Les grottes de Montmaurin sont un ensemble de cavités situées dans les gorges de la Seygouade, sur la commune de Montmaurin, en Haute-Garonne, en Pays Comminges Pyrénées, dans la région Occitanie, en France.
Le remplissageLe remplissage, du point de vue archéologique, est l'accumulation de dépôts formant le sol qui recouvre la roche sous-jacente ; il est composé de couches de terre, de graviers et d'autres matériaux naturels. Ces couches peuvent contenir ou non des objets issus de l'industrie humaine, des vestiges humains, d'animaux ou de flore. Leur analyse paléopalynologique, une discipline initiée par Arlette Leroi-Gourhan dans les années 1950, est précieuse pour la détermination des variations climatiques de l'ensemble de la préhistoire. archéologique des grottes couvre une longue période, allant de l'interglaciaire Mindel-Riss (environ 400 000 ans) jusqu'à l'époque gallo-romaine. Plusieurs de ces grottes ont livré des fossiles humains, dont le plus célèbre, tiré de la grotte de la Niche, est la mandibule de Montmaurin, le plus ancien fossile humain connu en France jusqu'à la découverte de l'Homme de Tautavel.
La grotte des Abeilles est le premier site où a été reconnu le protoaurignacien. Le site de Montmaurin, dont les principales cavités sont la Terrasse, Coupe-Gorge et la Niche, est un gisement important pour la connaissance des phases anciennes du Paléolithique en France.
Ces grottes ont pour voisines proches les grottes de Lespugue, qui participent de la même formation géologique et dont la grotte des Rideaux a livré la célèbre Vénus de Lespugue (Gravettien). D'autres grottes sont situées sur la commune de Montmaurin mais dans la vallée de la Save et font à ce titre partie de l'ensemble des grottes de Lespugue. Ce sont la grotte de Gahuzère I et II et un abri sans nom, dans les gorges même de la Save ; et la grotte de Bacuran et le gisement de la Terrasse de Bacuran, entre les deux premiers mais beaucoup plus haut sur le plateau donc hors des gorges de la Save.
Situation
Les grottes de Montmaurin sont situées dans le Sud de la Haute-Garonne à au sud-ouest de Toulouse, à l'est de Tarbes, au nord-ouest de Saint-Gaudens. Les distances par route entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral (voir l'onglet en haut à gauche de l'écran) - cliquer sur "itinéraires". et à environ au nord-ouest de Montmaurin. Elles font partie du pays du Nébouzan..
Situées dans les gorges de la Seygouade (affluent de la Save et sous-affluent de la Garonne), les grottes de Montmaurin sont principalement en rive droite (côté est) de la Seygouade : « cartes du contexte géologique régional simplifié et des sites archéologiques » sur Montmaurin et Lespugue. et s'ouvrent vers le nord-ouest, dans l'ancienne carrière dite « carrière Miro ». La grotte du Chêne est elle aussi en rive droite mais à plusieurs centaines de mètres en aval. Seules la grotte des Abeilles et la grotte Zubiate se trouvent sur la rive gauche.
L'interfluve, un environnement naturel privilégié…
La Seygouade conflue avec la Save près du point extrême nord-est de la commune de Montmaurin. Ces deux rivières, venant du sud, forment chacune des gorges (celles de la Save marquant la limite naturelle de la commune), sur ~ de long à l'ouest et nord-ouest pour les gorges de la Seygouade et sur ~ de long à l'est et nord-est pour les gorges de la Save. Ce sont aussi les longueurs de rivières incluses dans la ZNIEFF de type 1 « Gorges de la Save et vallée de la Seygouade », qui vise les deux vallées presque jusqu'à leur confluence pour une surface totale de (), avec toutefois une différence notable entre les deux rivières : la ZNIEFF n'inclut que la rive droite de la Seygouade mais couvre les deux rives de la Save..
