Des stalles du château de Gaillon situé en France en région Normandie sont conservées dans la basilique Saint-Denis près de Paris.
Le château de Gaillon était la résidence de loisir des archevêques de Rouen. Les stalles décrites ici sont un ensemble de chaires commandées au début du par Georges d’Amboise. Elles ont été construites lorsque l’archevêque, devenu légat du pape et premier conseiller de Louis XI, a fait transformer le château médiéval en palais de la Renaissance. Seules stalles en France à présenter de nombreux panneaux de marqueterie et une iconographie inédite, elles forment un mobilier unique, chef-d’œuvre de cette période charnière entre gothique et Renaissance, arborant une grande mixité de styles.
Historique Ces stalles sont les chaires qui étaient destinées aux trois chanoines qui officiaient dans la chapelle haute du château de Gaillon dédiée à saint Georges. Elles étaient placées dans le transept et ceintes d’une clôture en boisCertains éléments de cette clôture sont conservés au musée national de la Renaissance d’Écouen. ECL19740.. Elles constituaient ainsi le chœur liturgique de l'édifice.
Création Les stalles ont été réalisées au cours de deux chantiers, le premier, en 1509, fut interrompu par le décès de Georges d’Amboise (1460 - 1510). Les comptes de ce chantier sont conservés dans les archives de la Seine-MaritimeArchives départementales de la Seine-Maritime, G 631. Publiées par Achille Deville en 1850.. Le second, de 1515 à 1518, fut commandé par son neveu Georges II d'Amboise. Les artisans de 1509 ne sont pas nommés dans les comptes de construction du château, mais l’analyse des styles et des techniques, montre que des artisans venus de Flandres et d’Italie ont participé à ce premier chantier. Les marqueteries présentent des caractéristiques propres à celles des maîtres italiens fra Giovanni da Verona et Antonio Barili. Giovanni Barili, neveu de ce dernier, aurait été l'un de leurs élèves venu à Gaillon. Leur responsable ne peut, dans l’état de nos connaissances, être désignéCécile Meneau d’Anterroches, Georges d’Amboise humaniste - Les stalles du château de Gaillon, dialogue des sibylles et des vertus, Rouen, Normandie Université, Rouen, 2020, . texte numérisé. Nicolas Castille est le chef du second chantier, mais il n'avait pas participé au premier chantier. Son équipe, différente de la première, a travaillé sans un plan général du mobilier que les artisans du premier chantier auraient pu dessiner.
Déplacements Le château a été vendu et démantelé à la Révolution. Alexandre Lenoir, en 1802, a obtenu pour l’État de récupérer les stalles qui étaient alors dans l’église du bourg. Après avoir été stockées dans les réserves du musée des Monuments Français, elles ont été déplacées et en partie remontées, par commande du conservateur François Debret, dans la basilique Saint-Denis. De nombreux composants avaient malgré tout été dispersés.
Restauration vignette|Ensemble côté sud de la basilique de Saint-Denis. Monté en 1880 sous commande de Viollet-le-Duc.
Sous Eugène Viollet-le-Duc, les stalles ont subi des restaurations entre 1875 et 1880Classées en 1906 aux Monuments historiques, objet PM 93000197.. De nombreux éléments ont été remis en état ou créés. Mais l’œuvre restituée a conservé son style d’origineCécile Meneau d’Anterroches, Georges d’Amboise humaniste - Les stalles du château de Gaillon, dialogue des sibylles et des vertus, Rouen, Normandie Université, Rouen, 2020, , figures 84 et 85.. Trois bas-reliefs originaux des dorsaux sont conservés et exposés au musée national de la Renaissance d'ÉcouenMusée de la Renaisse d'ÉcouenTrois bas-reliefs en bois : EC P1150909 combat de saint Georges, EC P1150906 saint Georges distribue l’or du roi, EC P1150908 décollation de saint Jean-Baptiste.. Un quatrième est dans les réserves du musée d’État de BerlinLe banquet d’Hérode. Réserve du Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, . Cécile Meneau d’Anterroches, Georges d’Amboise humaniste - Les stalles du château de Gaillon, dialogue des sibylles et des vertus, Normandie Université, Rouen, 2020. , figure 86.. D’autres composants moins importants sont conservés dans des musées français ou étrangersAgnès Bos et Jacques Dubois, « Les boiseries de la chapelle du château de Gaillon », L’art des frères d’Amboise: les chapelles de l’hôtel de Cluny et du château de Gaillon, Paris, Musée national de la Renaissance Réunion des musées nationaux, 2007, ..
