vignette|375x375px|L'école de la Bonne Graine, au 200 bis, boulevard Voltaire à Paris. Après avoir investi divers lieux du Faubourg Saint-Antoine aux , cet emplacement est occupé par l'école depuis 1994.
La Chambre d'Apprentissage des Industries de l'Ameublement, anciennement le Patronage des enfants de l'ébénisterie, puis Patronage industriel des enfants de l'ébénisterie, est une association reconnue d'utilité publique, fondée le , qui a pour objet d'organiser et développer l'apprentissage dans les industries de l'ameublement.
Elle est aujourd'hui souvent désignée sous le nom d’École d'Ameublement de Paris - La Bonne Graine (depuis son établissement temporaire passage de la Bonne Graine à Paris). Elle est actuellement située au 200 bis, boulevard Voltaire, dans le arrondissement de Paris. Son histoire est particulièrement liée à celle du quartier du Faubourg Saint Antoine.
Il s'agit du plus ancien et de l'un des principaux Centres de Formation d'Apprentis (CFA) d'Île-de-France dans les métiers de l'ameublement. C'est également le seul CFA en France délivrant des formations diplômantes en emballage professionnel et en dessin industriel d'ameublement.
Treize métiers de l'ameublement y sont actuellement enseignés : ébéniste, tapissier en décor, tapissier en siège, doreur à la feuille ornemaniste, encadreur, emballeur professionnel, dessinateur industriel d'ameublement, menuisier en sièges, marqueteur, tourneur sur bois, sculpteur sur bois, rentrayeur - restaurateur de tapis et rentrayeur - restaurateur de tapisseries.
L'essentiel de son enseignement se fait par la voie de l'apprentissage.
Histoire
Naissance et contexte : Le Patronage des enfants de l'ébénisterie Le Patronage des enfants de l'ébénisterie (également référencé sous le nom Société pour l'assistance paternelle des enfants employés aux travaux de l'ébénisterie) est né à l'initiative d'Henri (ou Henry) Lemoine, ébéniste-tapissier et marchand de meubles notable sous Napoléon III, fils de l'ébéniste André Lemoine et héritier de la Maison Lemarchand. Il est le premier président de cette organisation.
Cette fondation a lieu dans la continuité d'un mouvement général durant le Second Empire de création de sociétés privées ayant pour objectif l'amélioration des conditions d'enseignement des apprentis. En effet, depuis l'abolition des corporations en 1791 avec la publication de la loi d'Allarde et des lois Le Chapelier, l'apprentissage des métiers par les enfants et les jeunes est privé de cadre juridiqueMalgré les lois du 22 mars 1841 (relative au travail des enfants dans les manufactures) et du 22 janvier, 3 et 22 février 1851 (relative aux contrats d'apprentissage). Voir notamment Travail des adolescents en France.. La crainte et le constat d'abus et de manquements pour l'éducation des futurs artisans émergent alors. De façon plus générale, la question du travail et de l'instruction des enfants et des jeunes, en particulier parmi la classe ouvrière émergente, est au cœur de nombreuses réflexions politiques. vignette|Médaille de la Société de protection des enfants employés dans les manufactures, commémorant la cérémonie du 27 octobre 1867 organisée sous la tutelle d'Eugénie de Montijo lors de l'Exposition Universelle. Ainsi, la Société de Protection des Apprentis et des Enfants employés dans les manufactures nait en 1866, notamment sous l'influence de Jean-Baptiste Dumas qui en est le premier président. C'est cette société qui regroupe, encourage et récompense au départ d'autres regroupements ayant pour but l'instruction des enfants et jeunes ouvriers, dont fait partie le Patronage des enfants de l'ébénisterie. Ainsi, une partie des membres de la Société de Protection des Apprentis sont également présents parmi les membres du Patronage des enfants de l'ébénisterie et réciproquementPar exemple , inspecteur du travail des enfants pour le département de la Seine.. La Société de Protection des Apprentis bénéficie du patronage de l'Impératrice Eugénie dès 1867. Toutefois, si l'on perd la trace de la Société de Protection des Apprentis après 1914, le Patronage des enfants de l'ébénisterie perdure et renforce sa structure progressivement.
Bien que les premiers statuts de l'organisation mentionnent l'instruction des apprentis comme but à atteindre, la fonction du Patronage des enfants de l'ébénisterie consiste dans un premier temps à assurer le placement et la protection des apprentis dans les ateliers"Le Patronage des Enfants de l'Ebenisterie a pour but d'assister, de moraliser et d'instruire les enfants employés comme apprentis dans l'industrie de l'Ameublement en général, et en particulier chez les ébénistes, menuisiers en sièges, facteurs de pianos et de billards, tourneurs et sculpteurs sur bois, découpeurs, marquetteurs et serruriers en meubles, etc."
Article des statuts de 1866 - Patronage des Enfants de l'Ebénisterie - Société pour l'assistance paternelle aux enfants employés dans l'industrie de l'ameublement en général. Son rôle est notamment d'encadrer le recours au travail des jeunes et de permettre d'établir un contrat écrit entre les parents du futur apprenti et le patron. Le nombre de contrats ainsi signés augmente tout d'abord très lentement.
