L’abbaye Saint-Martin de Ligugé est un monastère de moines bénédictins situé sur le territoire de la commune de Ligugé, dans le département de la Vienne, en France. Fondé par saint Martin de Tours, en 361, il est, malgré plusieurs interruptions de vie monastique, le plus ancien établissement monastique d’Occident encore en activité, même si les bâtiments conventuels actuels sont d'époque relativement récente.

L'édifice est protégé au titre des monuments historiques depuis 1846 et 1965..

Fondation et organisation de l'abbaye

Martin de Tours arriva à Ligugé en 361, il aurait été âgé de 45 ans. L'abbaye fut fondée, sur un domaine reçu de saint Hilaire, évêque de Poitiers, dont Martin de Tours était le discipleD'après Sulpice-Sévère, Vita beati Martini, chap. VII, fol. 164C : . Ce domaine n'était qu'une villa romaine en ruine, dans laquelle il s'installa comme ermite, mais ses disciples nombreux le poussèrent à fonder un monastère.

L'organisation en était originale : le monachisme occidental s'inspira d'un monachisme oriental dans lequel les moines étaient anachorètes et contemplatifs, la règle de saint Benoît n'existant pas encore. Saint Martin, tout en logeant ses disciples séparément dans des huttes ou loges (Locaciacum, « les petites cabanes », d'où le nom de Ligugé), les fit travailler en plus de les guider sur les voies de la rencontre avec Dieu requérant une vie de grand ascétisme.

Choisi comme évêque en 370 saint Martin quitte l'abbaye pour Tours (où il fonda l'abbaye de Marmoutier). Ligugé est abandonné au , à cause des persécutions des Wisigoths, qui cessent après la victoire de Clovis sur les Wisigoths en 507 à Vouillé.

Sous l'avenue qui conduit à l'abbatiale actuelle, ont été retrouvés les vestiges du premier édifice bâti au . A un premier bâtiment, un martyrium qui pourrait dater de la fin du , sont rajoutées au trois nefs. À la fin du , l'église est allongée par un nouveau chevet à l'est.

Moyen Âge L'abbaye pendant le Haut Moyen Âge Vers 591, Grégoire de Tours, successeur de saint Martin sur le siège épiscopal de Tours, vint en pèlerinage à Ligugé et laissa un compte rendu de sa visite.

L'abbé Ursinus rédigea l'hagiographie de saint Léger vers 684, à la demande de l'abbé de Saint-Maixent, qui en avait reçu les reliques. À cette époque, le monastère avait le privilège de battre monnaie, dont le sou d'or.

A la fin du , un moine de l'abbaye du nom de Defensor, rédigea le Liber scintillarum, une anthologie de 2 950 citations : 792 de l'Ancien Testament, 353 du Nouveau Testament, 1 800 citations patristiques dont 717 d'Isidore de Séville..

Disparition de l'abbaye au et restauration au L'abbaye semble avoir disparu encore au car elle ne figure pas dans la liste des monastères dressée par Louis le Débonnaire en 817; Elle est mentionnée par la suite comme ayant été ravagée en 865 par les Normands et par les guerres de succession entre prétendants carolingiens; Elle est restaurée au par la comtesse de Poitiers, Adèle, fille de Rollon de Normandie qui avait épousé Guillaume Tête d'Étoupe. La règle bénédictine est alors adoptée, et l'abbaye dépend de celle de Saint-Cyprien de Poitiers.

Un prieuré rattaché à l'ordre de Cluny Aumode, comtesse du Poitou, épouse du comte Guillaume V le Grand (vers 969 - 1030), fait restaurer l'abbaye vers l'an 1000 pour permettre l'accueil des pèlerins, son tombeau subsiste dans la crypte de l'église. Elle est desservie par des moines sous la conduite de Theudelin, provenant de l'abbaye vendéenne de Maillezais dépendant de l'Ordre de Cluny. L'abbaye de Ligugé n'est plus qu'un modeste prieuré de cette abbaye clunisienne. Ligugé demeura dans cette situation jusqu'à la fin de la vie régulière au .

Le prieuré héberge en 1096 le pape Urbain II venu prêcher la Croisade.

En 1268, le comte apanagiste de Poitiers, Alphonse, concède au prieur le droit de haute et basse justice.

En 1307, Clément V s'en sert comme résidence champêtre, au moment du procès des Templiers, ouvert à Poitiers.

