Pierre Tchernia, né Pierre TscherniakowskyPar décret en date du 2 octobre 1963 Pierre Tscherniakowsky et ses quatre enfants sont autorisés à prendre pour patronyme Tchernia. Encyclopédie des changements de noms, période 1963-1982, par Emmanuel Rattier, Faits & Documents,1995. le à Paris et mort le .. dans la même ville, est un réalisateur, scénariste, journaliste, concepteur et animateur d'émissions de télévision français.
Surnommé « Monsieur Cinéma » en référence à l'émission de télévision homonyme qu'il présente à partir de ou encore Pierre « Magic » Tchernia par Arthur dans le cadre de l'émission Les Enfants de la télé., il fait partie des pionniers de la télévision en France.
Biographie Famille Son père, Isaac Tscherniakowsky est un ingénieur en chauffage central de confession juive ashkénaze né en 1874 à Korolivka, en Ukraine ., un village près de Kiev (Empire russe). En 1889, son père quitte ce village à l'âge de 15 ans pour s'établir à Odessa, dans un grand atelier de ferronnerie puis part pour l'Allemagne où il se forme au métier d'ingénieur de manière totalement autodidacte. Il souhaite dès lors rejoindre la France, « patrie de Jean-Jacques Rousseau, des droits de l'homme et du socialisme », estimant en outre que la religion relève de l'obscurantisme.
Brillant diplômé, l'ingénieur invente notamment différents dispositifs pour les systèmes de chauffage central. En 1902, alors âgé de 28 ans, il rencontre une jeune Française nommée Aimée Dufour qui en a dix de moins. Ils se marient un an plus tard. Couturière de métier, de confession chrétienne et d'une famille originaire du Nord, elle est née en 1884. Pierre Tchernia relate que Victor Hugo s'est penché sur le berceau de sa mère, quelques semaines avant que l'illustre écrivain ne meure .
Enfance vignette|gauche|Pierre Tchernia en 1950. Pierre Tchernia est né le à Paris, dernier d'une fratrie de quatre enfants, comptant deux filles et deux garçons. Il estime qu'il est né par accident et qu'il n'a pas été prévu, car il vient au monde 18 ans après sa seconde sœur. Son frère est l'océanographe Paul Tchernia (1905-1986). Ainsi, son père est âgé de 53 ans quand le petit Pierre vient au jour et, durant son enfance, il le surnomme « Petia », diminutif de Piotr.
vignette|gauche|Le lycée Pasteur de Neuilly où il fait ses études jusqu'en 1945. Il passe son enfance rue Danton à Levallois-Perret. Il est inscrit à l'école communale de la rue Marius-Aufan puis, comme la plupart des enfants de cette commune, il entre au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, en Site des anciens élèves du lycée Pasteur.. Il y poursuit toute sa scolarité, sauf lors d'une courte période durant la guerre ses parents l'envoient passer l'année scolaire 1940 à Auxerre, dans l'Yonne, dans laquelle l'une de ses sœurs vit avec son époux. De retour à Levallois, il se passionne pour la littérature, la bande-dessinée et le cinéma. À cette période, Jean-Paul Sartre, Robert Merle ou Georges Magnane sont professeurs à son lycée et parmi ses camarades, il côtoie le futur politique Jean-François Deniau ou encore le comédien en herbe Bernard de Fleury, auquel il suggère son pseudonyme Bernard Lavalette. Ils se passionnent pour le jazz, le théâtre et le cinéma. Il fréquente très souvent la salle de cinéma du « Magic Ciné » de Levallois-Perret..
En , craignant les bombardementsPierre Tchernia, Mon petit bonhomme de chemin, souvenirs provisoires, Stock, 1975, p.42 : « Mes parents craignaient que les hostilités ne provoquent des bombardements meurtriers sur Paris. C'est pourquoi ils choisirent de m'envoyer faire mon année scolaire à Auxerre, où ma sœur aîné était établie. », ses parents l'envoient chez sa sœur, Rachel, établie dans l'Yonne à Auxerre..
