La royauté est un régime politique monarchique dont le monarque et souverain porte le titre de roi et exerce sa souveraineté sur un royaume. Elle peut être un État souverain et indépendant, ou une monarchie autonome avec des liens de vassalité envers un autre État.

L'étude de la royauté, qui a longtemps été délaissée par les sociologues, les politologues et les historiens, a été remise en faveur par l'anthropologie sociale, avec les travaux essentiellement britanniques de James George Frazer, d'Henry James Summer Maine, d'Arthur Maurice Hocart, mais aussi français de Georges Dumézil ou Pierre Clastres.

Une institution sacrée vignette|Usant de son pouvoir thaumaturgique, Henri II pratique le toucher des écrouelles au prieuré de Corbeny, livre d'heures de Henri II, BnF. La grande majorité des peuples qui ont connu l’institution royale ont entouré le souverain d’un culte qui élève celui-ci au-dessus du statut purement humain. Le pouvoir tire ainsi sa légitimité en raison du fait qu’il est en liaison avec le sacré. La personne royale, le plus souvent, émane du monde divin ou reçoit de lui un aval qui le sacralise. Le service du roi peut également revêtir en certains cas le caractère d’un acte religieux. Parmi les peuples germaniques, on observe une conception thaumaturgique et magique de la royauté. Analysant le caractère sacré de la royauté en France, Louis Rougier note : The Sacral Kingship / La Regalità Sacra Contributions to the Central Theme of the VIIIth International Congress for the History of Religions (Rome, avril 1955). Contributi al tema dell'VIII Congresso Internazionale di Storia delle Religioni (Roma, Aprile 1955). Series: Numen Book Series, Volume: 4. Editor: Carl-Martin Edsman, p. 609-619. Le roi germanique est ainsi pourvu de pouvoirs magiques variés et étendus: il peut donner aux marins une bonne pêche et des vents favorables, aux paysans la fécondité des troupeaux et le beau temps pour que les moissons mûrissent. On lui donne à toucher le grain prévu pour l’ensemencement, les malades le sollicitent dans l’espoir d’être guéris et on lui prête bien d’autres capacités Hans Naumann, « Die magische Seite des altgermanischen Königtums und ihr Fortwirken in christlicher Zeit », in Wirtschaft und Kultur. Festschrift zu 70. Geburtstag von Alfons Dopsch, Baden, Rohrer 1938.

Le roi germanique tient ainsi son pouvoir magique et politique de Wodan et lorsque sa magie ne procure pas de bonnes moissons ou que le cheptel régresse, c’est à lui qu’il est sacrifiéGeorges Dumézil, Les dieux des Germains, PUF, 1959, p. 40-41. Wodan/Odin est le chef des dieux, leur premier roi et par conséquent le dieu particulier des rois humains et le protecteur de leur puissance. La saga des Ynglingar narre ainsi l’histoire du roi de Suède Dómaldi dont le règne est marqué par des récoltes désastreuses et que ses sujets décident de sacrifier en l'enfermant dans sa demeure et en incendiant celle-ciFrançois-Xavier Dillmann Histoire des rois de Norvège par Snorri Sturluson, éditions Gallimard l'aube des peuples, Paris, 2000 « Histoire des Ynglingar » 55-108..

Cette croyance qu’il existe un lien entre la dynastie royale et le dieu souverain explique également le soin porté aux généalogies dont les origines sont ancrées dans la mythologie. En Grande-Bretagne, les huit généalogies de dynasties royales anglo-saxonnes qui nous sont conservées font remonter leur ascendance à « Woden ». Quant à celle des rois d’Essex, elle a pour ancêtre comme pour les Saxons continentaux « Seaxnet », c'est-à-dire Týr, l'autre dieu souverain germanique W. A. Chaney, The Cult of Kingship in Anglo-Saxon England. The Transition from Paganism to Christianity, Manchester University Press, 1970, p. 29-33. Les descendants du roi sont considérés comme les héritiers de ce charisme qui leur vient du sang royal. D'où l'importance de la naissance des princes de sang royal, car c'est la continuité du lignage royal qui garantit la continuité de la communauté politique Otto Höfler, Germanisches Sakralkonigtum: Band 1. Der Runenstein Von Rok Und Die Germanische Individualweihe, Walter de Gruyter, 1952. Georges Duby fait observer que la « puissance [des rois] leur venait de la divinité elle-même, par filiation : le sang divin coulait dans leurs veines ; aussi l'usage des Francs fut-il toujours, leur roi étant mort, d'en choisir un autre dans la race royale. »Georges Duby, Le Temps des cathédrales : l'art et la société (980–1420), Gallimard, 1976, p. 21-22

