vignette|Corrida aux arènes d'Arles en 2009. La corrida (en espagnol, , ) est une forme de course de taureaux consistant en un combat entre un homme et un taureau, à l'issue duquel le taureau est mis à mort ou, exceptionnellement, gracié (indulto). Elle est pratiquée essentiellement en Espagne, au Portugal, dans le midi de la France et dans certains pays d'Amérique latine (Mexique, Pérou, Venezuela, Équateur et Bolivie).

Se déroulant dans des arènes, la corrida est un spectacle tauromachique issu d'une tradition qui remonte à Francisco Romero, dans la première moitié du sous sa forme actuelle, où la mise à mort est effectuée par le matador (tueur, de l'espagnol matar : tuer), à pied et armé de sa seule épée. Elle se déroule selon un rituel et des modalités bien fixés aujourd'hui, dont l'essentiel remonte à ceux définis par le matador Francisco Montes « Paquiro », avec son traité de tauromachie de 1836, Tauromaquia completa.

Une corrida commence par un paseo, le défilé initial de tous les participants. Le combat se divise ensuite en trois parties, trois tercios (« tiers ») : au cours de la première partie, le tercio de pique, deux picadors affrontent le taureau et le blessent à l'aide d'une longue pique, ce qui permet à la fois de l'affaiblir et d'évaluer son comportement. Au cours du deuxième tercio, le tercio de banderilles, des banderilleros, voire le matador lui-même, plantent trois paires de banderilles dans le dos du taureau. Enfin, lors du troisième tercio (la mise à mort proprement dite), le matador, après une faena, une série de passes exécutées avec sa muleta, met à mort le taureau par l'estocade portée avec son épée.

Considérée par les aficionados et nombre de ses historiens comme un art, la corrida a inspiré de nombreux créateurs aussi bien en peinture, qu'en littérature, en musique et au cinéma. Cependant, dans un contexte où l'opposition à la corrida gagne du terrain, nombre de ses opposants l'assimilent à de la torture proposée en spectacle, et réclament son interdiction.

Les autorisations et interdictions de la corrida ont été fluctuantes au cours de l'histoire. En France, alternativement interdite et autorisée par les lois, elle est depuis 1951 légalement autorisée sur les parties du territoire où elle constitue une tradition ininterrompue, principalement le midi de la France. En Espagne, la corrida a été interdite en 2010 en Catalogne, mais elle est déclarée « bien d'intérêt culturel » le par le Parlement espagnol. Après une longue bataille, la ville de Mexico a interdit les corridas avec mise à mort des taureaux. Cette réforme vise à « harmoniser la tradition culturelle avec l’obligation constitutionnelle de reconnaître et protéger » le droit des animaux. La capitale, qui abrite la plus grande arène du monde, compte de nombreux collectifs engagés dans la défense des animaux.. En Colombie, les corridas ont été interdites en (loi "No Mas Olé"). Au Pérou, pays où elle est considérée comme faisant partie de l'histoire et de la tradition péruvienne, le tribunal constitutionnel du Pérou l'a déclarée le . En Équateur, elle est limitée depuis le aux provinces Andines où elle est coutumière, celles de Pichincha, Chimborazo et Tungurahua.

Histoire

Origines thumb|left|upright|Affiche de corrida à Séville en 1894.

Dans le langage courant, la « corrida » désigne de nos jours la course de taureaux telle qu'elle se pratique principalement en Espagne, au Portugal, en France et dans certains pays d'Amérique latine. Cependant, avant d'exister sous leur forme actuelle, les courses de taureaux ont connu en Espagne une longue histoire étalée sur de nombreux siècles.

Bien que les « jeux taurins » et le culte du taureau aient eu une grande importance dans l'antiquité dans tous les pays du bassin méditerranéen., il semble difficile de lier leur existence avec les pratiques de la corrida espagnole d'après les études de la plupart des historiens contemporains.

