Ramzan Akhmadovitch Kadyrov (en , api : Prononciation en russe retranscrite selon la méthode de l'alphabet phonétique international (API). ; en ), né le , à Tsenteroï (URSS), est un homme d'État russe. Il est à la tête de la République tchétchène sous administration russe et est connu pour ses forces de sécurité controversées, les kadyrovtsy, soupçonnées d'être impliquées dans des enlèvements, des actes de torture et des assassinats politiques dans le but de verrouiller son rôle dans la régionDouloureuse Russie, Journal d'une femme en colère, Anna Politkovskaïa, 2006..
Pendant la présidence de son père, Akhmad Kadyrov, Ramzan est chef du service de sécurité de ce dernier. Membre du parti Russie unie, il devient Premier ministre de Tchétchénie le puis chef de la République tchétchène le . Il est un fervent soutien du président russe Vladimir Poutine, dont il se dit un « fidèle fantassin »..
L'ONG Memorial l'accuse explicitement d'être à l'origine de l'assassinat de Natalia Estemirova, le . Son nom est également mentionné dans l'enquête sur l'assassinat de l'opposant politique Boris Nemtsov, en 2015, ou encore du caricaturiste politique russe Semion Skrepetsky en 2026.
Des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme accusent Kadyrov d'avoir instauré une sévère dictature en Tchétchénie, de semer la terreur dans la population, d'enlever, de torturer et d'exécuter divers suspects et innocents sans inculpation ni jugement...Vincent Prado (réalisé par), Tchétchénie : le jouet macabre de Poutine, France : Ligne de mire production, 2008.., d'emprisonner de rares voix dissidentes en les faisant condamner sur la base d'accusations truquéesCe serait le cas de l'homme politique Rouslan Koutaev, du journaliste du site indépendant Kavkazski Ouzel Jalaoudi Gueriev, et du responsable du centre des droits de l'homme Memorial Oyub Titiev ()., d'intimider, de contraindre de s'excuser et d'humilier devant les caméras des internautes critiquant son pouvoir..., de forcer les employés du secteur public et les étudiants à prendre part aux rassemblements de masse (meetings, soubbotniks, matchs de football, flashmobs) en menaçant de licencier les uns et d'exclure les autres....., d'avoir bâclé les travaux de reconstruction dans la République en détournant une partie de l'argent destiné à cette fin, et de ponctionner les salaires des fonctionnaires au profit de sa mystérieuse « fondation Kadyrov »Bernard de la Villardière (présentée par), Enquête exclusive. Tchétchénie : les coulisses d'une incroyable dictature, France : Piments Pourpres Productions, 2014..
En 2025, alors qu'il est gravement malade, la préparation de sa succession entraîne des incertitudes, Kadyrov lui-même envisageant son fils Adam (né en 2007) pour lui succéder.
Biographie Né à Tsenteroï, Kadyrov est le deuxième fils de la famille d'Akhmad Kadyrov et leur plus jeune enfant. Il avait un frère aîné nommé Zelimkhan (1974-2004) et il a deux sœurs aînées, Zargan (née en 1971) et Zulay (née en 1972). En 1996, il travaille en tant que agent de sécurité privé et devient assistant et chef adjoint de la sécurité personnelle de son propre père Akhmad, grand mufti dans les années 1990. Entre 1994 et 1996, il participe avec son père à la rébellion indépendantiste du gouvernement de la République tchétchène d'Itchkérie contre les Russes pendant la première guerre de Tchétchénie, mais a changé de camp et déclaré allégeance à la Russie lors de la seconde guerre de Tchétchénie...
Nommé en 2000 chef de l'administration provisoire de la République, Akhmad Kadyrov devient en 2003 président de la Tchétchénie, à l'issue d'un scrutin qualifié de mascarade par les observateurs.. Entre 2000 et 2002, Ramzan travaillera également au sein de la police locale dans une compagnie distincte du ministère de l'intérieur, où il sera inspecteur des communications et des équipements spéciaux afin de veiller à la sécurité des bâtiments pour les hauts dignitaires de Tchétchénie
De 2003 à 2004, il dirigera son propre service de sécurité.
