Samuel François Lhéritier de Chézelles fut un général français de la Révolution et de l'Empire, né le à Angles dans la Vienne et mort le à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Il commença sa carrière militaire dans l'infanterie puis dans les états-majors sous la Révolution française, mais ce fut surtout en tant que commandant de cavalerie que Lhéritier se fit un nom au cours des guerres napoléoniennes. Officier courageux, il n'hésitait pas à charger à la tête de ses hommes et reçut de nombreuses blessures lors des campagnes auxquelles il participa. Il fut fait baron de l'Empire et commandeur de la Légion d'honneur et son nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.

Entré dans l'armée en 1792, Lhéritier rejoignit la cavalerie en 1803 et évolua progressivement dans la hiérarchie jusqu'à se voir confier le commandement de grosses unités de cavalerie lourde. En 1805 il participa avec la Grande Armée à la guerre de la troisième coalition avant d'être promu colonel et commandant du de cuirassiers en 1806, au déclenchement des hostilités avec la Prusse. Ce fut en cette qualité qu'il se distingua par une charge intrépide au cours de la bataille d'Eylau en 1807. Deux ans plus tard, alors que la France était en guerre avec l'Autriche, Lhéritier fit forte impression sur ses supérieurs, particulièrement lors de la bataille d'Essling et lors de la bataille de Znaïm ce qui lui valut le grade de général de brigade à l'issue de la campagne et le commandement d'une brigade de cuirassiers.

Après avoir pris part à l'invasion de la Russie en 1812, il reçut les épaulettes de général de division et exerça différentes responsabilités militaires durant les campagnes d'Allemagne en 1813 et de France en 1814. L'année suivante, à l'occasion de la campagne de Belgique, le baron Lhéritier devint commandant d'une division mixte composée de cuirassiers et de dragons avec laquelle il chargea les carrés britanniques pendant la bataille de Waterloo. Le général quitta le service actif avec la chute définitive du régime impérial, mais occupa cependant par deux fois des fonctions militaires prestigieuses sous la Seconde Restauration.

Biographie

Du grenadier au cuirassier, 1772-1803

Né à Angles-sur-l'Anglin le , Lhéritier s'engagea dans l'armée le à l'âge de 20 ans, et passa les premières années de sa carrière à combattre principalement sur le Rhin pendant les guerres de la Révolution française. À son enrôlement, il fut d'abord affecté comme simple grenadier au d'Indre-et-Loire avant de passer au grade de caporal le , date à laquelle il commanda les grenadiers de ce même bataillon. L'année suivante, le , il fut nommé secrétaire à l'état-major général de l'armée du Rhin, puis le adjoint provisoire aux adjudants-généraux de l'armée avec le rang de sous-lieutenant d'infanterie, ce qui fit de lui un officier subalterne. Ce dernier grade resta cependant provisoire et ce ne fut que deux ans et six mois plus tard, le , qu'il fut officiellement confirmé. Le , Lhéritier devint l'aide de camp du général Jacques Nicolas Bellavène et bénéficia à cette période d'un avancement rapide : lieutenant le , il passa capitaine le et fut alors transféré à l'état-major du général Boudet.

Le capitaine Lhéritier participa à la bataille de Marengo en Italie le , où il fut sévèrement blessé à la cuisse. Six semaines après cet affrontement, le , il quitta sa position à l'état-major pour la cavalerie et fut attaché au de dragons. Après s'être complètement remis de sa blessure le , il fut détaché en mission et exerça à nouveau pendant un temps des responsabilités d'état-major, en étant notamment transféré en qualité d'aide de camp auprès du général Lariboisière. Il repassa toutefois rapidement dans ce qui devint son arme de prédilection et reçut le sa promotion au grade de chef d'escadron dans le de cavalerie. La paix ayant permis l'introduction de nombreuses réformes dans les troupes à cheval, Lhéritier reprit ses fonctions d'aide de camp le et conserva cette fonction jusqu'à son placement au traitement de réforme le . Il reprit finalement du service à partir du suivant et se vit affecter au sein du dès le .

Les premières années de l'Empire

vignette|gauche|Le général d'Hautpoul à cheval, par Édouard Detaille. D'Hautpoul fut le supérieur divisionnaire de Lhéritier de 1805 à 1807.

Au déclenchement des guerres napoléoniennes, l'empereur Napoléon mit sur pied la Grande Armée et réorganisa la plus grande partie de ses unités montées en une large réserve de cavalerie placée sous le commandement du maréchal Joachim Murat. Lhéritier continua pour sa part à servir au ; en 1805, ce régiment, commandé par le colonel Albert Louis Emmanuel de Fouler, fut incorporé dans la Saint-Sulpice de la de grosse cavalerie du général d'Hautpoul. Le fut fortement engagé pendant la bataille d'Austerlitz le , y perdant 14 tués et 37 blessés sur un effectif initial de 327 hommes, mais cavaliers et officiers se distinguèrent brillamment et le colonel de Fouler fut élevé au grade de général de brigade peu après la bataille.

