Exodus 1947 (en hébreu , Yetzi'at Eiropa Tashaz., c'est-à-dire Exode d'Europe 5707Huffington Post. suivant le calendrier hébraïque.), d'abord baptisé President Warfield, est un bateau qui transporte en 1947 des Juifs vers la Palestine mandataire, connu pour avoir été l'acteur d'un événement marquant de lalya d'après-guerre.

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux survivants de la Shoah cherchent à émigrer clandestinement d'Europe vers la Palestine, alors sous mandat britannique. Les Britanniques limitent l'immigration juive en Palestine afin d'éviter les tensions avec les populations arabes.

Le Mossad Le'aliyah Bet organise des opérations destinées à faciliter le voyage des migrants vers la Palestine. L'organisation arme secrètement le President Warfield, qui demeure le plus important navire en termes de capacité, et armé dans ce but. Le navire quitte le port de Sète. (France) le avec 4 500 personnes à bord, en ayant pour destination officielle la Colombie.. Le cap est alors mis sur la Palestine et le navire rebaptisé Exodus 1947.

La marine royale britannique prend en chasse le navire et l'arraisonne alors qu'il approche des côtes de la Palestine. Les passagers de l'''Exodus sont alors envoyés à Chypre, puis embarqués sur trois navires. Après une escale en France où des propositions de débarquement sont faites, tous les passagers sont transférés dans la zone sous contrôle britannique en Allemagne. Ils font massivement preuve de résistance passive et beaucoup entament une grève de la faim.

La dureté de la répression britannique, critiquée par la presse, a alors une grande influence sur la future reconnaissance de l'État d'Israël.

Stationné à Haïfa, lExodus 1947 est détruit par un incendie en août 1952.

Contexte

vignette|Trajet illégal d’Exodus 1947 vers la Palestine, puis escorté par la marine royale britannique vers l'Europe À la fin des années 1930, la population juive de Palestine représente 30 % de la population totale du pays.. Depuis 1934, une nouvelle forme d’immigration permet aux Juifs du monde entier de rejoindre la Terre d’Israël ; une immigration clandestine. Ce mouvement existe depuis la fin du mais s’est renforcé avec l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir..

En 1934, une première tentative d’exode a lieu, avec le navire grec Vellos, transportant 350 clandestins. En 1938, la Haganah forme un département d’immigration clandestine, le Mossad Le'aliyah Bet, avec à sa tête Saul Meyerov.. Au cours des années 1939 et 1940, différents voyages sont entrepris mais les expériences se finissent souvent mal.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 1950, des centaines de milliers de Juifs déplacés attendent dans les camps en Allemagne, en Autriche et en Italie. Parmi eux, des rescapés et des survivants de la Shoah qui ne veulent ou ne peuvent retourner dans leur pays d’origine. Ces camps de « personnes déplacées » sont administrés par les Alliés et l’UNRRA (l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction). L’organisation juive américaine American Jewish Joint Distribution Committee fournit de la nourriture et des vêtements aux Juifs qui attendent dans ces camps de pouvoir émigrer quelque parthttp://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/mire/teledoc_nousetionslexodus.pdf..

En 1945, les Alliés rapatrient plus de six millions de personnes déplacées pendant la guerre. Parmi elles, entre un million et demi et deux millions de Juifs refusent de retourner dans leur pays d’origine. Ils ont tout perdu pendant la Shoah : leur famille, mais aussi leurs biens matériels. Dans le cas des déportés, ils doivent aussi réapprendre à vivre une « vie normale » dans une société civile qui les a exclus quelques années auparavant. C’est donc pour ces raisons que de nombreux Juifs veulent quitter l’Europe.

À la fin de l’année 1946, le bateau Ulua est un des premiers navires clandestins à réussir à rejoindre la Palestine mandataire.

À Chypre, qui est la seconde destination imposée pour les immigrés clandestins juifs qui n’ont pu atteindre la Palestine après la guerre, à travers ses camps d'internement pour réfugiés juifs., les volontaires à l’exode affluent dans le camp d’internement.. Les Britanniques, qui ne veulent pas faire face à une réaction armée des Arabes, limitent l’immigration juive en Palestine et sont pour cela de plus en plus vigilants. Le MossadIbid., page 58. veut élaborer un projet plus grand qui échapperait à la surveillance britannique. Il prévoit de faire partir plusieurs bateaux pour qu’ils arrivent en même temps en Palestine et submergent ainsi les autorités britanniques.

Les préparatifs et le départ difficile vignette|Le Palmach, l'immigration en Israël Saul Meyerov, à la tête du Mossad Le'aliyah Bet, a en tête un bateau précis et fait appel à Ike Aronowicz qui finit ses études d’officier. Ike devient officiellement le capitaine du President Warfield le 10 avril 1947.. Le President Warfield est un bâtiment battant pavillon panaméen, acquis en 1928 par la Baltimore Steam Packet Company et réquisitionné en 1942 pour la Seconde Guerre mondiale. Ce navire est le affecté par le Mossad Le'aliyah Bet depuis sa création, et le depuis la fin de la guerre. Il n’est donc pas le premier mais c'est le plus gros de ces bâtiments et ce voyage peut devenir le plus important de l'histoire de l'immigration illégale.

Le 10 avril, sur le quai du port de la Joliette à Marseille, des agents du Mossad attendent les passagers de l’Exodus mais ils ne sont pas les seuls, les agents britanniques surveillent les préparatifs. Le 21 avril, le President Warfield quitte Port-de-Bouc officiellement à destination d'Alexandrie. Le 25, il jette l'ancre à Portovenere en Italie.. C’est là que sera terminé l'aménagement du bateau et la fabrication de couchettes, de simples planches sur lesquelles les passagers devront s'allonger tête-bêche.

