Le mariage du roi et de la princesse Anne-Marie de Danemark se déroule le , à Athènes, en Grèce. Organisé à la cathédrale métropolitaine six mois après les funérailles du roi , c'est l'une des dernières grandes cérémonies de l'histoire du royaume hellène. Il est donc parfois qualifié de de la monarchie grecque.
Le diadoque Constantin de Grèce, fils et héritier du roi , rencontre, pour la première fois, la princesse Anne-Marie de Danemark, fille du roi , en 1957, et les deux jeunes gens se revoient ensuite une deuxième fois en 1959. La relation du couple commence cependant un peu plus tard, lors du mariage de la princesse Sophie de Grèce avec l'infant Juan Carlos d'Espagne, en . Elle aboutit à des fiançailles secrètes, le , qui sont finalement officialisées le .
Dans un premier temps, le rapprochement du couple est reçu un peu tièdement au Danemark, où le roi et une partie de l'opinion publique s'émeuvent de la jeunesse de la princesse, qui est encore adolescente. Il est, en revanche, accueilli plus chaleureusement en Grèce, où la mort inattendue du roi en fait de Constantin le nouveau roi des Hellènes. Pour les Grecs, le mariage royal apparaît ainsi comme le début d'une ère nouvelle.
Initialement prévue pour le mois de , l'union de et d'Anne-Marie est avancée au . Organisée à Athènes, elle donne lieu à une grande cérémonie orthodoxe, célébrée par l'archevêque-primat et dans la cathédrale de l'Annonciation. Au total, les fêtes qui entourent les épousailles réunissent pas moins de , parmi lesquels , , et quantité d'autres personnalités du Gotha.
Après leur mariage, et Anne-Marie s'installent au palais de Tatoï, situé dans les environs de la capitale. Rapidement, Anne-Marie met au monde ses deux premiers enfants : Alexia, en 1965, et Paul, en 1967. Peu de temps après, une dictature militaire prend le pouvoir à Athènes et la famille royale est bientôt contrainte à l'exil après une tentative de contre-coup d'État ratée. À l'étranger, le couple royal donne naissance à trois autres enfants : Nikólaos (1969), Théodora (1983) et Phílippos (1986).
La chute de la Dictature des colonels, en , est suivie de l'instauration de la Troisième République hellénique. Interdits de séjour en Grèce et même privés de leur nationalité en 1994, , Anne-Marie et leurs enfants obtiennent finalement de pouvoir revenir vivre dans leur pays dans les années 2000. Vingt ans plus tard, la réhabilitation du palais de Tatoï, confisqué par l'État grec après un long combat judiciaire contre l'ancienne famille royale, permet la redécouverte de certains objets utilisés lors du mariage de 1964.
Rencontre et fiançailles Premières rencontres
En dépit de leurs nombreux liens de parenté , Constantin de Grèce et Anne-Marie de Danemark se rencontrent pour la première fois à l'adolescence. À en croire le témoignage du futur monarque., celui-ci serait tombé sous le charme de la princesse en voyant sa photo dans un magazine et il aurait ensuite déclaré à son père, le roi , qu'il venait de trouver son épouse et souhaitait se rendre au Danemark pour faire sa connaissance.
Quoi qu'il en soit, les deux jeunes gens semblent s'être rencontrés pour la première fois en , lors d'une escale à Copenhague du diadoque, alors cadet à bord du navire-école Armatolos. À l'époque, Constantin a tandis qu'Anne-Marie en a et rien n'indique qu'une quelconque idylle se développe entre eux..
La famille royale de Grèce effectue ensuite un voyage en Scandinavie durant l'été 1959 et les deux jeunes gens se retrouvent à nouveau dans la capitale danoise. À l'époque, l'héritier du trône hellène est déjà majeur (il a ) et sa cousine entre dans l'adolescence (elle a ).. D'après la presse du cœur, le voyage est un succès et, dans ses mémoires, la reine des Hellènes Frederika rapporte l'enthousiasme de son époux vis-à-vis de la petite princesse, qui lui apparaît comme un qu'il serait heureux d'avoir pour belle-fille... Pourtant, le diadoque de Grèce ne voit encore en sa cousine qu', si l'on en croit ses déclarations postérieures.
