Les Juifs sont présents à Warta depuis le et ont représenté plus de 50 % de la population de la ville à partir de la seconde moitié du et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La communauté forte à l'époque d'environ a été entièrement anéantie pendant la Shoah. Seuls quelques dizaines de Juifs ont survécu, mais aucun n'est resté à Warta. Il n'y a actuellement plus aucun Juif habitant Warta.
Warta est une ville de Pologne, située au centre du pays, dans la voïvodie de Łódź au bord de la rivière Warta. Elle compte actuellement un peu plus de . Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a été annexée au Reich allemand dans le cadre du projet Wartheland pour en faire un territoire de peuplement allemand où Polonais et Juifs en auraient été chassés ou éliminés.
Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté juive La petite ville de Warta, près de Sieradz, l'une des plus anciennes de la voïvodie de Łódź, reçoit les droits de cité dès 1255. À la suite du grand incendie de la ville en 1507, le roi Sigismond décrète un nouvel acte de fondation de la ville et libère les habitants de nombreuses taxes et obligations. La ville peut ainsi se reconstruire rapidement.
C'est à cette époque, dans la première moitié du , que des Juifs venus de Bohême et de Moravie s'installent à Warta, fuyant les persécutions. Les nouveaux venus, distingués par leurs vêtements, leur langue, leur religion et leurs coutumes, sont bien accueillis par les citadins. Initialement, ils dépendent de la communauté juive de Gniezno, mais rapidement créent leur propre communauté. En 1534, ils construisent une synagogue en bois près de la place du marché, et en brique en 1554 (selon d'autres historiens, vers le ). Ils établissent un cimetière sur le côté nord de la synagogue. En 1564, ils possèdent , puis en 1616: Warta; in: The Encyclopedia of Jewish life before and during the Holocaust; rédacteur: Shmuel Spector et Geoffrey Wigoder; éditeur: NYU Press; New York; 2001; tome: 3; page: 1434; .
Jusqu'au , les relations entre juifs et chrétiens sont harmonieuses, caractérisées par la concorde et la tolérance. Les membres de la communauté juive peuvent contracter des prêts auprès de paroissiens locaux. L'afflux de nouveaux arrivants a également amené la ville à se développer plus rapidement dans plusieurs directions.
Au cours des dernières années du siècle, des conflits éclatent, principalement pour des raisons économiques. Les habitants chrétiens de la ville regardent avec envie l'enrichissement rapide des Juifs et l'achat aux Polonais de maisons incendiées et de terrains non aménagés. Des plaintes sont aussi déposées à la mairie contre les juifs orthodoxes, qui ont acquis des emplacements sur la place du marché, "sans aucune convention conclue avec la ville, et qui gèrent leur commerce selon leur bon vouloir". En 1652, la guilde des cordonniers obtient le droit exclusif d'acheter des peaux alors qu'avant, seuls les juifs avaient un tel privilège: Kazimierz Wiliński et Kazimierz Bryński: Dzieje miasta Warty (Histoire de la ville de Warta); éditeur: PTTK "Kraj"; Varsovie; 1984; page: 57. Au , les autorités cléricales mènent également un combat actif contre les infidèles. L'intolérance religieuse s'installe dans les relations avec les juifs.
En 1655, les Suédois s'emparent de Warta qu'ils saccagent. Pour leur fidélité au roi Jean Casimir, ils assassinent ses habitants, et tout particulièrement les juifs, qui cherchent à se réfugier chez des Chrétiens ou fuient à la campagne. La période de la guerre avec les Suédois voit aussi les troupes de Stefan Czarniecki, général et vice-commandant des forces royales polonaises, qui tout en combattant les troupes suédoises, se livrer à des massacres de Juifs.