L'origine romaine de la tauromachie est fréquemment réfutée par les historiens, et ce dès le par un des premiers chroniqueurs Nicolás Fernández de Moratín..

Les origines de la corrida et son déroulement restent opaques. Les fresques d'Altamira et d'Albarracín sont également citées par Robert Bérard. pour souligner la complexité des liens entre culte du taureau et tauromachie, et aussi entre dieu-taureau et taureau de combat.

D'autres historiens comme Véronique Flanet et Pierre Veilletet soulignent encore la difficulté à dater précisément l'apparition de la corrida dans l'histoire :

Évolution thumb|Le Cid combattant un taureau, à cheval. Par Goya. Au Moyen Âge, les nobles organisent entre eux des chasses aux taureaux et des joutes équestres pendant lesquelles ils attaquaient le taureau à l’aide d’une lance. Ainsi, selon une chronique de 1124, des « fêtes de taureaux » ont lieu à Saldaña alors que Alphonse VII s'y trouve. La chronique rappelle également que Le Cid est lui-même friand de ces jeux..

Au , le succès d'une fête royale repose essentiellement sur un personnage inconnu dans les provinces du sud de la péninsule, le mata-toros, qui tue vraisemblablement l'animal d'un jet de javelot..

Plus tard, Charles Quint sera grand amateur de ce spectacle lorsqu'il se présente sous forme de joutes équestres, c'est-à-dire des « jeux de toros » répondant à des codes précis, dont l'habileté des cavaliers est rapportée par de nombreux traités..

Au cours des , la tauromachie à cheval réservée à la noblesse se codifie peu à peu. Les cavaliers pratiquent un combat à l’aide de lances (ancêtre de la corrida de rejón et de la corrida portugaise), et dès le début du , la tauromachie à cheval de la noblesse commence à se codifier. Les traités de tauromachie équestre abondent à partir du : Libro de la montería de Gonzalo Ángel de Molina (1582), Libro de la gineta de España de Pedro Fernández de Andrade (1599), Libro de ejercicios de la gineta de Bernardo de Vargas Machuca (1600).

Dans le même temps, la pratique du toreo à pied devient spectacle autonome selon les archives municipales de Séville. cité par Bartolomé Bennassar 34..

C'est ainsi que naît la tauromachie à pied, ses techniques et ses figures. Dès lors, la course de taureaux, d’aristocratique qu’elle est, devient aussi populaire. Le principal acteur reste encore le cavalier, mais c’est désormais un varilarguero (« porteur de longue lance »), ancêtre du picador actuel, qui devient le personnage principal. Au lieu de poursuivre le taureau, ou de se faire poursuivre par celui-ci, il l’attend de pied ferme pour l’arrêter avec sa lance, comme le font les picadors actuels. Après le varilarguero, les piétons se livrent aux mêmes jeux que du temps de la « corrida aristocratique.. » Ces « piétons » auront également pour rôle d’éloigner le taureau du cheval et se serviront pour ce faire de capes ou de manteaux, ancêtres du capote..

Apparition de la forme moderne thumb|upright|Portrait de Francisco Montes « Paquiro », l'auteur de Tauromaquia completa, à l'origine de la forme actuelle de la corrida. vignette|gauche|Tribune d'arène, Photo Emilio Beauchy thumb|Gravure de la première corrida de l'époque moderne en France organisée le 21 août 1853 sur la place de la Course à Saint-Esprit, alors commune du département des Landes. Dans les premières années du , à Ronda, un certain Francisco Romero, à la fin d’une course, demande l’autorisation de tuer lui-même le taureau. Après l’avoir fait charger deux ou trois fois un leurre fait de toile, Francisco Romero estoque le taureau à l’aide de son épée. Par la suite, il recommence dans d’autres arènes et devient un véritable professionnel. Aussi Francisco Romero est-il généralement considéré comme « l’inventeur » de la corrida moderne, même s'il est possible que cette mise à mort du taureau par estocade ait été pratiquée avant lui. En 1726, Moratín écrit à ce sujet : Cet affrontement de face appelé estocade a recibir, que Romero pratique pieds joints, fera école..

