Le Convair B-36 est un bombardier stratégique lourd à long rayon d'action utilisé par l'United States Air Force entre 1949 et 1959. Le B-36 est conçu et développé dans les années 1940 par la Consolidated Aircraft Corporation, qui fusionnera avec Vultee pour donner Convair. Avec une envergure de plus de et une masse maximale au décollage de plus de pour les premières versions, le B-36 est le plus grand avion à moteurs à pistons à avoir été produit en série. C'est le premier bombardier conçu spécialement pour emporter des bombes nucléaires ; la grande taille de sa soute lui permet d'emporter tous les types de bombes de l'arsenal américain sans avoir à subir de modifications. Avec un rayon d'action de et une capacité d'emport de , le B-36 est le premier véritable bombardier intercontinental.
Introduit à l'époque où les avions à réaction arrivent massivement dans les forces aériennes, le B-36, avec ses six moteurs à pistons et son aile droite, est technologiquement dépassé avant même sa mise en service. Les premiers appareils, B-36A et B, ont une vitesse de croisière d'environ alors que le B-47 Stratojet à réaction, qui vole en , atteint plus de . Toutefois, son plafond opérationnel de plus de doit lui permettre de rester hors de portée des avions de chasse ennemis. À partir du B-36D, afin de réduire la course au décollage et d'augmenter la vitesse maximale, les B-36 se voient dotés de quatre turboréacteurs additionnels placés dans des nacelles sous les ailes. Cependant, à partir de 1955, ils commencent à être remplacés par les Boeing B-52, à réaction et à voilure en flèche, et les derniers B-36 sont retirés en 1959.
Outre leur utilisation comme bombardiers, les B-36 servent également d'avions de reconnaissance sous la désignation RB-36. Parmi les versions expérimentales, on peut citer l'avion porteur destiné à emporter le chasseur parasite XF-85, un autre bombardier emportant des F-84 accrochés au bout des ailes afin d'augmenter leur rayon d'action, ou encore le NB-36H, équipé d'un réacteur nucléaire et utilisé comme démonstrateur dans le cadre du programme d'avion à propulsion nucléaire X-6. Du B-36 est dérivé le XB-36G, une version à voilure en flèche et à turboréacteurs qui deviendra l'YB-60, et l'avion de transport XC-99 à deux ponts, qui peut emporter plus de de troupe.
Conception et développement Contexte historique Au début de l'année 1941, avant l'entrée en guerre des États-Unis, il paraît probable que la Grande-Bretagne perde la bataille d'Angleterre face au Blitz allemand, ce qui aurait rendu impossibles des bombardements stratégiques sur l'Allemagne depuis les bases aériennes du Royaume-Uni.. L'USAAC (United States Army Air Corps) réfléchit donc à la possibilité de créer un bombardier capable de bombarder l'Europe depuis des bases en Amérique du Nord. ; l'avion doit être capable de parcourir , soit la distance d'un aller-retour entre Gander, sur l'île de Terre-Neuve, et Berlin. Ce programme est similaire au projet d envisagé par le RLM allemand, qui apparaît au printemps 1942, et au Fugaku japonais.
L'USAAC lance un appel à la concurrence sur le projet le , demandant une vitesse de pointe de , une vitesse de croisière de , un plafond de , au-delà de la portée des canons antiaériens au sol et une distance franchissable de à d'altitude.. Ces demandes vont bien au-delà de tout ce qu'il est possible de faire avec la technologie de l'époque. Les caractéristiques demandées sont donc réduites le , la distance franchissable maximale est abaissé à , l'appareil doit être capable d'emporter de bombes sur une distance de , sa vitesse de croisière doit se situer entre 390 et et son plafond est réduit à , ce qui mettrait l'avion à l'abri des défenses antiaériennes allemandes, à l'exception du canon lourd Flak 40, qui n'est cependant que rarement utilisé. Par comparaison, le Consolidated B-24 Liberator, qui vient tout juste d'être mis en service, ne peut emporter que de bombes sur une distance de .
Au début de la guerre, les militaires refusent de fournir du matériel et du personnel pour le projet, ce qui ralentit le travail. Comme la guerre du Pacifique tourne en faveur des Américains, ceux-ci demandent de plus en plus un bombardier capable d'atteindre le Japon depuis les bases d'Hawaï et le développement reprend plus sérieusement. Le Secrétaire à la Guerre Henry Lewis Stimson décide de renoncer aux procédures d'acquisition normales et passe commande pour cent B-36, le , avant même la construction des deux prototypes.. Le premier appareil doit être livré en et le dernier en , mais Consolidated retarde la livraison. L'appareil est présenté le et vole pour la première fois le ..
Travail de conception vignette|Un B-29 Superfortress à côté du XB-36 Consolidated Vultee Aircraft Corporation (qui deviendra Convair) et Boeing prennent part à la compétition et Consolidated remporte l'appel d'offre le . Celle-ci demande un contrat de quinze millions de dollars dont pour la recherche et développement... Le contrat de développement est signé le ; l'avionneur doit construire deux prototypes, le premier devant être livré en et le second six mois après le premier... Le , le programme, initialement désigné Model 35, est renommé Model 36 en raison des modifications apportées et afin d'éviter toute confusion avec l'aile volante B-35 de Northrop..
