James Allen Ward, né le à Wanganui (Nouvelle-Zélande) et mort au combat le à Hambourg (Allemagne), est un aviateur néo-zélandais, récipiendaire de la croix de Victoria (VC). La VC est la récompense la plus élevée et la plus prestigieuse pouvant être décernée aux soldats britanniques et du Commonwealth, pour bravoure face à l'ennemi.
Ward est enseignant dans son pays natal lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale en Europe. Il se porte immédiatement volontaire pour intégrer la force aérienne royale néo-zélandaise et, après avoir terminé sa formation sur place, il est envoyé en Angleterre. À la mi-1941, il est affecté au de la Royal Air Force, qui opère avec des bombardiers Vickers Wellington. Il participe à ses premières missions de bombardement en tant que copilote. Au cours de l’une d’elles, dans la nuit du , après une attaque d’un avion de chasse allemand au-dessus du territoire néerlandais, il accomplit l'exploit de monter en plein vol sur l'aile droite de son Wellington pour étouffer un incendie qui s’est déclaré près du moteur. Ce fait d’armes exceptionnel lui vaut l’attribution de la croix de Victoria et la rencontre du Premier ministre Winston Churchill au 10 Downing Street. Ward est le premier des trois aviateurs néo-zélandais à recevoir la VC pendant la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, un mois après cette cérémonie, alors qu’il commande son propre Wellington, Ward est tué avec trois membres de son équipage, à l’issue d'une autre mission de bombardement au-dessus de l'Allemagne, lorsque son avion touché par la chasse s’écrase près de Hambourg.
Jeunesse James Allen Ward est né le à Wanganui, en Nouvelle-Zélande, d'immigrants anglais, Percy et Ada Ward.. Il suit ses études au collège technique de Wanganui. Après l'obtention de son diplôme, il entreprend des études d'enseignant à Wellington. Passionné par l'aviation, il s'inscrit au club d'aéromodélisme de Wanganui et l’essentiel de son temps libre est consacré à cette occupation. Début 1939, il fait voler son premier modèle lors d'une exposition. Diplômé la même année, il vient d'accepter un poste à l'école Castle Cliff de Wanganui lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Il se porte immédiatement volontaire pour intégrer la force aérienne royale néo-zélandaise (RNZAF).
Seconde Guerre mondiale
Entraînement alt=Dossier militaire de Ward, formulaire imprimé rempli manuellement.|gauche|vignette| Dossier militaire de Ward (1939-1945). En dépit de son enrôlement rapide dans la RNZAF, Ward n'est appelé que le et se présente à Levin pour sa formation initiale. Il entre ensuite à l'école élémentaire de pilotage Taieri de la RNZAF puis suit des cours plus avancés à la base aérienne de Wigram à Christchurch. On le considère comme un pilote d'un très bon niveau, fiable et ayant confiance en lui. Pendant cette période de formation, il a comme camarade de classe Fraser Barron, notable pilote de bombardier pendant la guerre.
Ward obtient son brevet de pilote le et est promu sergent quelques jours plus tard. À la fin du mois, il part pour l'Angleterre à bord du navire de transport de troupes Aorangi, pour commencer son service dans la Royal Air Force (RAF). Après un arrêt aux îles Fidji, il débarque sur la côte ouest du Canada pour rejoindre la côte est en train. De là, Ward embarque sur le Georgic et traverse l'Atlantique. Il arrive en Angleterre le et est sélectionné, tout comme Frason Barron, pour être formé sur des bombardiers lourds. Il est pour cela affecté à la d'entraînement opérationnel de bombardiers de la RAF, sur la base aérienne de Lossiemouth en Écosse. À la mi-1941, Ward est affecté au No. 75 Squadron RAF. Selon Hugh Kimpton, un compatriote néo-zélandais en même temps à Lossiemouth, une seule place était disponible dans l'escadron à l'époque : Ward est sélectionné après avoir remporté un tirage au sort entre lui et Kimpton.
