Les enfants d'Horus (Hor-mesout) sont un groupe de quatre dieux dans la mythologie égyptienne. Il réunit Amset, Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf, quatre divinités funéraires. Le groupe apparaît déjà dans les Textes des pyramides de l'Ancien Empire ; il réapparaît dans les Textes des sarcophages du Moyen Empire et dans le Livre des morts du Nouvel Empire.

vignette|redresse=0.8|gauche|Détail du panneau « Irethorrou fait offrande à Osiris, suivi d'Isis et des quatre fils d'Horus : Amset, Hâpi, Kébehsénouf et Douamoutef », Musée du Louvre.

Momiformes, debout ou accroupis, les Enfants d'Horus sont différenciés par leurs têtes. Protecteurs des viscères momifiés, ils peuvent prendre la forme de vases canopes, dont les couvercles, disques plats à l'Ancien Empire, reproduisent par la suite, soit une tête humaine, soit, à partir du Nouvel Empire (environ ), les quatre têtes différentes des Fils d'Horus.

Les quatre fils d'Horus représentés sur les vases canopes :

Ce sont quatre génies divins, gardiens des organes vitaux momifiés du défunt, associés aux quatre pleureuses divines : Imsety, ou Amset, protège le foie, avec Isis, associé au Sud ; Hâpi, protège les poumons, avec Nephtys, associé au Nord ; Douamoutef, protège l'estomac, avec Neith, associé à l'Est ; Kébehsénouf, protège l'intestin, avec Serket, associé à l'Ouest.

Aucun texte n'indique le sort d'autres organes (reins par exemple). Le cerveau était, quant à lui, détruit lors de son extraction de la boîte crânienne par les narines.

Leur culte est probablement originaire de Bouto (delta du Nil), sans pour autant avoir eu de sanctuaire propre, mais vénérés comme une forme des âmes.

Dans les ensembles de vases canopes, les quatre dieux protégeaient les organes retirés lors de la momification ; le Livre des morts leur attribue également la protection et la reconstitution du corps, rituellement identifié à Osiris. Les quatre dieux furent en outre associés à quatre déesses protectrices, aux points cardinaux et à certains groupes d'étoiles du ciel nocturne. Le lien avec les organes internes, souvent considéré comme leur fonction principale, semble s'être développé après celui avec les quatre angles de l'univers et les quatre supports du ciel.

Identité vignette|Dans le Livre des morts d'Ani, les quatre enfants d'Horus sont représentés sur un lotus devant Osiris ; papyrus de la , vers 1250 av. J.-C., British Museum (EA 10470,4). À partir du Nouvel Empire, la tête devint le principal élément distinctif de chacun des quatre enfants d'Horus : Amset conserva une tête humaine, Hâpi prit une tête de babouin, Douamoutef une tête de canidé et Kébehsénouf une tête de faucon. Auparavant, les quatre dieux étaient le plus souvent représentés comme des momies à tête humaine et, plus rarement, à tête de faucon ; les quatre têtes distinctes commencèrent à apparaître au début de la . Il existe également des images dans lesquelles tous les quatre conservent une apparence humaine.

Noms et écritures hiéroglyphiques vignette|redresse=0.5|Amulette d'Amset en faïence égyptienne, de la Troisième Période intermédiaire à la Basse époque, vers 750-650 av. J.-C. ; Walters Art Museum, Baltimore (48.1640).

Le chapitre 112 du Livre des morts réunit les noms des quatre divinités :

Aa15:O34-U33-M17-A40 Jms.tj, Amset ; V28-Aa5:Q3-M17*M17-A40 Ḥp.y, Hâpi ; N14-G14-X1:I9-A40 Dwꜣ-mw.t=f, Douamoutef ; W15-T22-Z2:I9-A40 Qbḥ-sn.w=f, Kébehsénouf.

Chaque nom apparaît sous plusieurs graphies hiéroglyphiques ; une forme normalisée est donnée ici pour chacun d'eux. Le nom de Hâpi ne doit pas être confondu avec celui de la divinité homonyme Hâpy, personnification de la crue du Nil.

