La Bataille de ShancaowanBase de données des caractères chinois : Avec des mots phonologiquement désambiguïsés selon le dialecte cantonnais 茜 et 扇 ont la même syllabe en cantonais -- sin3.] (), aussi connue sous le nom de Bataille des iles Veniaga (Portugais: Batalha da Ilha da Veniaga) est une bataille navale entre les garde-côtes de la dynastie Ming et une flotte portugaise dirigée par Martim Afonso de Mello, qui a lieu en 1522. Lorsque la Cour Impériale Ming apprend que le sultanat de Malacca, un vassal de la dynastie Chinoise, a été envahi par le Portugal, elle menace d'expulser les commerçants portugais de Chine. En outre, les Portugais achètent des esclaves sur la côte chinoise, pour les revendre dans leur nouvelle colonie de Malacca. Les commerçants portugais présent en Chine sont exécutés et une ambassade portugaise est arrêtée, avec promesse de libérer les ambassadeurs si Malacca est rendue à son sultan. Martim Afonso de Mello arrive à la Rivière des Perles pour essayer de négocier, mais il est bloqué par une flotte Ming. Après deux semaines sans pouvoir prendre pied en Chine, ils décidèrent de briser le blocus et réussissent à s'échapper, après avoir perdu deux navires et de plusieurs dizaines d'hommes. La bataille se déroule au large de la côte nord-ouest de l'île de Lantau, à Hong Kong, à un endroit appelé aujourd'hui Sai Tso Wan.
Situation avant le début du conflit Le roi Manuel du Portugal souhaitant établir des relations diplomatiques et commerciales avec la Chine, le nouveau gouverneur de l'Inde portugaise, Dom Duarte de Menezes, est envoyé en , avec le capitaine-major Martim Afonso de Mello, afin de construire une feitoria (comptoir) près de Canton. Comme la mission de Mello est essentiellement commerciale et diplomatique, ses navires transportent principalement des canons de petit calibre, très peu de canons lourds. De plus, les deux tiers de son équipage décèdent au cours du long voyage vers Malacca. Il finit par arriver dans la colonie portugaise en . Lorsqu'il explique le but de sa mission aux Portugais locaux, qui font du commerce en Chine depuis plusieurs années, ces derniers l'informent des tensions existant avec la Chine et se montrent très sceptiques quant aux chances de réussite du gouverneur.
En effet, au cours des années précédentes, des Portugais, tels que Simão de Andrade, ont mené des activités de piraterie et acheté des esclaves le long de la côte chinoise, pour ensuite les vendre à Malacca. Ils ont même construit sans autorisation un fort a Tunmen, après que leur demande d'autorisation de construction ait été rejetée par la Cour Impériale Ming, ce qui revient à bafouer l'autorité de l'Empereur. Les raids et la traite d'esclave sont tellement intenses, que des enfants de familles aisées chinoises ont même été vendus et retrouvés des années plus tard à Diu, dans l'ouest de l'Inde. De plus, des rumeurs se propagent en Chine, voulant que Simao et d'autres Portugais sont des cannibales, dévorant les enfants pour se nourrir. Les activités de piratage de Simao provoqué une grande colère au sein du peuple chinois et de la Cour Impériale, ce qui conduit les autorités Ming à ordonner l'expulsion des Portugais de Tunmen.
Enfin, la colonie portugaise de Malacca, conquise en 1511, est également une source de conflits, car le sultanat de Malacca était un vassal des Ming. Les fonctionnaires Ming sont informés de la conquête de Malacca par le sultan déchu, ce qui les rend furieux. En réponse à l'attaque portugaise, l'empereur de Chine exige que les Portugais se retirent de Malacca et remettent le sultan malais sur le trône. De leur côté, les Portugais soutiennent qu'ils ont conquis Malacca à cause de la "tyrannie du dirigeant local contre les Chinois", ce qui ne convainc pas les autorités de Pékin, même si les résidents chinois de Malacca ont pleinement soutenu la prise de pouvoir par les PortugaisFernão Lopes de Castanheda, 1552–1561 História do Descobrimento e Conquista da Índia pelos Portugueses edited by Manuel Lopes de Almeida, Porto, Lello & Irmão, 1979, book 2 ch. 106. Enfin, à la suite de la recrudescence des attaques de pirates au début du , l'empereur Jiajing a ordonné la fermeture complète de la frontière maritime (politique dite haijin, « interdiction maritime »), et donc le commerce chinois d'outre-mer; ce qui fait que la Cour Impériale n'en est que plus méfiante envers ces marchands venus de l'Ouest. Finalement, les Chinois réagissent en imposant un blocus aux Portugais.