Ceux qui survivent au pogrom de Czarniecki quittent alors la ville, mais décident après un certain temps, d'y revenir et de fonder en 1660 une nouvelle communauté. Mais les autorités de la ville imposent de nouvelles taxes aux Juifs, qui rajoutées aux impôts au profit du trésor royal et du monastère des Bernardins, réduisent considérablement leurs revenus: Ireneusz Ślipek: Historia Żydów w Warcie (Histoire des Juifs de Warta); in:, Na Sieradzkich Szlakach; 1993; numéro: 3/31 page: 10. En 1671, les Juifs défendent leurs droits auprès du roi Michał Korybut Wiśniowiecki qui leur accorde de nombreux privilèges, par exemple il abolit les restrictions commerciales et artisanales, rétablit leur droit d'abattre des animaux et de vendre de la viande, autorise les fourreurs juifs à produire des fourrures et des chapeaux. et abaisse les impôts perçus par l'État, l'église et la ville. Tout cela ne fait pas l'affaire de leurs voisins chrétiens qui essaient toujours de contrecarrer la concurrence des Juifs. Au , ils réussissent à imposer une restriction sur le commerce de la bière et de la vodka pour les Juifs: D. Dąbrowska et A. Wein: Warta; in: The Jewish Cemetery of Warta; Tel Aviv; 2006; pages: 107 et 108.
La communauté aux
Du milieu du au milieu du , la ville recommence à voir son économie décliner, en raison principalement des nombreux incendies dangereux et très fréquents qui s'y déclarent. Par exemple, le , le troisième grand incendie de l'année conduit à la ruine de la ville, qui à partir de là commence à décliner économiquement. Lors de cet incendie sept maisons juives sont détruites et une vieille femme et un enfant de sept ans sont tués. En 1789, de Warta, majoritairement en bois, appartiennent à des Juifs: Kazimierz Wiliński et Kazimierz Bryński… pages: 42 à 44.
Au , Warta possède une école primaire dirigée par les. Bernardins. Cependant, les études entièrement gratuites, sont menées selon un esprit de tolérance et selon les recommandations de la Commission nationale de l’éducation. De ce fait, l'école est également fréquentée par des enfants juifs: Kazimierz Wiliński et Kazimierz Bryński… page: 55.
Le déclin de la ville s'aggrave du fait de la dévaluation de la monnaie polonaise en 1761 et des trois partages de la Pologne entre la Prusse, l'Autriche et la Russie en 1772, 1793 et 1795, entrainant un exode massif des artisans. De plus, un terrible incendie en 1810 détruisant une grande partie des bâtiments de la place du marché, suivi en 1811 d'une catastrophique inondation, engendre une famine parmi la population locale. Le nombre de Juifs habitant la ville diminue temporairement. thumb|250px|La synagogue de Warta photographiée au début du .
On sait peu de choses sur l'établissement de la communauté juive de Warta. Les documents historiques montrent qu'une communauté indépendante n'a certainement pas été établie au . Dans la seconde moitié du , Szymon, fils de Wolf, est le rabbin. Dès le début du , l'influence du hassidisme se développe parmi la communauté juive. Les tsadikim, leurs maitres spirituels vont jouer un rôle important dans la communauté. Parmi les rabbins qui ont diriger la communauté juive de Warta au , on peut mentionner Mosze Nechemia Hakohen (1790-1853), un juif hassidique fortement influencé par les tsadiks de Przysucha et de Lublin. Après lui, le poste de rabbin est repris par Jehuda Lejbusz Rothbein, ancien rabbin de Grójec et de Góra Kalwaria, puis par Józef Gerszon, fils du rabbin Mosze de Działoszyn et élève du rabbin Mendel de Kock. L'un des rabbins suivant est Meir Dan Płotzki (1866 ou 1867-1928): The Gaon Rabbi Meir Dan Plotzky; site: JewishGen, fils du rabbin Haïm Icchak Ber Plotzker de Kutno: Warta; in: Encyclopedia of Jewish Communities in Poland; Volume I; (Poland); coordinateur: Morris Wirth; traduction en anglais de: Madeleine Okladek; Pinkas Hakehillot Polin; Jérusalem; 1976; pages: 89 à 92.
La croissance économique va reprendre, surtout après 1857, quand Warta est promu capital du powiat. Les habitants d'origine juive contribuent largement à cette reprise.
