La réserve naturelle biologique Los Cedros (Reserva Biologica Los Cedros aussi classée « Bosques Protectores », c'est-à-dire forêt de protection) est située dans le Nord-Ouest de l'Équateur. Il s'agit d'un échantillon représentatif de la forêt andine dite méga-biodiversifiée, composée de forêts de montagne et nuageuses, dans une écorégion qui est un point chaud de biodiversitéLeon-Yanez, S., Valencia, R. L., Pitman, N., Endara, L., Ulloa-Ulloa, C., Navarrete, H. (2012) Libro Rojo de las Plantas Endémicas del Ecuador, ( ed). Quito, Ecuador: Pontificia Universidad Católica del Ecuador, mais aussi l'une des écorégions les plus menacées au monde, alertaient déjà Myers et ses collègues dans la revue Nature en 2000. La situation s'est depuis aggravée, en raison de nouvelles concessions minières secrètement ouvertes aux industriels en 2016 par le ministère des mines (créé par décret présidentiel en 2015)Décret , créant le ministère des mines, le 13 février 2015 et le gouvernement équatorienMinistry of Mines (2017) Concessions. Voir http//:geo.controlminero.gob.ec. ; transaction révélée par le Rainforest Information Centre (basé en Australie)www.rainforestinformationcentre.org. Cette ONG a découvert que 41 forêts protégées ont été secrètement « concédées » à des industries minières, dont par exemple la presque totalité des hectares de Bosque Protector Kutukú-Shaimi, où vivent familles autochtones Shuar, alertait John Seed, fondateur et directeur du Rainforest Information CentreLos Cedros and Mining in Ecuador’s Rainforests (Campagne Rainforest, Rainforest Information Centre ; 4 nov 2017, You tubeSeed J (2019) « Ecuador endangered: A call to action. » The Ecological Citizen 2 : 141-145. et une grande partie de la réserve naturelle biologique Los Cedros (partagée pour environ 68% de sa superficie en deux concessions). Nombre de ces concessions chevauchent en partie ou recouvrent totalement des aires naturelles protégées d'importance nationale, panaméricaine et internationales (dont des zones d'importance mondiale pour les oiseaux et la biodiversité (ce qui est le cas de Los Cedros). Aucune route ne menait à Los Cedros ; c'est ce qui l'a longtemps protégé de la déforestation et des activités minières. Ceci explique aussi que cette forêt ait été moins explorée scientifiquement que d'autres forêts de protection du pays.
Depuis 2017-2018, des orpailleurs et autres prospecteurs font régulièrement des incursions terrestres dans la réserve, toujours illégalement, sans autorisation selon Roy en 2018.
Localisation La réserve est située dans la province d'Imbabura, au nord du pays, à 70 km au nord de Quito, la capitale du pays. Il faut 6 à 7 heures pour y arriver depuis Quito, en comptant environ 2 heures à dos de mule.
Coordonnées : 0°18′35.62″N, 78°46′47.01″W.
Altitude Elle varie de 980 à , ce qui la classe dans la catégorie forêt pluviale de basse montagne, aussi dite forêt des nuages.
Climat Il est globalement équatorial-côtier, frais car marqué par l'altitude et la présence presque constante de nuages. La température moyenne n'est que de . Le mois le plus chaud est août (, le mois de décembre et le plus froid (). Les précipitations moyennes sont de millimètres par an. Le mois le plus pluvieux est février, avec 200 millimètres de pluie, et le mois de juillet le plus humide, avec 23 millimètres.
À d'altitude (station scientifique), sur la base de 15 ans de données, il tombe 2903±186 mm/an de pluie, quantité qui croît au fur et à mesure que l'on monte en altitude.
Aspects juridiques En tant que faisant parie des « Bosques Protectores » (BP), ce massif a un caractère protégé reconnu par le gouvernement, mais sa gestion n'est pas financée par l'État (qui ne prend totalement en charge que la gestion des parcs nationaux).
Les BP sont apparus à la fin des années 1980, lors de la promulgation de la loi forestière nationale de l'Équateur. Ces zones protégées sont généralement plus petites que les zones PANE protégées au niveau national ( en moyenne), mais elles représentaient en 2017 environ un tiers des aires protégées du pays et abritaient un grand nombre d'espèces endémiques et rares vivant sur de petites zones, très localement.
En 2008, une nouvelle Constitution intègre des dispositions sur l'activité minière, en rendant la majorité des concessions minières à la propriété de l'ÉtatWacaster S (2010) Ecuador area reports—International—Latin America and Canada : minerals yearbook, 2008, V. 3 (pp. 1–9). Washington, DC: United States Geological Survey and Department of the Interior, United State Government Printing Office. (renationalisation), et en incluant une décision historique consistant à conférer des droits inhérents à la naturearticles 71–74, Asamblea Nacional, 2008. Mais de nouvelles lois ont aussi autorisé une exploitation minière en zone protégée, possible sur demande spéciale du président, après approbation de l'Assemblée nationale équatorienne.
En 2009, le gouvernement de Rafael Correa a proposé une nouvelle loi minière renforçant la réglementation sur les sociétés minières, et intégrant une certaine prise en compte de l'environnement. Cette loi a suscité de vives protestations, généralisées de la part de mouvements autochtones et sociaux qui attendaient des garanties socio-environnementales et de soutenabilité bien plus fortes.