Il passe ensuite l'occupation à Levallois-Perret et assiste à la libération de Paris. Dans sa dernière autobiographie, il relate qu'en 1941, le jeune Tscherniakowsky ne porte pas l'étoile jaune imposée par l'Allemagne nazie mais une étoile en carton avec l'inscription « Parisien », tout comme ses camarades noirs ou d'origine étrangère. Il obtient la deuxième partie de son baccalauréat en 1945.. Il découvre les classes sociales et les différents profils socio-culturels de ses camarades.
Études cinématographiques et radio vignette|droite|Comme Raymond Borde, il fonde un ciné-club à la fin des années 1940.
Au terme de sa scolarité, il entre à l'École nationale de photographie et de cinématographie (ENPC) dite « école Vaugirard » devenue à partir de 1965, l'École nationale supérieure Louis-Lumière, puis il intègre l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC), organisme intégré à la Fémis en 1988. Au cours de cette formation, il côtoie notamment Claude Sautethttps://tv.apple.com/fr/movie/pierre-tchernia/umc.cmc.6u176k9yiq8dueme6tqmkqt18, Pierre Tchernia, Télé notre histoire, 1999, sur le site tv.apple.com. Pour créer un ciné-club, il sollicite Henri Langlois, cofondateur de la Cinémathèque française pour l'emprunt de copies de chefs-d'œuvre mais sans succès. Durant cette même période, il se lie d'amitié notamment avec Yves Robert, le futur réalisateur de télévision Alexandre Tarta ainsi qu'avec les comédiens Roger Pierre, Jean-Marc Thibault et Jean Richard.
vignette|gauche|La période des comédies burlesques des années 1950 et 1960 où il se lie avec Jean Richard, comédien et Gérard Calvi, compositeur ainsi qu'avec la troupe des Branquignols.
Diplômé en 1948, mais sans relations, il ne trouve pas de stage d'assistant dans le cinéma et devient alors régisseur pour une tournée théâtrale dirigée par Jean Richard dans la zone française d'occupation basée en Allemagne, pour une pièce jouée par Suzy Prim et Renaud Mary. Chargé de l'installation et du changement des décors, il y joue également le rôle du vieux seigneurPierre Tchernia, Mon petit bonhomme de chemin, souvenirs provisoires, Stock, 1975, p.69-70.
vignette|Pierre Tchernia en 1952. La même année, il découvre et rejoint le « Club d'essai de la Radiodiffusion française » (RDF) qui exploite un petit émetteur couvrant la région parisienne diffusant une heure de programme à midi et trois heures le soir. Il y rencontre le musicien Gérard Calvi et surtout le journaliste Pierre Dumayet qui le présente à Pierre Sabbagh responsable du futur premier journal télévisé de la télévision.
Carrière Pierre Tchernia mène en parallèle plusieurs activités pour la télévision, le théâtre, le cinéma et parfois la presse écrite. Au cours de sa carrière, il intervient comme auteur, critique, scénariste, régisseur, technicien, assistant, journaliste, animateur-présentateur, metteur en scène ou encore réalisateur.
vignette|droite|Il entre à la Radiodiffusion-télévision française en 1948 et se forme à la radio.
À la télévision Alors que la France n'a encore qu'une seule chaîne de télévision qui n'émet que quelques heures par jour dans certaines régions seulement, Pierre Tchernia participe à la création du tout premier journal télévisé quotidien, diffusé pour la première fois, le à 21 heures., aux côtés de Dumayet, de Georges de Caunes et de Jacques Sallebert. Le , il fait ses débuts officiels pour un reportage de dépôt de gerbe à l'Arc de triomphe de l'Étoile tourné à la caméra film au format 16 millimètres, sans prise de son car il est chargé de commenter en direct, les images qui sont diffusées à l'antenne, de retour aux studios de la rue Cognacq-Jay.
vignette|gauche|En 1949, il rejoint Pierre Dumayet pour le premier journal télévisé.
Il apparaît pour la première fois sur le petit écran à l'automne 1950 ; Pierre Sabbagh présente son équipe aux téléspectateurs pour le premier anniversaire du journal qui dure toujours environ 15 minutes. Parmi les autres collaborateurs du journal, il fait notamment la connaissance de Lucien Morisse et Denise Glaser.
