Hadži-Ruvim (en serbe cyrillique : ; né le à Babina Luka et mort le à Belgrade), né Rafailo Nenadović (), est un archimandrite (père supérieur) orthodoxe serbe du monastère de Bogovađa, près de Lajkovac et graveur sur boisVlaho Vlahović, Manual : Slavonic Personalities (Past and Present), 1940.

Hadži-Ruvim prit part à un complot pour renverser les dahijas, des Janissaires renégats qui s'était emparé du sandjak de Smederevo. Il fut jeté en prison puis tué au cours de l'événement connu sous le nom de « Massacre des Princes ».

Artiste et érudit, Hadži-Ruvim fut un graveur sur bois, mais aussi un bibliophile. Sa croix gravée considérée comme la plus belle est celle réalisée pour le monastère de Čokešina qui remonte à 1799. Il laisse des notes et des dessins sur papier libre dans les monastères qu'il a visités. À Mionica, à de Belgrade, l'église de l'Ascension est célèbre pour ses icônes appartenant à l'« école de Hadži-Ruvim », également connue sous le nom d'« école de Valjevo »..

Débuts Rafailo Nenadović est né le dans le village de Babina Luka, dans la nahija de Valjevo et dans le Sandjak de Smederevo (également connu dans l'historiographie sous le nom de Pachalik de Belgrade)Courrier de la Société de lettres serbe, 1849. Il était l'un des quatre fils de « Nenad Neško »D'où les surnoms de Nenadović (fils de Nenad) et de Nešković (fils de Neško). et de Marija. L'aîné des quatre fils, Nikola, était le père du révolutionnaire Petar Nikolajević Moler (1775–1816). Sa famille paternelle appartenait à la tribu Nikšić (aujourd'hui au Monténégro).

Selon le linguiste et folkloriste serbe Vuk Stefanović Karadžić., dans sa jeunesse, Nenadović s'est mis en grande difficulté quand il s'est malicieusement déguisé en jeune fille pour assister à un « prelo » des jeunes filles turques, une séance de tissage traditionnelle dans les rassemblements de femmes. Comme un tel comportement était interdit (haram), il a été condamné à la pendaison et a été arrêté. Il s'est alors enfui de chez lui et s'est réfugié dans des monastères où il a pu suivre les cours des écoles religieuses ; puis, quand son acte a été oublié, il a pu rentrer chez lui. D'autres historiens affirment qu'il s'est rendu dans les monastères en raison de sa soif de connaissances et de son amour pour les livres. En tout cas, Nenadović a appris le grec.

Le , Nenadović s'est marié à Marija Simeunović, une femme de Dokmir, avec qui il a eu un fils et une fille. La même année, il a été ordonné prêtre par l'évêque d'Užice Evstratije au monastère de Ćelije et il a servi dans son village natal. Il pratiquait la sculpture sur bois et la gravure sur bois et quelques-unes de ses croix en bois datant de cette époque sont considérées comme des chefs-d'œuvre de l'art religieux.

Parcours religieux vignette|gauche|upright=0.8|Ruvim a prononcé ses vœux monastiques au monastère de Bogovađa. Détruit pendant la guerre austro-turque de 1788–1791, il a été reconstruit à son retour.

En 1783, après la mort de sa femme, Nenadović a prononcé ses vœux monastiques au monastère de Bogovađa et a pris le nom de Ruvim. En 1784, il a effectué un pèlerinage (hadžiluk, d'où son surnom de « hadži ») en Terre sainte à Jérusalem, dont il est revenu en 1785. Le , il a été désigné comme higoumène (père abbé) du monastère de Voljavča. Il est resté dans ce monastère jusqu'en 1788, c'est-à-dire au début de la guerre austro-turque de 1788-1791 ou, au plus tard, vers le , quand les Ottomans ont brûlé le monastère avec d'autres lieux conventuels du Pachalik de Belgrade. Les Serbes ont participé à la guerre en soutenant les Autrichiens. Hadži-Ruvim a réussi à s'enfuir avec sa communauté en sauvant des trésors du monastère, le reste ayant été pillé par les Ottomans. Il est resté un certain temps au monastère de Velika Remeta dans la Fruška gora, sur le territoire contrôlé par les Habsbourgs. Après le traité de Sistova en 1791, il est rentré dans le Pachalik de Belgrade, non pas à Voljavča mais à Bogovađa, qui avait également été incendié.

Hadži-Ruvim a mentionné que cinq monastères et huit églises ont été détruits dans la nahija de Valjevo pendant la guerre. Avec le temps, Bogovađa a été restauré par Hadži-Ruvim, l'higoumène Vasilije Petrović le hiéromoine (moine et prêtre) Hadži-Đera ; les travaux ont commencé le . Le voyage de Hadži-Ruvim's à Sarajevo en reste peu connu et trois hypothèses ont été avancées pour l'expliquer. L'une d'entre elles considère qu'il s'agissait de collecter des fonds pour la reconstruction de Bogovađa ; une autre qu'il craignait pour sa vie et a cherché un refuge en Bosnie ou bien encore qu'il cherchait à récupérer le defter volé de Voljavča. Une théorie nouvelle propose que son voyage à Sarajevo avait comme but de recruter des bâtisseurs pour le monastère ; en revanche, selon l'historien Vladimir Krivošejev, les trois autres hypothèses ne sauraient être négligées. Au monastère, les travaux se sont achevés en 1794 et Danilo (Daniel), le métropolite de Šabac–Valjevo, a élevé Hadži-Ruvim à la fonction d'archimandrite le . On peut noter que Hadži-Ruvim se désignait lui-même comme « archimandrite » dès 1790, ce qui suggère que cette dignité lui avait déjà été promise à l'époque de la restauration du monastère.

