thumb|Possibles groupies. (Robert Plant, 1973). Une groupie idolâtre un chanteur, un musicien ou un groupe au point de le suivre pendant ses tournées, d'assister à autant de ses apparitions publiques que possible, dans l'espoir de le rencontrer voire d'engager avec lui une relation, parfois sentimentale voire sexuelle.

Ce comportement a connu son âge d'or du milieu des années 1960 à la fin des années 1970, dans une période marquée à la fois par l'avènement du rock 'n' roll et la révolution sexuelle. Les jeunes femmes concernées voient dans le sexe une façon de prolonger leur expérience musicale et d'intégrer le groupe essentiellement masculin qui gravite autour de leurs idoles et participe à leur création artistique. Leur démarche rencontre les besoins de musiciens d'une vingtaine d'années, sur la route pour de longues tournées et qui trouvent en elles des compagnes de substitution, admiratives et dévouées.

Certaines d'entre elles ont atteint la notoriété, pour la longue liste de leurs conquêtes ou pour avoir été les muses de grands noms du rock. La mort de la groupie Nancy Spungen (1978), amante du bassiste des Sex Pistols, puis l'assassinat de John Lennon (1980) marquent le crépuscule de leur âge d'or.

Si les groupies des années 1970 ont pu incarner le fer de lance des valeurs de l’émancipation féminine, leurs héritières du début du ne sont plus auréolées que des attributs négatifs et quasi pathologiques du fan. L'extrême jeunesse alors de quelques-unes (13 ans pour les « baby groupies » de Los Angeles en 1971) est désormais considérée comme caractéristique d'une exploitation non consentie.

Par extension, sont aussi qualifiés péjorativement de groupies des fans de sportifs et des admirateurs de personnalités publiques de premier plan dans d'autres professions.

Origine et description thumb|Jenny Dean, une groupie célèbre de New York, avec le chanteur britannique Terry Reid en 1974. L'usage du terme groupie se développe dans le monde anglo-saxon pendant la seconde moitié des années 1960, pour qualifier les jeunes femmes qui gravitent autour des groupes de rock, cherchant des occasions de rencontrer personnellement les musiciens. Plusieurs sources attribuent le mot au bassiste des Rolling Stones Bill Wyman lors de leur tournée de 1965 en Australie, mais lui-même précise que c'était d'autres que ses compagnons et lui utilisaient pour désigner ces femmes.

En , le magazine Rolling Stones leur consacre un numéro complet, intitulé , qui met l'accent sur les aspects sexuels des relations qui se nouent entre les musiciens et les groupies. Time, quelques mois plus tard, publie dans la même veine l'article qui opère la distinction entre le fan traditionnel et la groupie spécifiquement à la recherche de relations sexuelles : une groupie, selon Frank Zappa, est . Un livre largement autobiographique des britanniques Jenny Fabian et Johnny Byrne, Groupie (1969), et le film documentaire Groupies (1970) contribuent à populariser l'expression.

L'enjeu pour elles est d'approcher les artistes, d'attirer leur attention. Elles s'offrent aux membres du staff des spectacles pour obtenir un laisser-passer, être mises en contact avec leur cible : , explique Pamela Des Barres. La concurrence est rude, et certaines déploient des trésors d'imagination pour être celle que les artistes vont demander : Cynthia Albritton est connue à Chicago pour prendre dans le plâtre l'empreinte du pénis de ses amants célèbres ; Barbara Cope est recherchée à Dallas parce qu'elle a la réputation d'utiliser une motte de beurre lors des relations sexuelles, etc. En cette époque traversée simultanément par l'avènement du rock et la révolution sexuelle, les observateurs extérieurs admirent les groupies pour s'être émancipées, pour être parvenues à concrétiser leur rêve et pour avoir brisé la barrière qui sépare le public des artistes : elles sont des exemples de liberté et de succès pour d'autres femmes de leur génération. Mais elles sont en même temps largement décriées pour leur comportement débridé jugé obscène, par les milieux plus traditionnels mais aussi au sein de leur propre groupe.

