Le mouvement pour l'émancipation des femmes en Belgique est un mouvement féministe débuté au et toujours en cours aujourd'hui.
Le « pré-féminisme » La militante Nicole Van Enis qualifie de « pré-féminisme » la période entre 1789 et 1830, qui voit l’émergence de la pensée et des premiers mouvements féministes. Bien sûr, avant la Révolution française, les femmes souffraient déjà de discriminations, d'injustice et d'inégalités sur les plans juridiques, politiques et économiques, mais la Révolution française de 1789 laisse espérer une ère d'égalité et de justice. Les femmes expriment, elles aussi, leurs revendications, notamment le droit à l'enseignement, au travail et les droits civils. Mary Wollstonecraft en Angleterre, Olympe de Gouge, Manon Roland en France et Théroigne de Méricourt de la Principauté de Liège militent pour que la Révolution française intègre les droits des femmes. Théroigne de Méricourt passe les 23 dernières années de sa vie dans un asile, à la demande de son frère. En reconnaissance, l'association Synergie Wallonie a donné son nom à un prix remis chaque année à une femme wallonne ayant œuvré pour l'égalité entre les hommes et les femmes.
La constitution belge de 1830 proclame l'égalité entre tous les citoyens mais le suffrage censitaire réserve le droit de vote à une minorité d'hommes. Les femmes ne votent pas, ne sont pas éligibles, ne peuvent pas occuper de fonctions publiques ou faire partie d’organisations politiques. Elles n'ont pas accès à un enseignement de qualité, ne peuvent fréquenter que des pensionnats et écoles privées qui dispensent un enseignement rudimentaire. En 1849, seuls dix pensionnats organisent, en Belgique, la formation des institutrices qui est le niveau de formation le plus élevé pour les filles à ce moment-là.
Même certaines féministes n'échappent pas au préjugé. Zoe de Gamond écrit
Les femmes qui travaillent à l'extérieur du foyer ont accès à peu de professions, sont mal ou pas payées et cumulent les charges du ménage avec celles d'un emploi. Dans les classes plus aisées, il est acquis que les femmes restent au foyer. Pour les rares femmes qui veulent ou doivent travailler, l'enseignement est quasiment la seule option possible. Cependant, déjà à l'époque, la question de l'égalité fait l'objet de débats et l'éducation est considéré comme le moteur essentiel de l'émancipation des femmes.
Premiers pas vers l'émancipation (1830-1930) Cette période correspond à ce qu'on appellera a posteriori la première vague féministe. Si elle est fortement marquée par la revendication pour le droit de vote des femmes, ce n'est pas le seul combat qu'elles ont mené.
L'enseignement L'enseignement est un des moteurs principaux de changement pour la situation des femmes. C'est dans ce domaine particulièrement que les féministes belges se sont d'abord illustrées. À une époque où le travail des enfants est un apport indispensable pour de nombreuses familles, la fréquentation de l'école n'est pas régulière que ce soit pour les garçons ou pour les filles. Des initiatives ponctuelles et souvent paternalistes sont organisées : ouvertures d'écoles près des usines par les industriels, aide matérielle sous forme de cahiers et crayons, de nourriture ou encore de vêtements.
Zoé de Gamond soutient que l'accès à une éducation de qualité est la condition de l'émancipation. Mais si elle appelle à une solidarité entre les femmes de toutes les classes sociales, le modèle d'enseignement qu'elle propose est basé sur des filières différentes pour les pauvres et les riches.
Sa fille, Isabelle Gatti de Gamond crée en 1862, la revue L'éducation de la femme. Elle y prône un enseignement féminin de meilleure qualité. Avec l'aide de la ville de Bruxelles, elle fonde, en 1864, la première école communale laïque pour filles à Bruxelles avec un programme complet d'enseignement secondaire inférieur. Nombre de femmes célèbres sont passées par son « cours d'éducation » : Marguerite van de Wiele, Mélanie Janssen, Elisabeth Carter, Marie Spaak ou encore Louise Van Duuren … D'autres villes et communes suivent cet exemple malgré la désapprobation de certains, notamment le clergé catholique peu enclin à voir se propager des écoles laïques. (François Schollaerts, ministre, 1871).
La première école professionnelle pour fille est créée à Bruxelles en 1865. En 1871, le banquier Jonathan Bisshoffsheim fonde à Bruxelles l'Association pour l'Encouragement de l'instruction et de l'éducation des filles et des femmes, ce qui entraîne la création d'écoles professionnelles laïques ouvertes aux filles qui donnent un enseignement théorique et pratique en trois ou quatre ans et proposent aussi des cours du soir.
En 1879, le gouvernement libéral crée un réseau d'écoles officielles laïques et neutres. Il prend plusieurs mesures défavorables à l'enseignement catholique, ce qui provoque une violente réaction du clergé (appel à boycott, menaces d'excommunication ou de renvoi…). C'est dans ce contexte que l’État crée en 1881, l'enseignement moyen inférieur pour les filles. Le niveau secondaire supérieur leur est toujours inaccessible.
Les universités L'entrée des femmes à l'université prend un peu plus de temps.
Une loi votée en 1876, grâce à Henri Bergé, autorise « toute personne » à accéder à l'enseignement supérieur mais s'en remet au gouvernement pour fixer les conditions d'accès des femmes. Quelques-unes tentent de s'y inscrire : Emma Leclercq essaie, depuis 1878, de s'inscrire en faculté de sciences à l'Université libre de Bruxelles, Isala van Diest essaie en 1873 de s'inscrire à l'Université catholique de Louvain. L'Université libre de Bruxelles ouvre finalement ses portes aux filles en 1880, l'Université de Liège reçoit sa première étudiante en 1881 et c'est au tour de l'Université de Gand en 1882. L'université catholique de Louvain suivra 40 ans plus tard. Marie Destrée, Emma Leclercq, Louise Popelin et Sidonie Verhelst sont les premières femmes de Belgique à entrer à l'université.
