Marie Josèphe Caroline Éléonore Françoise Xavière de Saxe (en allemand : Maria Josepha Karolina Eleonore Franziska Xaveria von Sachsen), née le à Dresde et morte le au château de Versailles, est une princesse de Saxe et de Pologne. Par son mariage avec Louis de France, elle est dauphine de France de 1747 à la mort de son époux en 1765. Elle est la mère de trois rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

Huitième des quatorze enfants d'Auguste III, roi de Pologne et prince-électeur de Saxe, et de l'archiduchesse Marie-Josèphe d'Autriche, la princesse reçoit le même prénom que sa mère, fille du défunt empereur Joseph Ier du Saint-Empire. Elle épouse en 1747, à peine âgée de 15 ans, Louis de France, dauphin du Viennois, fils aîné de Louis XV, roi de France et de Navarre, et de Marie Leszczyńska. Elle est la mère de huit enfants dont les trois aînés moururent en bas âge, des trois derniers rois de France de la Maison de Bourbon Louis XVI, Louis XVIII et Charles X et de deux filles, Clotilde, déclarée vénérable par l'Église catholique, et Élisabeth, morte également en odeur de sainteté.

Réputée pour son intelligence, sa douceur et sa droiture, elle forme avec son mari, jeune et inconsolable veuf de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse de Bourbon dont il avait eu une fille, Marie-Thérèse en 1746, un couple dont les débuts furent difficiles mais qui devint très harmonieux. Le dauphin étant mort prématurément, Marie-Josèphe de Saxe ne devient pas reine de France. Au contraire, les épreuves ne l'ayant pas épargnée, la triste Pepa, comme la surnommait le roi son beau-père, ayant contracté le mal de son mari, suit de peu le Dauphin dans la tombe.

Biographie

Une famille unie Huitième des quatorze enfants d'Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, et de l'archiduchesse Marie-Josèphe d'Autriche, la princesse reçoit le même prénom que sa mère, fille du défunt empereur Joseph Ier. Devenue dauphine grâce à l'entregent de son oncle, le maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy qui avait circonvenu la marquise de Pompadour, favorite royale, la dauphine était très attachée à ses parents et à sa très nombreuse fratrie.

Elle fit venir à la cour de Versailles son frère préféré François-Xavier de Saxe. Espérant lui donner quelques chances d'être élu roi de Pologne après leur père, la dauphine songe à lui faire épouser Madame Adélaïde, seconde fille du roi. Le prince de Saxe, fils puîné du roi de Pologne (l'aîné est infirme) n'est pas jugé digne d'une Fille de France et « Xavier » ne sera jamais roi de Pologne mais profitera des largesses de sa sœur. Il se montrera cependant un régent compétent de 1763 à 1768 pour leur neveu Frédéric-Auguste III. Cependant Marie-Josèphe, par ses conseils permanents, finira par s'aliéner Xavier et le frère et la sœur seront brouillés pendant quelque temps ce dont la dauphine souffrira beaucoup. La princesse Christine de Saxe, sœur cadette de Marie-Josèphe, sera nommée par le roi abbesse du prestigieux chapitre des Dames Nobles de Remiremont.

Marie-Josèphe était également la sœur cadette de Marie-Amélie de Saxe, qu'elle a peu connue personnellement puisque cette princesse fut mariée dès 1738 au Roi de Naples (qui devint roi d'Espagne en 1759). Le plus jeune de ses frères, Clément Wenceslas de Saxe, devint archevêque-électeur de Trèves. Oncle maternel de Louis XVI et de ses frères et sœurs, il accueillera sur ses terres le comte d'Artois puis les émigrés français opposés à la Révolution française.

Marie-Josèphe souffrit énormément de la guerre de Sept Ans. La Saxe alors occupée par l'armée de Frédéric II de Prusse fut victime des exactions envers la famille régnante qui furent fatales à la reine de Pologne, mère de Marie-Josèphe. Dans le même temps, la reine d'Espagne, sœur de Marie-Josèphe, mourait en mettant au monde son quatorzième enfant. Le couple delphinal fut également très affecté par le décès prématuré de leur fils aîné, Louis-Joseph, duc de Bourgogne, un enfant brillant qui mourut à l'âge de 9 ans en 1761.

