Le FESPACO 1983 est la édition du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou. Il se déroule du 5 au à Ouagadougou au Burkina Faso.
Le thème de cette édition est « Le cinéaste africain face à son public ».
Le film Finyè de Souleymane Cissé décroche l'Étalon de Yennenga.
Contexte A Niamey du 1er au , cinéastes, critiques, responsables gouvernementaux et experts se réunissent pour le premier colloque international sur la production cinématographique en Afrique, grâce à un soutien de octroyé par Seyni Kountché, chef de l'État nigérien. Les participants adoptent ce qu'il est convenu d'appeler le manifeste de NiameyTexte intégral : . Contrairement à la Charte d'Alger adoptée par la FEPACI en , idéologiquement orientée, le manifeste insiste sur le nécessaire environnement économique du cinéma : le développement de l'exploitation des salles, de la distribution, de l'infrastructure technique et de la formation professionnelle pour la viabilité des productions. Il doit être appuyé par les télévisions et par une coopération interétatique au-delà du niveau national. Billetterie, fiscalité, instances administratives, encouragement à l'investissement, législations adaptées sont abordés, ainsi que les coproductions. Les participants en appellent à des législations adéquates.
À la suite de ce colloque, une conférence extraordinaire des ministres chargés du cinéma de dix pays d'Afrique noire francophone se réunit en à Ouagadougou. Durant trois jours, les débats à huis clos abordent la question du fonctionnement et du financement chaotiques du CIDC-CIPROFILM (Consortium interafricain de distribution cinématographique - Centre interafricain de production de films), seulement appuyé par cinq pays contrairement aux engagements de départ. Nommé Secrétaire d’État à l'information le , Thomas Sankara préside la conférence bien qu'il vienne de démissionner de ses fonctions (mais le gouvernement voltaïque ne l'avait pas encore annoncé officiellement) en réaction à la suppression du droit de grève. Il estime dans son allocution d'ouverture que , avant de prononcer en direct à la télévision le la célèbre phrase : .. Les cinéastes sont marqués par son franc-parler et son militantisme.
Il convoque la journaliste Alimata Samlambéré, qui avait présidé le premier Fespaco en 1969. Elle est connue pour son franc-parler dans ses émissions télévisées à succès Magazine de femme et Nul n'est censé ignorer la loi, et lui demande de les animer aussi dans les principales langues nationales.
Le , le Comité militaire de redressement pour le progrès national (C.M.R.P.N), qui avait renversé le président Aboubacar Sangoulé Lamizana par un coup d'État militaire le , est à son tour renversé et doit céder le pouvoir au Conseil provisoire de salut du peuple (C.P.S.P.) du commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, lequel nomme Premier ministre Thomas Sankara, le leader du Rassemblement des Officiers Communistes (R.O.C.). Sankara propose le poste de ministre de la Culture à Alimata Salambéré, mais devant son refus la confirme pour l'édition 1983 à la présidence du Fespaco où elle venait de remplacer Louis Thiombiano, préférant .
Comme pour l'édition de 1981, le couvre-feu à partir de 11 heures du soir est suspendu le , jour de l'ouverture du festival, et est rétabli aussitôt après, le . Cela motive la population a .
Déroulement Chiffres. 25 pays africains sont représentés et 12 pays non-africains, avec 69 films et un nombre de spectateurs encore estimé sans statistiques précises de à .
Comme l'indique Manthia Diawara, s'est posée la question de l'africanité des films produits en Afrique mais réalisés par des non-africains. Le Fespaco 1983 ne retient pas Le Courage des autres, film de Christian Richard, un coopérant français professeur à l'INAFEC, école de cinéma de Ouagadougou, réalisé en 1982 par une équipe entièrement africaine avec Sotigui Kouyaté dans le rôle principal. Il est produit par Cinafric, une ambitieuse société privée dirigée par Martial Ouedraogo qui a produit quelques films avant de faire failliteAppelée Société Africaine de Cinéma, cette société anonyme a un capital de 90 millions de Francs CFA et a implanté sur deux hectares à Kossodo un complexe cinématographique avec studios, matériel moderne et personnel compétent. . Autre raison évoquée pour le rejet, le thème abordé : les razzias opérées par certains Africains contre d’autres pour fournir leurs contingents d’esclaves aux navires négriers, un sujet tabou car il risque d'excuser les horreurs perpétrées par les Blancs.
