Jacques Morin est né le à Moulins (Allier) et mort le à l'Hôpital des Armées du Val-de-Grâce à Paris, il est un ancien résistant et un ancien officier d'active de l'armée française, décoré des plus hautes distinctions militaires avec seize citations.
Il fut le « père fondateur » des unités parachutistes de la Légion étrangère. Le putsch des généraux à Alger en 1961, qui était mené par le 1er régiment étranger de parachutistes (REP), a infléchi sa carrière, l’amenant à démissionner en 1968. Mais il a suffisamment marqué la Légion étrangère pour que celle-ci, presque trente ans plus tard, célèbre ses obsèques avec des honneurs particuliers. La promotion 1994 - 1997 de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr porte son nom.
Il s'est alors converti à la vie civile puis est entré à la Direction générale du groupe Thomson. Il a pris sa retraite à 65 ansNotice biographique rédigé en 1996 par son beau-frère J. Bérar.
Biographie
Famille Jacques Armand Paul Morin naît le à Moulins (Allier). Il est le fils de Georges Morin (1893-1975), ingénieur, et Suzanne Delens (1896-1982). Il est le cadet d'une fratrie de trois enfants.
Études Ses études à Moulins le menèrent en classe préparatoire au lycée Sainte-Geneviève au début de la Seconde Guerre mondiale où il croise pour la première fois Hélie de Saint Marc. Il réussit le concours de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, premier de la zone Sud, y effectuant en 1942 sa scolarité dans la promotion « Croix de Provence » à Aix-en-Provence. À la suite de l'invasion allemande de la zone libre, l'école est fermée et les élèves mis en congéPierre Sergent, Je ne regrette rien, Fayard (Paris) 193, pp28-32, https://excerpts.numilog.com/books/9782213002439.pdf. Il s'inscrit alors à l'université.
Résistance et déportation Après diverses tentatives infructueuses pour rejoindre l'armée d'Afrique, Jacques Morin rejoint la résistance dans les maquis de la Drôme puis avec l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA).
À la suite d'une trahison, il est arrêté par la Gestapo lors d'une liaison à Paris le au lendemain du débarquement allié en Normandie. Interné à Fresnes, il est ensuite déporté par le convoi du 15 août 1944 au camp de concentration nazi de Buchenwald, où il retrouve son ancien condisciple de « corniche » : Hélie de Saint Marc ; il est affecté au travail forcé d'un camp satellite au Kommando Laura en Bavière.. Après avoir rejoint Allach près de Dachau, le kommando est délivré par l'avance américaine le . Il s'en évade grâce à l'aide de marins français dans un total épuisement physique du camp gardé par les Américains qui craignaient le typhusLettre de son cousin P. Morin à son beau-frère J.Bérar.
Études complémentaires Jacques Morin est nommé sous-lieutenant rétroactivement au Décret du 2 juillet 1945 puis lieutenant le Décret du 11 novembre 1945.
Après un passage à l’École Militaire Inter Armes de Coëtquidan en 1946, il est breveté parachutiste à Pau en 1947 et choisit la Légion étrangère.
Guerre d'Indochine
Après un séjour au camp de la Légion à Sidi bel-Abbes, il débarque à Saïgon le pour servir au 3e régiment étranger d'infanterie (REI) et commande un poste dans la brousse près de la route coloniale 4 (RC4). Il est alors chargé de créer puis de commander la compagnie parachutiste du régiment.Pierre Dufour, Légionnaires Parachutistes, Édition du Fer à Marquer, 1988. En cette compagnie a été fondue dans le 1er bataillon étranger de parachutistes (BEP) où il devient adjoint au commandant et officier de renseignement. Au cours de cette campagne, il a été blessé par balle et fait l'objet de 4 citations.
Promu capitaine le , il est affecté au BEP à Setif en et débarque de nouveau à Saïgon le . Il rejoint alors le BEP dont les effectifs avait été annihilés. Cité de nouveau lors de cette campagne, il reçoit la croix de guerre T.O.E et est nommé chevalier de la Légion d'honneurDécret du 2.7.52 - J.O. du ..
Après une affectation au RIPC à Pau, il rejoint comme instructeur à l'École d'application de l'infanterie à Saint-Maixent le puis de nouveau le le REP à Zeralda comme officier d'état-major et est promu officier de la Légion d'honneur.
Crise du canal de Suez
En 1956, il participe avec le 1er REP à l'expédition de Suez.
