L’affaire Narumi Kurosaki — ou affaire Narumi — est une affaire criminelle française liée à la disparition et au meurtre d'une étudiante japonaise, Narumi Kurosaki, survenus en France, à Besançon (Doubs) en . Son ex-petit ami, le Chilien Nicolás Zepeda Contreras, qu'elle avait rencontré au Japon et dont elle s'était séparée deux mois auparavant, est rapidement considéré comme le principal suspect par les enquêteurs. Malgré l'. contre lui, il ne reconnaît aucune culpabilité.

Il est condamné le à vingt-huit ans de réclusion pour assassinat par la cour d'assises du Doubs, jugement confirmé en appel le .

L'arrêt d'appel est cassé le , et l'affaire est renvoyée devant la cour d'assises du Rhône, qui le condamne, en 2026, à la perpétuité, un nouveau pourvoi en cassation étant annoncé.

L'affaire a un retentissement international, le processus judiciaire impliquant les autorités de pays de trois continents, à savoir la France (Europe) où se sont déroulés les faits, le Japon (Asie), pays d'origine de la victime et le Chili (Amérique du Sud), pays d'origine de son présumé assassin et dont il a été extradé à la demande de la justice française en 2020.

Contexte vignette|Le Centre de linguistique appliquée de Besançon. est née le à Tokyo où elle grandit dans une famille de trois enfants, avec ses deux jeunes sœurs Honami et Kurumi. De 2011 à 2014, elle est élève au (Tokyotoritu-kokusai-kotogakkou) à Tokyo. Narumi Kurosaki a lorsqu'elle arrive en France, le , pour étudier à l'université de Franche-Comté située à Besançon. Elle y suit des cours de français au sein du Centre de linguistique appliquée avant de débuter un semestre en licence d'économie à partir du mois de janvier. Narumi Kurosaki occupe une chambre d'étudiant au premier étage de la résidence universitaire Théodore Rousseau située sur le campus de la Bouloie.

Nicolás Zepeda Contreras est né le à Santiago. Il est issu d'une riche famille chilienne de trois enfants. Son père, Humberto Zepeda, est l'un des hauts dirigeants de l'opérateur de téléphonie mobile Movistar. Sa mère, Ana Luz Contreras, est la secrétaire du sénateur Francisco Huenchumilla et travaille pour le service des ressources humaines de la municipalité de La Serena. Nicolas grandit avec ses sœurs jumelles Belén et Josefa à Temuco, dans le sud du pays, scolarisé au Colegio Centenario jusqu'en 2008 et l'obtention de son diplôme d'études secondaires. Il étudie ensuite les sciences de gestion à l'Université du Chili.

En 2014, Nicolás Zepeda Contreras part au Japon pour poursuivre ses études. Il rencontre Narumi Kurosaki durant le mois d'octobre, sur le campus de l'université de Tsukuba. Ils entament une relation amoureuse en et la Japonaise se rend au Chili du au , où Nicolás Zepeda Contreras la présente officiellement comme sa compagne auprès de sa famille. Nicolás Zepeda Contreras quitte le Japon en 2015 à la fin de l'année universitaire mais y retourne dès le pour y chercher un emploi, avant de rentrer de nouveau au Chili le du fait de ses recherches infructueuses.

Narumi Kurosaki met fin à leur relation peu après son arrivée en France, officiellement le selon les propres déclarations de Nicolas Zepeda Contreras. À Besançon, Narumi Kurosaki fait de nouvelles rencontres dont, début septembre, celle d'Arthur Del Piccolo, étudiant à l'École nationale supérieure de mécanique et des microtechniques. Celui-ci maitrise la langue japonaise pour avoir étudié également à l'université de Tsukuba et fréquente les étudiants venus du Japon. Il devient par la suite le nouveau petit ami de Narumi Kurosaki.

