thumb|L'imitation des adultes et les rétroactions de ceux-ci comptent parmi les processus majeurs de la socialisation de l'enfantIllustration : Hugo Oehmichen, La Première Gorgée, huile sur toile.. La socialisation est
Elle résulte de contraintes imposées par certains agents sociaux et par les normes sociales (définies, à leur tour, par les croyances, les habitudes, les traditions d'un groupe humain), mais aussi du développement de comportements prosociaux et d'interactions entre les individus et leur environnement physique et socioculturel. Elle favorise la reproduction sociale, mais n'interdit pas absolument le changement social.
La socialisation est un concept central en sociologie, qui a connu des approches variées depuis les travaux fondateurs d'Émile Durkheim. La plupart des auteurs acceptent la distinction classique entre socialisation primaire, durant l'enfance et l'adolescence, et socialisation secondaire, poursuite du processus à l'âge adulte dans d'autres environnements sociaux, notamment le monde du travail. thumb|Le jeu collectif, éventuellement collaboratif, contribue à la socialisation. Toutefois, la socialisation n'est jamais achevée et chaque nouveau rôle ou statut auquel un individu est socialisé au cours de sa vie est susceptible de remettre en question ou de transformer ses acquis antérieurs.
Processus de socialisation Il débute dès la naissance et se déroule généralement dans la société à laquelle appartient l'enfant, mais il se poursuit tout au long de la vie pour s'achever à la mort.
Les sociologues distinguent deux grandes phases de socialisation. : primaire, de la naissance à la fin de l'adolescence, qui façonne durablement la personnalité des individus et où l'enfant acquiert des normes et des valeurs ; elle est assurée par le groupe primaire de l'individu (sa famille ou éventuellement ceux qui la remplacent, l'école, le groupe), pendant sa prime enfance ; secondaire, qui entraîne une reconstruction de l'identité individuelle, durant l'âge adulte et jusqu'à la mort.
Des instances multiples Plusieurs agents (ou instances) interviennent aux différentes étapes de ces processus. La famille est sans doute l'instance de socialisation la plus déterminante, puisqu'elle est chronologiquement la première. Elle perd cependant le monopole de son influence sur l'enfant au-delà de la prime enfance. L'école, les activités périscolaires de loisir, les groupes de pairs (amis), les organisations professionnelles (entreprises, syndicats), les lieux religieux, les associations, les médias contribuent également à l'apprentissage des valeurs, des normes et des rôles sociaux, d'une manière qui peut soit prolonger, soit contredire la socialisation familiale. En s’intéressant aux figures d’engagement juvénile, une étude suisse met en évidence le rôle socialisateur des clubs sportifs de proximité.. Toutes ces instances de socialisation agissent de manière différenciée (par imitation, inculcation…).
Des modalités diverses Les modalités de cet apprentissage, qui transforme progressivement un nouveau-né en être social, sont multiples.
Les premières relations interpersonnelles du bébé jouent un rôle déterminant pour sa santé, l'apprentissage et son bien‑être futur tout au long de la vie. On sait maintenant que les interactions précoces, mutuelles et valorisantes favorisent le développement cérébral, la résilience, l'apprentissage et les compétences socio‑émotionnelles, tout en atténuant les effets de l'adversité. Un rapport (2026) des National Academies of Sciences américaines insiste sur ces points et propose des pistes fondées sur la science pour renforcer la à travers les pratiques professionnelles, les politiques publiques et la recherche..
On a montré que la lecture du soir, faite à voix haute, généralement par l'un des deux parents, favorise la socialisation de l’enfant en renforçant rapidement son empathie cognitive, c’est‑à‑dire sa capacité à comprendre le point de vue d’autrui, ainsi que sa créativité, grâce à sa forte plasticité cérébrale. Ce rituel, efficace quel que soit le sexe de l’enfant ou la fréquence de lecture habituelle dans la famille, contribue à consolider les circuits neuronaux impliqués dans la compréhension sociale et l’imagination, même si la durée de maintien de ces effets reste à documenter. Dans l'environnement contemporain où les écrans captent massivement l’attention des enfants, la lecture partagée constitue un espace relationnel privilégié qui soutient son développement socio‑émotionnel, sans besoin de moyens particulière au‑delà du simple fait de lire.
Selon les époques, le genre, la classe sociale, la culture et civilisation, divers codes sociaux et parfois marques physiques (du tatouage au costume en passant par l'apprentissage de postures), et de rituels de passage ou d'initiation ont contribué ou contribuent encore à la socialisation.
Dans la famille et du groupe, l'éducation, parentale ou scolaire joue un rôle majeur pour la socialisation : l'éducation est une entreprise consciente et explicite de transmission de valeurs et de normes, qui contribue donc fortement à la socialisation. Et si celle-ci inclut le travail éducatif, elle ne s'y réduit pas. En effet, l'apprentissage des normes et des rôles est également le résultat d'un contrôle social quotidien et répété : la vie en société expose sans cesse l'individu à des jugements de conformité, et aux sanctions — positives ou négatives — qui en découlent, du sarcasme aux amendes, en passant par les remises de peine et les compliments.
Les institutions éducatives n'ont donc pas le monopole de la socialisation qui passe aussi par des transmissions inconscientes (inconscientes pour l'individu à socialiser, mais aussi et surtout pour les individus qui le socialisent). Ainsi, lorsque des parents offrent une poupée à leur fille pour Noël, ou si les enseignants donnent plus fréquemment la parole, en classe, aux garçons., ce n'est pas pour perpétuer les stéréotypes de genre, mais ils y contribuent, à leur insu.
