Simon Bagration de Moukhran (né le , mort le à Saint-Pétersbourg ; en géorgien : სიმონ ბაგრატიონ-მუხრანელი), parfois nommé Simon III de Karthli est un prince, homme politique et militaire géorgien du . Membre de la famille des Bagrations de Moukhran, elle-même une branche cadette de la dynastie des Bagrations qui règne sur la Géorgie depuis le , il est l'un des fils cadet de Léon Bagration de Moukhran et de la princesse Tinatine Avalichvili. Élevé en exil en Géorgie occidentale durant le gouvernement d'Héraclius I en Karthli, il retourne à Tiflis quand son oncle Georges XI est restauré sur le trône en 1703. De 1704 à 1712, il est proche conseiller de son frère Vakhtang VI, qui administre le royaume de Karthli au nom des rois Georges XI, Léon et Kaïkhosro, qui vivent et meurent en Perse.
Simon devient à son tour régent de Karthli en 1712 quand Vakhtang VI est convoqué à Ispahan par le Chah Hossein. Durant son administration de deux ans, il continue la politique culturelle et économique de son frère, encourageant le développement de l'imprimerie et l'autonomie monétaire de son pays vis-à-vis la Perse séfévide. En 1713, il aide secrètement le diplomate Soulkhan-Saba Orbeliani à organiser un voyage en Europe occidentale pour convaincre Louis XIV de France de venir en aide aux pays géorgiens face aux empires musulmans. Cette politique intérieure et extérieure, accompagnée de corruption et de divisions internes, mène Ispahan à le renverser et à nommer son autre frère Jessé comme roi de Karthli en 1714.
Simon quitte largement la politique géorgienne par la suite mais reste impliqué dans la direction de l'armée karthlienne. En 1717, il mène une cavalerie contre des nomades lezghiens, tandis qu'il soutient solidement Vakhtang VI et Bakar dans la guerre pour le contrôle de Tiflis entre Séfévides, Ottomans et Géorgiens en 1723-1724. En 1724, il fait partie de la large exode de la famille royale en Russie, où il reste jusqu'à sa mort en 1740.
Biographie Jeunesse politique Simon Bagration est né le (ou selon certaines sources) 1683, fils du prince royal Léon Bagration de Moukhran et de la princesse Tinatine Avalichvili. À sa naissance, son oncle Georges XI règne comme roi de Karthli, deuxième souverain de la dynastie des Bagrations de Moukhran qui règnent depuis 1659. Il est le second fils du couple princier, mais le sixième fils de Léon, celui-ci ayant cinq enfants de sa première épouse Touta. Dans sa jeunesse, Simon est élevé auprès de la cour royale à Tiflis mais en 1688, à la suite de l'insubordination de Georges XI envers son suzerain séfévide, celui-ci est contraint d'envoyer Léon en otage en Perse. Cet acte ne suffit pourtant pas à Ispahan et la Perse séfévide détrône Georges XI et offre la couronne à Héraclius I dans un coup d'État visant à soumettre plus prondément la Karthli.
thumb|left|Georges XI. Simon, qui n'a alors que quatre ans, suit sa famille en refuge dans la région montagneuse de Ratcha, puis auprès du prince Georges Avalichvili, grand-père maternel de Simon dans le village de Sadgueri, non loin de Bordjomi. Héraclius I, craignant une rébellion du roi déchu, autorise une mission par le noble pro-persan Kaïkhosro Tsitsichvili pour retrouver la famille exilée. Tsitsichvili ne parvient pas à les retrouver et brûle les domaines de Léon, tandis que Simon et ses frères se retrouvent à Logatkhevi dans le Samtskhé, en territoire ottoman, sous la protection de l'oncle de la princesse Tinatine, tandis que le roi déchu Georges continue à se battre pour le pouvoir. À partir de 1691, Simon est surnommé « fruit de Dieu » dans les documents royaux.