Déroulement des faits vignette|La résidence universitaire Rousseau, sur le campus de la Bouloie. Le dimanche , Narumi Kurosaki se rend comme d'habitude à son cours de danse, qu'elle quitte aux alentours de . Dans la nuit du dimanche 4 au lundi , aux alentours de du matin, une quinzaine d'étudiants de la résidence où loge Narumi sont réveillés par des cris déchirants suivis de bruits sourds. Rachel Hope, une étudiante britannique, écrit alors un message à une amie : . Un autre étudiant, Nabil Drissi, sort dans le couloir pour vérifier ce qui se passe mais ne parvient pas à localiser la chambre d'où proviennent les cris. Le lendemain, ses camarades s'inquiètent de ne pas voir Narumi Kurosaki en classe, étant donné le sérieux de la Japonaise qui n'a jamais manqué un cours. Le lundi au soir, Arthur Del Piccolo et d'autres étudiants proches de Narumi Kurosaki, inquiets de ne pas avoir de nouvelles d'elle, frappent à la porte de sa chambre, sans qu'elle réponde. Ils envisagent de demander au gardien de la résidence d'ouvrir la porte avec son passepartout, mais à ce moment-là Arthur del Piccolo reçoit un SMS envoyé depuis le téléphone portable de Narumi Kurosaki et lui demandant de la laisser tranquille.

Les jours suivants, la famille et les amis de Narumi Kurosaki reçoivent des messages d'elle par SMS et via les réseaux sociaux indiquant qu'elle a un problème avec son passeport et qu'elle doit se rendre au consulat du Japon à Lyon. Sa carte bancaire est utilisée le pour acheter un billet de train Besançon-Lyon, un aller uniquement. Pourtant, Narumi Kurosaki ne dépend pas du consulat de Lyon, ville où ne se trouvent d'ailleurs que des bureaux administratifs, mais du consulat du Japon de Strasbourg. D'autre part, tous les voyageurs du train qui occupaient des sièges voisins de celui correspondant à son billet affirment n'avoir vu aucune jeune femme ressemblant à Narumi Kurosaki. D'autres messages parviennent encore à ses proches dans les jours suivants, indiquant qu'elle a un nouveau petit ami et qu'elle s'en va seule. Plus aucun message ne leur parviendra après le et plus aucune connexion sur le compte Facebook de Narumi Kurosaki n'aura lieu après le , date du retour de Nicolás Zepeda Contreras au Chili.

Le , la direction des relations internationales de l'université de Franche-Comté, après avoir été informée par le Centre de linguistique appliquée de Besançon de l'absence en cours de l'étudiante japonaise depuis le , alerte la police qui intervient dans sa chambre le en fin d'après-midi. Ayant rapidement acquis la conviction que la disparition de l'étudiante présente un caractère inquiétant, les enquêteurs suspectent dans un premier temps Arthur del Piccolo, le nouveau petit ami de Narumi Kurosaki. Lors de son interrogatoire, Arthur Del Piccolo mentionne l'ex-amoureux chilien de Narumi Kurosaki, Nicolás Zepeda Contreras, qu'il présente aux enquêteurs comme un homme jaloux, possessif et qui était d'ailleurs allé jusqu'à pirater le compte Facebook de Narumi Kurosaki. Dans un premier temps, cet élément n'est pas considéré comme déterminant, étant donné l'éloignement géographique. Mais lorsque, grâce à la géolocalisation du téléphone de Narumi Kurosaki, les enquêteurs découvrent qu’elle se trouvait dans un restaurant le soir du et que la note a été réglée avec une carte bancaire chilienne, cette piste devient beaucoup plus probante.

En effet, dans la soirée du dimanche , Narumi Kurosaki et Nicolás Zepeda Contreras dînent au restaurant La Table de Gustave, dans la petite ville d'Ornans située à une vingtaine de kilomètres au sud de Besançon. Une caméra de vidéosurveillance les filme sortant du restaurant à puis, à , d'autres images de surveillance montrent leur arrivée à la résidence universitaire de Narumi. Nicolas Zepeda Contreras est ainsi la dernière personne à l'avoir vue vivante.

Le , le chef de la police judiciaire de Besançon donne une conférence de presse lors de laquelle il déclare

Le , le patron du bar-tabac Le Miribel situé à Verdun, dans le département de la Meuse, certifie qu'il a vu la jeune femme vivante le . Il précise qu'elle aurait passé plus deux heures dans son établissement et qu'elle . Mais l'enquête révèle très vite qu'il s'agissait d'une autre jeune femme, plus âgée et habitant dans la Meuse.

