Alexandre Grigorievitch Loukachenko (prononcé en français : Prononciation en français standard retranscrite selon la norme API. ; en biélorusse : Aliaksandr Ryhoravitch Loukachenka, mais la diaspora biélorusse et les milieux nationalistes n'ont jamais reconnu la réforme orthographique de 1933 ; ils orthographient son prénom , Aliaksandar. Prononciation en biélorusse retranscrite selon la norme API., en russe : Aleksandr Grigorievitch Loukachenko. Prononciation en russe retranscrite selon la norme API.), né le à Kopys (RSS de Biélorussie), est un homme d'État biélorusse, président de la République depuis 1994.
Agriculteur de profession, il appartient au Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) avant d’être élu à la tête de la Biélorussie en 1994, puis réélu en 2001, 2006, 2010, 2015, 2020 et 2025.
Considéré comme un despote et un autocrate usant d'une police politique, il dirige un régime qualifié d'autoritaire voire de dictatorial en raison de la restriction des libertés publiques, de nombreuses atteintes aux droits de l'homme, de la tenue de scrutins et de référendum entachés d'irrégularités (coup de force en 1996, référendum de 2004 l'autorisant à briguer un troisième mandat, réélection contestée en 2020). La Biélorussie est par conséquent isolée au niveau international, notamment en Occident, où Loukachenko est souvent dépeint comme le « dernier dictateur d'Europe », et est interdit de séjour par l'Union européenne et les États-Unis. En 2026, Alexandre Loukachenko est président depuis ..
Origines et débuts
Naissance et enfance
Loukachenko naît dans le village de Kopys (district d'Orcha, région de Vitebsk), dans ce qui est alors la république socialiste soviétique de Biélorussie. Son grand-père maternel, Trofym Ivanovytch Loukachenko, est originaire de la région de Soumy en Ukraine. Sa mère, Ekaterina Trofimovna Loukachenko, est originaire du village du district de Chklow (région de Moguilev) où elle vit jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, elle travaille dans l'usine de lin d'Orcha (région de Vitebsk). Après la naissance de son fils elle revient dans sa région natale où elle travaille en tant que laitière dans une ferme.
Études et carrière professionnelle
Loukachenko obtient un diplôme de la faculté d'histoire de l'Institut pédagogique de Moguilev en 1975. De 1975 à 1977, il sert dans l'armée comme garde-frontière, après quoi, il devient le secrétaire du comité du Komsomol de Moguilev. De 1980 à 1982, il est commissaire politique d'une division d'infanterie mécanisée stationnée à Minsk. En 1982, après avoir quitté l'armée, il devient vice-président d'un sovkhoze. En 1985, il obtient un diplôme de l'académie agricole de Biélorussie. De 1985 à 1987, il est secrétaire général d'un sovkhoze du district de Chklow, après quoi il est promu au poste de directeur de l'usine de matériaux de construction de fermes d'État de Haradziets dans le district de Chklow.
Ascension politique Député au Conseil suprême (1990-1993) En 1990, Loukachenko est élu comme député au Conseil suprême de la République biélorusse, corps monocaméral succédant au Soviet suprême biélorusse de 1991 à 1994. Lors de ce premier mandat politique, il fonde un groupe politique nommé « Des communistes pour la démocratie », qui défend une Union soviétique démocratique reposant sur des principes communistes.. Il prétend avoir été le seul député à voter contre la ratification de l'accord de concernant la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques et la création de la Communauté des États indépendants (CEI). Au lendemain de la dissolution de l'URSS, Loukachenko retourne brièvement gérer une ferme d'État.
Président du comité anti-corruption (1993-1994) Ayant acquis une réputation d'éloquent opposant à la corruption, Loukachenko est élu en 1993 pour servir comme président au comité anti-corruption au parlement biélorusse. Bien qu'il maintienne une étroite association avec les partis communistes, il tombe en disgrâce à la suite de ses critiques répétées contre la corruption et les privilèges de la nomenklatura. À la fin de l'année 1993, il accuse 70 hauts fonctionnaires, notamment Stanislaw Chouchkievitch, le président du Parlement, de corruption et de détournement de fonds à des buts personnels. Ces accusations conduisent à la tenue d'un vote de confiance que Stanislaw Chouchkievitch perd.
Parcours à la présidence de la Biélorussie Premier mandat présidentiel (1994-2001) Débuts Une nouvelle constitution est adoptée au début de l'année 1994. Conformément à celle-ci, une élection présidentielle se tient au début du mois de juillet de la même année. Six candidats sont en lice, dont Loukachenko, Chouchkievitch et Viatchaslaw Kiebitch. Ce dernier est le grand favori mais, à la surprise de la plupart des observateurs, Loukachenko, dont la campagne a pour thème « vaincre la mafia », est en tête lors du premier tour avec 45 % des voix. Le , Alexandre Loukachenko remporte le second tour avec plus de 80 % des suffrages et devient, à , le premier président de la jeune République biélorusse.
Une fois élu à la tête de la Biélorussie, Loukachenko prend rapidement des mesures dans le but de « stabiliser l'économie ». Ainsi, il fait doubler le salaire minimum, il introduit un contrôle des prix et abroge les quelques réformes économiques qui avaient été menées. Il fait face à la difficile situation de ranimer une économie socialiste dans un pays de d'habitants entourés par des pays capitalistes émergents. La Biélorussie est complètement dépendante du gaz et de l'électricité importés de Russie et payés à prix préférentiels. L'absence de moyens financiers pour payer les importations russes rend alors la coopération économique avec la Russie plus que nécessaire pour la Biélorussie.
Durant les deux premières années de son mandat présidentiel, Loukachenko fait face à une opposition virulente. En 1995, la Banque mondiale et le FMI suspendent les prêts financiers à la Biélorussie pour la sanctionner de son refus de réformes libérales.