De fait, depuis la fin des années 1950, Constantin a la réputation de multiplier les conquêtes. À partir de 1959, il entretient une relation avec l'actrice grecque Alíki Vouyoukláki. et la presse du cœur lui prête ensuite une liaison avec l'Américaine Elizabeth Taylor. Pendant une période, Constantin semble en outre fréquenter l'une de ses cousines éloignées, la comtesse russe Xenia Cheremetieff, petite-fille du prince Youssoupoff. Cependant, la reine Frederika refusant ostensiblement de voir ses enfants contracter des unions inégales, les journaux imaginent plutôt un mariage du diadoque avec Désirée de Suède, Irène des Pays-Bas ou même Pilar d'Espagne, pourtant sensiblement plus âgée que lui.
Des fiançailles secrètes Trois années s'écoulent avant que Constantin et Anne-Marie se revoient. Les deux cousins se retrouvent finalement au Danemark en , à l'occasion d'un grand bal donné au palais d'Amalienborg par la famille royale. À l'époque, le diadoque a déjà , mais la princesse n'en a que 15. Cela n'empêche pas le jeune homme d'être impressionné par la beauté de sa cousine.
En , Anne-Marie se rend pour la première fois en Grèce avec ses parents pour le mariage de la sœur du diadoque, qui l'a invitée à ses noces en tant que demoiselle d'honneur. Lors du bal qui suit les épousailles, Constantin multiplie les danses avec sa cousine, obligeant la reine Frederika à intervenir pour qu'il change un peu de cavalière, sans succès. D'après les témoignages de Sophie de Grèce, c'est à ce moment que son frère et sa belle-sœur tombent . À l'époque, les jeunes gens échangent en anglais, seule langue qu'ils maîtrisent tous les deux...
En , Constantin et Anne-Marie se revoient en Norvège, où la famille royale de Grèce effectue un déplacement estival. Officiellement, le diadoque, qui est médaillé olympique, va à Hankø pour participer à une régate présidée par le roi , tandis qu'Anne-Marie rend visite à son ancienne gouvernante, Mary North Hartunger. Pendant ce séjour, les deux jeunes gens se voient beaucoup et le diadoque déclare sa flamme à Anne-Marie le . Séduite, la princesse accepte de se fiancer, mais l'événement demeure d'abord secret. De fait, Constantin a beau entretenir d'excellentes relations avec le roi , dont il partage le goût pour la navigation et la musique classique, la loi danoise interdit le mariage des personnes mineures et Anne-Marie exige que son père ne soit pas mis au courant.. Quand Constantin lui demande finalement la main de sa fille, quelques mois plus tard, le souverain danois accepte, mais donne pour condition qu'Anne-Marie atteigne sa majorité et finisse ses études avant de convoler..
Pour secrète que soit la relation du jeune couple, la rumeur se répand en Grèce qu'Anne-Marie doit séjourner à Corfou avec Constantin en août, ce qui ne se produit finalement pas. En septembre, le diadoque retourne donc au Danemark, faisant dire à la presse que des fiançailles sont sur le point d'être annoncées. Pourtant, aucune déclaration n'a lieu. En octobre, Anne-Marie se rend finalement à Athènes pour un voyage privé. Elle ne fait alors qu'une apparition publique, à l'occasion d'une compétition de voile à laquelle elle participe au côté du diadoque.
Pour Constantin, qui est accoutumé à une certaine liberté, il s'agit là d'une période difficile car il vit comme une injustice de ne pouvoir montrer ses sentiments au grand jour.
Officialisation des fiançailles Début , le roi et la reine des Hellènes fêtent leurs noces d'argent à Athènes. Quelques jours après les célébrations, les souverains se rendent à Copenhague pour y discuter du projet de mariage de Constantin et d'Anne-Marie avec la famille royale de Danemark.. C'est à ce moment que les fiançailles des deux jeunes gens sont annoncées publiquement, le . Ému, le couple princier apparaît alors au balcon du palais d'Amalienborg, où il est ovationné par la foule.