L'année suivante vit la création d'une quatrième coalition qui opposa cette fois la France à la Prusse et à la Russie. Le Lhéritier fut nommé colonel du de cuirassiers, une unité de cavalerie lourde prestigieuse, ex-Royal-Cravates sous l'Ancien Régime et dont les origines remontaient à l'époque de Louis XIII. Ce régiment fit lui aussi partie de la division d'Hautpoul au sein de la du général Marie Adrien François Guiton. La division ne prit aucune part active à la campagne de 1806 mais fut en revanche largement engagée au cours de la bataille d'Eylau le . Lors de cet affrontement, le colonel Lhéritier et ses cuirassiers prirent part à la grande charge de cavalerie de Murat contre les lignes russes. Lhéritier eut son cheval tué sous lui et fut touché à la main droite, mais il remonta rapidement en selle pour reparaître à la tête de son régiment et conduire une nouvelle attaque. Son supérieur divisionnaire, le général d'Hautpoul, fut mortellement blessé durant l'action. Le ne participa ensuite qu'épisodiquement aux opérations ultérieures de la campagne.

Un nouvel engagement significatif eut lieu pendant la guerre contre l'Autriche en 1809. À cette époque, le faisait toujours partie de la brigade Guiton de la de grosse cavalerie. Cette dernière était à présent commandée par le général Saint-Sulpice qui avait remplacé d'Hautpoul après la mort de ce dernier en 1807. Le régiment, fort de quatre escadrons pour un effectif total de 610 cavaliers, prit part à la bataille d'Essling, où le colonel Lhéritier qui se tenait en première ligne reçut une balle à l'épaule droite et eut son cheval tué sous lui. Six semaines plus tard, à la bataille de Wagram, le fut brièvement engagé et à la fin des combats le régiment n'avait perdu qu'un seul officier blessé. L'unité s'illustra pour la dernière fois de la campagne le , lors de la bataille de Znaïm. Le colonel Lhéritier se distingua une fois de plus par sa bravoure en menant personnellement ses hommes au combat et reçut dans le processus une sévère blessure à la tête. Son comportement tout au long de la campagne de 1809 était tenu en haute estime et le , il fut élevé au grade de général de brigade.

Général de la Grande Armée

Promu au grade supérieur le , Lhéritier quitta son régiment le jour suivant pour prendre la tête de la de la de grosse cavalerie. Il avait sous ses ordres deux régiments, les et . Sa brigade n'eut pas le temps de prendre part aux combats puisqu'un armistice avait été signé le à Znaïm en prévision d'un accord de paix entre les deux belligérants. La guerre de la cinquième coalition s'acheva le et le général Lhéritier fut relevé de son commandement le de l'année suivante. Il resta alors sans emploi pendant presque un an jusqu'à ce que, le , il fût nommé inspecteur général des dépôts de cavalerie dans les , , et militaires puis inspecteur des dépôts de remonte des , , et le . Il retrouva par la suite un commandement opérationnel en devenant, le , chef de la de la de grosse cavalerie aux ordres du général Doumerc. Au cours de la campagne de Russie, la brigade Lhéritier se battit avec distinction lors de la seconde bataille de Polotsk du 18 au , mais à ce moment l'issue de la campagne était déjà décidée et les restes de la ci-devant Grande Armée se replièrent vers l'Allemagne.

Le , Lhéritier fut promu général de division et fut affecté le au commandement de la de cavalerie lourde appartenant au corps de cavalerie. Ce poste fut éphémère car dès le , il fut chargé de diriger plusieurs brigades rattachées au corps bis de cavalerie sous les ordres du général Milhaud et commanda même temporairement le corps tout entier en l'absence de celui-ci. À l'été 1813, alors que les affrontements se déroulaient en Saxe, Lhéritier se signala par sa conduite émérite lors de la bataille de Gieshübel le . À partir du , il fut chargé de commander la de cavalerie lourde, entièrement composée de dragons. La campagne de 1814 allait être disputée sur le sol français et Napoléon réorganisa son armée pour défendre les frontières du territoire national. Pour sa part, le général Lhéritier fut nommé commandant de la de grosse cavalerie le , puis de la de dragons à la fin du mois. Il conduisit ses hommes avec talent dans presque toutes les grandes batailles de la campagne, notamment à Brienne, La Rothière et Saint-Dizier.

D'une Restauration à l'autre : l'intermède des Cent-Jours

À la suite de l'abdication de Napoléon, le général Lhéritier prêta serment d'allégeance aux Bourbons ce qui ne l'empêcha pas d'être placé en demi-solde à compter du . Vers la fin de l'année, il fut fait inspecteur général de la cavalerie dans la militaire et prit officiellement ses fonctions au début de l'année 1815. Lorsque Napoléon rentra d'exil et débarqua en France afin de reprendre le pouvoir, Lhéritier se rallia à sa cause et fut investi dès le du commandement de la réserve de cavalerie du corps d'armée. Le il prit finalement la tête de la de cavalerie, une formation mixte composée de dragons et de cuirassiers. Lhéritier avait pour subordonnés directs les brigadiers Cyrille Simon Picquet, commandant la ( et ) et Marie Adrien François Guiton, commandant la ( et ). Ce dernier n'était autre que son ancien supérieur des campagnes de 1806, 1807 et 1809. La division fut intégrée au corps de cavalerie de l'armée du Nord sous les ordres du général François Étienne Kellermann.

vignette|Le général Kellermann charge en tête des cuirassiers lors de la bataille des Quatre Bras, par Job. Lors de cette bataille, les cuirassiers de la brigade Guiton (division Lhéritier) maltraitèrent l'infanterie de Wellington.