En 1521, les Chinois emprisonnent les membres d'une mission diplomatique portugaise à Canton et offrent de leur rendre leur liberté à la condition que les Portugais rendent son trône au sultan de Malacca. À son arrivée, le marchand et diplomate portugais Fernão Pires de Andrade est enchaîné et emprisonné jusqu'à la fin de ses jours. Mais même avant l'arrivée de Pires, d'autres Portugais sont exécutés par des coups, strangulation et d'autres formes de torture. En tout, les fonctionnaires de Ming confisquent à l'ambassade portugaise "vingt quintaux de rhubarbe, mille cinq cents ou six cents riches morceaux de soie".
Malgré cette situation tendue et conflictuelle, Mello part immédiatement avec ses navires, vite rejoint par deux autres jonques commerciales appartenant à Duarte Coelho et Ambrósio do Rego, pour rejoindre la flotte.
La bataille thumb|250px|right|Une caraque lourde portugaise du XVIéme siècle
Après avoir essuyé une tempête, la flotte de Mello remonte avec succès le delta de la rivière des Perles vers Canton, ce avant la fin du mois de juillet. Mais il se retrouve rapidement face à une flotte Ming dirigée par Ke Rong et Wang Ying'en, qui procède à des tirs de semonce en direction des Portugais. Selon Mello, « Ils voulaient juste démontrer leur puissance ... en ne faisant rien d'autre que de passer devant moi et de tirer quelques coups de feu, [en faisant du bruit] avec leurs tambours et leurs gongs, en se plaçant devant le port que j'avais l'intention d'atteindre ». Mello donne l'ordre de ne pas riposter, car ses objectifs sont pacifiques, mais il écrit que "ça me fait mal de ne pas pouvoir leur tirer dessus". Cependant, lorsque la flotte Ming se rapproche de la jonque d'António do Rego, ce dernier ouvre le feu, obligeant les Chinois à se replier. Rego quitte alors la flotte pour donner la chasse aux navires chinois, mais il reçoit immédiatement un signal provenant du vaisseau amiral et lui ordonnant de retourner à sa place. Par la suite, il est repris par Martim Afonso.
Les Chinois n'arrivent pas à empêcher les Portugais de jeter l'ancre sur une île que ces derniers surnomment Veniaga ("commerce"). Les jonques MIng restent hors de la portée effective des canons de leurs adversaires, tirant parfois sur les navires portugais, sans résultat. Cette nuit-là, les marins Portugais réussissent a capturer 5 pêcheurs. Mello donne une récompense aux pécheurs qui, en échange, doivent porter un message au capitaine de la flotte Ming le lendemain matin. Dans cette missive, le capitaine-major portugais explique qu'il est là car il a l'intention de faire du commerce et d'offrir une compensation pour les méfaits passés de ses compatriotes. Comme de Mello ne reçoit aucune réponse, il décide d'envoyer deux nouveaux émissaires à la flotte chinoise la nuit suivante, mais ces derniers sont soumis à un bref bombardement.
Durant la troisième nuit, un bateau part de la jonque de Duarte Coelho, réussit à briser le blocus chinois en profitant de l'obscurité et à atteindre la flotte. Les occupants du navire expliquent Que Duarte a abrité son bateau derrière une île proche, mais qu'il ne rejoindra pas la flotte à cause des Chinois, à moins que les navires portugais ne viennent à son secours. De Mello détache deux embarcations armées pour rejoindre Duarte Coelho et l'escorter, mais la flottille n'arrive pas à briser le blocus chinois. Irrité, De Mello décide finalement d'affronter les Chinois, mais il est arrêté par ses capitaines qui pensent qu'il faut plutôt rester passif et éviter les provocations. Plusieurs jours passent avant que Duarte ne décide finalement de repartir pour Malacca.