Mais, dès 1890, les portes se referment. Estimant que le niveau de l'enseignement baisse, que le nombre de diplômées est trop élevé, le gouvernement adopte, une loi qui stipule que le diplôme des sciences humaines classiques devient la seule condition d'entrée à l'université. Comme il n'y a toujours pas d'enseignement secondaire à part entière pour les filles, la loi les empêche à nouveau d'entrer à l'université et cela se reflète immédiatement dans les chiffres d'inscription.
La loi prévoit cependant que quiconque ne peut pas présenter un certificat en sciences humaines peut se présenter devant un jury central. C'est en exploitant cette faille qu'Isabelle Gatti de Gamond organise un cycle de cours de trois ans à Bruxelles en 1892. L' « Athénée de Jeunes filles », fondé en 1907 par Roza de Guchtenaere, propose un programme de sciences humaines classique pour les filles. Ce n'est que grâce aux initiatives privées de ces féministes belges que les filles peuvent être bien préparées à s'inscrire à l'université. En 1912, le premier groupe d'étudiantes en sciences humaines de l'atheneum des filles de Gand entre à l'université. Mais la progression des femmes à l'université est rapidement stoppée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Accès aux professions Les femmes qui ont réussi à entrer à l'université et à y accomplir un cursus complet, rencontrent ensuite, bien souvent, des difficultés pour accéder à la profession : Isala Van Diest a dû étudier la médecine en Suisse, puis suivre des cours complémentaires à l'Université libre de Bruxelles pour faire valider son diplôme et doit encore attendre jusqu'à l'âge de 42 ans l'autorisation d'ouvrir son cabinet médical à Bruxelles. Dix ans plus tard, Bertha De Vriese peut s'inscrire en médecine à l'Université de Gand, elle en est la première femme diplômée dans cette discipline.
Marie Popelin, entrée à l'Université libre de Bruxelles en 1883, est, en 1888, la première femme de Belgique à obtenir un doctorat en droit. Mais elle ne peut pas s'inscrire au Barreau. Un arrêt de la Cour d'Appel l'empêche de prêter serment comme avocate en raison de . Le , la Cour de cassation rejette le pourvoi contre l'arrêt de la cour d'appel, déclarant que la question de l'accès des femmes aux profession juridique était réservée au législateur.
En 1890, la loi du autorise explicitement l’accès des femmes à . Dès lors, en 1892, Isabelle Gatti de Gamond ajoute une section pré-universitaire à l’institut qui porte son nom, et crée le premier athénée pour filles. En 1907, l'Union des femmes gantoises ouvre le premier athénée pour filles à Gand offrant également un enseignement secondaire supérieur qui facilite l'accès des filles à l'université.
Parallèlement à ce mouvement d’ouverture, se développe, à partir de 1885, un réseau d'écoles et de classes ménagères qui bénéficient du soutien des pouvoirs publics mais freinent l'accès des filles à l'université. Le but est officiellement de remédier à la misère matérielle et morale en proposant aux femmes un enseignement adapté à leur prétendu rôle. En 1925, les écoles moyennes de l’État pour filles deviennent des lycées à part entière.
Les premières organisations féministes En Europe, le mouvement féministe organisé démarre après la publication de l'ouvrage De l'assujettissement des femmes de John Stuart Mille qui préconise le lever les obstacles légaux à l'émancipation des femmes. Ce texte est souvent utilisé pour promouvoir les droits politiques des femmes et leur droit à l'enseignement.
La Ligue belge du droit des femmes
En Belgique, la première association féministe, la Ligue belge du droit des femmes est créée en 1892 par les sœurs Popelin, Marie et Louise, Louis Frank, auteur de l'Essai sur la condition politique de la femme, Isala Van Diest, première femme universitaire et médecin de Belgique, Hector Denis, recteur de l’Université libre de Bruxelles, Léonie La Fontaine et son frère Henri La Fontaine, avocat au barreau de Bruxelles et Prix Nobel de la paix en 1913 et Carl Devos. Ils bénéficient du soutien de l'Université libre de Bruxelles et de quelques membres masculins.
L'objectif de cette association est de défendre et de protéger les droits des femmes, notamment auprès des pouvoirs publics, afin d'obtenir l'égalité entre les femmes et les hommes, dans la loi et dans la société. La Ligue a pour priorité le suffrage féminin et la fin de l'autorité de l'époux dans le mariage. Elle publie une revue intitulée La Ligue, organe belge du droit des femmes.
La Ligue est apolitique et adopte une position plutôt modérée, souhaitant faire évoluer progressivement la situation juridique des femmes. Elle est cependant cataloguée rapidement comme laïque et libérale, en raison de son ancrage social. Dès ses débuts, elle cherche à compenser sa faiblesse structurelle par des contacts internationaux. En 1897 et 1912, la Ligue organise ainsi des congrès féministe internationaux à Bruxelles, au Palais des Académies auxquels participent des personnalités étrangères. En 1897, Louis Frank et Marie Popelin organisent le Congrès féministe international de Bruxelles.
La Société belge pour l'amélioration du sort de la femme En 1897 est créée la Société belge pour l'amélioration du sort de la femme (SASF) avec le but de promouvoir l'indépendance économique des femmes et leur accès aux études supérieures et à l'ensemble des professions. La SASF a une vision féministe plus radicale que la Ligue des droits des femmes. Elle se concentre principalement sur les aspects liés au inégalités envers les femmes dans les champs économiques, intellectuels et juridiques, et demande de meilleures conditions de travail pour les femmes.
Le féminisme chrétien de Belgique