Yossi HamburgerIbid., page 91.., dit « Harel », rejoint le navire et est désigné commandant et responsable des opérations militaires. En 1946, il a servi au sein du Mossad, chargé de rapatrier réfugiés de Yougoslavie à bord du Knesset Israël. Le plan est de feindre de mettre le cap sur Haïfa, au nord, puis à 3 ou 4 milles de Tel-Aviv, de virer brusquement et de pousser les machines au maximum et ainsi semer les destroyers britanniques.

L’embarquement terminé (à le 10 juillet 1947.), dont et . ont pris place à bord du S/S President Warfield. Le bateau était conçu pour seulement 700 passagers, et plus de 400 femmes sont enceintes. Les passagers émigrants que le cargo transporte sont censés être tous en règle avec des passeports visés. En réalité, ils ne le sont pas. Ainsi, le 22 juillet. dans l’après-midi, fait savoir que les visas présentés aux autorités françaises par les émigrants ont été délivrés à son insu et sans l’accord préalable du ministre des Affaires étrangères de Bogota. De toute façon, à cette date, la vérification de la situation légale des passagers n’est plus possible. Ainsi, le journal Le Monde révèle que les passagers de l’Exodus ont fait disparaître leurs papiers dès le début de l’embarquement.

Le départ du navire a été bien plus compliqué que prévu. En effet, le capitaine n’a pas produit le certificat de sécurité exigé par les conventions internationales et par la loi française. Il n’a donc pas l’autorisation de prendre de passagers à son bord. Mais Vénya Pomeranz — second du Mossad — explique que le meilleur moyen d’éviter les complications diplomatiques et un conflit politique entre la France et la Grande-Bretagne est de laisser partir le bateau sans autorisation.

Georges Bidault intervient directement auprès du cabinet d' Édouard Depreux — ministre de l’Intérieur — pour empêcher le départ du President Warfield. De plus, l’administrateur de la marine a refusé d’accorder le pilote, les bateliers et le remorqueur prévus et demande à la police d’assurer la garde des six amarres du President Warfield.

Yossi et Ike font le point avec les responsables locaux du Mossad. L’inspecteur Pouilly donne l’autorisation de départ : « Le S/S President Warfield, de de jauge brute, de nationalité hondurienne, a pris à Sète des passagers pour un voyage international de courte durée […] la capacité du sauvetage dépasserait […] Le navire effectue le transport de passagers spéciaux. Départ autorisé. Sète, le 10 juillet 1947. L’inspection de la Navigation. Signé : Pouilly »..

Dernier problème : le navire n’est autorisé à lever l’ancre que de l’emplacement qui lui a été assigné. Il doit en effet être transféré le lendemain dans le bassin intérieur d’où il ne peut sortir sans feu vert. Le chef suprême du Mossad, Saul Meyerov, demande alors à Yossi de partir par leurs propres moyens. À quatre heures du matin, le navire quitte lentement son appontement et, après des manœuvres rendues compliquées par la nuit et le peu de fond, prend finalement le large. Il met le cap sud-ouest en direction de l’Espagne.

De Sète à Tel-Aviv : six jours de traversée risquée vignette|Sète, plaque posée sur le môle rappelant le départ de Sète en 1947 de l’Exodus 1947 vers la Palestine. Pasteur Grauel, passager à bord du President Warfield..

La composition des passagers Les passagers, tous rescapés de la Shoah., viennent de partout. Il y a des Juifs de Sibérie, de Russie, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Bulgarie, de Hongrie, de Roumanie, d’Autriche, d’Allemagne, de France, de Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, de Suède, d’Angleterre, des Amériques, de l’Afrique du Nord, de Suisse, de Chine, de Birmanie…

Ils sont de tous les partis, de toutes les convictions mais ce qui les rassemble est l’espoir d’atteindre les côtes de la Terre promise..

Les conditions et l’organisation à bord Le ravitaillement est suffisant, les passagers ont de quoi manger et boire. En revanche, les conditions sanitaires sont plus précaires : il est difficile de se laver complètement ; de plus, les couchettes sont étroites et entassées dans un endroit où la chaleur est très grande. L’organisation est parfaite : les ordres et les instructions sont diffusés par des haut-parleurs dans les quatre langues courantes (hébreu, yiddish, hongrois et polonais). Des chefs de groupes (appelés chef de « trentaine ») s’occupent de former des sections ravitaillement, hygiène et service d’ordre.

À bord, infirmières et médecins s’occupent des malades mais rapidement le mal de mer gagne les passagers qui vomissent ou s’évanouissent et les infirmières refusent de travailler dans des conditions aussi difficiles. L’infirmerie ne repose plus que sur le docteur Josué Cohen et la pédiatre russe Dvora Zukerfein.. Cohen s’est occupé de la sélection physique des émigrants, du recrutement du personnel médical parmi les réfugiés et de l’aménagement des installations sanitaires. Dvora est une passagère enceinte qui a été recrutée pour suivre les plus jeunes enfants.

Une commission « culturelle » met en place l’édition quotidienne d’un journal mural en trois langues (yiddish, roumain, hongrois) et un programme radiophonique de musique, d’informations, de cours d’hébreu.. La station de radio clandestine Alef, installée à Magenta, permet au navire de reprendre contact avec le Mossad.. Il peut ainsi donner sa position le lendemain de son départ.

Le déroulement de la traversée Un destroyer britannique suit le navire à environ deux milles ; tous les jours, il s’approche du bateau clandestin et demande s’il transporte des immigrants illégaux pour la Palestine. La question demeure sans réponse. De même, des avions le survolent tout en prenant des photos.