Certaines groupies ne semblent pas avoir cherché à construire de relations suivies : Patty Cakes voit dans ce choix de vie l'occasion de . Mais même Connie Hamzy, qui passe pour avoir couché avec toutes les rockstars et tous les roadies de passage dans sa ville de Little Rock, écrit : . Une autre témoigne : . La plupart sont très romantiques, déterminées à réaliser leur rêve. L'excitation d'être avec une personne célèbre est leur motivation principale, au delà de toute considération vénale. Dans une culture du rock 'n' roll à connotation fortement érotique, le sexe avec des musiciens est le moyen idéal d'accéder à leurs idoles : devenir une « starfuckeuse » propulse la jeune femme parmi les stars, si ce n’est à leur niveau. Mais elles aiment la musique de ces groupes et souhaitent ardemment faire partie de ceux qui y contribuent, vivre les mêmes expériences que ceux qu'elles vénèrent. Ainsi, Bebe Buell écrit rétrospectivement : . Selon une lecture plus psychanalytique, pour entrer dans le monde éminemment viril du rock 'n' roll, quoi de mieux que de « s'approprier leur pénis » ?

thumb|gauche|Anita Pallenberg en 1970.Beaucoup tombent amoureuses, des idylles se nouent parfois (comme celle qui lie pendant trois ans Michele Overman et un Robert Plant pourtant marié, ou celle d'Anita Pallenberg avec Keith Richards dont elle aura trois enfants). Quelques unes atteignent le but ultime, devenir une muse pour leur star. Cependant les romances sont rares, et même les plus chanceuses doivent bien vite se résoudre à la séparation.

Cette ambivalence entre leurs pratiques et leurs idéaux conduit l'autrice et critique musicale de Rock & Folk Busty à les comparer à une nymphe Écho qui se prendrait pour Eurydice, la muse d'Orphée.

Vu des musiciens, il existe une gradation dans le monde des groupies. Robert Plant, de Led Zeppelin, distingue celles qui recherchent de simples rapports sexuels et celles qui voyagent pendant de longues périodes avec les musiciens, prennent soin de leur vêtements, participent à leur vie sociale, jouant un rôle de petite amie officieuse. Les artistes tiennent la plupart d'entre elles pour de simples objets sexuels, mais savent gré à certaines de leur compagnie : , explique Richard Cole, le manager de Led Zeppelin. Hormis les rares maîtresses officielles, les groupies occupent donc dans l'esprit des musiciens des rôles subalternes liés à la satisfaction de leurs besoins sexuels ou à leur confort domestique. Cette position de dominées renforce la dissymétrie de statuts entre la rockstar quasi-déifiée et la jeune fan qui l'idolâtre. Beaucoup d'entre eux les méprisent, les maltraitent psychologiquement et physiquement dans des jeux sexuels violents.

À l'inverse Connie Hamzy affirme s'être toujours sentie protégée et respectée par ses amants d'un soir. Et nombreux sont ceux qui ont rendu hommage aux groupies en général, ou à certaines de celles qu'ils avaient croisées, qui ont pu être pour eux de véritables égéries, leur dédiant sur scène des chansons ou les mentionnant dans leurs textes : Cynthia « Plaster Caster » est le sujet de Five Short Minutes de Jim Croce et l'éponyme de Plaster Caster de Kiss. Les Rolling Stones font référence à Barbara Cope dans :

tout comme Grand Funk Railroad cite Connie Hamzy dans son hit de 1973 :

Plus crûment, Guns N' Roses immortalise en 1987 dans sa chanson les gémissements de la groupie Adriana Smith, maîtresse occasionnelle du batteur Steven Adler, enregistrés pendant une relation sexuelle avec un autre membre du groupe.

Les Dans ces années de culture hippie, les perceptions en matière de relations sexuelles avec des mineurs sont différentes de la norme post mouvement MeToo. Des artistes de la scène rock ont parfois eu des rapports sexuels avec de très jeunes adolescentes : Lori Mattix a treize ans quand elle couche avec Jimmy Page, et est toujours mineure quand elle passe une nuit avec David Bowie, Rod Stewart ou encore Mick Jagger ; Sable Starr rencontre Iggy Pop à quatorze ans(en) "Sable". Star Magazine. No. 4. Los Angeles: Petersen Publishing. May 1973. p. 23., puis s'installe à seize ans avec Johnny Thunders, tous ces musiciens étant alors dans leur vingtaine. Toutes deux ont falsifié leur carte d'identité pour pouvoir s'introduire dans les clubs que fréquentent les artistes.