Signification des noms Dwꜣ-mw.t=f associe le verbe dwꜣ, « louer ou « adorer », au substantif mw.t, « mère », suivi d'un pronom masculin singulier ; le nom signifie littéralement « celui qui loue sa mère ». Certains traducteurs l'interprètent dans le sens opposé, « celui que sa mère vénère ». Dans Qbḥ-sn.w=f, en revanche, le verbe qbḥ, « verser une libation », est suivi du substantif sn, « frère », et du même type de pronom.

La signification des deux autres noms est moins assurée. Jms.t ressemble fortement à mjs.t, « foie », et cette ressemblance pourrait expliquer pourquoi Amset est constamment associé à cet organe. Le nom égyptien de l'intestin signifie lui aussi littéralement « ce qui est dans le ventre », ce qui rendrait compte de la place prééminente de Kébehsénouf dans le groupe.

Autres désignations Dans les Textes des pyramides, le groupe n'est pas seulement désigné comme les enfants d'Horus. On y rencontre également des expressions telles que « les Quatre Dieux », « les Quatre Adolescents », « les Quatre connus du roi », « les Quatre Esprits des Domaines » et « les Quatre Émanations , ainsi que « enfants d'Atoum », « enfants de Geb » et « enfants de Nout ». Le terme égyptien ms.w désigne proprement les enfants, et non les fils, pour lesquels on attendrait s3.w.

Généalogie et relations divines vignette|gauche|Stèle en bois de Hersenef dédiée à Rê-Horakhty, Isis et aux quatre enfants d'Horus, , 580-520 av. J.-C., provenant de Thèbes ; Museo Egizio de Turin (Cat. 1605).

Le chapitre 112 du Livre des morts, dérivé de la formule 157 des Textes des sarcophages, désigne Horus comme le père des quatre dieux et Isis comme leur mère. L'Horus dont il est question n'est pas le fils d'Isis et d'Osiris, mais Horus l'Ancien, considéré comme la forme funéraire du dieu créateur et donc d'Osiris lui-même.

La paternité n'est toutefois pas univoque : certains passages des Textes des pyramides les appellent enfants d'Atoum, de Geb ou de Nout. Dans le chapitre 151 du Livre des morts, Kébehsénouf et Amset s'adressent à Osiris en l'appelant père, tandis que Douamoutef se présente comme son fils Horus.

Le même chapitre 112 relie Amset et Hâpi à Pé, l'ancienne Bouto : les âmes de Pé sont Horus, Amset et Hâpi. Le chapitre suivant, le 113, concerne au contraire les âmes de Nekhen, où Horus demande à avoir auprès de lui Douamoutef et Kébehsénouf. Les deux couples furent ainsi rapprochés des Âmes de Pé et de Nekhen, respectivement au nord et au sud, selon une association déjà présente dans les formules 157 et 158 des Textes des sarcophages ; dans les représentations plus tardives, Amset et Hâpi portent la couronne rouge de la Basse-Égypte, tandis que Douamoutef et Kébehsénouf portent la couronne blanche de la Haute-Égypte.

Attestations et évolution vignette|Coffre canope avec Anubis et les quatre enfants d'Horus dans l'antichambre de la tombe de Néfertari, , Vallée des Reines (QV 66).

Textes des pyramides vignette|Fragment de calcaire peint portant des formules des Textes des pyramides, provenant de la pyramide de Pépi II à Saqqarah, .

Dans les Textes des pyramides, les quatre noms apparaissent déjà ensemble, mais rien n'y fait encore allusion aux quatre têtes distinctes. Dans le rituel de résurrection d'Ounas, les bras du souverain sont identifiés à Hâpi et Douamoutef lorsqu'il demande à monter au ciel, et ses jambes à Amset et Kébehsénouf lorsqu'il demande à descendre. Dans la récitation 148 des textes funéraires de Téti, les mêmes dieux éloignent du souverain la faim qui se trouve dans son ventre et la soif qui se trouve sur ses lèvres. Aucun des deux passages ne mentionne de vases ni de coffres canopes.

D'autres tâches envers le défunt sont attribuées aux quatre dieux : lui laver le visage, le soutenir et le soulever, se placer deux d'un côté et deux de l'autre de son corps, et attacher pour lui une échelle de corde lui permettant de monter au ciel. Dans une formule, ils reçoivent en offrande les parties d'un taureau sacrificiel : la cuisse revient à Douamoutef, les côtes à Kébehsénouf et le contenu du ventre à Amset. Ils ont été définis comme les quatre dieux représentant les points cardinaux et, dans les Textes des sarcophages, ils en viennent à représenter les quatre piliers qui soutiennent la voûte céleste.