Modes de désignation des rois Originellement, dans le monde germanique, tous les membres mâles de la lignée royale sont désignés comme *kuningaz (ang. king, all. König…). L’élection d’un nouveau souverain consiste dans le fait de choisir dans la famille royale celui des hommes qui paraît le plus apte à exercer cette fonction et à renouveler le serment de fidélité qui engage tout homme libre envers son prédécesseur. Inversement, l'élu, jugé inapte, peut ultérieurement être déposé pour carence, comme cela sera le cas du dernier des Mérovingiens, Childéric III, qui fut tondu et envoyé dans un monastère où il finit ses joursChristian Settipani, La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), Villeneuve-d'Ascq, éd. Patrick van Kerrebrouck, 1993, 545 p. , p. 126..

Le système électif a laissé la place en France, et dans les autres pays d'Europe, à des règles de succession qui ont d'abord admis le partage de la royauté entre plusieurs héritiersC'est le cas chez les Carolingiens, en particulier après le Traité de Verdun par Charlemagne, ce qui était concevable pour lui, puisqu'il était empereur., puis la désignation du successeur par le roi parmi ses fils, puis la dévolution légale au seul fils aîné, avec une élection qui s'est progressivement réduite à la participation au sacre des douze pairs de France (représentants des 12 grands fiefs de la couronne) et à une acclamation populaire lors du couronnement. L'avantage de cette réduction de l'élection à un mécanisme légal étant d'éviter les infanticides et les guerres de succession entre les différents partis des candidats, guerres d'autant plus féroces que les femmes et les concubines royales y étaient parties prenantesVoyez : Augustin Thierry, Récits des Temps mérovingiens, adaptation romancée de l' Histoire des Francs de Grégoire de Tours..

Autres modes de désignation du roi Dynastie : le fils ou fille aîné(e) devient roi ou reine lors du décès ou du renoncement au trône de celui-ci. C'est le cas de la plupart des rois de France, malgré l'invalidité selon les lois fondamentales de toute abdication. En cas d'absence de descendance directe, la royauté échoit à l'héritier le plus proche selon des règles diverses et souvent sources de contestations. Voir par exemple la « loi salique ». Désignation : le roi en exercice désigne ou fait désigner son successeur lui-même, de son vivant. Cas de nombreux empereurs romains qui recouraient pour cela à la fiction d'une adoption de leur successeur. Ce problème était réglé en France où l'adoption n'a pas été admise dans le droit civil jusqu'au . Voir Népotisme. Élection : le roi est élu par ses pairs et parmi ceux-ci. Les pairs sont généralement les nobles du royaume en question. Selon la tradition des Francs, Hugues Capet, le fondateur de la dynastie qui porte son nom, fut élu en 987. Auto-proclamation : un individu prend le pouvoir par un moyen quelconque et se proclame roi : cas des fondateurs de dynastie (également nommés usurpateurs par les partisans éventuels de la dynastie précédente).

Un roi ou une reine demeure en fonction jusqu'à sa mort, sa déposition ou son abdication.

Afin de s'assurer avec certitude de la filiation, les reines de France devaient accoucher en public.

Quel que soit le mode d'accession au trône, la royauté tire son autorité dans une certaine forme de continuité, résumée par exemple en France par l'expression : « Le roi est mort, vive le roi ! ». Il n'y a pas d'idée de rupture, la légitimité venant de la sacralité de la fonction et la continuité étant le signe de la permanence du lien. La fonction comme telle est immortelle, puisque sacrale, le roi d'une certaine manière se retrouve dans ses descendants, ou ses successeurs.