Si Jimmy Page cache sa liaison par crainte d'une inculpation, il n'hésite pas à chanter dans Sick Again quelques années plus tard en hommage à Lori : Et Iggy Pop évoque Sable dans :Le cas de Lori Mattix devient à la fin des années 2010 un important sujet de débat sur les réseaux sociaux, à l'aune du mouvement MeToo. Elle-même admet que MeToo projette une lumière différente aujourd'hui sur des relations qu'elle ne percevait pas alors comme une exploitation non consentie, et qu'elle ne regrette pas. Cependant, dit-elle, . Le journaliste Stereo Williams estime que le laxisme de l'attention sociale envers de tels agissements était endémique alors mais devient inaudible aujourd’hui où la société se concentre davantage sur .

Carrières musicales Certaines groupies se sont elles-mêmes lancées dans une carrière musicale : Cherry Vanilla, qui a fréquenté David Bowie et Sting, enregistre comme chanteuse les deux albums Bad Girl en 1978 et Venus d’Vinyl en 1979. Pamela Des Barres et ses comparses du groupe The GTO's sortent l'album Permanent Damage, dont elles ont écrit les paroles et participé à la composition ; plusieurs artistes de renom y apparaissent (Jeff Beck, Lowell George, Cynthia Plaster Caster, Rod Stewart...). , proche de Iggy Pop, devient au Connecticut une chanteuse punk. Cleo Odzer et son amie Cookie Davidson sont au nombre de celles qui participent à l'album The Groupies en 1969, etc.

Groupies célèbres thumb|Bebe Buell en 2009. Pamela Des Barres (1948- ) surnommée « La Reine des groupies », autour de laquelle Frank Zappa monte le groupe féminin The GTO's, exclusivement composé de groupies. Le premier volume de son autobiographie, I'm With The Band, Confessions d'une groupie, est paru en 1987 ; Nancy Spungen (1958-1978), dont la liaison avec Sid Vicious s'achève tragiquement ; Cynthia Albritton, dite Plaster Caster (1947-2022), de Chicago, qui a réalisé des moulages de plâtre du pénis de plusieurs dizaines de rockstars : Anita Pallenberg (1942-2017), qui a des liaisons avec trois des Rolling Stones et donne naissance entre 1969 à 1976 à trois enfants de Keith Richards ; Devon Wilson (1943-1971), une ancienne prostituée qui voue un amour sans retour à Jimi Hendrix et organise des orgies pour lui ; il lui dédie Dolly Dagger et Freedom ; Bebe Buell (1953- ), qui couche encore mineure avec Jimmy Page, avant de devenir la compagne de Todd Rundgren de 1972 à 1978 puis de Steven Tyler d'Aerosmith ; L'Allemande Uschi Obermaier (1946- ) ; Les baby-groupies adolescentes de la côte Ouest américaine : Sable Starr (1957- ), Lori Mattix (1958- ), Shray Mecham, Queenie Glam, Karen Umphrey (1959- ), Patty Cakes... ; Barbara Cope (1950-2018), dite The Butter Queen, à Dallas ; (1954-2017), meneuse du groupe que John Cale surnomme les Texas Blondes ; "Sweet" Connie Hamzy (1955- ), de Little Rock ; Tura Satana (1938-2011), maîtresse d'Elvis Presley pendant quelques mois ; Pennie Lane Trumbull, héroïne du film Almost Famous de Cameron Crowe ; Michele Overman, compagne de David Gilmour, Steve Tyler et surtout Robert Plant ; Cathy Smith (1947-2020), qui fréquente longtemps le groupe The Band, puis Gordon Lightfoot ; elle est impliquée dans la mort par overdose de John Belushi ; Cleo Odzer (1950-2001), petite amie notamment de Keith Emerson ; La Suédoise Annette Walter-Lax (1955- ), proche de Keith Moon et de Rod Stewart ; Cassandra Peterson (1951- ) ; L'Anglaise Jenny Fabian, qui a notamment eu une relation avec deux membres des Family et avec Syd Barrett,