Quelques jours plus tard, les souverains hellènes rentrent à Athènes, où ils accueillent bientôt le roi , la reine Ingrid et leurs trois filles. Anne-Marie, qui descend de l'avion au bras du diadoque, est accueillie chaleureusement par les Grecs, qui se réunissent ensuite en masse le long du trajet qui sépare l'aéroport du palais royal. Près de l'Olympiéion, le cortège royal est même submergé par la foule, qui empêche les autorités municipales de souhaiter la bienvenue aux souverains et bloque leurs voitures durant plusieurs minutes. Une fois arrivés au palais, les fiancés se présentent au balcon, où ils sont acclamés longuement par la foule.
Après quelques jours de visite, Anne-Marie et les siens retournent au Danemark, où la princesse reprend ses études et se lance dans l'apprentissage de la langue hellène et de l'histoire de la Grèce. De son côté, Constantin effectue plusieurs autres séjours à Copenhague. Avec Anne-Marie, il se présente ainsi une nouvelle fois au balcon d'Amalienborg à l'occasion de l'anniversaire de son futur beau-père, le . Or, dans le royaume scandinave, tout le monde ne se réjouit pas des fiançailles précoces d'Anne-Marie. La puissante (un syndicat étudiant de gauche) organise ainsi des manifestations pour exiger que la princesse attende bien sa majorité pour se marier..
Deux semaines après l'anniversaire de son père, Anne-Marie se rend à nouveau à Athènes, à l'occasion des célébrations du centenaire de la dynastie grecque, auxquels les souverains danois ont été conviés. Plusieurs mois s'écoulent ensuite avant que la jeune fille revienne en Grèce. Durant l'été 1963, elle visite néanmoins Corfou avec sa future belle-famille. La princesse participe, par ailleurs, au Jamboree mondial, qui se déroule à Marathon en août.. Après ce dernier séjour, Anne-Marie part terminer ses études à Montreux, en Suisse, où elle reste plusieurs mois. Le jeune couple reste néanmoins en contact étroit, et Constantin rend plusieurs fois visite à sa promise.
Des préparatifs de mariage bouleversés Pourparlers entre les deux cours
Après l'annonce des fiançailles de Constantin et d'Anne-Marie, les deux familles royales s'entendent pour célébrer le mariage de leurs enfants une fois les études de la princesse terminées, en ... Il est, en outre, convenu qu'Anne-Marie doit abandonner le luthéranisme et embrasser la foi orthodoxe avant ses épousailles. Cette dernière décision ne repose sur aucune disposition légale, la Constitution grecque n'obligeant nullement les reines des Hellènes à professer la religion orthodoxe, hormis en cas de régence.
Des pourparlers sont, par ailleurs, engagés entre les deux familles royales pour définir le montant de la dot octroyée à la fiancée par ses parents. Selon la revue danoise , la reine Frederika exige, au départ, la somme d'un million de dollars, chiffre démenti officiellement par la suite. D'après le magazine Point de vue, les deux cours s'entendent finalement sur la somme de deux millions de couronnes danoises (environ de 1964.), déposée dans une banque suisse. Marlene A. Eilers Koenig évoque, pour sa part, une somme de due, en grande partie, à la générosité du roi de Suède, grand-père maternel de la fiancée.
Le choix du couturier qui doit réaliser la robe de mariée d'Anne-Marie donne, lui aussi, lieu à un débat entre Athènes et Copenhague. La reine des Hellènes souhaiterait en effet imposer son créateur favori, le Parisien d'origine gréco-égyptienne Jean Dessès. De son côté, la reine de Danemark exige que soit sollicité le fournisseur de la Cour, Holger Blom. Après quelques négociations, c'est finalement ce dernier qui est choisi pour réaliser la robe de la princesse.
Pendant ce temps, le diadoque planifie de passer ses premières années de jeune marié aux États-Unis avec son épouse.
Décès du roi et crise chypriote