L’antimétabole (substantif féminin), du grec anti (« en sens inverse »), de meta (« changer ») et de ballein (« en jetant »), littéralement : « répétition selon un ordre inversé », est une figure de style qui consiste en une répétition des mots apparaissant en début de phrase en fin de celle-ci mais dans un ordre différent comme dans l'expression de Molière.
L’antimétabole, appelée également antimétalepse ou antimétathèse (lorsqu'elle porte sur des graphèmes) se compose à la fois d’une anadiplose et une épanadiplose, autres figures de répétition par réarrangement.
Exemples
(Jean Cocteau). (Jacques Derrida)J. Derrida, De la dissémination, Paris, Seuil, 1972, .. (Derrida)J. Derrida, Marges, Paris, Minuit, 1972, .. (Derrida)J. Derrida, Mémoires pour Paul de Man, Paris, Galilée, 1988, .. (Sartre). (slogan de Mai 68) (Joseph de Maistre). (Victor Hugo)V. Hugo, La légende des siècles, Paris, La Pléiade, . (Valère dans L'Avare de Molière). (Guy Debord)Guy Debord, La Société du Spectacle, thèse 18.. (Marcuse)Herbert Marcuse, Éros et Civilisation (I, 4), Éditions de Minuit, 1963.. Roman des origines et origines du roman (titre d'un livre de Marthe Robert) (axiome scientifique). (Jean-Luc Godard). (Karl Marx).
Définition Définition linguistique
Dans l'antimétabole (Le Littré et Gradus de Dupriez). Ainsi chez Bernanos, Essais :
La figure joue sur l'élocution et sur la construction en opérant une permutation plus ou moins évidente :
Elle repose syntaxiquement sur un chiasme.
Néanmoins la figure ne concerne pas uniquement deux phrases : elle peut également s'appliquer sur une unique proposition comme dans de de La Fayette.
La figure peut porter sur n'importe quels mots : substantifs et adjectifs, mais également sur les actants discursif (sujets identifiés sémantiquement comme les patronymes) comme dans (Jean-Paul Sartre).
Néanmoins l'antimétabole requiert un minimum de construction syntaxique, proche de la forme canonique de la phrase, sans quoi il y a fausse antimétabole : (Yves Thériault, Cul-de-sac) qui tient alors davantage du chiasme ou de la paronomase.
Variante : l'antimétathèse
Cette figure proche consiste en un rapprochement de deux mots qui ne diffèrent que par l'ordre de succession de quelques lettres, ou graphèmes : (Louis Aragon, Les Yeux d'Elsa)
L'interversion des groupes vocaliques io et oi permet de rapprocher ces deux termes et de créer une image.
Dupriez la rapproche de la paronomase, cependant elle consiste à produire un effet par inversion, elle est donc plus proche du chiasme, comme l'antimétabole. On parle d'ailleurs par périphrase de chiasme sonore à son encontre, qui peut se produire même dans un mot : métamathématique présente les voyelles é et a puis a et é, ou encore dans l'expression les consonnes forment un chiasme phonique alors que les voyelles forment un parallélisme sonore.
Poussée à l'excès, l'antimétathèse peut aboutir à l'anagramme s'il y a dès lors remplacement des termes : (Michel Leiris, Glossaire)
Enfin elle peut être perçue comme un palindrome comme dans (James Joyce, Ulysse)
Elle est proche de l'équivoque également dans sa confusion sémantique.
Définition stylistique
L'effet de l'antimétabole est majoritairement de dire la même chose avec d'autres mots ; elle est une reformulation.
En argumentation, elle permet de remettre en cause les liens de causalité d'un raisonnement, d'aboutir parfois à un paradoxe ou à un sophisme : (Jacques Monod)
Le but stylistique est bien souvent les jeux de mots comme dans cette critique du poète Mercier à propos d'un vendeur de dictionnaires : (Guiraud, Les Jeux de mots).
L'ironie peut parfois être un effet masqué de l'antimétabole : la phrase aux mots inversées peut en effet être absente mais reproductible et décodable par l'interlocuteur. Par exemple James Joyce dit de son personnage principal Bloom qu'il est d'une , référence voilée à deux expressions populaires : et .
Les associations sont une ressource permise par l'antimétabole, très utilisée par les surréalistes : les analogies produites suggèrent des images frappantes ou poétiques comme celle de Georges Perec : ou , proche des contrepèteries lexicale ou des anagrammes.
Genres concernés
La poésie construit souvent des vers sur cette figure, combinée alors à l'épiphore. Elle affecte les rimes et crée des effets poétiques de « miroir » souvent employés en poésie élégiaque ou lyrique :
Les pronoms personnels je et tu sont mis en inversion, ce qui contribue littéralement à enlacer les amants, d'autant plus que l'effet de la rime renforce ce sentiment.
On peut constater dans les deux derniers vers de cet extrait, que Prévert utilise une antimétabole : les deux phrases qui se suivent sont construites avec les mêmes mots, mais le « je » et le « tu » sont syntaxiquement permutés, tour à tour sujet ou objet. Une façon de dire la réciprocité, l'union, et de décomposer en deux une seule et même chose (le baiser) pour la faire durer à l'infini.
Les slogans, publicitaires ou revendicatifs usent très souvent d’antimétaboles afin de frapper la conscience des récepteurs; ainsi une célèbre expression de Mai 68 est :
Historique de la notion
Guiraud dans Les jeux de mots voit comme finalité à l'antimétabole : , d'où une proximité sémantique de la figure avec le paradoxe.
Figures proches
Figure « mère » : répétition. Figures « filles » : aucune. Paronymes : aucun. Synonymes : antimétalepse (Littré, synonyme absolu), antimétathèse (Littré, figure qui ne porte que sur le rapprochement de deux mots différant par l'ordre de succession de quelques lettres), réversion (chez Pierre Fontanier ou Nicole Ricalens-Pourchot), commutation (lorsque les deux propositions sont de sens opposés), contrepèteries lexicale, chiasme. Antonymes : aucun.
Bibliographie
P. Guiraud, Les jeux de mots, PUF, , Paris, 1979.
Références
Voir aussi
Liens externes L'antimétabole dans la rhétorique de Derrida.
Catégorie:Figure de style Catégorie:Sémantique