Destruction du monastère pendant la guerre de Cent Ans Le prieuré est à nouveau détruit pendant la guerre de Cent Ans. Il est d'abord occupé, une première fois, par les troupes anglaises en 1346. Il l'est, de nouveau, après la bataille de Poitiers, en 1359, par les paysans des environs qui craignent de le voir tomber aux mains des Anglais. Il est de nouveau occupé par les Anglais, la même année. Il subit des destructions et est en un bien piètre état à la fin de la guerre de Cent Ans.

Le prieuré est partiellement reconstruit à la fin du , à partir de 1479. Il est de nouveau occupé par des moines de l'abbaye de Maillezais.

Époque moderne Reconstruction du monastère à la Renaissance En 1501, le prieuré passe sous le régime de la commende.

C'est Geoffroy III d'Estissac, doyen (qui percevait la commende en tant que séculier) nommé par l'évêque de Maillezais San Severino, qui achève la reconstruction après 1504. L'église paroissiale et le cloître datent de cette époque. L'église de style gothique fait 24 mètres de long sur 9 de large. La voûte culmine à 14 mètres. C'est cet élégant édifice qui sert depuis la Révolution française d'église paroissiale.

Rabelais y fait une partie de ses études au début du . La tradition populaire, en souvenir de l'écrivain, continue à appeler "tour Rabelais", le petit donjon encore visible qui est actuellement engagé dans les constructions récentes, en façade sur l'avenue.

Le prieuré est détruit à nouveau pendant les guerres de Religion. Il est, en effet, incendié lors du siège de Poitiers par les troupes protestantes de Gaspard de Coligny, en 1569.

, Ligugé est attribué aux jésuites Ligugé est attribué à de multiples prieurs commendataires simultanément, les uns nommés par le pape (collatio), les autres par le roi (indult). Finalement, c'est Gaspard Le Franc, nommé par le roi, qui, par un acte daté de 1606, laisse Ligugé aux jésuites afin d'affecter les revenus à leur collège de Poitiers. L'acte prend effet à sa mort survenue en 1611, elle dure jusqu'en 1763, année de la suppression de leur ordre par le Parlement de Paris. La coutume existe encore d'appeler « bâtiment des jésuites » l'actuelle aile sud du monastère que les religieux firent construire en 1674.

Les revenus du monastère sont ensuite gérés par un économe royal, qui nomme des fermiers généraux afin de les percevoir au bénéfice de la Couronne.

Liste des abbés avant 1611

Martin de Tours (362-373) ..... Ursinus ()Ursinus, abbé de Ligugé, a écrit une vie de saint Léger à la demande de l'évêque de Poitiers Ansoald (vers 675 - mort vers 700). Vita sancti Leodegarii dans Passiones vitaeque sanctorum aevi Merovingici, tome III, édité B. Krusch et W. Levison, HanovreLeipzig, 1910 ..... Raymundus, prœpositus () Willelmus, prœpositus (vers 1088) ..... Girardus, prior (vers 1180) Hilarius (1197) Guillelmus (1200) Thomas (1242-1243) Aimericus () Radulphus () Jean Baritaud () Jean de Curzai (1318) ..... Jean Pignerre (1396-1409) Philippe de Colombiers (1410) Guillaume de Villennes (1438-1482) Arthus Derveau (1485-1501), abbé commendataire Geoffroy d'Estissac (1504-1542), évêque de Maillezais, abbé de Celles, abbé de Cadouin, doyen de Saint-Hilaire-le-Grand Jean d'Estissac (1542-1572), doyen de Saint-Hilaire-le Grand, neveu du précédent Jean de Bideran ( au ), doyen de Saint-Hilaire-le-Grand, neveu du précédent Jean Thenot (1587-1591) Étienne Deniau (1591) Jean de Gaucourt (1594-1598) Gaspard Le Franc (1598-1610)

Epoque contemporaine Disparition de l'abbaye à la Révolution française L'Assemblée constituante, par décret du met les biens de l’Église, dont les biens des congrégations, à la disposition de la Nation. Par le décret du , elle interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers. En 1793, le prieuré est vendu à des particuliers (un aubergiste de Poitiers). Racheté par le minotier Véron, il restera dans sa famille jusqu'au milieu du .

