sont démantelés en 1936 par le gouvernement sud-africain, particulièrement vigilant sur ces ingérences dans sa cinquième province.