Michel Simon est un acteur suisse, né le à Genève (Suisse) et mort le à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne). Considéré comme un acteur « caméléon » à la voix tonitruante, il a joué dans , dont La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer, L’Atalante de Jean Vigo, La Chienne et Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir, Drôle de drame et Le Quai des brumes de Marcel Carné, La Beauté du diable de René Clair, La Poison de Sacha Guitry, Le Vieil Homme et l'Enfant de Claude Berri, et dans de théâtre. Il a reçu de nombreux prix et des hommages de plusieurs personnalités du cinéma, en particulier celui de Charlie Chaplin le désignant comme « le plus grand acteur du monde ».
Biographie Enfance vignette|upright=0.8|La maison natale de Michel Simon, Grand-Rue à Genève. François Joseph Simon, dit Michel Simon naît à Genève au de la Grand-Rue en 1895, la même année que le cinématographe, ce qui lui fait dire qu'.
Ses parents Joseph et Véronique sont charcutiers. Ils avaient à la fois la clientèle riche et protestante de la Grand-Rue et également celle catholique du quartier italien de Genève.
Il confie : .
La personnalité de Michel Simon se dessine dès l’enfance : il a un esprit d’une vivacité peu commune. Il est épris de liberté individuelle avec un amour éperdu de toute forme de vie et il est doté d'un sens de l’observation extrêmement aigu. Il se détourne rapidement de ses études qui s'avèrent catastrophiques au collège de Genève et il se cantonne à la dernière place dans la classe. Son professeur, John Copponex, lui dit : . Après avoir quitté le collège Calvin, il travaille dans la boucherie familiale et aux abattoirs de la ville de Genève, puis il effectue un apprentissage de photogravure à Carouge (une commune du canton de Genève). Le jeune Michel rêve de devenir aviateur et il a une grande passion : la littérature. Cette adoration l’amène à dévorer tous les livres qui lui tombent sous la main et, peu à peu, il nourrit une fascination pour la complexité de l’être humain. À , il part s'installer à Paris.
Vie familiale vignette|gauche|Son fils l'acteur François Simon, en 1972. Michel Simon se marie le , à 21 ans, avec la musicienne Yvonne Nadège Ryter (1916 à 1919). Malgré son mariage, il continue de fréquenter des prostituées, ce qui aura pour conséquence la séparation du couple. En 1917, ils ont un fils Michel, dit François Simon, également acteur au théâtre et au cinéma. Il est le grand-père de deux filles, Martine Simon et de la réalisatrice Maya Simon.
On lui connaît de nombreuses liaisons, notamment avec sa maîtresse d'apprentissage. La relation la plus longue est partagée avec Lucienne Bogaert, sa partenaire dans le film Vautrin. À l'âge de 68 ans, il partage sa vie avec Denise Dax, qu'il a connue au théâtre dans une comédie de Jacques Deval, Charmante soirée. Il a également une grande histoire d’amour avec (1936-2010), une artiste peintre allemande qui a réalisé de nombreux portraits de Michel Simon. Il a eu également une liaison avec Josy Goillandeau. La Canadienne Jeanne Carré l’accompagne lors de ses dernières années. Sa dernière conquête est Karen Nielsen qui tient un petit rôle dans son dernier film L'Ibis rouge de Jean-Pierre Mocky en .
Résidences vignette|Michel Simon en 1948 avec sa guenon Zaza.|redresse Il réside alternativement dans sa vieille maison de La Ciotat et dans sa propriété de Noisy-le-Grand avec pour tous compagnons, quatre guenons et un perroquet. À La Ciotat dont il était tombé amoureux, il achète une bastide dans laquelle il installe une salle de cinéma. Rachetée par la ville en 1991, elle est devenue un musée hommage au grand acteur grâce aux efforts de L'Association des Amis de Michel Simon.