Imputée à un problème de transfert de copies de Carthage à Ouagadougou, l'absence de films lusophones est soulignée par les journalistes alors qu'ils auraient pu corriger la faible présence du documentaire. De même, les deux seuls films anglophones ne sont pas sous-titrés ou doublés, et tous les documents du festival panafricain sont uniquement en français.
Le Fespaco se dote d'un Marché international du film africain (MIFA) pour favoriser la diffusion et distribution des films, structure souhaitée lors du colloque de Niamey de 1982.
Colloque Le film africain et son public S'adressant aux cinéastes dans son discours à la cérémonie d'ouverture du séminaire, A. Fofana, ministre de l'Information et des Postes et Télécommunications, leur donne l'assurance que . Et dans son discours introductif, Mamadou Djim Kola, secrétaire général de l'Union nationale des cinéastes voltaïques, note que , ajoutant : .
Cette lucidité est confirmée par une étude du Service de psychologie et de sociologie de l'Institut national d’Éducation de Haute-Volta : .
Elle est partagée par Nourredine Saïl, président de la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc, qui rappelle que le spectateur . Ce est difficile à contrer : il est conforté par la publicité professionnelle, la critique publicitaire et les médias, le star-system et la honte ou la culpabilité de ne pas aller voir le film à succès.
Elle est cependant battue en brèche par Med Hondo qui s'écrie : . Comme l'a aussi fait Djim Kola, il célèbre la création du CIDC-CIPROFILM, et se réfère au manifeste de Niamey pour appeler à .
Quant à Moussa Yoro Bathily, il indique : . Et d'insister sur l'importance de former des techniciens africains plutôt que de faire venir des Européens à grands frais. , ajoute-t-il, rappelant comme Tahar Cheriaa que la distribution est le secteur clef et en appelant à un soutien de l’État : .
Le manque de formation touche aussi la critique, selon Paulin Soumanou Vieyra, alors même que . Une pensée africaine est dès lors nécessaire, sachant que .
Le risque est le rappelle Férid Boughedir. Il faut donc pour les films une chance égale d'accéder aux écrans pour que des talents s'affirment, condition nécessaire à une industrie. Cela ne va pas sans une billetterie contrôlée, une programmation volontaire de films africains et une promotion organisée, soutenue par l’État, notamment via ses médias, ainsi que des qui perçoivent la valeur globale du film dans son contexte de production et pas seulement sa perfection technique.
Directeur général du CIDC qui a distribué une cinquantaine de films africains, Inoussa Ousseini rappelle l'évolution profonde depuis 1977 avec la vente à des exploitants privés africains par la société française SOPACIA (Société de participations cinématographiques africaines) de la centaine de salles couvrant la quasi-totalité du marché dans quatorze pays africains francophones, alors même qu'aucun pays africain ne peut .
En conclusion, le séminaire formule des recommandations, reprenant celles du manifeste de Niamey (soutien de l’État, formation, politique de programmation, billetterie, promotion) et y ajoutant la nécessité d'une cinémathèque de conservation des films et d'une centre inter-africain d'information, d'archivage et de recherche.
Films projetés Cette liste est établie à partir du Journal du 8ème Fespaco du et de la revue Unir Cinéma qui donne également la liste des films .