Un mariage hautement diplomatique

Veuf inconsolable de sa première épouse, le dauphin de 17 ans ne convola une seconde fois qu'avec la plus grande réticence. Le roi d'Espagne proposa sa plus jeune sœur, Louis XV, dont la mère Marie-Adélaïde de Savoie avait été les délices de la cour, inclinait pour une princesse de cette maison : Éléonore ou Marie-Louise de Sardaigne.

Le maréchal de Saxe était un demi-frère adultérin du roi de Pologne (et, par conséquent, un oncle « de la main gauche » de Marie-Josèphe). Il s'était mis au service de la France. Auréolé des lauriers de vainqueur de la bataille de Fontenoy, il sut s'appuyer sur les bonnes dispositions de la marquise de Pompadour, favorite royale, et put faire prévaloir ses intérêts et ceux de sa maison. La Saxe-Pologne était opposée à la France pendant la guerre de Succession d'Autriche qui dévastait l'Europe centrale depuis 7 ans, le mariage saxon permettrait une réconciliation entre la Saxe-Pologne et la France. La France, alliée de la Pologne, retrouverait son influence dans l'est de l'Europe dominée par l'Autriche et la Russie qui devenait une grande puissance.

Quant à la favorite, elle pensait avec raison qu'en favorisant ce mariage, elle éviterait de la part de la nouvelle dauphine les avanies que lui avait fait subir la précédente. La seconde dauphine ne pourrait que lui être reconnaissante de son « élévation » et serait un appui dans cette cour où la favorite rencontrait tant d'hostilité et… de concurrentes. Cependant, le mariage du dauphin Louis et de Marie-Josèphe posait un problème épineux : le grand-père de Marie-Josèphe avait été élu roi de Pologne en 1697 grâce au soutien de l'empereur et du tsar de Russie. Il avait été détrôné par le roi Charles XII de Suède en 1704. Le roi de Suède avait remplacé le roi saxon par un noble polonais à sa dévotion, Stanislas Leszczynski, père de la future reine de France Marie Leszczynska (par conséquent grand-père du dauphin Louis). Stanislas fut rapidement chassé par les troupes russes ; le grand-père de Marie-Josèphe retrouva son trône et mourut en 1733. Stanislas, devenu entretemps le beau-père du roi de France, revendiqua alors le trône polonais. De même fit le fils du roi défunt, père de Marie-Josèphe. Les deux prétendants furent élus par des factions rivales, ce qui déclencha la guerre de Succession de Pologne. Vaincu, poursuivi par les sbires du père de Marie-Josèphe qui tentèrent de l'assassiner, Stanislas regagna la France après une traversée épique du continent européen. De subtiles tractations diplomatiques mirent fin à la guerre en remodelant la carte de l'Europe. Stanislas reçut à titre de compensation et en viager les duchés de Lorraine et de Bar tandis que Frédéric-Auguste II de Saxe conservait sous le nom d'Auguste III le trône de Pologne qu'avait détenu son père sous le nom d'Auguste II. Il subsistait un sérieux contentieux entre la famille Leszczynski et la maison de Saxe. vignette|Fête musicale à Romepour son mariageGiovanni Paolo Panini Le remariage de son unique fils avec une princesse de Saxe ne pouvait qu'être ressenti comme une humiliation supplémentaire par la reine de France qui se recroquevillait déjà sur les blessures causées par ses déboires conjugaux. Il ne pourrait qu'indisposer Stanislas, grand-père du Dauphin, qui, toujours gaillard à 70 ans, passait des jours paisibles à Lunéville et Commercy. Aussi le cortège qui mena Marie-Josèphe de Strasbourg à Versailles évita-t-il soigneusement la Lorraine et le Barrois, passant par la Franche-Comté ce qui rallongea d'autant le voyage. La jeune princesse ne reçut pas un accueil chaleureux de sa pieuse belle-mère ni de son très jeune mari.