En plus de la Terre sainte et du massif montagneux de la Fruška gora, Hadži-Ruvim a notamment visité le monastère de Hilandar (Chilandar), le monastère de Studenica et les monastères de la région du Podrinje et de la gorge d'Ovčar-Kablar ; il a laissé des notes et des dessins sur papier libre dans les monastères qu'il visitait. Dans une note, il désignait l'Empire ottoman et le sultan comme « remplis de la haine de Dieu ». Dans une autre note, datée d', Hadži-Ruvim s'en prenait au métropolite grec de Belgrade, Dionysios Papazoglou et au feldmarschall autrichien Valis, les accusant d'avoir livré Belgrade.

Après la guerre, le sultan Sélim III a promis aux Serbes quelques privilèges mais ils restaient limités et seulement matériels. En 1801, les Janissaires renégats, connus sous le nom de dahijas se sont emparés du contrôle de Belgrade et du Sandjak de Smederevo et la situation des Serbes s'est aggravée. Le , ces dahijas ont assassiné le pacha Hadži Mustafa, le vizir de Belgrade (1793–1801). Des Serbes éminents ont choisi le moment opportun pour se soulever et restaurer l'État serbe et ont organisé une conspiration dans le sandjak. Hadži-Ruvim a fait partie de ce mouvement.

Complot contre les dahijas et mort

vignette|droite|upright=1.2|Hadži-Đera et Hadži-Ruvim (assis) avec les conspirateurs, par Pavle Simić (1818–1876).

Au début de l'année 1802, des sipahis ottomans et les hommes de Mustafa Pacha, en accord avec les knèzes (princes) serbes, ont essayé de se débarrasser des dahijas. Le combat s'est déroulé à Požarevac mais les dahijas en sont sortis victorieux. Malgré cela, les sipahis et les Serbes ont continué à comploter pour se débarrasser d'eux. Malgré des dissensions entre les sipahis et les Serbes, le pouvoir tyrannique des dahijas les a poussés à coopérer. Les Serbes se sont organisés dans l'ouest de la Serbie (où le prince Aleksa Nenadović faisait figure de chef) et en Šumadija (Choumadie) ; ils voulaient, comme les sipahis, le retour au pouvoir de Mustafa Pacha, mais ils demandaient aussi des garanties, notamment sur le statut des Chrétiens dans l'Empire ottoman. En 1803, des plans ont été proposés et des consultations ont eu lieu à leur sujet. Les sipahis œuvraient de leur côté et les « vieux » Serbes (en serbe : ) et les princes du leur.

vignette|gauche|upright=1.2|L'assassinat de Mustafa Pacha par Kuchuk Alija, plaque de 1802.

Comme il était un chef de l'Église réputé, un protecteur de son peuple et un grand artiste, Ruvim a été la cible des dahijas, qui ont tenté de se débarrasser de lui par tous les moyens. On considère que c'est Hadži-Ruvim qui a rédigé un appel au sultan ottoman de la part de douze princes, demandant de l'aide contre le pouvoir tyrannique des dahijas et mettant en valeur que ces renégats menaçaient gravement son autorité. Un moine avait informé les dahijas que douze princes se rencontraient en secret à Bogovađa en .. Selon la tradition, la lettre était écrite par Hadži-Ruvim et son disciple Hadži-Đera et les princes ont fait le serment devant Hadži-Ruvim de se soulever contre les dahijas. En 1802, comme l'écrit Vuk Karadžić dans ses Danica, Hadži-Ruvim avait un différends avec le subaşı (chef des troupes) de son prnjavor (localité paroissiale) et il a demandé plusieurs fois au prince Aleksa Nenadović de le faire remplacer, remplacement qui aurait été facile à l'époque de Mustafa Pacha ; mais Nenadović était impuissant à lui accorder cette faveur. À cause de la conspiration et du différends, Hadži-Ruvim a dû se cacher aux monastères de Nikolje et de Studenica, ainsi que sur le mont Athos. Il a quitté Bogovađa pour Studenica au début de 1803 ; un manuscrit de Nikolje daté du son arrivée en provenance de Bogovađa. Depuis Studenica, il a adressé quatorze messages au peuple du Pachalik de Belgrade ; l'un d'entre eux mentionne son arrivée à Valjevo le . Ces messages appelaient les Serbes à préparer un soulèvement contre les dahijas. Hadži-Ruvim est aussi passé par les monastères de la gorge d'Ovčar-Kablar. Vers Pâques, il est arrivé au mont Athos.

vignette|droite|upright=1.4|Un prince serbe décapité par les dahijas, gravure de la fin du tirée d'un magazine serbe.

Après être passé par plusieurs monastères, Hadži-Ruvim est rentré à Bogovađa à la fin de l'automne 1803. Entre-temps, une autre lettre évoquant la conspiration avait été écrite par le prince Aleksa Nenadović, le père de prota Mateja Nenadović, au major autrichien Mitizer à Zemun, dans laquelle il lui demandait de préparer des munitions et des hommes pour l'aider à . À son retour à Bogovađa, Hadži-Ruvim a reçu un message d'Aleksa Nenadović lui demandant de prendre la fuite car les Turcs l'accusaient à tort d'avoir envoyé son propre courrier au Autrichiens ; cette lettre avait été interceptée par les dahijas sur le ferry qui traversait la Save ; cette interception avait eu lieu au moment où Hadži-Ruvim se trouvait hors du Pachalik de Belgrade et le retour de l'archimandrite a pu être vu comme le signal du soulèvement et, en fait, les dahijas l'en tenaient pour responsable. Nenadović demandait une fois encore à Hadži-Ruvim de quitter le pachalik, pour faire porter les soupçons sur lui seul. Hadži-Ruvim a refusé d'écouter Nenadović et il lui a répondu qu'il .