vignette|upright=1.0|Carte de l'Afrique du Sud des années 1981-1994 présentant les quatre provinces sud-africaines et les quatre bantoustans indépendants du Transkei, Ciskei, Venda et Bophuthatswana et les six bantoustans autonomes, constitués en vertu de la séparation spatiale du grand apartheid. vignette|« Conformément à l'article 37 de l'arrêté de Durban sur la plage, cette zone de baignade est réservée à l’utilisation exclusive par le groupe de la race blanche.»Panneau trilingue (anglais, afrikaans et zoulou) interdisant aux personnes non blanches l'accès d'une plage de Durban, en 1989.

L’apartheid (prononcé en afrikaans et signifiant « séparation, mise à part ») était une politique ségrégative, dite de (), affectant séparément, selon des critères raciaux ou ethniques hiérarchiquement distincts, des populations dans des zones géographiques déterminées.

Concept sud-africain, les lois de l'apartheid furent introduites par le Parti national à partir de 1948 en union d'Afrique du Sud (puis république d'Afrique du Sud) et à partir de 1959 dans le Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), qui était alors un territoire administré par l'Afrique du Sud. Ces lois furent progressivement réformées puis finalement abolies, d'abord dans le Sud-Ouest Africain/Namibie (en 1979, à la suite de la conférence de la Turnhalle) puis en Afrique du Sud le .

Présenté par la Commission Sauer comme une alternative à la politique raciale d’« assimilation » et de libéralisation prônée par la commission Fagan (mandatée par le gouvernement Smuts), forgé et finalisé au sein du Broederbond, l'apartheid privilégiait les populations blanches d'Afrique du Sud au détriment des autres groupes de couleur (noirs, indiens et coloureds) que ce soit dans les secteurs politiques, économiques, sociaux, culturels et dans les domaines de l'éducation et de l'habitat. Dans ce cadre, avec notamment la création de bantoustans (des territoires ethniques), le rattachement territorial (puis la nationalité) et le statut social dépendaient du statut racial de l'individu.

Historiquement, l'apartheid était l'aboutissement institutionnel d'une politique et d'une pratique empirique de ségrégation raciale (Pass-laws, baasskap et colour bar), élaborée progressivement à partir de la fondation de la colonie du Cap en 1652, par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, et par le développement de la colonisation du sud de l'Afrique. La politique d'apartheid fut aussi le Antoine Bullier, Université Paris 1, Apartheid:l'écriture d'une histoire 1940-1990, Palabres Vol. V,, 2003, .. Les lois rigides qui en résultèrent, en tant que nation distincte, furent ainsi le résultat d'une confrontation, sur une même aire géographique, d'une société sur-développée, intégrée au premier monde avec une société de subsistance, encore dans le tiers monde, manifestant le refus de l'intégration des premiers avec les secondsAntoine Bullier, ibid, ..

Après le massacre de Sharpeville. en 1960 et dans le contexte de la décolonisation, les critiques internationales contre l'apartheid commencent à prendre de l'ampleur (exclusion de l'Organisation mondiale de la santé, du Bureau international du travail puis du Comité international olympique, retrait du mandat sur le Sud-Ouest africain). Mais ce n'est qu’après les émeutes de Soweto. en 1976 que des sanctions internationales contraignantes (embargo sur les ventes d'armes) sont imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies contre l'Afrique du Sud. Les réformes entamées sous les gouvernements de Pieter Botha (autorisation de syndicats non-blancs puis mixtes, abolition des emplois réservés, nouvelle constitution ré-instaurant des droits politiques aux indiens et aux métis, abolition de la loi sur les laissez-passer et de celle interdisant les mariages mixtes, ouverture des lieux publics à toutes les communautés) ne suffisent pas à enrayer la multiplication des sanctions internationales bilatérales (restrictions diplomatiques ou commerciales, embargo sur les importations de charbon, refus d'exportation de technologies), tandis que les townships deviennent ingouvernables.

Arrivé à la présidence de l’État en , le nouveau président sud-africain Frederik de Klerk légalise en les partis noirs sud-africains opposés à l'apartheid (ANC, PAC, AZAPO) ainsi que le parti communiste, et libère le , après vingt-sept années d'emprisonnement, Nelson Mandela, chef de file de la lutte contre l'apartheid. Les dernières lois piliers de l'apartheid (notamment le Group Areas Act et le Population Registration Act) sont abolies par le parlement sud-africain en .. Les négociations constitutionnelles (CODESA) menées à partir de 1990 entre le gouvernement, le Congrès national africain, le parti national et les principaux partis politiques sud-africains aboutissent à l'élaboration d'une Constitution intérimaire, aux premières élections parlementaires non raciales au suffrage universel () et à l'élection de Nelson Mandela comme premier président noir d'Afrique du Sud le .

Pour avoir pacifiquement mis fin à l'apartheid en Afrique du Sud et entamé des négociations politiques, Nelson Mandela et Frederik de Klerk reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix en à Oslo (Norvège)..

La notion de a été définie par la résolution 3068 XXVIII de l'assemblée générale des Nations unies (ONU) du comme tout acte inhumain de caractère analogue à d'autres crimes contre l'humanité commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe ethnique sur n'importe quel autre groupe ethnique. Il a été étendu par la Cour pénale internationale à toute situation où sont en vigueur .