En 1694, un changement de pouvoir à la cour d'Ispahan engage le nouveau Chah Hossein à forcer la paix en Karthli, mais le sort immédiat de Simon n'est pas clair. Toutefois, en 1703, Georges XI est officiellement reconnu à nouveau comme roi de Karthli mais est obligé de rester en Perse pour commander les forces séfévides contre les séparatistes afghans. Léon retourne alors en Géorgie pour la première fois depuis son départ de 1688 afin de gouverner temporairement le royaume au nom de son frère. Léon retourne bientôt en Perse et la régence de la Karthli est assumée par Vakhtang Bagration de Moukhran, un frère aîné de Simon. À la mort de Georges XI en 1709 aux mains des Afghans, Léon est à son tour reconnu roi de Karthli par Ispahan, mais meurt trois mois plus tard, laissant la titulature royale à son fils aîné, Kaïkhosro, qui est lui-même en Afghanistan.
Vakhtang VI gouverne en tant que régent le royaume de Karthli entre 1703 et 1711. Simon, qui a 20 ans quand Vakhtang VI arrive au pouvoir, est le seul de ses sept frères (outre Damien qui devient prêtre) à rester auprès de ses côtés. Il devient rapidement un proche conseiller de Vakhtang, qui le cite à de nombreuses reprises dans ses documents officiels, parfois sous le nom islamique de Gouchtasp. Tandis que les sources sur ses activités durant cette période sont pauvres, Simon témoigne des larges réformes légales et économiques entreprises par son frère et de la renaissance culturelle dont bénéficie la Karthli au début du et il est probable qu'il soit un partisan fidèle de la politique de Vakhtang. Ce dernier devient officiellement roi de Karthli le quand Kaïkhosro est tué lors de la bataille de Kandahar.
Régence Administrateur temporaire En tant que nouveau roi de Karthli, Vakhtang VI est bientôt convoqué en Perse par Chah Hossein afin de confirmer son règne, une pratique datant du règne de Vakhtang V, qui voyage en Perse en 1653 pour se faire confirmer comme héritier à la couronne. Le , Vakhtang VI quitte la Géorgie après avoir installé sa famille au palais royal de Gori et confie l'administration du royaume à Simon, un choix questionné par certains dû à la précédence de Jessé, frère aîné de Simon. Il est néanmoins choisi comme « gouverneur » (en géorgien : გამგებელი, gamguebeli ; aussi nommé djanichine dans les sources persanes) de Karthli et est confié de continuer la politique de Vakhtang pendant son absence.
thumb|Pièce frappée par Simon. Ainsi, Simon continue de financer les projets socio-culturels de son frère. Sous son administration et grâce à son financement, le premier livre religieux géorgien, Bénédictions, est publié dans l'imprimerie de Tiflis en 1713. Simon fait également frapper des pièces de monnaie en cuivre, montrant un dragon et ses lettres d'abréviation, S.M.N., les premières pièces géorgiennes depuis le début de la domination séfévide sur la Géorgie orientale, sans pour autant contester le monopole du monnayage d'argent fourni par l'usine du chah de Perse à Tiflis.
Simon utilise sa position pour accumuler rapidement une richesse considérable, menant à un heurt dans ses relations avec la maison de Vakhtang VI, qui l'accuse de voler les trésors royaux. Vakhoucht Bagration, un fils illégitime de Vakhtang et un de ses plus proches alliés, dit du régent qu'il gouverne « comme un homme rapace et sans crainte de Dieu ». En 1712, le catholicos Domentios IV (son demi-frère Damien qui dirige l'Église orthodoxe géorgienne depuis 1705) voyage à Ispahan et indique sa volonté d'abandonner la religion chrétienne et de se convertir à l'islam en échange de la couronne karthlienne, mais est par la suite emprisonné par Simon, qui l'accuse de folie et l'envoie auprès de son neveu Bakar pour le faire aveuglé. Domentios IV n'est sauvé que par l'intermédiation de la reine Roussoudan (femme de Vakhtang VI), qui abrite le catholicos durant le reste de la gouvernance de Simon.