Le , il épouse Françoise Pépin, . Durant six années, il collabore au journal télévisé de la RTF.
vignette|droite|Le mythique immeuble 13-15 rue Cognacq-Jay à Paris où la télévision s'installe en 1949.
Durant les années 1950, il anime différentes émissions parmi lesquelles Les Amoureux de la tour Eiffel en 1951, ou Du côté de chez vous avec en coprésentatrice, Micheline Dax et il remplace parfois Jean Nohain pour son fameux 36 chandelles puis crée un certain nombre d'émissions comme la pièce Monsieur Muguet s'évade, l'émission humoristique La Boîte à sel (1955-1960) et les variétés de La Clé des champs (1958-1959).
vignette|gauche|Jusqu'en 1975, les actualités sont tournées avec caméras 16 mm. Alexandre Tarta réalise un reportage en 1969.
À partir de 1956, Pierre Tchernia devient le réalisateur de l'émission La Piste aux étoiles de son ami Gilles Margaritis, dont il apprécie particulièrement piloter la réalisation en direct ou dans les conditions du direct.
vignette|droite|Une régie mobile installée à proximité du cirque permet à Tchernia de réaliser l'émission La Piste aux étoiles.
Au cours de différentes retransmissions spéciales et reportages télévisés « En direct de... », Pierre Tchernia intervient comme présentateur ; on le retrouve notamment pour une soirée consacrée aux mineurs de Lens et pour la première fois, la télévision filme les profondeurs des mines du Nord. Il intervient également lors des émissions spéciales consacrées aux spéléologues dans le gouffre de La Pierre Saint-Martin, les astronomes au sommet du pic du Midi de Bigorre, une visite du porte-avion La Fayette à Toulon ou encore, le sur la ligne de train à grande vitesse reliant Lille à Paris à l'occasion de son électrification..
vignette|gauche|La 5 République marque un tournant à la télévision. L'émission La Boîte à sel doit s'arrêter.
En 1959, à la suite d'un changement de régime politique majeur (Cinquième République), la période de liberté éditoriale des émissions comme La Boîte à sel est remise en question et ses créateurs Robert Rocca et Jacques Grello sont convoqués par le nouveau Ministre de l'Information, Louis Terrenoire pour annoncer qu'un strict contrôle est requis et que l'émission doit désormais être enregistrée ; les producteurs refusent et l'émission s'arrête définitivement, malgré son succès.
Entre 1958 et 1974 et à l'exception des années 1959 (Claude Darget), 1961 et 1964 (Robert Beauvais), 1966 (François Deguelt) et 1971 (Georges de Caunes), il commente en direct le concours Eurovision de la chanson pour la télévision française à douze reprises : en 1958, 1960, 1962, 1963 pour la RTF ; puis pour l'ORTF en 1965, de 1967 à 1970, en 1972, 1973 et le , la France ne participe pas au concours Eurovision à la suite du décès du président de la République Georges Pompidou ; le concours est toutefois diffusé par l'ORTF une semaine plus tard, avec les commentaires enregistrés de Pierre Tchernia.
À partir de , il rejoint l'équipe du nouveau magazine d'actualités de l'ORTF Cinq colonnes à la une comme reporter et commentateur, sous la houlette des journalistes Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère. Il coanime ce magazine d'informations durant les années 1965 et 1966. L'émission, s'arrête le , à la suite des événements politiques et aux grèves nationales.
vignette|droite|S'inspirant de l'émission américaine The Mickey Mouse Club produite par Walt Disney, il lance en 1961, L'Ami public numéro un à la télévision française.
Le , il produit et présente pour la première fois L'Ami public numéro un, émission constituée d'extraits des productions Disney sur la RTF puis la Première chaîne de la RTF pendant 18 ans. Le , à l'occasion de la mort de Walt Disney, la deuxième chaîne de l'ORTF qui l'emploie lui demande de réaliser et présenter un document spécial pour le magazine d'actualités alors qu'à la même heure sur la première chaîne, la diffusion avancée du prochain numéro enregistré de L'Ami public numéro un, ce qui le fait apparaître simultanément sur les deux chaînes nationales françaises.