Ses succès entraînent un changement radical dans l’art de toréer : avant lui, le personnage principal est encore le picador ; après lui, l’important n'est plus la mise à mort, mais ce qui la précède : elle n'est désormais plus que la fin du spectacle, non sa finalité.

À la suite de Francisco Romero, nombre de ses compatriotes se font aussi matadores de toros, notamment son petit-fils Pedro Romero, « Costillares » et « Pepe Hillo ». Ce dernier publie à Cadix en 1786 La tauromaquia, o el arte de torear de pie y a caballo (« La tauromachie, ou l’art de toréer à pied et à cheval »), premier traité de tauromachie moderne..

Mais c'est avec Francisco Montes « Paquiro » que se met en place l’organisation de tous les intervenants de la corrida. Dans un traité rédigé en 1836, La Tauromachie ou l'art de toréer dans les plazas à pied comme à cheval., il organise en effet le spectacle dont le premier règlement officiel sera promulgué en 1852. Désormais, picadors et banderilleros ne sont plus que les subalternes du matador ; leur but est de permettre la mise à mort du taureau avec le maximum de chances de réussite possible. Les suertes devenues dès lors inutiles, telles que les sauts à la perche, disparaissent.

Outre « Paquiro », les principales figuras (« vedettes ») de cette époque sont « Cúchares », « Frascuelo » et « Lagartijo »..

C'est avec l'arrivée de l'impératrice Eugénie, d'origine espagnole, qu'apparaissent en France, à partir de 1853, les premières corridas. à partir desquelles la vogue de ce spectacle va se développer dans le pays, jusqu'à l'implantation d'arènes à Paris, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889..

Aux et Dans les années 1920, la corrida est devenue si populaire hors d'Espagne que l'on voit même des apprentis-toreros américains se présenter en Espagne sans grand succès., tandis que le français Pierre Boudin (Pierre Pouly) réussit à intéresser l'afición espagnole dès sa confirmation d'alternative le à Madrid.. Seul Sidney Franklin réussit à se faire un nom avec son entrée à la Maestranza en 1929. Par ailleurs la corrida espagnole est à la mode : parmi laquelle figurent Federico García Lorca. ainsi que Georges Bataille, Georges Braque et Max Jacob. thumb|upright=0.7|Caparaçon inventé par Jacques Heyral en 1927 à Nîmes. thumb|upright=0.5|left| Primo de Rivera impose le caparaçon en 1928.

, selon les termes de Primo de Rivera, et du fait de la difficulté d'approvisionnement en montures qui en résulte, Miguel Primo de Rivera impose en 1928 le caparaçon protecteur pour les chevaux, le peto.. Dix modèles étaient alors en compétition. Présentés le dans l'ancienne arène de Madrid, le modèle choisi par le dictateur fut celui présenté par Don Estebán Arteaga, les Espagnols considérant que le peto français accordait trop d'avantage au taureau.. Composé de fer et de cuir, ce caparaçon était beaucoup plus lourd que celui actuellement utilisé (25 à ) et, s'il protégeait en effet le cheval, il pénalisait lourdement le taureau avec ses blindages qui formaient un véritable mur contre lequel l'animal de combat allait s'épuiser, jusqu'à l'amélioration du caparaçon, avec de nouveaux matériaux plus légers, employés par la suite..

La tradition de la corrida dans sa forme moderne perdure durant la République espagnole (1931-1939). Durant la guerre d'Espagne (1936-1939), les nationalistes exécuteront autant des personnalités opposées à la pratique (comme l'écrivain libertaire Ramón Acín Aquilué, fusillé en 1936), que ses adeptes (comme le poète Federico García Lorca, également fusillé en 1936), y compris des toreros. Ainsi, les banderilleros Francisco Galadí et Joaquín Arcollas Cabezas sont exécutés en même temps que García Lorca à Viznar, en Andalousie.