En 2015 puis 2016, le gouvernement Correa a modifié la loi minière pour inciter les groupes miniers étrangers () à investir dans le pays, dont en diminuant le taux d'imposition des sociétés et de l'impôt exceptionnel sur les sociétés minièresUnda J.C (2017) Ecuador from promise to reality, Ministère des mines, Équateur. Acquérir une concession minière est alors devenu bien plus facile, conduisant à livrer à des industriels étrangers une grande part des concessions minières légalement jusqu'alors détenues par l'ÉtatMinistry of Mines (2016) Décret ministériel . Quito, Ecuador: Ministerio de Minería. Source : http://www.mineria.gob.ec/wp-content/uploads/downloads/2017/06/Acuerdo-No.-2017-017.pdf voir fig 1 notamment . En 2017, les mines de cuivre et mines d'or sont les deux priorités affichées du ministère des mines. En 2016, 131 concessions ont été attribuées par le gouvernement à des compagnies privées (BHP Billiton PLC ; Lowell Copper ; Lundin Gold ; Ecuasolidus S.A.; Black Sands Mining; Comimoll Cía. Ltda. ; La Plata Minerales S.A. ; Fortescue Metals Group LTD. ; Monterra Resources S.A. ; SolGold PLC. ; Southern Copper Corp, etc.) ou à des individus venus de divers pays, et en 2017 plus de 100 concessions de plus l'avaient été alors que 629 autres étaient en cours d'attribution et de concessions minières supplémentaires ont été attribués en 3 mois, entre et , essentiellement à des entreprises australiennes, canadiennes, chiliennes et chinoises selon la CEDENMA (Coordination équatorien des organisations de protection de l'environnement et de la nature CEDENMA : Coordinadora Ecuatoriana de Organizaciones para la Defensa del Ambiente y la Naturaleza).
Intérêt de cette forêt de protection pour la ressource en eau Par une étude récente (2014) Iniguez-Armijos, Leiva, Frede, Hampel et Breuer, en se basant sur les macroinvertébrés ici inventoriés comme bioindicateurs, ont montré que les torrents et rivières andines de cette région présentaient une eau d'excellente qualité, uniquement quand la « tête » du bassin versant de ce cours d'eau ne faisait l'objet d'aucune coupe forestière, et qu'elle était encore couverte d'une végétation native et non perturbée.
De manière générale, la canopée continue de la forêt pluvieuse de Los Cedros est caractérisée par une intense et constante évapotranspiration ; elle émet des biomolécules qui sont sources de nucléation des gouttelettes d'eau, créatrices de nuagesBrauman, K. A., Daily, G. C., Duarte, T. K., Mooney, H. A. (2007) The nature and value of ecosystem services: An overview highlighting hydrologic services. Annual Review of Environment and Resources 32: 67–98. Le couvert forestier de Los Cedros abrite et protège les sources de trois importants bassins versants, ceux des fleuves río Manduriacu, río Verde et río Los Cedros, et il longue la rive sud du haut río Magdalena Chico.
En 2020, depuis 2017, l'intégrité et la qualité des eaux de ces fleuves et bassins versants sont menacées par un orpaillage sauvage et/ou des projets miniers.
Biodiversité et ressources naturelles Cette forêt primaire, de type forêt de nuages est un exemple typique des forêts nuageuses de montagne du nord-ouest de l'Amérique du Sud.
Bien que d'une taille modeste (seulement hectares (moins de acres environ), elle est aussi connue des scientifiques comme l'un des habitats naturels écologiquement les plus diversifiés au monde (point chaud de biodiversité), et du pays (lui-même classé parmi les plus riches en biodiversité au monde bien que ne représentant qu'une infime part de la superficie terrestre mondiale).
Cette réserve abrite de nombreuses espèces endémiques et/ou rares de mammifères, amphibiens, reptiles, oiseaux et orchidées… sans même parler des insectes et autres arthropodes, ou des organismes microbiens encore très mal inventoriés.
Faune Selon les données disponibles vers 2015, elle abrite au moins 178 espèces à haut risque d'extinctionDétail : espèces classées CR = 2, en danger, EN = 24, vulnérable, VU = 99, et quasi menacée, NT = 53 ; cf. tableau 1 et annexes en ligne 1 à 6 in Roy (2018)). Outre 3 espèces de singes très menacés, on y trouve encore l'Ours à lunettes des Andes (Tremarctos ornatus), six espèces de félins, dont le Jaguar (Panthera onca), l'Oncille (Leopardus tigrinus) et le Margay (Leopardus wiedii). Nombre de ces êtres vivants sont déjà menacés d'extinction ailleurs dans le pays ou dans le monde : les scientifiques ont ainsi recensé dans la réserve plus de 200 espèces à haut risque d'extinction, dont cinq sont considérées comme gravement menacées d'extinction par le gouvernement équatorien. Les félins sont prédateurs qui se nourrissent notamment du petit cerf Brocket rouge, d'agouti, pécari et de singes qui sont aussi souvent braconnés comme viande de brousse dans les réserves par des populations non autochtones (pour nourrir les orpailleurs notamment), dès qu'il existe des routes d'accès ou des routes proches.