Renforcement des pouvoirs présidentiels et dictature Des manifestations éclatent au printemps 1996 en opposition aux référendum visant à accroître le pouvoir centralisé sur la personne du président. Elles resteront connues sous le nom de Printemps de Minsk et se poursuivront en 1997. Elles sont durement réprimées.
Lors de l'été 1996, sur les 110 que compte le parlement biélorusse signent une pétition pour empêcher Loukachenko de violer la Constitution. Ce dernier invite des officiels russes de premier plan pour jouer les « médiateurs », tel Viktor Tchernomyrdine, et éviter que soit votée une motion de censure. Le Parlement tente par ailleurs d'organiser un référendum pour abolir le poste de président de la République et instituer un régime parlementaire.. Peu de temps après, le , Loukachenko fait organiser un référendum en vue d'étendre son mandat de cinq à sept ans et d'augmenter ses prérogatives, entre autres la possibilité de fermer le Parlement. Le , Loukachenko annonce que 70,5 % des votants ont voté « oui » avec une participation de 84 %. La manière dont la campagne a été menée est vivement condamnée. Le gouvernement a banni l'opposition de la télévision et de la radio, empêché toute parution de journaux de l'opposition et fait saisir son matériel publicitaire. Dans ces circonstances, les États-Unis et l'Union européenne refusent de reconnaître la légitimité du scrutin.
vignette|Timbre biélorusse de 1996 à l'effigie du président Loukachenko. Loukachenko ajourne immédiatement le Parlement biélorusse. La police occupe le bâtiment et emprisonne 89 des 110 députés considérés comme « déloyaux ». Un nouveau parlement composé de 110 pro-Loukachenko est mis en place.. Ce coup de force est alors unanimement condamné par la communauté internationale ainsi que par les organisations de défense des droits de l'homme. Le premier ministre biélorusse et deux autres ministres démissionnent en forme de protestation, de même que sept membres parmi les onze qui composent la Cour constitutionnelle. Ils sont remplacés par des pro-Loukachenko. Loukachenko renforce également son pouvoir en faisant fermer plusieurs journaux d'opposition, il augmente les pouvoirs du KGB (la Biélorussie est l'unique pays de l'ancienne Union soviétique à avoir conservé cette dénomination).
Au début de l'année 1998, la banque centrale russe suspend le commerce avec le rouble biélorusse, ce qui entraîne une forte dépréciation de celui-ci sur le marché des devises. Loukachenko prend alors le contrôle de la banque centrale biélorusse et ordonne que le taux d'échange soit remis au taux précédent, gelant les comptes bancaires et réduisant l'activité des banques commerciales. Cela provoque une panique. Loukachenko affirme depuis que les problèmes du pays viennent de « saboteurs économiques », aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger. Trente fonctionnaires sont ainsi arrêtés et doivent parader sur les chaînes télévisées d'État, une centaine d'autres sont « punis ». Il reproche ensuite aux gouvernements étrangers de conspirer contre lui et, en , expulse les ambassadeurs des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, de Grèce, d'Italie et du Japon, allant jusqu'à violer l'inviolabilité dont jouissent les bâtiments diplomatiques. Bien que les ambassadeurs obtiennent par la suite la possibilité de revenir, Loukachenko intensifie ses attaques verbales contre l'Ouest. Il dépeint ses opposants politiques comme des « faire-valoir » des puissances étrangères qui lui sont hostiles. Il recommence ses provocations en expulsant une délégation du FMI qu'il qualifie « d'escrocs » et affirme que les pays occidentaux ont conspiré aux Jeux olympiques de Nagano au Japon pour limiter le nombre de médaillés biélorusses.
En , lors d'un entretien accordé au quotidien allemand , Loukachenko souligne le fait que « Loukachenko, le Staline biélorusse », L'Express, le 19 décembre 2003. .
Deuxième mandat présidentiel (2001-2006) Le premier mandat présidentiel aurait dû s'achever en mais à la suite du référendum de 1996, il est prolongé jusqu'en . Les thèmes de la campagne présidentielle de Loukachenko sont largement similaires à celle de 1994 : contrôle de l'économie, partenariat avec la Russie, fort pouvoir présidentiel pour maintenir l'ordre, opposition à l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, opposition aux modèles démocratiques qu'incarnent les pays occidentaux et ainsi une opposition à l'idée de toute relation privilégiée avec l'un des pays occidentaux. Son opposant est Ouladzimir Hantcharyk. L'élection se tient le et Loukachenko la remporte dès le premier tour. Cependant, l'OSCE déclare que cette élection ne respecte pas les standards internationaux. De même, les organisations des Droits de l'Homme jugent que l'opposition a été systématiquement harcelée et n'a pu accéder aux médias contrôlés par l'État. Les gouvernements occidentaux critiquent également cette élection alors que la Russie félicite publiquement Loukachenko après sa réélection.
vignette|Alexandre Loukachenko en uniforme de commandant en chef des forces armées biélorusses, en 2001.
Malgré de nombreuses critiques, Loukachenko rejette les reproches qui lui sont faits à propos de sa politique autoritaire, en affirmant être la seule alternative à l'instabilité. À cause de sa manière de gouverner, il est souvent officieusement désigné bats'ka, ce qui est littéralement traduit par (petit) père, mais le mot signifie aussi chef de clan dans l'histoire des peuples slaves. Il est élu président du Comité olympique biélorusse, ce qui place ce dernier dans un certain flou vis-à-vis des règles du CIO (qui interdisent aux de désigner les membres des comités nationaux, mais n'empêchent pas les comités eux-mêmes d'élire comme dirigeants des représentants de ces autorités)..