vignette|Raun K. Kaufman, un Américain dont les parents affirment publiquement en 1976 qu'ils l'ont « guéri de l'autisme », et dont la nature de personne autiste est controversée..
La guérison de l'autisme, au sens médical, est peu probable au regard des connaissances de l'autisme et de ses facteurs de causalité, voire, est un mythe. L'autisme ne répond pas à la définition d'une maladie dont un traitement curatif pourrait supprimer à la fois les causes et les manifestations. Les réponses thérapeutiques portent sur la réduction des situations de handicap rencontrées par les personnes diagnostiquées comme autistes. Malgré l'absence de preuve d'une possibilité de guérir l'autisme, quelques personnes autistes et leurs proches assurent avoir « guéri ». Dans un contexte de recherche de remèdes, quelques thérapeutes et psychanalystes, ainsi que des figures controversées comme le Luc Montagnier, revendiquent de pouvoir guérir l'autisme mais sans en apporter de preuves, ce qui assimile ces déclarations à du charlatanisme.
Entre 3 et 25 % des personnes ayant reçu un diagnostic lié à l'autisme durant leur enfance ne répondent plus aux critères de ce même diagnostic à l'âge adulte, majoritairement parmi celles qui n'ont pas de handicap mental associé. Ce constat peut recouvrir plusieurs réalités, et ne permet pas de définir les adultes qui ne répondent plus aux critères diagnostiques de l'autisme comme étant « guéris ».
La focalisation sur une hypothétique guérison de l'autisme dans le futur influence les financements et les priorités des politiques de santé, tout en constituant un débat éthique auquel prennent part des adultes autistes, des proches aidants et des professionnels de la santé. La majorité des adultes autistes s'opposent à l'idée selon laquelle l'autisme devrait être prévenu ou guéri, mettant en avant le respect de leur identité et la préservation d'une culture autiste. Les parents d'enfants autistes soutiennent au contraire majoritairement la recherche d'un traitement curatif, sur la base du respect de la liberté individuelle et de la recherche du bien-être.
Définition vignette|L'Organisation mondiale de la santé range le trouble du spectre de l'autisme parmi sa classification internationale des maladies.|alt=Drapeau bleu avec un serpent jaune enroulé dessus Les notions de « guérison » et de « traitement » de l'autisme sont à la fois complexes et controversées.
L'autisme n'est pas défini sur la base d'une cause identifiée, mais sur celle d'un ensemble de critères ou symptômes communs aux personnes diagnostiquées, et qui pourraient avoir des causes diverses. Ces symptômes, incluant des comportements répétitifs et une communication atypique, sont plus ou moins handicapants selon les individus. Les manifestations de l'autisme sont d'origine neuro-développementales, comme spécifié dans les classifications CIM-10, DSM-5 (2013). et CIM-11 (2018).. Les causes de l'autisme sont majoritairement génétiques (plus de 140 gènes impliqués, d'après l'institut Pasteur (2019), créant une forte héritabilité.) et de façon secondaire environnementales, les vaccins ayant été mis hors de cause par de solides études..
Si le consensus scientifique actuel autour de l'autisme le définit comme et , de nouvelles découvertes pourraient en suggérer une vision plus dynamique, et conduire à de nouvelles critiques de la notion de guérison.
Problèmes posés par la notion de maladie Carole Tardif et le Bruno Gepner dans leur ouvrage de référence L'autisme (2019)., le Centre Ressources Autisme d'Île de France (2022). et la plate-forme Autisme Info Service (2022). en France, ainsi que la Fédération québécoise de l'autisme (2016). et le Laurent Mottron (2004). au Québec, déclarent que , en accord avec la majorité des personnes concernées qui s'expriment à ce sujet. La sociologue Brigitte Chamak souligne (en 2009) que , mais que le trouble du spectre de l'autisme reste référencé parmi la Classification internationale des maladies (CIM), publiée par l'Organisation mondiale de la santé.. De nombreux professionnels de santé le présentent comme une maladie, par exemple la de pédopsychiatrie française Catherine Barthélémy. et la en psychologie Uta Frith, qui souligne cependant que l'autisme n'est pas une maladie dégénérative, et que de nombreuses personnes autistes améliorent leurs capacités de compensation du handicap à l'âge adulte.
Définition d'une guérison de l'autisme Une autre difficulté, en plus de la définition de l'autisme lui-même, réside donc dans la définition d'une « guérison de l'autisme ». Il est fréquent de confondre la guérison de l'autisme avec l'indifférenciation (perçue de l'extérieur) entre les personnes autistes et les personnes non-autistes, mais la guérison et l'indifférenciation sont deux notions différentes. L'une implique la suppression de toutes les caractéristiques qui font qu'une personne est autiste, alors que l'autre induit un masquage ou une absence de perception de ces caractéristiques, sans impliquer leur suppression effective. Brigitte Harrison et Lise St-Charles notent que des intervenants en thérapie demandent aux enfants de faire disparaître leurs , et revendiquent ensuite fallacieusement d'avoir guéri ces enfants..