Les concours du Patronage gauche|vignette|Affiche du Patronage Industriel des Enfants de l’Ébénisterie pour inciter les jeunes à participer aux concours professionnels. Entre 1912 et 1927 L'année suivant sa création, un concours de travail manuel est organisé par le Patronage entre les apprentis de même niveauArticle 9 des statuts de 1866, lisible notamment dans Le Patronage industriel des enfants de l'ébénisterie, son histoire, son but, ses moyens, J. Fresson, page 11, voir bibliographie.. Ces concours concernent tout d'abord les apprentis tourneurs, les apprentis découpeurs, les apprentis menuisiers en sièges, les apprentis ébénistes, les apprentis sculpteurs et les apprentis marqueteurs. Les deux premières catégories d'apprentis (tourneurs et découpeurs) étant toutefois de moins en moins représentées, les concours organisés pour eux cessent au bout de quelques années. Les concours sont ouverts aux apprentis (qu'ils appartiennent ou non au Patronage) et aux jeunes ouvriers. La guerre franco-allemande de 1870 empêche la tenue du concours cette année-là.
Les candidats sont tout d'abord disséminés parmi les ateliers volontaires pour exécuter leurs œuvres. Au début du XXème siècle, ces concours finissent par être hébergés chaque année dans les locaux de l’École Boulle, sur autorisation de la Préfecture de la Seine. vignette| prix du concours de dessinateurs du Patronage - Louis Brouhot - 1898 En 1898, un nouveau concours annuel est créé par le Patronage Industriel des enfants de l'ébénisterie. Il s'agit d'un concours de dessin ouvert à tous comportant deux épreuves : une étude libre d'ensemble d'un sujet, et l'étude sur place d'un sujet restreint en lien avec le sujet principal en cinq heures et sans communication extérieure.
Ce concours est suivi d'une exposition des dessins et d'objets présentant un intérêt artistique envoyés par des artisans de tous bords : sculpteurs, brodeurs ou serruriers par exemple. La volonté derrière cette exposition est de provoquer les rencontres entre concepteurs et artisans manuels ainsi que d'attirer l'attention des employeurs sur la qualité professionnelle de ces travailleurs.
Les concours de dessinateurs rencontrent un vif succès et des élèves de différentes écoles professionnelles ou d'art décoratif s'y présentent chaque année. Après 1908, les concours de dessinateurs sont divisés en deux sections : l'une pour les élèves des écoles d'art décoratif, l'autre, plus difficile pour les dessinateurs sortis de ces écoles.
À partir de 1911, les concours sont divisés en deux grandes catégories : les concours professionnels avec trois disciplines (menuisiers en sièges, ébénistes et sculpteurs) et les concours de l'école de dessin avec quatre disciplines (géométrie, dessin technique, ornement et modelage).
Avec la création des diplômes nationaux, et en particulier du Certificat d'Aptitude Professionnelle (CAP) en 1919, les concours cessent. Les œuvres produites durant les examens continuent toutefois à faire l'objet d'expositions.
Des tombolas sont organisées, afin de revendre les productions des participants aux concours puis des candidats aux examens.
Jurys des concours et présidents des concours de dessin Le jury des concours de travaux manuels était nommé par le Patronage. Il s'agissait de personnalités parmi les ouvriers et patrons de chaque discipline.
Le jury des concours de dessin était composé de huit personnes : quatre jurés nommés par les candidats, et quatre nommés par les organisateurs. Un président du jury était également toujours nommé par le Patronage, en général parmi des personnalités célèbres du milieu de l'ameublement et de la décoration. Ainsi, Alexandre Sandier, directeur artistique de la Manufacture Nationale de Sèvres fut président du jury du concours de dessinateurs du Patronage industriel des enfants de l'ébénisterie en 1898 et en 1904. Il fut suivi de Frantz Jourdain en 1899, de Charles Genuys en 1900 et 1908, de Lucien Magne en 1901, d'Emile Trélat en 1902, de Constant Moyaux en 1903, d'Eugène Grasset en 1905, d'Henry Havard, écrivain d'art, auteur du Dictionnaire de l'ameublement et de la Décoration en 1907 et d'Henri Deglane en 1910 (les dates données sont celles des remises de prix, les concours ayant en général lieu l'année précédente).
Prix des concours Les prix des concours de travaux manuels étaient en général des outils et des livrets bancaires.
Les prix des concours de dessinateurs étaient variables. Parmi les plus prestigieux, on note qu'un vase de Sèvres a été offert lors de la remise des prix du concours du Patronage de 1913 dans la catégorie "Dessin de Meubles" à un certain Eugène Mariage ("hors concours", c'est-à-dire déjà lauréat du prix l'année précédente). Un autre vase de Sèvres aurait quant à lui été offert au premier prix du concours de la Chambre d'Apprentissage des Industries de l'Ameublement par le Général de Gaulle en 1960 ou 1961.
Les cours Le souhait d'enrichir les connaissances théoriques de ces jeunes ouvriers, notamment en matière de compréhension des plans et des instructions, est rapidement émis. Ce besoin est particulièrement mis en évidence lors des concours annuels"Les premiers concours eurent un autre résultat [...], ils montrèrent que les qualités résultant de l'habileté manuelle, de la précision et de la finesse dans l'exécution, n'étaient pas suffisantes pour permettre aux apprentis de comprendre les tracés qu'on leur demandait d'exécuter, et qu'il leur fallait des connaissances en dessin que le plus grand nombre ne possédait pas".