De février à mai 2004, il travaille comme assistant du ministre tchétchène de l'intérieur Alu Alkhanov, où il sera responsables des forces de sécurité et de la négociation avec des rebelles séparatistes afin de les inciter à se ranger du côté du gouvernement pro-russe dirigé par son père, durant des opérations spéciales.
L'assassinat de son père mettra prématurément fin à ses fonctions.
À la suite de l'assassinat de son père, le , Ramzan devient vice-Premier ministre de la république de Tchétchénie.
Études En 2004, Ramzan Kadyrov poursuivra également des études à l'institue et finance et de droit de Makhatchkala au Daghestan, où il sera diplômé de droit en 2005.
En 2006, il soutient une thèse de doctorat sur le thème de la Gestion optimale des relations contractuelles entre les principaux acteurs de la production de construction à l'Université technique d'État du Daghestan (DSTU).
En 2011, il a soutenu sa thèse à la DSTU sur le thème «Gestion de la restauration et du développement du secteur de la construction de la République tchétchène (théorie, méthodologie, pratique)» avec l'obtention du diplôme universitaire de docteur en sciences économiques.
Ascension politique et chef de la Tchétchénie
Premier ministre En , après un grave accident de voiture du Premier ministre Sergueï Abramov à Moscou (qui n'est pas considéré comme un acte terroriste), Ramzan Kadyrov devient Premier ministre de Tchétchénie par intérim. Après une longue période de convalescence, Abramov donne sa démission le au profit de Ramzan Kadyrov.
Également à la tête des services de sécurité de la présidence tchétchène (les kadyrovtsy), Kadyrov a souvent été accusé d'être violent et antidémocratevoir notamment Anna Politkovskaïa, Douloureuse Russie, Journal d'une femme en colère, 2006. Il reçoit le soutien du président russe Vladimir Poutine et s'engage dans une lutte contre le président tchétchène effacéAude Merlin & Silvia Serrano (éds), Ordres et désordres au Caucase, Bruxelles : Éditions universitaires de Bruxelles, 2010, ., Alou Alkhanov, pour prendre le pouvoir et diriger la République.
Ramzan Kadyrov détient la réalité du pouvoir en Tchétchénie, à côté d'un parlement aux pouvoirs affaiblis et avec le contrôle direct ou indirect de armés., souvent d'anciens combattants anti-russes chevronnés. Publiquement pro-fédéral et ostensiblement anti-wahhabite, se montrant souvent à côté de Vladimir Poutine, il prône en outre l'islamisation de la société tchétchène.
Ramzan Kadyrov interdit un temps le séjour en Tchétchénie des organisations non gouvernementales danoises, dont Danish Refugee Council, au moment de la crise internationale des caricatures de Mahomet, le .
Chef de la République tchétchène Le , il est nommé par Vladimir Poutine président par intérim après la démission de Alou Alkhanov. Il devient officiellement président le .
En 2004, Ramzan Kadyrov est décoré par Vladimir Poutine de la médaille du héros de la Russie, la plus haute distinction du pays. Il est également nommé académicien de l'Académie des sciences naturelles de la Russie et de celle de la République tchétchène.
thumb|Rencontre à Moscou, au Kremlin, entre Vladimir Poutine et Ramzan Kadyrov (à droite), le .
En 2011, Kadyrov interdit désormais de célébrer le jour anniversaire de la déportation forcée des Tchétchènes effectuée par la police politique soviétique NKVD le ., en estimant que la Tchétchénie ne peut pas faire deuil alors que le reste de la Russie fait la fête. (le est en effet un jour férié en Russie dédié aux militaires et aux hommes en général.). À différents moments, il fait aussi rebaptiser plusieurs rues de Grozny de noms de hauts gradés russes pourtant supposés coupables d'exactions sur des civils lors de la dernière guerre russo-tchétchène.. L'histoire des massacres commis lors des deux guerres est ainsi effacée au profit d'un récit en faveur du Kremlin et de Ramzan Kadyrov..