En novembre 1713, quand le roi Georges VII d'Iméréthie est détrôné par le prince Mamia III de Gourie, Simon se pose une nouvelle fois contre les intérêts de la maison royale et offre l'asile à Georges à Tiflis. Tandis que le prince royal Bakar soutient ouvertement Mamia, Simon encourage Georges à regagner son trône en lui offrant un passage sûr vers l'Iméréthie. Parallèlement, la reine Rodam d'Iméréthie, femme séparée de Georges VII, continue à résider en exil à Tiflis. Afin de s'allier avec la puissance noblesse locale, Simon épouse en 1712 Goulkhan Sidamoni, petite-fille du duc Georges d'Aragvi.
Tensions et remplacement thumb|left|Vakhtang VI et Soulkhan-Saba Orbeliani. À Ispahan, Vakhtang VI refuse de se convertir à l'islam et son séjour en Perse devient une détention. Secrètement, il engage son conseiller Soulkhan-Saba Orbeliani à lancer une mission diplomatique à travers l'Europe pour encourager les pouvoirs occidentaux à mettre pression sur le chah persan et lancer des liens commerciaux entre l'Europe et la Géorgie. Orbeliani retourne d'Ispahan à Tiflis en 1713 et organise, avec l'aide de Simon et de l'abbé lazariste Jean Richard, la visite de Soukhan-Saba à Rome et en France. Jean Richard décrit la situation en Géorgie en détail dans une lettre à Pierre Puchot, comte des Alleurs, ministre français à Constantinople, et décrit Simon comme un prince regardant le destin de la Géorgie vers l'Europe. Vers la fin de 1713, Soulkhan-Saba et Jean Richard partent pour l'Europe, officiellement malgré les ordres de Simon, où l'ambassadeur rencontre le pape Clément XI et le roi Louis XIV de France.
L'ambassade karthlienne en Europe n'apporte aucun résultat, tandis que la cour du chah perd sa confiance envers Simon. La richesse controversée du prince, l'emprisonnement de Domentios IV et son mariage non autorisé poussent également la cour d'Ispahan à désapprouver sa régence. Une vague de peste en 1713, une infestation de sauterelles et une famine nationale rendent Simon largement impopulaire à travers le royaume. Au début de 1714, le chah Hossein est convaincu par les khans persans de Transcaucasie de renverser Vakhtang VI pour son refus de se convertir à l'islamLes khans musulmans refusent alors de payer tribut au roi chrétien de Karthli, malgré leurs obligations et ce dernier recommande Simon et son autre frère cadet Jessé pour le remplacer officiellement.
En août 1714, Jessé commence à se positionner comme potentiel roi de Karthli. Tandis que les ducs David de Ksani et Georges d'Aragvi envoient une lettre au chah demandant le remplacement immédiat de VakhtangCeux-ci craignent la puissance de Vakhtang depuis sa campagne militaire en Ossétie de 1711., Jessé organise une révolte de la garnison persane de Tiflis. Kholopha, dignitaire séfévide, est envoyé par la Perse pour faire une enquête sur la révolte et, officiellement, pour choisir le nouveau roi de Karthli. En réalité, Kholapha est chargé de sécuriser le trône pour Jessé et pour envoyer Simon en Perse. À Tiflis, Kholopha rencontre les dirigeants de l'Église orthodoxe géorgienne et de la noblesse locale, qui se retournent tous contre Vakhtang VI et soutiennent Jessé.
Voyant son manque de support, Simon soutient à son tour Jessé et se déclare conte Vakhtang. Kholapha est contraint de retourner en Perse à la suite d'une révolte populaire de la population chrétienne mais le (ou en septembre selon certaines sources), Jessé est reconnu comme roi de Karthli et débarque à Tiflis, tandis que Simon est autorisé de rester à Tiflis. La régence de Simon est connue aujourd'hui comme étant le premier gouverneur géorgien à régner en tant que chrétien depuis 1633. L'historien Niko Djavakhichvili le considère comme un souverain de plein droit et le nomme Simon III.
Prince de Karthli thumb|Le prince Bakar, régent de Karthli en 1716-1719.