Le terme d'apartheid a été par la suite repris dans d'autres contextes, notamment pour évoquer la situation des Palestiniens par rapport aux Israéliens ou pour évoquer des situations de disparité économique et sociale en raison de la religion (conflit nord-irlandais).

Étymologie Le mot « apartheid » est un emprunt à l'afrikaans signifiant « séparation, mise à part ». Le mot est composé de apart « séparé, distinct » (issu du néerlandais apart, lui-même emprunté du français à part) et du suffixe -heid équivalent à -ition, -ité.

Catégorisations de l'apartheid L'historien Hermann Giliomee rapporte que l'apartheid ne doit pas être considéré au départ comme un projet clairement défini dans sa conception, sa mise en œuvre est loin d'être immédiate ou globale et sa vision d'ensemble n'est ni cohérente ni uniformeYves Vanderhaeghen, Apartheid: More about personality than policy, 22 novembre 2012, Article paru dans The Witness..

lang=fr|upright=1.7|vignette|droite|Revenu personnel par habitant annuel, par groupe raciaux en Afrique du Sud par rapport aux niveaux du groupe racial blanc.

Le concept de l'apartheid s'articule néanmoins autour de la division politique, sociale, économique et géographique du territoire sud-africain et de sa population répartie en quatre groupes raciaux hiérarchiquement distincts : Les Blancs : ce sont principalement les descendants de colons et d'immigrants européens arrivés dans le pays à partir de 1652 parmi lesquels on distingue, d'une part, les Afrikaners (60 % de ce groupe racial), principalement de souche néerlandaise, mais aussi française, allemande et scandinave, de locution afrikaans ; et d'autre part, les Anglo-sud-africains (40 %), principalement de souche britannique. Ils représentent un peu plus de 21 % de la population sud-africaine au moment de la mise en place de l'apartheid. Les Indiens : ce sont les descendants des coolies recrutés dans les régions de Madras et de Calcutta à partir de 1860 engagés dans les plantations de canne à sucre du Natal. Ils représentent un peu moins de 3 % de la population en 1950. Les Coloured, ou métis : ce sont des populations issues principalement de mélanges interraciaux entre Européens, Hottentots, Indonésiens, Indiens, Malgaches, Mozambicains ou Mauriciens. On distingue notamment, d'une part les métis du Cap issus de relations entre des Blancs et des Hottentots aux , et les Malais du Cap nés d'un mélange entre des Indonésiens, des Blancs et des Hottentots. Les Coloured représentent 9 % de la population sud-africaine en 1950. Les Noirs, ou Bantous : ils représentent près de 67 % de la population sud-africaine au moment de la mise en place de l'apartheid mais sont les moins urbanisés des 4 groupes raciaux (80 % vivent alors en zone rurale). Ils se répartissent entre une dizaine d'ethnies dont les plus importantes sont les Xhosas et les Zoulous.

L'apartheid se distingue également en deux catégories. La première, le petit apartheid ou apartheid mesquin qui protège l'intimité des Blancs dans leur vie quotidienne en limitant leur rapport avec les non-Blancs, et la deuxième, le grand apartheid concernant la division spatiale du pays imposant des zones de résidence géographiquement séparées et racialement déterminées. Ce grand apartheid a été accompagné de mesures de déplacements forcés et de regroupement des populations noires dans des foyers nationaux appelés bantoustans.

Contexte historique de l'Afrique du Sud

L'apartheid est le produit de l'Histoire, des mythes et des singularités de l'Afrique du Sud. Cette singularité est marquée par le fait que d'anciens colons européens (néerlandais, allemands et français) ont pris souche dans cette partie de l'Afrique dès le , ont développé et revendiqué une identité nationale qui leur est propre. Leur expression s'est effectuée notamment par opposition à la métropole coloniale néerlandaise mais aussi par rapport aux colons britanniques arrivés au et attachés à leur mère patrie. Elle aboutit finalement à un nationalisme afrikaner exacerbé par la religion, la souffrance et la guerre contre l'impérialisme britannique et dont la politique d'apartheid ne sera que l'une des manifestations les plus notoires.

Même si des interprétations littérales de la Genèse 9:27 (impliquant l'attribution des populations modernes à la descendance de Noé et la malédiction de Cham comme source d'inégalité entre elles) ont pu « justifier » différentes formes de ségrégation raciale au cours des temps, jusqu'à la période moderne pour l'esclavage aux États-Unis, voire pour les doctrines raciales de l'anthropologie du , l'apartheid ne peut pas être considéré comme une forme flétrie du calvinisme primitif, ni comme un bastion arriéré du colonialisme et encore moins comme une variante tropicale du fascisme ou du nazisme européen. Son idéologie a de multiples racines, à la fois dans la théologie et dans les justifications de la colonisation. C'est par l'interprétation propre aux Boers de la doctrine calviniste de la prédestination, puisque selon eux, Dieu a créé des élites pour diriger le monde et des « non-élus » pour obéir aux premiers, que les concepts ségrégationnistes ont d'abord été avalisés par les prédicateurs de l'église réformée hollandaise. Les Boers, isolés dans le veld, s'étaient ainsi facilement identifiés au « peuple élu » et bon nombre d'entre eux ont cru jusqu'à la fin des années d'apartheid, que Dieu leur avait donné l'Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les Noirs étant assimilés aux Cananéens.