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'institut Pasteur spécifient qu'il n'existe aucun traitement curatif de l'autisme (notamment médicamenteux) reconnu comme efficace, les réponses médicales portant sur des interventions pour aider les personnes diagnostiquées comme autistes à compenser leur situation de handicap, à travers une .. De même, Frith estime que et qu'aucune méthode expérimentée jusqu'alors (2010) n'a permis de guérison. Elle souligne aussi l'abandon de la notion d'autisme infantile, qui suggérait à tort que l'autisme disparaitrait ou guérirait chez les adultes. Catherine Barthélémy écrit en 2012 que .
Pertes du diagnostic Il existe un faisceau d'études qui concluent qu'une part significative (environ 10 %) des enfants diagnostiqués comme autistes ne rencontrent plus les critères du diagnostic d'autisme à l'âge adulte.. Le pédopsychiatre Michel Lemay estime en 2004 qu'il pourrait exister des cas très rares et isolés de guérison de l'autisme, mais les facteurs qui la provoquent restent inconnus et non-reproductibles.
En 2008, Molly Helt et ses collègues déterminent qu'entre 3 et 25 % des enfants diagnostiqués dans le champ de l'autisme sont dans ce cas. Ce groupe de chercheurs identifie, parmi les facteurs prédictifs de cette évolution vers la perte du diagnostic, une intelligence élevée, un langage réceptif, une imitation verbale et motrice, et un développement moteur, mais pas la . En , une étude de l'Université du Connecticut détermine que 34 jeunes qui avaient reçu un diagnostic fiable relié au champ de l'autisme durant l'enfance ont par la suite quitté les critères diagnostiques.. Interrogée dans la presse, la chercheuse Deborah Fein explique qu'il reste impossible de prévoir comment se développeront les enfants ; en particulier, l'application de l'Analyse appliquée du comportement (ABA) n'est guère prédictive, deux enfants suivant un même protocole d'ABA pouvant connaître des trajectoires développementales totalement différentes.. En , une étude du Weill Cornell Medical College, menée sur 85 enfants diagnostiqués dans le champ de l'autisme et suivis pendant 20 ans, montre que de ces enfants ne rencontrent plus les critères diagnostiques à l'âge adulte, la plupart du temps parmi ceux qui ont été diagnostiqués sans handicap mental associé..
Traitements alternatifs et « guérison » de nos jours
Les psychiatres et psychanalystes à l'origine des premières descriptions de l'autisme, ainsi que ceux qui exercent en France, l'ont longtemps relié au champ des psychoses, en soutenant sa curabilité et en décrivant chez les enfants autistes une « folie » réversible. Bruno Bettelheim croyait ainsi que la prise en charge institutionnelle pouvait guérir l'autisme, ce qui s'est révélé être faux... D'après les psychanalystes Patrick Landman et Denys Ribas, la plupart des psychanalystes modernes ne prétendent plus que la psychanalyse permet de guérir l'autisme.. La sociologue française Florence Vallade souligne cette évolution à travers les représentations de l'autisme dans la presse en France, dans laquelle l'approche de la psychiatrie psychanalytique a été progressivement présentée comme ne permettant pas une , tandis que la notion de handicap, perçu comme définitif, implique que si l'autisme n’est pas guérissable, les personnes concernées sont néanmoins rééducables.
L'approche psychologique et comportementale de l'autisme est peu invasive envers les personnes concernées, au contraire de l'approche biomédicale, qui est aussi la plus susceptible de déboucher un jour sur une guérison. Selon l'institut Pasteur (2019), , ce qui justifie la conduite d'essais thérapeutiques sur l'autisme.. Le point de vue biomédical sur l'autisme veut qu'il s'agisse d'un handicap ou d'une maladie qui entraîne des déficiences, et soutient la détection précoce, la prévention, l'amélioration des traitements et finalement la guérison de l'autisme. Dans les discours des tenants de cette approche, l'autisme est décrit comme une tragédie ou comme une énigme qui doit être résolue, souvent via le recours à un vocabulaire martial, en parlant de qui . La journaliste Olivia Cattan note que les termes et sont employés pour caractériser l'autisme dans de grands médias en français.
Florence Vallade souligne le rôle de la presse en France dans l'entretien d'une croyance en la possibilité de guérir l'autisme, dans la mesure où des expressions telles que « développement normal » et « enfants ne se distinguant plus des autres enfants » y sont régulièrement véhiculées, et ..
Personnalités et groupes qui prétendent pouvoir guérir l'autisme vignette|Le Luc Montagnier, qui en 2012 a affirmé que l'autisme serait guérissable avec des antibiotiques.. D'après Lemay, .. L'absence officielle de traitement curatif de l'autisme suscite une demande, particulièrement lorsque les parents d'un enfant nouvellement diagnostiqué comme autiste sont à la recherche de réponses médicales, n'en trouvent pas et se tournent vers des thérapies alternatives douteuses et/ou dangereuses.. Des enfants autistes sont alors exposés à ces pseudo-traitements vendus par des charlatans, au prétexte de les guérir. D'après le New Scientist, la plupart de ces pseudo-thérapies relèvent du domaine biomédical, ou « biomed »..