Textes des sarcophages vignette|gauche|Revêtement intérieur du sarcophage d'Iqer avec des formules des Textes des sarcophages, bois, , 1939-1759 av. J.-C. ; Museo Egizio de Turin (S. 15744/01).

La formule 157 des Textes des sarcophages, reprise dans le chapitre 112 du Livre des morts, présente Amset, Hâpi, Douamoutef et Kébehsénouf comme les enfants d'Horus et d'Isis. Une autre composition, la formule 335, fut reprise dans le chapitre 17 du Livre des morts, où le groupe appartient à la suite d'Osiris.

Sur les sarcophages du Moyen Empire, les colonnes de texte placées le long des angles des deux longues parois nomment régulièrement les quatre dieux, et leur position reflète celle des membres du défunt : Amset et Hâpi près de la tête, Douamoutef et Kébehsénouf près des pieds, Amset étant associé au bras gauche et Douamoutef à la jambe gauche.

Livre des morts vignette|Papyrus BM 10541 du Livre des morts, représentant Nedjemet et Hérihor en adoration devant Osiris avec les quatre enfants d'Horus ().

Dans le chapitre 112 du Livre des morts, les quatre dieux ont Horus pour père, et les âmes de Pé sont identifiées à Horus, Amset et Hâpi. Le chapitre 113 est consacré aux âmes de Nekhen et y fait apparaître Douamoutef et Kébehsénouf.

Le chapitre 17 les appelle le conseil qui se tient autour d'Osiris et les place derrière la Grande Ourse, dans le ciel septentrional ; un peu plus loin, il les nomme avec trois autres divinités, formant un groupe de sept. Le chapitre 137 s'adresse à eux comme aux enfants d'Horus et les appelle par leur nom.

Le chapitre 151 décrit la tente d'embaumement et la protection du corps, rituellement identifié à Osiris ; dans la vignette, les quatre dieux entourent le lit funéraire sur lequel Anubis agit comme embaumeur divin, avec des têtes de faucon, de singe, de canidé et d'homme correspondant, dans cet ordre, à Kébehsénouf, Hâpi, Douamoutef et Amset.

Fonctions funéraires vignette|Ensemble de quatre vases canopes en calcaire peint, vers 900-800 av. J.-C., provenant d'Abydos ; Walters Art Museum, Baltimore (41.171-41.174).

Protection du corps et rapports avec Osiris vignette|gauche|Les quatre enfants d'Horus dans la tombe de Néfertari, , Vallée des Reines (QV 66). Dans le chapitre 151 du Livre des morts, chacun des quatre dieux prononce une formule. Kébehsénouf rassemble les os et les membres du défunt et replace son cœur dans son corps ; Hâpi fixe sa tête et ses membres et abat ses ennemis ; Douamoutef déclare être venu sauver son père Osiris de ceux qui lui avaient fait du mal ; Amset maintient sa demeure solidement établie.

Les quatre dieux sont de préférence disposés avec Amset et Hâpi de part et d'autre de la tête et Douamoutef et Kébehsénouf aux pieds, selon une organisation suggérant un corps orienté la tête vers le nord.

Protection des organes et associations vignette|Vase canope en calcaire à couvercle humain, , 1479-1425 av. J.-C., provenant de la tombe de Nebiri dans la Vallée des Reines ; Museo Egizio de Turin (S. 5112).

Le lien avec les organes ne peut pas être démontré dans les Textes des pyramides, bien qu'il soit probable, mais il est clairement attesté dans les ensembles canopes : Amset protège le foie, Hâpi les poumons, Douamoutef l'estomac et Kébehsénouf les intestins. À partir du Nouvel Empire, les formules inscrites sur les vases associent en outre chaque dieu à une déesse protectrice et à un point cardinal.

+ Schéma attesté par les formules inscrites sur les vases à partir du Nouvel Empire Divinité Organe Aspect de la tête Déesse protectrice Point cardinal Amset foie humaine Isis Sud Hâpi poumons babouin Nephtys Nord Douamoutef estomac canidé Neith Est Kébehsénouf intestins faucon Serket Ouest