Francis Walsingham (env. 1530 à Chislehurst, Kent - ) est connu comme le « maître-espion » d' d'Angleterre dont il est également secrétaire d'État. Admirateur de Machiavel, il est connu pour son efficacité en tant qu'espion et sa capacité à susciter intrigues et fausses intrigues pour la cause de la sécurité de la Couronne anglaise. Jean-Claude Cousseran voit en lui le père fondateur des politiques modernes de renseignement, dans leur double dimension intérieure et extérieure.

Biographie Famille & jeunesse

vignette|Ruines de Manor House à Scadbury Park, demeure familiale des Walsingham

Famille Francis Walsingham nait aux alentours de 1532, probablement à , près de , , dans une famille protestante de la petite noblesse du sud de l'Angleterre. Son père, prénommé William, est un avocat fortuné mais meurt en 1534 tandis que sa mère, Joyce, est la fille du courtisan Edmund Denny et la sœur de Anthony Denny, l'un des principaux gentilshommes de la d'Henri VIII, . William Walsingham servit dans la commission chargée d'enquêter sur les biens du cardinal Wolsey en 1530 et son frère aîné, Edmund Walsingham, est lieutenant de la Tour de Londres, , . À la suite du décès de William, Joyce se remarie avec le courtisan John Carey en 1538 dont le frère, le courtisan William Carey, est le mari de Mary Boleyn, sœur aînée de la reine Anne, , .

Des cinq sœurs de Francis Walsingham, Mary est mariée pendant plus de 20 ans à Walter Mildmay, qui est chancelier de l'Échiquier, tandis qu'Elizabeth épouse le parlementaire Peter Wentworth, , .

Études Il fait ses études au King's College de l'université de Cambridge de 1548 à 1550. Entre 1550 et 1551, il voyage en Europe continentale avant de revenir en Angleterre en 1552 pour intégrer Gray's Inn, l'une des quatre « auberge de la Cour » permettant d'accéder au barreau, , .

L'accession au trône de Marie , souveraine catholique, le pousse à fuir sur le continent. Il reprend ses études de droit à Bâle puis à Padoue où il est élu par ses camarades estudiantins à leur tête en 1555, , . Il visite la Suisse de 1556 à 1558, nouant de nombreux contacts avec des huguenots francophones comme François de La Noue.

Débuts de carrière Parlementaire À la mort de Marie en 1558, c'est sa demi-sœur Élisabeth qui lui succède et Francis Walsingham retourne en Angleterre. Avec le soutien de l'un de ses anciens camarades d'exil, Francis Russel, comte de Bedford, il est élu en 1559 à la Chambre des communes en tant que représentant de la circonscription de Bossiney ; . Il est réélu en 1563 pour les circonscriptions de Lyme Regis, — également sous l'influence du comte de Bedford — et Banbury mais choisit de représenter Lyme Regis ; .

En , il épouse Anne, fille de George Barne II, lord-maire de Londres en 1552-1553, et veuve d'un marchand de vin, Alexander Carleill , . Elle meurt deux ans plus tard, Francis Walsingham récupère la tutelle sur son fils Christopher Carleill ; . En 1566, Walsingham épouse Ursula St. Barbe ; veuve de Richard Worsley , acquérant ainsi les domaines d'Appuldurcombe et de Carisbrooke Priory sur l'île de Wight ;. L'année suivante nait leur fille Frances. Ursula a eu de son précédent mariage deux fils, John et George, qui sont tués en 1567 dans une explosion de poudre à canon à Appuldurcombe.

Dans les années qui suivent, Francis Walsingham soutient activement les huguenots français et développe une étroite et amicale relation de travail avec Nicholas Throckmorton, son prédécesseur comme représentant de Lyme Lyme Regis et ancien ambassadeur en France ; .