Une Fête musicale donnée par le cardinal de La Rochefoucauld pour le mariage du Dauphin fut représentée dans un tableau par Giovanni Paolo Panini. Il s'agissait alors d'infléchir la politique du Saint-Siège, plus favorable à la Maison d'Autriche.

Quant au roi Louis XV, seul maître depuis la mort du cardinal de Fleury et aux prises avec la guerre de Succession d'Autriche, il venait également d'imposer une nouvelle favorite dont les origines sociales indisposaient très fortement la cour. Madame Lenormant d'Étiolles, jolie, ambitieuse et amie de la philosophie des Lumières, était certes très riche mais elle n'était pas noble. Aussi le roi lui octroya-t-il, avant de repartir vers le champ de bataille, un titre qui lui permit d'être présentée officiellement à la cour. Ainsi, madame d'Étiolles entra au palais et dans l'histoire en tant que marquise de Pompadour. La favorite ayant dû subir les avanies de la défunte dauphine, une infante d'Espagne hautaine et rigoriste qui, avec le dauphin et ses sœurs, l'avait surnommée « Maman Putain », profita de son influence sur son royal amant pour favoriser une princesse moins fière qui ne pourrait que lui être reconnaissante de son « élévation ».

À 15 ans, Marie-Josèphe devenait après la reine la femme la plus importante de la cour la plus brillante mais aussi la plus cancanière d'Europe et intégrait une famille déchirée.

Une famille déchirée

vignette|Marie-Josèphe de Saxe, 1760Jean-Martial Frédou À l'époque du mariage, le roi et la reine vivent séparément depuis près de 10 ans. Louis XV est un homme de 38 ans timide et blasé mais dont la beauté est célèbre. La pieuse reine Marie Leszczyńska, mère de 10 enfants et de 7 ans plus âgée que le roi, a depuis longtemps interdit sa porte à son mari pour préserver sa santé (un énième accouchement lui serait fatal d'après les médecins). Elle s'était résignée à l'échec de son mariage (qui n'était pas une alliance entre deux puissances mais l'aboutissement d'une intrigue de cour dont le roi et elle étaient l'objet). Par naïveté et méconnaissance des usages de la cour, elle avait très rapidement perdu l'estime de son mari. Recluse au milieu d'amis vieillissants, elle pratiquait les arts d'agréments et la charité mais n'oubliait pas que sa nouvelle belle-fille était issue d'une maison ennemie de la sienne.

Acquises à l'instar de leur frère, à la cause de leur mère, les filles du couple royal présentes à la cour (leurs cadettes étaient élevées à l'abbaye de Fontevrault), Mesdames, âgées de 19 et 14 ans, ne cessaient de blâmer le mode de vie de leur père et souhaitait le voir revenir à une vie plus chrétienne et moins déréglée. Le dauphin Louis, veuf de dix-sept ans, souffrant des souffrances de sa mère et « divinisé » par ses sœurs, ne savait dissimuler sa désapprobation et ne s'entendait pas non plus avec son père.

La nouvelle dauphine, surnommée Pepa, sut se concilier à la fois de Pompadour, son beau-père Louis XV et sa belle-mère la reine Marie Leszczynska mais dut aussi compter avec la haine de son mari et de ses belles-sœurs pour la favorite.

C'est dans ce contexte difficile que la dauphine parvint à se faire aimer de tous, tant elle était intelligente, douce et aimante.

Le bracelet de la dauphine

Il était de tradition que trois jours après les noces, la dauphine portât un bracelet à l'effigie de . La reine, souvent humiliée par les maîtresses de son mari, devrait-elle subir cet affront imposé grâce au protocole par sa belle-fille ? Le jour dit, avisant le bracelet, elle demanda à sa jeune belle-fille si c'était bien là le portrait de son père. La jeune fille acquiesça et lui montra le bijou : il représentait le portrait de Stanislas qui, depuis le mariage, était devenu le grand-père par alliance de la princesse. La Reine et la cour furent fortement impressionnées par le tact de cette jeune fille de 15 ans.

Marie-Josèphe aurait encore à faire montre de tact et de diplomatie dans sa nouvelle famille et cette cour où régnaient toutes sortes d'inimitiés et d'intrigues.