Arrivée au No. 75 Squadron alt=Portrait photographique noir et blanc d'un homme blanc, en uniforme de l'armée de l'air.|vignette|Portrait de James Allen Ward en 1941. Le No. 75 Squadron est une unité de la RAF formée autour de membres de la RNZAF présents en Angleterre avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale pour prendre livraison de trente bombardiers Vickers Wellington dont le gouvernement néo-zélandais avait fait l'acquisition. Ce personnel avait installé une unité à la RAF Marham, base aérienne dans le Norfolk, pour préparer le transfert des Wellington vers la Nouvelle-Zélande. Cependant, une fois les hostilités déclenchées, avec l'autorisation du gouvernement néo-zélandais, les aviateurs sont incorporés dans des unités de la Royal Air Force. Peu de temps après, le personnel de la RNZAF est regroupé dans le Squadron, le premier escadron issu du Commonwealth, sous la supervision du Bomber Command. Au moment de l'arrivée de Ward dans l'escadron, celui-ci est affecté à la base aérienne de la RAF à Feltwell dans le Norfolk et vole sur des bombardiers Wellington. Le premier vol de WardLa liste des vols de Ward est détaillée dans la section « Registre des vols de Ward », présente ci-dessous. est effectué le , le lendemain de son arrivée sur la base, en tant que pilote en second du chef d'escadron Reuben P. Widdowson, un Canadien, pour une mission de bombardement sur Düsseldorf en Allemagne. Par coïncidence, c'est le jour du de Ward. Au cours des semaines qui suivent, il effectue cinq autres missions de bombardement, toujours sous le commandement de Widdowson.
Obtention de la croix de Victoria alt=Une photographie en noir et blanc d'une portion de fuselage et de l'aile d'un avion dans lesquels se trouvent des trous qui ont servi à éteindre l'incendie.|vignette|Le Wellington dans lequel Ward a volé le . Sont repérés par des lettres ou chiffres : (A) les dégâts infligés par l'attaque du chasseur de nuit, ce qui provoqua l'incendie, (B) l'astrodôme par lequel J.A. Ward est sorti pour tenter d'étouffer l'incendie et (1, 2, 3) les trous réalisés par Ward pour l'aider à marcher sur l'aile afin d'éteindre l'incendie.|gauche La quatrième mission où Ward vole avec Widdowson se déroule dans la nuit du 7 au ; il s'agit d'un raid sur Münster au nord de la Rhénanie. Durant le vol retour, alors qu'il survole le Zuiderzee le long des côtes néerlandaises, le Wellington de Widdowson et Ward est attaqué par un chasseur de nuit allemand, un Messerschmitt Bf 110. À la suite de l'attaque, le moteur de l'aile tribord est touché. Son système hydraulique ne répond plus. Le système de communication interne ne fonctionne plus, de même que la communication sans fil. De la fumée commence à envahir le fuselage. Le mitrailleur de queue, le sergent Allan , bien que blessé au pied, abat le chasseur de nuit. Un réservoir de carburant logé à l’intérieur de l'aile tribord est perforé, ce qui déclenche un important incendie à l'arrière du moteur. Après plusieurs tentatives pour éteindre les flammes, effectuées à l'aide d'extincteurs dirigés au travers d'un trou pratiqué dans le fuselage du Wellington, toutes sans résultat, le commandant de bord Widdowson ordonne à l'équipage d'abandonner l'avion en sautant en parachute. Cependant, Ward se propose pour sortir sur l’aile en plein vol dans le but d'étouffer le feu, ceci à l'aide d'une housse servant à protéger le moteur au sol, et qui se trouve pliée dans la carlingue. Ward est « assuré » à l’aide d’une corde tenue par un autre membre d’équipage (le sergent , de la RNZAF, navigateur à bord, qui veille à garder la corde tendue) et, après ralentissement de l’avion (il vole désormais à ), il s’extrait du fuselage par l'astrodôme (lequel sert à la navigation à