L'individu contribue aussi à se socialiser, via des efforts cognitifs par lesquels il cherche, dès son plus jeune âge, à décoder les signes qu'il reçoit et à en émettre. La langue, les mythes fondateurs, contes et légendes sont tissés de normes et de rôles implicites qui se glissent dans les schèmes cognitifs de l'individu à mesure qu'il apprend à parler, chanter, lire. L'asymétrie des genres grammaticaux, par exemple, n'est sans doute pas sans effet sur la construction des genres sociaux. Autrement dit, l'individu parlant se socialise via le langage, à son insu.
On pourrait allonger sans fin la liste des modalités de la socialisation (imitation, identification, généralisation, etc.), aussi diverse que les multiples influences que les individus, en société, exercent les uns sur les autres.
Des socialisations différenciées Si la socialisation fournit aux individus des schémas culturels partagés, elle contribue également, indissociablement, à les différencier. Cette différenciation est double :
Socialisation de groupe Les individus reçoivent des socialisations différentes selon leur groupe d'appartenance. Une société n'est pas un ensemble homogène : elle est constituée de groupes sociaux distincts, dotés d'une culture (en partie) propre, transmise lors de la socialisation primaire. Conséquence : lorsqu'elle a lieu, la mobilité sociale est un processus d'acculturation, plus ou moins aisé. C'est ce que montre l'exemple classique, analysé par Richard Hoggart, d'un garçon boursier, tiraillé entre les codes de l'école, où il côtoie des jeunes gens issus de milieux sociaux plus aisés que le sien, et la culture populaire de sa famille.. C'est également l'un des ressorts de la (Abdelmalek Sayad) vécue par les individus qui ont émigré : tenus pour étrangers dans leur société d'accueil, ils le sont aussi quand ils retournent dans leur société d'origine.. C'est également le sens du phénomène de (Robert K. Merton), lorsqu'un individu épouse par avance les normes, non pas de son groupe primaire, mais d'un groupe de référence qu'il aspire à rejoindre. Le groupe social auquel l'individu appartient est aussi déterminant pour la socialisation politique.
Socialisation de genre La socialisation diffère selon le sexe. C'est l'un des aspects les plus puissants de la socialisation que de transformer une différence biologique (le sexe) en une différence sociale (le genre) : « On ne naît pas femme : on le devient », écrivait Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe. Non seulement orientées par une différence génétique, les identités masculines et féminines sont aussi des constructions sociales, produites par la socialisation primaire, et confortées par la socialisation secondaire, à l'école, dans le couple, et au travail : les oppositions sexuées sont plus fortes à la sortie du système scolaire qu'à l'entrée.Marie Duru-Bellat y montre qu’il existe des pratiques éducatives différenciées de manière précoce : on stimule davantage le « comportement social » des filles, les garçons sont plus stimulés sur le plan moteur (on les manipule avec plus de vigueur, on les aide davantage à s’asseoir, à marcher, etc.). ; elles induisent un partage des tâches domestiques et parentales au sein du couple très inégalitaireSophie Ponthieux et Amandine Schreiber, « Dans les couples de salariés, la répartition des tâches reste inégale », Données sociales - la société française, INSEE, 2006 . ; celles-ci pèsent sur le taux d'activité, le temps de travail et la carrière des femmes — donc sur leur rémunérationVoir par exemple les données recueillies et publiées par l'Observatoire des inégalités : ..
Facteurs de la socialisation de genre L’éducation sexuelle et/ou sentimentale. joue un rôle crucial dans la construction du genre. En effet, la manière dont les individus apprendront à exprimer leurs sentiments et à s’investir dans une relation tire son origine, entre autres, de la socialisation primaire. On observe d’ailleurs une « reproduction des rapports sociaux de sexe ». via les rapports d’éducation parents-enfants. Ditier. fait ressortir que les femmes sont souvent socialisées de sorte que la charge du travail affectif et émotif dans le couple et dans la famille leur soit attribuée. C’est donc ce qui sera enseigné à la jeune fille. Parallèlement, le jeune garçon apprendra de ses parents que l’amour et la sentimentalité sont des concepts féminins. Ditier ajoute que le faible engagement du père vis-à-vis des amours de ses enfants
Cette approche genrée des sentiments se répercute négativement sur la capacité des hommes à exprimer leurs émotions.. Une corrélation inconsciente a été établie entre la socialisation différenciée et la détresse psychologique chez ceux-ci. Des chercheurs soulignent que
Les jouets. en sont également un vecteur central. Dès le plus jeune âge, les stéréotypes de genre se manifestent dans les comportements de jeu des enfants. Il a été observé que dès 18 mois les enfants ont acquis des connaissances sur la catégorisation des sexes. Ils comprennent dès lors que certains jouets sont attribués aux filles, d’autres aux garçons et qu’une minorité sont dits neutres.
Le corps. est utilisé comme support à la socialisation différenciée. L’identité d’une personne se construit de manière intime (« l’être individuel »), mais aussi de manière sociale (« l’être social »). Or, des auteurs suggèrent qu’il faut unir ces deux identités afin de s’intégrer à sa société. Le corps agit comme « miroir social », il « permet d’être classifié socialement ». Le processus de socialisation par le corps indique aux individus qu’ils doivent agir et se présenter