Caractéristiques
Composition Les stalles en chêne sont composées de deux rangées disposées côté nord et sud du transept de la basilique Saint-DenisElles sont libres d’accès à partir de la nef de la basilique.. La rangée nord présente un ensemble de six stalles, la rangée sud cinq stalles et une isolée. Seules douze stalles ont été créées au alors que le programme iconographique en prévoyait quatorze. Ce sont des stalles, de de haut, composées d’un siège et d’un dorsal, ce dernier comprenant un bas-relief et un tableau de marqueterie. Tous les éléments sont sculptés ou marquetés. De manière unique, les dossiers, les dorsaux et les voussures des dais sont galbés. De même les chaires ont des largeurs variées fixées par celles des bas-reliefs des dorsaux. Pour s’adapter, les largeurs d’autres composants ont été rectifiées. La mixité de style se retrouve dans la globalité, les interdorsaux et deux dais sont gothiques alors que les faibles reliefs sont apparentés aux grotesques de la Renaissance. Les bas-reliefs et les marqueteries des dorsaux sont quant à eux à la fois d’inspiration péninsulaire et septentrionale.
Iconographie Pour les parties les plus marquantes, cinq grandes thématiques sont représentées. Elles sont décrites ici en tenant compte des panneaux conservés dans les musées.
Hagiographie sur des bas-reliefs et des statuettes Sont illustrées sur les bas-reliefs originaux des dorsaux deux scènes de la vie d’Anne et Joachim parents de la Vierge Marie, cinq scènes de la vie de saint Jean-Baptiste le précurseur et sept scènes de la vie de saint Georges selon les textes d’Évangile ou de la Légende dorée. Nombre d’autres saints sont présentés en pied, sous forme de statuettes sur les interdorsaux ou de bas-reliefs sur les soubassements des jouées. Notamment les quatre évangélistes sur ces derniers.
Calendrier des bergers sur les quadrants des parcloses Sur les panneaux marquetés des quadrants des parcloses sont figurées les affres des enfers des condamnés selon les sept péchés capitaux ainsi que les planètes et leurs influences. Les représentations sont inspirées des gravures du Calendrier des bergers imprimé à cette époqueCompost et Kalendrier des bergers, 1493. lire en ligne. Les damnations étaient jusqu'alors évoquées sur des fresques dont une particulièrement exceptionnelle est celle de la Cathédrale Sainte-Cécile d'AlbiFresque du jugement dernier de la cathédrale d'Albi. Albi
Culture antique sur les miséricordes Les miséricordes figurent des scènes des Métamorphoses d’OvideOvide Métamorphoses Venise 1501. lire en ligne ainsi que les arts libéraux selon la Margarita Philosophica de G. ReischReisch G. Margarita Philosophica 1503. lire en ligne. Les artisans se sont inspirés de gravures d’ouvrages imprimés au début du . Le soldat romain Caius Mucius Scaevola devant le roi Étrusque Porsenna est également représenté. Il n’y a pas d’autres stalles parvenues jusqu’à nous qui exposent ainsi des thématiques propres à la culture antique.
Dialogue des sibylles et des vertus sur les dorsaux De manière également tout à fait inédite les vertus, cardinales et théologales, et les sibylles sont figurées. Elles sont représentées sur les panneaux de marqueterie du premier registre des dorsaux. Les allégories et les prophétesses sont encadrées d’architectures identiques deux à deux qui les mettent en concordance. Les sibylles ont été choisies parmi celles du manuscrit des Heures de Louis de Laval dont les auteurs ont cité les prophétiesHorae ad usum romanum. Heures à l'usage de Louis de Laval, 1470. lire en ligne. Ces dernières proviennent du manuscrit des Institutions divines de Lactance qui était de nouveau traduitLactance, Divinae Institutiones, 1500. lire en ligne. Manuscrit que le cardinal a lui-même fait enluminer. Ce grand rhéteur du ayant quant à lui repris les oracles rédigés dans les Oracles sibyllins.