Pour les Portugais encore en vie, la plus grande préoccupation est la diminution des réserves d'eau potable. Pour se ravitailler avant de repartir, Mello arme quatre bateaux de canons et les conduit personnellement à terre pour remplir les barils d'eau douce. La petite expédition est rapidement repérée par la flotte Ming, qui détache plusieurs bateaux à rames pour donner la chasse aux navires portugais. Ces derniers sont immobilisés pendant une heure par les tirs de l'artillerie chinoise, avant que Mello n'ordonne à ses hommes d'abandonner les barils d'eau et de ré-embarquer immédiatement. La flotte Ming poursuit les Portugais pendant que ces derniers regagnent leur flotte, ce qui les force à alléger encore plus leurs navires en abandonnant leurs ancres, pour arriver à se frayer un chemin vers les eaux profondes. Dans le même temps, les Portugais tirent des salves de shrapnels pour tenir à distance les marins chinois qui tentent de les aborder. Lorsque les Portugais atteignent enfin leur flotte, les navires Ming abandonnent la poursuite, car ils commencent à être sous le feu des canons des caraques. Selon Mello, lui et ses hommes sont revenus avec « du sang au lieu d'eau ».
De retour à bord, mais manquant toujours d'eau, Mello décide de se retirer et de retourner à Malacca. Quatorze jours après son arrivée sur le delta de la rivière des Perles, le Portugais lève l'ancre et se prépare à faire face au blocus chinois. Les deux caraques lourdes placées en avant-garde de la flotte dégagent un chemin à travers la flotte Ming, répondant avec de puissantes salves de canons, de tirs incendiaires et des bombes à poudres, au feu nourri de flèches et de tirs de canons provenant des navires chinois. À l'arrière, deux caraques plus petites se retrouvent séparées du reste de la flotte, et un baril de poudre explose accidentellement sur celle de Diogo de Mello, qui coule. Le chroniqueur portugais João de Barros écrit : "Le premier signe que la victoire serait donnée à l'ennemi est venu sous la forme d'une étincelle dans la poudre transportée par Diogo de Mello, ce qui a fait sauter les ponts de son navire en l'air. Lui et la coque sont allés au fond ensemble". Le frère de Diogo, dévasté, écrit : "J'ai vu l'un des navires s'enflammer et descendre au fond, sans qu'il ne reste rien de vivant ou de mort que nous puissions voir, et c'était le navire de mon frère Diogo de Mello, et avec lui sont partis quinze ou vingt membres [criados] de la famille de mon père, et de la mienne, qui sont partis avec lui". Pedro Homem, le capitaine de l'autre petite embarcation, ordonne aussitôt de ramener les voiles et de mettre à l'eau une embarcation pour sauver les naufragés. Mais Pedro et ces sauveteurs sont rapidement confrontés au feu de l'artillerie de la flotte Ming, abordés et tous tués ou capturés. Du côté chinois, "Pan Ding-gou (潘丁苟) ... fut le premier à aborder (un navire portugais), et les autres soldats (le) suivirent et avancèrent en bon ordre". Selon les sources portugaises, Pedro Homem a mené un combat admirable, étant "de par sa stature, l'un des plus grands hommes du Portugal, son esprit de bravoure et sa force physique étant différents de ceux d'un homme ordinaire". Il est le dernier à tomber car il porte une armure de plaque européenne et tient les Chinois à distance avec une montante, jusqu'à ce qu'il soit finalement abattu par un coup de canon. Sa mort est corroborée par des sources portugaises, qui disent que "le combat [de Pedro Homem] était tel que sans les tirs de l'artillerie [chinoise], il ne serait jamais mort, tant la peur qu'avaient les Chinois de l'approcher était grande".