En 1569, Walsingham travaille avec William Cecil pour contrecarrer des complots contre Élisabeth. Il est ainsi des instruments de l'échec du complot de Ridolfi qui espère la remplacer par Marie Stuart ; . On lui attribue la rédaction d'un texte de propagande décrivant une alliance conspirative entre Marie, Sir Thomas Howard et Roberto di Ridolfi : « Discourse Touching the Pretended Match Between the Duke of Norfolk and the Queen of Scots » Certains auteurs comme Hutchinson ou Conyers Read, cités dans l'Oxford Dictionnary of National Biography lui attribuent tandis que d'autres soutiennent le contraire . Après que le complot eut été dénoncé, des interrogatoire auraient été menés chez Walsingham ; ; Élément à vérifier car traduction incertaine..

Ambassadeur en France En 1570, la reine choisit Walsingham pour appuyer les Huguenots dans leurs négociations avec Charles IX. Plus tard dans l'année, il remplace Henry Norris, Norreys, comme ambassadeur à Paris. L'une de ses premières actions est de continuer les négociations pour un mariage entre Élisabeth et le futur Henri III mais ce plan est finalement abandonné en raison du catholicisme de celui qui est alors le duc d'Anjou, , .

Une solution alternative est envisagée avec le benjamin des enfants d'Henri II, François, duc d'Alençon, mais Francis Walsingham le considère comme laid et « dénué d'un bon humour ». Élisabeth a 20 ans de plus que le duc d'Alençon et elle est soucieuse du fait que cette différence d'âge puisse paraître absurde, .

Francis Walsingham pense qu'il pourrait servir de manière plus efficace l'Angleterre en cherchant une alliance militaire avec la France contre les intérêts espagnols. C'est ainsi que le traité défensif de Blois est conclu en 1572 mais ne comportant pas de dispositions sur le mariage, il laisse ouvert la question de la succession d'Élisabeth

Les Huguenots et d'autres protestants européens soutiennent les révoltes naissantes dans les pays-Bas espagnols. Lorsque l'opposition des catholiques débouche sur la mort de Gaspard de Coligny et le massacre de la Saint-Barthélemy, la maison parisienne de Walsingham devient temporairement un refuge pour des protestants tels que Philip Sidney, . Ursula, alors enceinte, s'enfuit en Angleterre avec leur fille de quatre ans. Elle y donne naissance, en , à leur seconde fille, Mary. Francis Walsingham retourna en Angleterre en avril, s'étant montré comme une personne compétente sur laquelle la reine et Cecil pouvaient compter.

Un conseiller aux multiples postes Quelques mois auparavant, en 1572, Francis Walsingham se fait élire au Parlement dans la circonscription du Surrey ; siège qu'il conserve jusqu'à sa mort bien qu'il ne soit pas un parlementaire majeur.

Au cours du mois de décembre suivant son retour (1573), il est nommé au Conseil privé en tant que secrétaire principal avec Thomas Smith. Après le retrait de ce dernier en 1576, Francis Walsingham, bien qu'il ne soit pas formellement nommé Lord du sceau privé, prend le contrôle effectif de ce dernier.

Il est adoubé chevalier le ; et reçoit en sinécure les postes de de Colchester, du Hampshire et Grand intendant des villes de Salisbury, Ipswich et Winchester. Dès le , il est nommé chancelier de l'Ordre de la Jarretière ; poste qu'il conserve jusqu'au mois de , date à laquelle il est remplacé par Amias Paulet du fait de sa nomination au poste de chancelier du duché de Lancastre en plus de celui de principal secrétaire.

Secrétaire d'État

vignette|droite|Gravure du représentant la reine Élisabeth encadrée par William Cecil (à gauche) et Francis Walsingham (à droite).

Les devoirs du secrétaire principal n'étaient pas précisément définis mais comme il devait traiter l'ensemble de la correspondance royale et déterminer l'ordre du jour des réunions du Conseil, il dispose d'une grande influence sur l'ensemble des questions politiques, que ce soit sur le plan intérieur ou extérieur, . Durant l'accomplissement de son office, Francis Walsingham soutient l'utilisation de la puissance maritime anglaise pour explorer et ouvrir de nouvelles routes vers le Nouveau Monde. Il est impliqué directement dans la politique et les relations diplomatiques avec l'Espagne, les Provinces-Unies, l'Écosse, l'Irlande et la France, notamment en participant à plusieurs missions dans les États voisins.