Enquête L'enquête est confiée à la police judiciaire de Besançon sous les ordres du commandant divisionnaire Régis Millet.

Inspection de la chambre de Narumi La police pénètre dans la chambre 106, celle de Narumi Kurosaki, le à et constate qu'elle est parfaitement rangée, alors même que les amis de l'étudiante japonaise soulignent qu'elle est d'habitude plutôt désordonnée. Y sont notamment retrouvés son unique manteau, alors que l'hiver a commencé, son ordinateur portable et son portefeuille contenant en liquide. En faisant l'inventaire des affaires de Narumi, ils se rendent compte par la suite qu'il y manque une couverture, une valise, son passeport et son téléphone.

Des empreintes digitales, relevées sur une tasse, s'avéreront après analyse appartenir à Nicolás Zepeda Contreras. À partir de l'ADN reconstitué grâce aux empreintes, les enquêteurs retrouvent des traces du suspect sur une bouteille d'eau, un t-shirt, les murs, le sol de la salle de bain et le rebord du lavabo.

Parcours du suspect Les enquêteurs parviennent à retracer assez précisément l'emploi du temps de Nicolás Zepeda Contreras en Europe grâce à l'exploitation des données de la puce GPS de sa voiture de location, de son téléphone mobile et de sa carte bancaire Visa de la Banco de Chile. Il arrive en Europe le mercredi par un vol atterrissant à l'aéroport de Genève après une escale à Madrid. Le lendemain, il voyage dans un autocar FlixBus jusqu'à Dijon où il récupère une voiture de location qu'il a réservée le . Le jeudi , toujours à Dijon, il se rend dans l'hypermarché Carrefour du centre commercial de la Toison d'Or où il achète un bidon de cinq litres de combustible pour chauffage d'appoint, une boîte d'allumettes et un pulvérisateur de détergent au chlore. Puis, selon les données GPS de sa Renault Scénic de location, il passe une demi-journée à arpenter des voies secondaires de la vaste forêt de Chaux, à l'est de la ville de Dole (Jura). Entre le et le , il fait chaque jour l'aller-retour vers Besançon : les antennes GPS enregistrent notamment des déplacements à proximité de la résidence universitaire et du centre de linguistique où étudie Narumi Kurosaki et le vendredi , il est repéré à l'intérieur de la résidence universitaire par deux étudiantes avec qui il échange quelques mots. Après avoir dîné avec Narumi le dimanche , il se rend avec elle dans sa résidence universitaire. Sa voiture demeure stationnée devant la résidence jusqu'au mardi , se remettant en mouvement à 4 h 23 du matin et se déplaçant entre 5 h 55 et 7 h 44 à nouveau dans les mêmes zones de la forêt de Chaux que cinq jours auparavant.

Il ramène la voiture de location à Dijon le à la mi-journée : selon les employés de l'agence de location, il rend la Renault couverte de boue, aussi bien sur les parties extérieures qu'à l'intérieur, au niveau du conducteur et dans le coffre. Il achète ensuite un billet de bus pour se rendre à Genève où il prend finalement un avion jusqu'à Barcelone. Entre le 7 et le , il passe plusieurs jours dans la capitale catalane chez son cousin Juan Felipe Ramírez. Le lundi , une semaine après la disparition de Narumi Kurosaki, il se rend de nouveau à Genève pour reprendre un vol vers Santiago avec escale à Madrid.

Rentré au Chili le , il retourne dans son appartement de standing situé dans la commune aisée de Las Condes, dans l'agglomération de Santiago.

Exploitation des traces numériques Des échanges entre Nicolás Zepeda Contreras et Narumi Kurosaki sont révélés grâce à l'exploitation de l'ordinateur de l'étudiante retrouvé dans sa chambre, dont 646 messages échangés pour la seule journée du , qui font apparaître une extrême tension. Lors de cette conversation, Nicolas Zepeda Contreras demande notamment à Narumi Kurosaki d'effacer certains de ses contacts sur Facebook, dont celui d'Arthur Del Piccolo, ce qu'elle refuse. Il se montre alors menaçant :

Le , Nicolás Zepeda Contreras met en ligne une vidéo sur Dailymotion dans laquelle il parle de sa relation avec Narumi Kurosaki en des termes troublants : . Il précise également dans cette vidéo que