Il a vécu également longtemps à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, c'était son jardin secret. Il a souvent promené dans des lieux publics sa guenon nommée Zaza, qu'il costumait. Le domaine de cinq hectares, acheté en 1934, a été détruit en 1980 par des promoteurs. Ce domaine appartenait jusqu'en 1893 à Théophile Poilpot. Bien que Michel Simon prétendît que sa maison avait appartenu à Alphonse Allais, ce dernier n'a en fait jamais été en mesure d'acquérir une telle demeure. Un espace culturel municipal porte son nom, il est situé à l'esplanade Nelson-Mandela..
Vie sexuelle Michel Simon a eu toute sa vie une grande passion pour le sexe. Dans les années 1970, il s’affiche encore volontiers aux bras de prostituées qu’il présente comme ses « amies ». Il a toujours été un fervent amateur de prostituées et de travestis et lorsqu'elles étaient encore ouvertes, avant 1948, il avait ses entrées dans des maisons closes comme le One-Two-Two ou le Sphinx.
Dans son livre L’album pornographique de Michel Simon, l'écrivain Alexandre Dupouy raconte : .
Amateur notoire de pornographie, Michel Simon possède une collection de plus de objets en relation avec le sexe : des photos, des éditions originales du marquis de Sade, des godemichets et des automates surprenants. C'est l'une des plus grandes collections au monde dans ce domaine, son fils François Simon l'a dispersée lors de nombreuses ventes, après la mort de son père.
Fin de vie vignette|gauche|La tombe de Michel Simon à Lancy dans le canton de Genève.|367x367px Au premier trimestre de 1975 la santé de Michel Simon se dégrade rapidement. Il ne s'alimente plus et il perd vingt kilos en un mois. Il envisage de tourner pour Bertrand Blier dans Les Valseuses. Il meurt le d'une embolie pulmonaire à l'hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne, à l'âge de 80 ans.
Selon ses dernières volontés, il repose au cimetière du Grand-Lancy dans sa ville natale de Genève, auprès de ses parents. Sur le frontispice du monument ornant la tombe familiale, cette locution latine : Non omnis moriar (Je ne mourrai pas entièrement).
Carrière professionnelle Débuts Ses débuts dans le monde du spectacle à Paris sont modestes. Il réside à l'hôtel Renaissance, rue Saint-Martin puis à Montmartre. Il exerce divers petits métiers, donne des leçons de boxe et vend des briquets de contrebande à la sauvette, puis il est successivement boxeur, camelot, danseur, clown et acrobate dans un numéro de danseurs, les Ribert's and Simon's. Finalement il est photographe de théâtre. Michel Simon est également réputé pour dévorer tous les livres qui lui tombent sous la main avec une prédilection pour les écrits de Georges Courteline.
Mobilisé en Suisse dans l'infanterie lors de la Première Guerre mondiale, Michel Simon est un soldat suisse indiscipliné ; il passe le plus clair de son temps aux arrêts et à l'ombre des cachots. Rapidement, sa santé s'en ressent et il doit être hospitalisé dans un sanatorium à Leysin pour soigner une tuberculose. Il y restera 4 ans.
À Genève en 1915, au cours d'une permission militaire, il voit Georges Pitoëff faire ses débuts d'acteur, en langue française, au théâtre de la Comédie de Genève dans Hedda Gabler d'Henrik Ibsen. C'est un déclic et il décide de devenir acteur à son tour mais ce n'est qu'en que Pitoëff découvre ses dons de comédien. Il l'engage dans sa troupe à la salle communale de Plainpalais de Genève et il lui confie le rôle du greffier de Mesure pour mesure de William Shakespeare. Michel Simon pratique par ailleurs en même temps son premier métier de photographe avec un certain talent.
Consécration vignette|redresse|Georges Pitoëff (1920). En 1922, il suit la troupe des Pitoëff qui s'établit à Paris au théâtre de la comédie des Champs-Élysées. Michel Simon quitte les Pitoëff l'année suivante pour devenir un acteur de boulevard ; il joue des vaudevilles de Tristan Bernard, d'Yves Mirande et de Marcel Achard. Ce dernier le présente à Charles Dullin, en compagnie duquel Michel Simon joue la pièce de Marcel Achard, Je ne vous aime pas avec Valentine Tessier. Il se produit également dans des comédies musicales comme Le Bonheur, mesdames et Les Joies du Capitole, écrites par Albert Willemetz.