Un soutien du commerce et des grandes explorations maritimes Étroitement lié à la classe marchande, il soutient activement les projets de promotion du commerce et investit dans les compagnies de Moscovie et du Levant, . Il appuya également les tentatives de John Davis et Martin Frobisher pour découvrir le passage du Nord-Ouest et exploiter les ressources minérales du Labrador et encouragea Humphrey Gilbert à explorer Terre-Neuve. Le voyage de Gilbert est largement financé par les récusants catholiques et Walshingham est favorable au projet en considérant qu'il est le moyen potentiel de supprimer le catholicisme en Angleterre en encourageant l'émigration des catholiques vers le Nouveau-Monde.

Affaires espagnoles & hollandaises Francis Walsingham est également un des promoteurs de la lucrative circumnavigation de Francis Drake de 1578-1581, jugeant avec raison que les possessions espagnoles du Pacifique sont vulnérables. L'entreprise est calculée pour promouvoir les intérêts protestants en embarrassant et affaiblissant l'Espagne ainsi qu'en se saisissant du trésor. La première édition de The Principal Navigations, Voiages and Discoveries of the English Nation de Richard Hakluyt est ainsi dédicacée à Walsingham ; .

Francis Walsingham se fait l'avocat d'une intervention terrestre directe aux Pays-Bas pour soutenir les révoltes protestantes en utilisant l'argument que si une guerre offensive est injuste, cela n'est pas le cas de la défense de la liberté, notamment religieuse. William Cecil est plus circonspect et soutient une politique de médiation qu'Élisabeth prend à son compte. Walsingham est envoyé en ambassade spéciale aux Pays-Bas en 1578 afin de sonder la possibilité d'un traité de paix et recueillir du renseignement militaire ; .

Affaires françaises À la mort de Charles IX en 1574, Henri III lui succède. Entre 1578 et 1581, Élisabeth relance les tentatives de négociation de mariage avec le duc d'Anjou qui se présente lui-même comme un protecteur des Huguenots et un dirigeant possible des Néerlandais. Francis Walsingham est envoyé en France à la mi-1581 pour discuter d'une alliance franco-anglaise mais les Français souhaitent que la question du mariage soit réglée au préalable quand les Anglais souhaitent l'inverse. En conséquence, il retourne en Angleterre sans aucun accord. Personnellement opposé au mariage, Walsingham a peut-être montré une opposition publique. Alençon est catholique et héritier d'Henri III tandis qu'Élisabeth a passé l'âge d'enfanter et n'a pas de successeur clairement désigné. En étant mariée à l'héritier de la Couronne de France, son décès pourrait amener à une prise de contrôle du royaume d'Angleterre par la France, . En comparant le (possible) couple Élisabeth – Alençon avec celui du protestant Henri de Navarre et de la catholique Marguerite de Valois dont le mariage a eu lieu une semaine avant le massacre de la Saint-Barthélemy, le « plus terrible spectacle » dont il fut témoin, Walsingham soulève le spectre d'émeutes religieuses en cas de réalisation du mariage. Élisabeth s'oppose vigoureusement à Walsingham dans une lettre.

Ce furent des années de tensions dans la politique menée envers la France du fait du scepticisme de Walsingham face à l'imprévisibilité d'Henri III ainsi que sa méfiance envers l'ambassadeur d'Angleterre en France, . Ce dernier passe des informations cruciales à l'Espagne en échange de la prise en charge de ses dettes de jeu. Walsingham pourrait avoir été conscient de cette duplicité de Stafford comme il lui envoyait de fausses informations, probablement dans l'espoir de tromper les Espagnols ; ; .

Affaires écossaises et irlandaises