Cet interfluve réunit sur moins de « les principaux types d'indicateurs écologiques de la flore française, voire européenne, à l'exception des indicateurs des hautes montagnes et des milieux littoraux ». et abrite une très remarquable et même rare diversité biologique.. Sur une note générale de climat atlantique atténué (forêts mixtes de type atlantique), les vallées encaissées servent de « stations-refuges » fraîches à froides. On y trouve des plantes des milieux froids, témoins de plusieurs paléoclimats : hêtre et plantes montagnardes implantées pendant les périodes glaciaires froides et humides, et chêne sessile et charme venus du centre et du nord-est de la France, voire d'Europe moyenne, pour les périodes froides et moins humides. Juste à côté de ces stations-refuges froides, se situe un ensemble de stations-refuges chaudes et sèches : les soulanes sur le versant sud du même dôme karstique de Montmaurin. Le chêne vert et les espèces de son cortège, indicateurs d'un climat méditerranéen, se sont installés dans la région pendant les périodes chaudes du Quaternaire et ont pu s'y maintenir pendant les refroidissements ultérieurs grâce aux soulanes. Les bords des rivières amènent aussi une galerie continue de végétation classique en terrain humide, avec aulnes glutineux, peupliers et saules, accompagnés de leurs cortèges arbustifs et herbacés. Les terrains plats ou peu inclinés sont peuplés de chênes pédonculés et surtout chênes pubescents et leurs cortèges.
Avec une telle diversité d'environnements, l'endroit attire donc des faunes inféodées tout aussi diversifiées.
… et un haut lieu de l'histoire de l'Homme
Cet espace de quelque . se trouve dans une zone karstique qui n'aurait pas subi de lessivage (tout au moins pas de lessivage généralisé). Il forme un « lieu si prestigieux, mentionné dans tous les manuels d'histoire, un ensemble unique qui, du Pithécanthrope à l'Homme moderne, fait partie de patrimoine de l'Humanité » et renferme, selon la paléontologue Isaure Gratacos, « tous les restes de tous les âges ».. Avec la perspective d'un retour des carriers faisant peser une grave menace sur le site, de nombreuses voix se sont élevées pour sa défense. Jean Clottes, Henry de Lumley, Yves Coppens et bien d'autres scientifiques s'accordent pour considérer l'interfluve Save-Seygouade comme un Haut Lieu de l'Humanité.. Sa place dans l'histoire du peuplement de l'Europe et dans l'histoire de l'évolution de l'humanité est de pair avec l'Homme de Tautavel, la mandibule de Mauer, l'Homme de Ceprano et quelques autres fossiles célèbres.
Le site de Montmaurin est voisin des grottes de Lespugue, à environ en bordure est et nord-est de la commune.
Géologie
Les grottes de Montmaurin sont à l'extrémité ouest des Petites Pyrénées, sur « la dernière ride nord pyrénéenne calcaire » ; le village lui-même est sis sur un prolongement de l'anticlinal du massif du Plantaurel, constitué selon M. Delpoux (2014) de couches de calcaires à algues et milioles dano-montiens.. Cailhol et al. (2019) précise que le dôme de Lespugue-Montmaurin est un brachy-anticlinal qui résulte de la poussée du chevauchement frontal nord-pyrénéen et s'allonge dans la direction sud-ouest / nord-est sur .. Le « front des Petites Pyrénées » est ici affecté par le « décrochement de Lespugues », une structure qui a contribué à la formation des gorges de la Save et de la Seygouade.
Selon Girard (1973), les grottes sont creusées dans le calcaire marin du Danien. (entre 66,0 et 61,6 millions d'années), premier étage du Paléocène, dans l'ère cénozoïque (Tertiaire). La carte géologique indique le Dano-Montien (e1, couleur rouge brique clair sur la carte géologique.) : « calcaires sublithographiques à algues et milioles. », avec une extension du temps de dépôt incluant le Montien jusqu'à environ 59,2 millions d'années. Ces calcaires correspondent aux couches les plus anciennes de l'ère tertiaire.