Compétition longs métrages de fiction Titre Réalisation Pays Minutes Les Lutteurs Jean-Michel Tchissoukou 80 Dalokan Moussa Dosso 90 Naitou (l'orpheline) Moussa Kémoko Diakité 120 Pawéogo (L'Émigrant) Kollo Daniel Sanou 80 Wend Kuuni Gaston Kaboré 72 Finye Souleymane Cissé 100 Le Coiffeur du quartier des pauvres Mohamed Reggab 100 Les Beaux jours de Shéhérazade Mustapha Derkaoui 97 Si les cavaliers Mahamane Bakabé 90 Aube noire Djingarey Maïga 100 L'Ombre de la terre Taïeb Louhichi 90'
Compétition ICA (Institut culturel africain) Titre Réalisation Pays Minutes Le fleuve a tout emporté (Odo te gban lo), documentaire François Sourou Okioh 23 Zo Kwe Zo, documentaire Joseph Akouissonne 50 Les Masques du pays Guere , documentaire Jean-Louis Koula 13 Le Koussi, documentaire Moussa Dosso 30 Le Yatenga d'hier et d'aujourd'hui, documentaire Hamadou Ouedraogo 92 La Danse des génies, documentaire Yaya Kossoko La Danse des dieux, documentaire Djingarey Maïga 11 Siggy, docufiction Moussa Yoro Bathily 40 Birago Diop, documentaire Cheikh Ngaïdo Ba 26 Le Certificat d'indigence, fiction Moussa Yoro Bathily 35 De l'autre côté du fleuve (Rewo Daande Maayo), documentaire Paulin Soumanou Vieyra 60 Kin Kiesse, documentaire Mwezé Ngangura 28
Autres films projetés Titre Réalisation Pays Un toit, une famille Rabah Laradji et Mustapha Ben Mebrouk La Damnée El hadji Guellal L'Appât du gain Jules Takam La Chapelle Jean-Michel Tchissoukou La Moisson de 3000 ans Haïlé Gerima Baara Souleymane Cissé Amok Souheil Ben Barka Le Grand voyage Mohamed Abderrahman Tazi Poupées de roseau Jillali Ferhati Kankamba Moustapha Alassane Le Médecin de Gafire Moustapha Diop Cry Freedom Ola Balogun Money Power Ola Balogun Un homme, des femmes Ben Diogaye Beye Le Zar Ali Abdel Gaoum Traversées Mahmoud Ben Mahmoud
Films projetés au Marché international du film africain (MIFA) Titre Réalisation Pays Adja Tio (À cause de l'héritage) Jean-Louis Koula Child of Resistance Haïlé Gerima Cendres et braises Haïlé Gerima Les Dodos Kollo Daniel Sanou Anbé no don (Nous sommes tous coupables) Falaba Issa Traoré Les Hantés de la coqueluche Yaya Kossoko Sa dagga (Le Troubadour) Momar Thiam Duunde Yakaar (Pain sec) Ousmane William Mbaye
Palmarès {| class="wikitable" | style="background:#4682B4;color:white" |Prix | style="background:#4682B4;color:white" |Lauréat | style="background:#4682B4;color:white" |Film | style="background:#4682B4;color:white" |Pays |- |Grand prix Étalon de Yennenga |Souleymane Cissé |Finyè (Le Vent)
|Prix Oumarou Ganda |Kollo Daniel Sanou |Pawéogo (L'Émigrant)
|Prix du meilleur court métrage |Moussa Yoro Bathily |Le Certificat d'indigence
|Prix d'interprétation féminine |Rosine Yanogo |Wend Kuuni de Gaston Kaboré | |- |Prix d'interprétation masculine |Mohamed Habachi |Le Coiffeur du quartier des pauvres de Mohamed Reggab
|Prix du meilleur scénario |Taïeb Louhichi |L'Ombre de la terre| |- |Prix de la meilleure image |Joseph Akouissonne |Zo Kwe Zo, documentaire historique
|Caméra d'or |Issaka Thiombiano et Sékou Ouedraogo |Wend Kuuni de Gaston Kaboré
|Prix du meilleur opérateur (manivelle d'or) | |L'Ombre de la terre de Taïeb Louhichi
Le prix du meilleur preneur de son (perche d'or) n'a pas été attribué.
Autres prix