Guerre d'Algérie et conséquences
Promu Chef de bataillon (Commandant) le , il prend le commandement par intérim du REP après la mort au combat du Colonel Jeanpierre le Parachutistes en Algérie, 1954-1958, Marie-Danielle Demelas, Editions Vendémiaire – février 2021, p551. Au cours de cette campagne, il reçoit plus de 5 citations. Il est alors promu Commandeur de la Légion d'honneurDécret du 26.9.1958 - JO du 1.10.58.
En , il prend le commandement du bataillon de l'EOA à l'ESMIA de Coëtquidan puis est affecté comme chef d'état-major à la DP.
Par suite d'un désaccord avec le général Saint-Hillier, il est muté en métropole à l'inspection des troupes aéroportées le , mutation qui, probablement, lui évitera de participer au putsch d'Alger.
Son amitié avec Hélie de Saint Marc, à la tête du 1er REP lors du putsch, l'amène à témoigner en sa faveur devant Tribunal Spécial Militaire, malgré les pressions de l'Armée qui lui propose une nomination immédiate au grade de Lieutenant-colonel et le commandement du régiment de son choix s'il n'intervient pas. Cette déposition lui a vaut d'être suspecté d'être membre actif de l'O.A.S. D'où des sanctions et mesures à son encontre : d'abord le Ministère des Armées le met en congés renouvelés ; ensuite une enquête est menée sur lui ; par décret du , il est mis en non-activité par retrait d'emploi, mais dans cette position il demeure soumis à l'autorité militaire et aux règles de discipline imposées aux officiers.
Jacques Morin n'accepte pas les mesures prises à son encontre, qui lui paraissent un déni de justice et porter atteinte à son honneur. Il introduit donc une requête en Conseil d'Etat, qui lui donne gain de cause. Il est donc réintégré dans les cadres de l'Armée mais mis sur une voie de garage jusqu'il fasse valoir ses droits à la retraite le .
Les documents relatifs à sa carrière ont été déposés aux Archives de l'Armée au château de Vincennescote 1K 738, fonds ouvert au public..
Jacques Morin a fondé et présidé l'Amicale des légionnaires parachutistes .
Vie civile En retraite militaire, il se convertit à la vie civile puis entre à la Direction générale du groupe Thomson. Il prend sa retraite à 65 ans.
Mort Il meurt le à l'Hôpital des Armées du Val-de-Grâce à Paris.
L'homme Son ami Hélie de Saint Marc en donne la description suivante :
Vie de famille Jacques Morin était célibataire, sans enfant.
Décorations , par décret du 4 novembre 1982 ; chevalier du 2 juillet 1952, officier du 14 août 1956, commandeur 26 septembre 1958. ; (1 citation à l'ordre de l'armée) ; (8 citations dont 2 à l'ordre de l'armée) ; (6 citations dont 5 à l'ordre de l'armée) ; par décret du . ; , carte du ; avec agrafe Extrême Orient ;
avec agrafe Algérie ;
(1957).
Reconnaissance Il est reconnu Déporté résistant (carte du ).
Le la Légion étrangère l'honore comme maitre de cérémonie lors du anniversaire de Camerone. ; il y est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'honneur.
Ses obsèques, le , donnent lieu à une cérémonie organisée par l'armée à Saint-Louis des Invalides : éloge funèbre par son camarade Hélie de Saint Marc prononcé en présence de nombreux généraux et honneurs rendus par un détachement du REP (Régiment étranger de parachutistes) venu spécialement de Calvi qui fait l'objet d'un reportage au 13 h de TF1. Son corps sera transféré plus tard à l'Institution des Invalides de la Légion Etrangère à Puyloubier.
La promotion de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (1994-1997) porte son nom.https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1989_num_22_1_2132« Depuis 1962, ces hommes sont devenus des idoles pour les jeunes saint-cyriens. Saint Marc, Faulques, Morin prennent pour chaque promotion de Saint-Cyr l'aspect de héros, et avec d'autant plus de relief qu'ils ont été des réprouvés. ».
A Moulins, une rue porte son nom et une stèle inaugurée en 2017.., y commémore sa mémoire..
Références
Voir aussi
Articles connexes Légion étrangère ; Légion étrangère dans la guerre d'indochine ; Convoi du 15 août 1944 ; Déporté résistant.
Liens externes
Historia Légio More Majorum, commandant Morin ; Chemin de Mémoire des Parachutistes ;
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