l'aide des étoiles) : au moyen d’une hache de lutte contre l'incendie, il perfore en trois endroits le tissu de revêtement externe du fuselage, se créant ainsi des prises pour les mains et des endroits où placer les pieds, ce qui lui permet d’atteindre le côté droit de l'avion puis de progresser sur l'aile. Le Wellington possédant une structure géodésique, Ward peut coincer ses pieds dans la structure et tenir fermement les montants métalliques. alt=Photo noir et blanc de la structure géodésique (damier) d'un Vickers Wellington|vignette|Structure géodésique d'un Vickers Wellington en construction. En perforant le tissu de protection, Ward a réussi à progresser le long du fuselage jusqu'à l'aile tribord.Il atteint rapidement le moteur et s’affaire à étouffer les flammes avec la housse en toile. Une fois l'incendie éteint, la housse lui sert à obstruer le trou par lequel le carburant, provenant d'une conduite d'essence endommagée lors de l'attaque, s’était échappé, avait provoqué et entretenu l'incendie. Ward, épuisé, retourne avec précaution vers l'astrodôme. Lawton, qui continue « d'assurer » Ward, l'aide à revenir à l’intérieur de l'avion. Bien que la housse soit rapidement emportée par le vent relatif, l'incendie ne reprend pas, faute de matière combustible pour l'alimenter, et l'avion se trouve sécurisé. Il n’est désormais plus nécessaire d’évacuer l'avion et celui-ci traverse la mer du Nord pour atteindre les côtes britanniques : il effectue un atterrissage d'urgence, sans volets ni freins, à Newmarket. Une haie et une clôture en bout de piste sont heurtées et détruites par le Wellington. Trop endommagé, l'avion ne volera plus.
Ward compare son aventure sur l'aile de l'avion en plein vol, de surcroît à l’arrière d’une hélice en pleine action, au fait de « [...] se retrouver dans une terrible tempête, pire que toutes les rafales [qu'il a] jamais connues ». En reconnaissance du courage de Ward, le commandant du Squadron, le wing commander C. Kay, décide de le proposer de suite pour l’obtention de la croix de Victoria (VC) : instituée en 1856, la VC est la distinction la plus éminente pouvant être accordée à un soldat de l'Empire britannique., ayant fait preuve de bravoure face à l'ennemi. Kay recommande également Widdowson pour la Distinguished Flying Cross et le sergent Allan (un Néo-Zélandais d'Auckland, qui avait abattu le chasseur de nuit) pour la Distinguished Flying Medal. Ce dernier, blessé, était resté à son poste, totalement isolé de l'équipage car le système de communication ne fonctionnait plus. Les décorations pour Widdowson et Box sont immédiatement approuvées tandis qu'il faut attendre le pour l'aprobation de la VC de Ward.
La citation de Ward à la VC est publiée dans la London Gazette sous la forme suivante :
vignette|Annonce de la croix de Victoria de James Allen Ward, premier néo-zélandais à obtenir la médaille. La VC de Ward est la première des trois médailles attribuées à des aviateurs néo-zélandais au cours du conflit ; les deux autres l’ont été au chef d'escadron Leonard Trent, un pilote de bombardier, et au flying officer , un pilote du Coastal Command. Selon , qui a recueilli de nombreuses anecdotes au cours de la guerre, le Premier ministre Winston Churchill a convoqué Ward au 10 Downing Street, peu après l'annonce de l’attribution de sa VC. Le Néo-Zélandais aurait apparemment été ému par la circonstance et n'aurait pas été en mesure de répondre aux questions du Premier ministre. Churchill regarda Ward avec une certaine compassion et lui dit : « Vous devez vous sentir très humble et maladroit en ma présence ». « Oui, monsieur » répondit Ward. « Alors vous pouvez imaginer à quel point je me sens humble et maladroit devant vous », aurait ajouté Churchill..
Mort