Il est ensuite engagé par Louis Jouvet qui a remplacé Pitoëff à la Comédie des Champs-Élysées. C'est avec Louis Jouvet, que Michel Simon s'impose en 1929 dans Jean de la Lune, une pièce de Marcel Achard. Son talent transforme le rôle secondaire de Cloclo pour en faire la principale attraction de la pièce. Indiscipliné et voulant tirer la couverture à lui, Michel Simon s'attire l'inimitié de Louis Jouvet.
La carrière théâtrale de Michel Simon va se poursuivre, de succès en succès, il joue William Shakespeare, George Bernard Shaw, Luigi Pirandello, Oscar Wilde, Maxime Gorki, Édouard Bourdet et Henri Bernstein. S'il se révèle inclassable (comique, dramatique, tragique, vaudeville ), il s'affirme principalement dans la comédie en jouant dans plus de 150 pièces de théâtre entre 1920 et 1975.
Chanteur On connaît le comédien, mais un peu moins le chanteur. Son timbre de voix rocailleux ne devait pas le destiner à la chanson et pourtant il a interprété plusieurs chansons qui restent dans les mémoires.
En 1934, il chante deux chansons avec Arletty dans l'opérette Le Bonheur mesdames ! d'Albert Willemetz et Henri Christiné : Elle est épatante, cette petite femme-là et Amour en noir et blanc. Le spectacle est un très gros succès.
En 1961, c’est Mémère sur un texte de Bernard Dimey et une musique de Daniel Wright. Jacques Brel confie : .
Dans le film Circonstance atténuantes de Jean Boyer, il chante Comme de bien entendu sur une musique de Georges van Parys avec Arletty, Dorville et Andrex. La chanson est très appréciée par le public. Elle est remise à l'honneur en 2002 par Patrick Bruel en duo avec Renaud sur l'album Entre deux.
En 1968, il interprète, en duo avec Serge Gainsbourg, la chanson L'Herbe tendre pendant le tournage du film Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud. L’enregistrement s’est effectué sans accompagnement musical lors d'une scène où les deux acteurs sont assis dans l'herbe en buvant des verres de vin.
En , Marie Laforêt impose Michel Simon en première partie de son récital sur la scène de l'Olympia alors que l’acteur a 74 ans.
Carrière au cinéma Le cinéma muet C'est toutefois le cinéma qui va lui apporter une immense popularité. Michel Simon débute à l'écran son premier rôle en 1924 en jouant aux côtés d'Ivan Mosjoukine dans Feu Mathias Pascal de Marcel L'Herbier, d'après Luigi Pirandello. vignette|gauche|Timbre commémoratif édité par la Poste suisse en 1995 en l’honneur de Michel Simon (La Vocation d’André Carel).|255x255px Il tient son premier grand rôle au cinéma avec le réalisateur suisse Jean Choux dans La Vocation d'André Carel. Le film est tourné en 1925 autour du lac Léman selon des méthodes de productions artisanales semblables à celles dont la Nouvelle Vague française revendique l'originalité.
En 1927, il interprète le rôle d'un juge dans La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer.
Au cinéma muet, il apporte surtout un étonnant physique et un visage peu banal, d'une exceptionnelle mobilité, capable d'expressions qu'il prend grand soin de ne pas transformer en tics. Michel Simon joue des formes de son corps avec une virtuosité infinie : de la laideur intelligente ou sympathique, de la bonté ou de la naïveté, à la laideur grotesque ou inquiétante, cocasse ou stupide, malicieuse ou cruelle. Sa vraie carrière cinématographique ne commence toutefois qu'avec le cinéma parlant quand l'on s'aperçoit que l'élocution et le timbre de voix de l'acteur sont aussi originaux que son physique et son jeu.
Collaboration avec Jean Renoir Michel Simon devient une immense vedette avec Jean Renoir, il avait déjà tourné avec lui Tire-au-flanc et On purge bébé d'après la pièce de Georges Feydeau ; c'est le troisième long métrage sonore de Michel Simon. vignette|259x259px|Jean Renoir réalise quatre films avec Michel Simon.