Selon les recensements des Landrats prussiens en 1800, la ville compte , dont , , et 1 membre de dénomination réformée. En 1808, il y a et . En 1864, le nombre de Juifs atteint et dépasse déjà le nombre de chrétiens, constituant 55,8% de la population totale. En 1881, il y a pour , soit 52% de la population: Ireneusz Ślipek: Gmina Żydowska w Warcie (La communauté juive de Warta); in: Cmentarz żydowski w Warcie; Tel Aviv; 2006; page: 86.
Les Juifs travaillent en particulier dans le commerce et l'artisanat. Il y a une boutique ou un atelier d'artisanat dans presque toutes les maisons. On dénombre des tailleurs, des fourreurs, des chapeliers, des cordonniers, des vitriers, des ferblantiers, des médecins, des dentistes, des coiffeurs, des boulangers, des bouchers, des horlogers et autres. Peu de Juifs travaillent dans l'agriculture, à l'exception du Juif Nojmann connu pour ses connaissances dans ce domaine et pour sa riche expérience qu'il partage volontiers avec les Polonais. Les Juifs font le commerce de grain et de bétail, louent des vergers et vendent des fruits. Ils possèdent une usine d'embouteillage, une brasserie, une fabrique de limonade et de vinaigre. Ils tiennent des magasins dans divers domaines: alimentation coloniale, papeterie, ferronnerie etc.. Les bouchers vendent leurs produits dans des boutiques spéciales, appelées jatki. En 1826, les Juifs possèdent deux moulins à huile, deux tanneries de cuir, une sucrerie, une savonnerie et une fabrique de sodas, une d'allumettes et deux usines de tissus appartenant à Joachim Wolsztajn: Kazimierz Wiliński et Kazimierz Bryński… page: 49.
Mais beaucoup sont colporteurs avec leur étal sur le dos, vendant en faisant du porte à porte dans les villages, toutes sortes d'objet comme: des miroirs, des peignes, des épingles de sûreté, des aiguilles, des fils et d'autres bibelots. Il y a aussi des indigents qui font de petits travaux comme transporter de l'eau dans les maisons ou de la farine des moulins à vent aux boulangeries, et qui vivent principalement des aides offertes par la communauté.
En 1881, les Juifs créent avec des Polonais une brigade de pompiers volontaires, qu'ils rejoignent en grand nombre en tant que soutiens actifs et financiers. Au moment de la fondation de cette société, dont la bannière à partir de 1882 porte le slogan: "Pour la gloire de Dieu - pour le bien du peuple", les juifs constituent près de 40 % du nombre de volontaires.
Le jusqu'à la Seconde Guerre mondiale Dans la période de l'entre-deux-guerres, Szniku est un négociant en céréales connu. Samson possède l'usine d'embouteillage pour la bière, la limonade, l'eau gazeuse et le vinaigre. Erzon tient un magasin de carburant et une quincaillerie, tandis que Majerowicz fait le commerce du bétail. Parmi les commerces appartenant aux Juifs, on peut citer: la boutique de tissus de Grünbaum, l'horlogerie de Landau et Dunkiel, la chapellerie de Rothschild et l'épicerie de Łęczycki: Kazimierz Wiliński et Kazimierz Bryński… page: 65. Une vingtaine de familles juives de Warta gagnent leur vie en louant des fermes, parmi elles, la famille Nojman. Certaines font également du commerce de gros de fruits et légumes, qu'elles livrent à Łódź.
En 1922, un musicien local, klezmer, violoniste talentueux, coiffeur de profession, Abram Proch, fonde avec ses frères, la fanfare des pompiers, dont il est le premier chef d'orchestre. Cet orchestre devient célèbre dans la région et va servir pour les mariages et les fêtes polonaises. Ensemble avec le chœur d'hommes "Lutnia", dirigé par Jan Cwendrych, ils organisent des spectacles gratuits pour les habitants des villages environnants, les soi-disant pique-niques. Ils ont donné des concerts à Małków, Mikołajewice, ainsi que dans les forêts de Cracovie et près de Pierzchnia Góra. Abram Proch, dans le but de faire aimer la musique au plus grand nombre, fonde également un petit groupe de mandolinistes dans lequel jouent de jeunes Polonais et de jeunes Juifs.