Ramzan Kadyrov fait l'objet d'une interdiction de séjour RIA Novosti, article du 28 juillet 2014 sur le territoire des pays de l'Union européenne, depuis le , ainsi que du gel de ses en Union européenne, dans le cadre des sanctions européennes à l'encontre de la fédération de Russie pour son immixtion dans la crise ukrainienne de 2013-2014.
En , il est en tête des manifestations pour protester contre les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo« Manifestation monstre en Tchétchénie contre Charlie Hebdo », lemonde.fr, 19 janvier 2015., qui a été la victime d'un attentat revendiqué par Al-Qaïda.
Le , vingt jours après la fin de son mandat, il est nommé chef de la République par intérim par le président Vladimir Poutine.. vignette|Ramzan Kadyrov en 2018. Certains experts considèrent la Tchétchénie de Ramzan Kadyrov comme Propos d'Aude Merlin, spécialiste du Caucase du Nord (). qui serait même Point de vue du journaliste russe Dmitri Travine, entièrement partagé et cité par Françoise Thom, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris IV-Sorbonne ( ; Françoise Thom, Postface. La Russie d'Eltsine à Poutine (1992-2014), in : Nicholas V. Riasanovsky, Histoire de la Russie. Des origines à nos jours, Paris : Robert Laffont, 2014, ).. D'autres spécialistes, au contraire, sont d'avis que Kadyrov serait une ., qu'il est et que sa seule raison d'être est d'éradiquer de l'intérieur l'esprit indépendantiste des Tchétchènes, objectif qu'il aurait atteint au prix de la terreurPropos d'Elena Milachina, journaliste du trihebdomadaire russe Novaïa gazeta ().. Marlène Laruelle, historienne spécialiste du monde russe, parle, elle, de l'idéologie du « kadyrovisme », qui allie, sur le plan religieux, un islam rigoriste inspiré des pays du Golfe avec un islam « traditionnel » local d'obédience soufie conjugué aux normes du droit coutumier (adat), et sur le plan politique, l'exaltation d'un nouveau nationalisme tchétchène avec celle de la grande puissance russe, le tout formant un ensemble « mouvant, vacillant », dans lequel Kadyrov peut parfois prendre à revers les attentes de son « suzerain » (Vladimir Poutine) tout en restant son instrument de la « pacification » de la Tchétchénie.. Selon le géographe Jean Radvanyi, Ramzan Kadyrov s'inspire parfois de la charia dans sa législation sans toutefois tomber dans l'islamisme radical, et bénéficie d'une certaine autonomie à l'égard des lois de la fédération de Russie..
En , Ramzan Kadyrov indique envoyer en Ukraine afin de soutenir l'armée russe lors de l'invasion russe de l'Ukraine... Après la seconde bataille de Lyman, il blâme des commandants russes comme Alexandre Lapine et Valeri Guerassimov pour leurs manquements et réclame une frappe nucléaire tactique.. Le jour de son anniversaire, le , il est promu colonel général par Vladimir Poutine..
Santé et succession En , plusieurs médias évoquent la possibilité qu'il ait été victime d'un empoisonnement. Il serait sérieusement malade et aurait de graves problèmes rénaux.. Son état de santé s'améliore mais il garde des séquelles. En , plusieurs médias indiquent qu'il serait tombé dans le coma, après une dégradation brutale de son état de santé.. Il souffrirait d’une nécrose pancréatique et de problèmes rénaux, — probablement dû à sa consommation répétée des stéroïdes anabolisants pour gonfler ses muscles. —, et serait soigné aux Émirats arabes unis. Depuis lors, il n’apparait plus que par intermittence en public, tantôt bouffi, tantôt amaigri, et marchant difficilement.