Restauration de la vie monastique au

Le cardinal Pie, évêque de Poitiers, rachète le prieuré le , le fait restaurer en grand à partir de 1853 et confie à dom Guéranger la restauration de la vie monastique. Les seuls bâtiments conservés antérieurs à cette date sont l'église paroissiale, une tour du et un bâtiment de 1674.

Quatre moines de l'abbaye de Solesme viennent s'installer sur les rives du Clain. L'abbaye va connaître un nouvel épanouissement. En 1856, le pape Pie IX restaure le titre abbatial. Deux nouvelles fondations, celle de Sainte-Marie à Paris et celle de Saint-Wandrille en Normandie, sont créées et témoignent, alors, de la vitalité de Ligugé.

Mais les moines de Ligugé se voient expulsés en 1880Histoire des congrégations chrétiennes en France - La première expulsion.. Une partie de la communauté se réfugie en Espagne et restaure sur les plateaux de la vieille Castille, l'abbaye de Silos, qui essaimera, à son tour, dans la péninsule ibérique et en Amérique. Dès 1885, les moines peuvent revenir à Ligugé. La mise en chantier de nouveaux bâtiments donne à l'abbaye son aspect actuel.

En 1891 est créée l'imprimerie monastique, ancêtre de l'actuelle imprimerie Aubin..

Expulsion et retour des moines au De nouveau, les moines sont de nouveau expulsés en 1901Histoire des congrégations chrétiennes en France - La deuxième expulsion., trouvent refuge à Chevetogne, en Belgique, et ne reviennent qu'en 1923. Ils construisent une nouvelle église claustrale, au style très dépouillé, achevée en 1929.

L'abbaye, lieu de refuge pendant la Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'abbaye doit héberger environ cinquante hommes de la WehrmachtVRID, « Robert Schuman à Poitiers et à Ligugé », 16 octobre 2008, en ligne vrid-memorial.com, consulté le 16 octobre 2008. Elle est néanmoins un maillon des réseaux de Résistance. Elle fait passer de nombreuses personnes en zone libre. Robert Schuman y est conduit par la femme du préfet délégué de Poitiers, Holveck, et y est hébergé du 3 au , avant son passage en zone libre par la commune de Vernon. De même pour Amadou Bow, futur directeur de l'UNESCO : ces deux hommes et bien d'autres moins connus sont accueillis par le Père Aimé Lambert, résistant du réseau Louis Renardvrid-memorial.com, décapité en décembre 1943 en prison de Wolfenbüttel et le Père Jean Coquet.

En 1945 est créé l'atelier d'émaillage qui travaille sur des maquettes de Georges Rouault, Georges Braque, Alfred Manessier, Marc Chagall, Edouard Goerg, André Marchand, Jacques Villon ou Léon Zack, à l'initiative du Père Jean Coquet, ami de ces artistes. Grâce à lui l'atelier atteignit une renommée internationale, avec des expositions et récompenses à Tokyo, Milan, Karlsruhe et New York.

L'abbaye au Depuis toujours et encore actuellement, l'abbaye accueille des personnes désirant y faire retraite. L'écrivain Joris-Karl Huysmans compte parmi celles-ci. Paul Claudel y fit son noviciat.

Aujourd'hui, le monastère abrite 28 moines, et a 120 oblats. Outre les émaux qui adaptent les œuvres de nombreux peintres, les moines produisent également des études en patrologie (étude des Pères de l'Église) et en assyriologie.

L'abbaye fait partie de la congrégation de Solesmes au sein de la confédération bénédictine.

Liste des abbés depuis 1864

Dom Léon Bastide (1864-1880) Dom Joseph Bourigaud (1880-1907) Dom François-Léopold Gaugain (1907-1937) Dom Pierre Basset (1937-1954) Dom Gabriel Le Maître (1954-1963) Vacance (1963-1966) Dom Pierre Miquel (1966-1990), († 2003) Dom Jean-Pierre Longeat (1990-2013) Dom André-Junien Guérit : « Dom André-Junien Guérit élu père abbé de Ligugé », sur le site poitiers-catholique.fr, 3 août 2014.- prieur administrateur Christophe Bettwy : - Dom Christophe Bettwy (entré dans l'abbaye en 1998) élu le

Autre personnalité Dom François Moreau, ancien aumônier militaire grièvement blessé et gazé durant la Première Guerre mondiale, fondateur de la ligue des Droits du religieux ancien combattant, le .