La Garonne et ses affluents ont édifié cinq terrasses alluviales, corrélées avec les glaciations du Quaternaire. et connues sous les appellations de « nappe culminante » (Donau), « haute terrasse » (Günz), « moyenne terrasse » (Mindel), « basse terrasse » (Riss) et « basses plaines » (Würm).. La série de gisements paléontologiques et archéologiques du massif de Montmaurin-Lespugue est le seul ensemble préhistorique de l'Aquitaine garonnaise qui s'articule au sein de ce vaste système : les cinq nappes régionales se retrouvent dans les gorges de la Seygouade., et la carte géologique les montre également dans les gorges de la Save.
Répartition des grottes et abris
Le réseau karstique des grottes de Montmaurin est développé sur quatre niveaux qui correspondent vraisemblablement à quatre étapes d'enfoncement de la Seygouade., en relation avec l'étagement des terrasses de la Garonne. Subséquemment, les dépôts plus anciens sont dans les cavités les plus hautes. La Seygouade se trouve de nos jours à d'altitude.
Le plus haut niveau, à au-dessus de la rivière, est constitué de grandes poches de terre remplies d'un conglomérat coloré par les oxydes métalliques.
Les grottes elles-mêmes sont situées à trois niveaux sur une paroi verticale de calcaire :
Au niveau supérieur se trouvent la grotte de Montmaurin ou grotte Boule ; et, un peu au sud de celle-ci., la grotte de la Terrasse qui est effondrée. Ces deux grottes s'ouvrent à environ au-dessus de la Seygouade..
Au niveau intermédiaire sont la grotte de Coupe-Gorge, à la verticale de la grotte Boule ; et la grotte de la Niche, mieux décrite comme une fissure qui prolonge la grotte de la Terrasse vers le bas. De nombreuses poches et cavités prolongent ce niveau vers l'aval ; elles sont soit remplies de terre, soit encore en activité, et elles apparaissent et disparaissent (détruites) avec la progression du front de carrière vers le cœur du massif. Ce niveau se trouve à environ au-dessus de la rivière.
Au niveau inférieur se trouve la grotte du Putois, ou les quatre grottes de ce nom (voir la section « Grotte du Putois »), qui s'ouvrent au niveau de la route D 633 à au-dessus de la rivière.
D'autres grottes sont occasionnellement citées dans la littérature scientifique, sans pour autant en donner la location précise. Ce sont : les Abeilles, Zubiate, Clarens, grotte des Stalagmites, la faille de l'Éléphant.. Crégut-Bonnoure et al. (2010) indiquent seulement « huit cavités ». mais mentionnent aussi la poche Mothe, la faille et le puits de l'Éléphant, la grotte Clarens et la grotte des Stalactites..
Une des grottes principales porte deux graffitis signés Norbert Casteret, célèbre spéléologue commingeois qui l'a visitée en 1902 ; c'était sa première exploration de grotte.
Occupations
Acheuléen : Coupe-Gorge, Niche, Boule, Terrasse Moustérien : Coupe-Gorge, Putois, Abeilles Protoaurignacien : Abeilles Aurignacien ancien : Abeilles, Niche Magdalénien : Putois Âge du bronze : Putois Âge du fer : Putois
Découvertes et fouilles
La grotte Boule, dite aussi grotte de Montmaurin, est connue de longue date. Au tournant du , Émile Cartailhac prélève des os dans la « brèche à Machairodus » de la grotte Boule, dite alors « grotte de Montmaurin » car elle est la seule grotte connue sur le site ; Boule étudie ces os et les publie en 1902.. René de Saint-Périer prélève de nouveaux échantillons en 1914 et arrive à des conclusions similaires.
L'avance du front d'une carrière à flanc de coteau met au jour les autres grottes, avec cependant un certain délai : le début de l'exploitation en carrière commence de façon artisanale fin et s'amplifie jusqu'à une exploitation industrielle au ., mais les nouvelles grottes ne sont découvertes que juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.. Les premiers observateurs de ces nouvelles grottes sont MM. Zubiate et Cammas..
Le les grottes nouvellement dévoilées reçoivent la visite de l'abbé Henri Breuil et d'Henri Begouën, qui en confient les fouilles à Louis Méroc. Le maire de l'époque, inquiet des conséquences restrictives d'un classement du site, fait des difficultés pour la fouille mais finit par les accepter puisque les premières fouilles commencent à Pâques 1946.