Sacre En Gaule, la conversion de Clovis marque le début du lien entre le clergé et la monarchie franque. Dorénavant, le souverain doit régner au nom de Dieu. La royauté peut compter sur l'appui du clergé, et vice-versa. Néanmoins, la tactique des évêques pour convertir le roi franc laisse subsister et avalise une mentalité qui fait du roi le seul intercesseur entre Dieu et son peuple. Le sacre de Pépin le Bref en 751 est une cérémonie par laquelle l'Église reconnaît le charisme royal et pense l'exorciser par l'onction du saint chrême qui remplace le rite germanique de l'élévation sur le pavois. Le changement de dynastie est l'occasion choisie par les hautes sphères de l'Église pour justifier par le texte biblique un modèle de consécration royale susceptible d'être intégré sans heurt dans la tradition franque et germanique J. M. Wallace-Hadrill, Early Germanic Kingship in England and on the Continent, Oxford: Clarendon Press, 1971.

Au sommet de la hiérarchie féodale, le roi est investi du pouvoir temporel qui, en France, porte aussi sur le temporel de l'Église de France, ainsi que sur la faculté d'autoriser ou d'interdire une congrégation religieuse ou une autre religion en France. Bien que la personne du roi ait un caractère sacré, et que son avènement soit considéré comme une volonté divine, le sacre n'est pas un ordre sacré, et le roi n'appartient pas plus au clergé qu'aux autres ordres.

La vie du roi est très ritualisée. Dans les anciennes doctrines : le roi est l'axis mundi, c'est-à-dire centre du monde, il est le lien privilégié avec le divin, apportant prospérité, paix et abondance au royaume. La reine ayant normalement un rôle complémentaire à celui du roi, et non pas identique : . Cela implique que dans certains royaumes (celui de France par exemple), la reine, même en tant qu'épouse du roi, ne peut régner.

Favorisant les récoltes, il est celui qui permet de conserver l'ordre, et le renouvellement de celui-ci. Il est celui autour duquel le monde s'ordonne, c'est-à-dire le royaume. Le roi est censé être le protecteur de ses sujets dans leurs querelles aussi bien que contre les ennemis extérieurs, il assure donc la paix. Il est aussi celui qui est chargé de rendre la Justice, c'est-à-dire de donner ou de rendre à chacun ce qui lui revient selon le plan divin : comme le roi David et Saint Louis, il doit donc incarner la justice divine par excellence. En France et en Angleterre, le roi est thaumaturge, il est réputé avoir le don le guérir des écrouelles par la simple imposition des mainsMarc Bloch, Les rois thaumaturges.

Symboles right|thumb|Moulage du sceau de François II et Marie Stuart, roi et reine de France - Marie tient le sceptre de Dagobert dans la main droite et le sceptre à la rose dans la main gauche - 1559 - Archives nationales

Parmi les peuples germaniques, on distingue trois insignes originels du pouvoir royal : le torque, le sceptre et la lance Karl Hauck, Herrschaftszeichen eines Wodanistischen Königstums. In: Jahrbuch für fränkische Landesforschung, vol. 14, 1954, p. 9-66. Le torque est un objet du culte wodanique qui symbolise le nœud coulant auquel s'est promis l'individu par déférence au dieu souverain Odin pour s'attirer sa protection. L'homme montre ainsi qu'il appartient au « seigneur des potences » (v. isl. valdr galga) qui peut réclamer le sacrifice qui lui est dû.

Le sceptre, à l'origine, est un bâton des ancêtres (Ahnenstab). Il atteste la continuité de la famille et de la lignée. Le tenir, c'est se proclamer l'héritier de l'ancêtre dont on tire sa légitimité. Dans la sépulture royale de Sutton Hoo, le sceptre de pierre comporte à ses deux extrémités une sculpture représentant Wodan, tenu pour l'ancêtre du roi inhumé.