Georges d’Amboise n’a pas manqué de faire valoir qu’il était le commanditaire des stalles en demandant que ses armes et sa devise figurent à de nombreuses reprises. Le légat a participé de la diffusion de la culture en donnant pour modèles aux artisans des stalles des enluminures ou gravures de manuscrits faisant partie de sa splendide bibliothèque, digne d'un grand érudit humaniste. Il fit venir l’Italie en choisissant la marqueterie figurative en sus de la sculpture, seule technique utilisée à l'époque en France. Sans renier la tradition en faisant figurer les saints, le cardinal a fait représenter de manière inédite leur cycle de vie, dont il a choisi des événements bien spécifiques. De plus, il a incité les fidèles à s’instruire et à étudier les auteurs antiques en faisant sculpter des allégories des arts libéraux et des personnages mythiques ou héroïques. Enfin, par le dialogue des sibylles et des vertus, il a montré que la rhétorique de Lactance était convaincante. Ainsi le légat, premier conseiller du roi, a non seulement introduit en France la mode italienne dans le mobilier, le décor et les ornements du château de Gaillon, il a donné corps à l’esprit humaniste en faisant de ses stalles les messagères qui appellent à une vie vertueuse, dans la foi au Christ annoncé à tous les hommes par les sibylles, selon Lactance.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Basilique Saint-Denis Stalles Miséricorde (stalle)
Bibliographie Flaminia Bardati, Hommes du roi et princes de l’Église romaine. Les cardinaux français et l’art italien (1495- 1560), École française de Rome, , Roma, 2015 Elaine C. Block et Frédéric Billiet, Les stalles de la cathédrale de Rouen, Histoire et iconographie, Mont-Saint-Aignan, Publications de l’Université de Rouen, , , Rouen, 2003 Agnès Bos et Jacques Dubois, « Les boiseries de la chapelle du château de Gaillon », dans L’art des frères d’Amboise: les chapelles de l’hôtel de Cluny et du château de Gaillon, Musée national de la Renaissance Réunion des musées nationaux, Paris, 2007, . Monique Bouquet et Françoise Morzadec (dir.), La Sibylle: parole et représentation, Centre d’études des littératures anciennes et Modernes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , Rennes, 2004 . Florence Calame-Levert, Maxence Hermant, et Gennaro Toscano (dir.), Une Renaissance en Normandie: le cardinal Georges d’Amboise bibliophile et mécène , Montreuil, Gourcuff Gradenigo, 2017 Jean-Pierre Chaline (dir.), Au seuil de la renaissance le cardinal Georges d’Amboise (1460 – 1510), Société de l’histoire de Normandie, coll. « actes du colloque “Georges d’Amboise l’homme et son œuvre”, Rouen 10/2010 », 2012 Corinne Charles, Stalles sculptées du : Genève et le duché de Savoie, Picard, Paris, 1999 André Chastel, L’art français temps modernes 1430 – 1620, Paris, Flammarion, 1994 Élisabeth Chirol, Un premier foyer de la Renaissance en France: le château de Gaillon, Rouen, M. Lecerf, 1952 Achille Deville, Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon / publ. d’après les registres manuscrits des trésoriers du Cardinal d’Amboise, Paris, Imprimerie nationale, 1850 Jonathan Dumont, Laure Fagnart dir., Georges d’Amboise: 1460-1510 : une figure plurielle de la Renaissance, Presses universitaires de Rennes, coll. « actes du colloque international université de Liège, 2 et », Rennes, 2013 Maxence Hermant « La bibliothèque française du cardinal d’Amboise », dans Une Renaissance en Normandie. Le cardinal Georges d’Amboise bibliophile et mécène. Evreux, Gourcuff Gradenigo, 2017