Tout au long de son développement, le B-36 subit de nombreux retards. Lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale après l'attaque de Pearl Harbor, Consolidated doit ralentir son développement pour se concentrer sur la production du B-24 Liberator. La première maquette est présentée le après six mois d'affinement. Un mois après, le projet est transféré de San Diego en Californie à Fort Worth au Texas, ce qui ralentit le développement. Consolidated remplace l'empennage double (similaire à celui du B-24) par un empennage simple permettant de gagner mais retardant le projet de quatre mois. Le train d'atterrissage tricycle initial de l'appareil comprend deux énormes roues de de diamètre, ce qui pose de gros problèmes de pression au sol.. L'USAAF demande à Consolidated d'adopter un train à quatre roues pour mieux répartir le poids de l'appareil.. Un nouveau système d'antennes est installé pour supporter les systèmes radios et radars. Les moteurs Pratt & Whitney sont également redessinés ce qui crée un surpoids de .
Le , l'Army Air Force annonce son intention d'acheter du B-36 pour un coût total estimé à de dollars... La commande est signée le , d'une valeur de de dollars et le premier appareil doit être livré en ...
Essais vignette|gauche|Le XB-36 lors de son premier vol. Les deux prototypes sont assemblés dans ce qui sera renommé plus tard la de Fort Worth, au Texas.... Le , moins d'une semaine après la signature de l'acte de capitulation du Japon, le premier appareil, le XB-36, effectue sa sortie de l'usine pour être présenté officiellement... Au cours des mois qui suivent, il reçoit ses dernières finitions et débute ses essais au sol .. Le vol inaugural a lieu dans la matinée du , avec les pilotes d'essai Beryl Erickson et Gus Green aux commandes ; sept autres membres d'équipage sont présents à bord... Ce premier vol, d'une durée de , ne connaît pas de problème majeur. Au cours des vols d'essais suivants, deux problèmes majeurs apparaissent : le manque de refroidissement des moteurs et les vibrations excessives des hélices. Le premier est résolu par le remplacement du ventilateur des moteurs par un nouveau, plus puissant ; le problème des vibrations, plus complexe, est contourné par le renforcement de la structure et l'établissement d'une charte qui impose au pilote de maintenir un régime précis en fonction de la vitesse, de l'altitude et de la masse de l'avion.
La vitesse et le rayon d'action sont inférieurs aux exigences émises par l'Air Force en 1941. Cela est prévisible car les moteurs R-4360-41 de ne sont pas encore disponibles et le manque d'ouvriers spécialisés pour les mettre en place empêche Convair d'atteindre les objectifs..
Le second prototype, le YB-36, vole pour la première fois le .. Il possède une verrière en bulle offrant une plus grande visibilité, qui est par la suite adoptée pour la production..
La production des appareils de série commence relativement tôt et le premier d'entre eux, le B-36A 44-92004 baptisé « City of Fort Worth », sort d'usine en , avant même que le second prototype ne soit achevé.... Il incorpore les modifications introduites sur le YB-36 mais, à la différence de ce dernier, il dispose du nouveau train d'atterrissage à bogies. Toutefois, cet appareil n'est pas destiné à participer aux essais en vol ni à entrer en service mais doit servir de cellule d'essais statiques.. Pour cela, il ne reçoit qu'un équipement minimal et n'est pas armé ; il reçoit la désignation YB-36A. L'appareil effectue son premier vol le , piloté par Beryl Erickson, puis son second et dernier vers la base de Wright-Patterson deux jours plus tard, où il est réceptionné par l'Air Force. Ses éléments sont ensuite démontés et la cellule est soumise aux tests de résistance structurale..
Production et améliorations vignette|Les appareils de série possèdent deux trains d'atterrissage à quatre roues mais le prototype possède deux énormes pneus. Le premier des est livré en 1948. Il s'agit avant tout d'appareils destinés à l'entraînement et ils sont tous reconvertis en versions de reconnaissance RB-36E. Le premier appareil destiné à une utilisation « normale » est le B-36B dont la livraison débute en . Il satisfait toutes les exigences de 1941 mais connaît de sérieux problèmes de moteurs (moteur radial de 28 cylindres disposés en quatre rangées de sept cylindres en étoile), de maintenance (changer les d'allumage est une tâche redoutée par les équipes au sol) et de disponibilité de l'armement. Les versions ultérieures disposent de déclinaisons plus puissantes du moteur R-4360, d'un radar amélioré et d'un compartiment de l'équipage redessiné.
Après la formation de l'United States Air Force comme branche indépendante de l'United States Army en 1947, le blocus de Berlin en 1948, qui est la première confrontation de la guerre froide, et l'essai de la première bombe nucléaire soviétique en 1949, les stratèges américains songent à un bombardier capable de transporter les énormes bombes nucléaires de première génération. Le B-36 est le seul appareil américain capable de transporter une bombe nucléaire depuis les bases américaines jusqu'au-dessus du territoire soviétique. En effet, stocker des armes nucléaires sur un sol étranger est et reste diplomatiquement risqué. La modification qui permet l'emport de plus grosses bombes atomiques sur le B-36 est appelée la « Grand Slam Installation »..
Le B-36 à pistons est d'emblée complètement obsolète, dans un monde dominé par les intercepteurs à réaction.. Cependant, le Boeing B-47 Stratojet, qui ne serait pas disponible avant 1953, ne dispose pas du rayon d'action suffisant pour atteindre l'URSS depuis les États-Unis sans ravitaillement en vol et ne peut pas emporter la première génération de bombes H. Les autres bombardiers à pistons, comme le B-29 ou le B-50, ne peuvent pas non plus remplir cette mission.. De plus les missiles balistiques intercontinentaux ne seraient pas des vecteurs de dissuasion nucléaire efficaces avant les années 1960. Jusqu'à l'arrivée du B-52 en 1955, le B-36 reste le seul véritable bombardier intercontinental du Strategic Air Command (SAC).
vignette|gauche|Ligne d'assemblage de RB-36D dans l'usine de Fort Worth.