Linsula (en latin ; au pluriel, insulae) est une habitation de la Rome antique de type immeuble d'habitation urbain ou ensemble d'immeubles d'îlot urbain, de la Rome antique et de l'Empire romain (variante des domus urbaines, ou des villas romaines).
Étymologie Le sens du mot latin insula a connu plusieurs évolutions avant de désigner l'« immeuble d'habitation ». De l'étymologie « île » (en latin), pour designer un « îlot urbain » isolé par des rues, au sens plus précis de « propriété foncière avec des habitations collectives ».
Une insula est donc un immeuble (ou ensemble d'immeubles) d’habitation collectif urbain, des plus haut de gamme aux plus modestes, pouvant être haut de cinq ou six étages. Ils se sont largement répandus dans l'urbanisme de Rome, avec le développement de la démographie romaine, à partir du IIe siècle av. J.-C., puis dans l'Empire romain.
Dans de nombreux ouvrages, l'insula est un édifice ou un groupe d'édifices délimité par une voie (ambitus) permettant d'en faire le tour. Varron, De lingua latina, V, 22.. À cette définition viennent s'en ajouter d'autres, ce qui prouve les maints sens du terme :
vignette|Détails urbains d'insulae d'une maquette de la Rome antique au bord de l'île Tibérine du Tibre (musée de la Civilisation romaine de Rome). « À la fin de la République romaine », pour Cicéron, « insula » a toujours le sens de propriété immobilière que l'on peut louer ou vendre, l'un de ses amis, Marcus Caelius Rufus habitait dans une insula entendue au sens de « bâtiment divisé en appartements de location ». À partir du milieu du , la notion d'insula prend le sens d'un édifice divisé en appartements à louer, à des fins rentières, et mis en opposition avec le terme domus qui ne sert qu'à désigner la demeure patronale. Les auteurs d'époque impériale continuent d'utiliser le mot insula pour traduire deux réalités : l'îlot et l'immeuble divisé en appartements de location.
Souvent, dans les cas où l'on mentionne les insulae, apparaît l'opposition canonique domus/insula.
vignette|gauche|Vestiges d'insulae du complexe immobilier des marchés de Trajan des forums impériaux de Rome. Dans les textes juridiques du Bas-Empire romain, le sens d'insula n'est pas équivoque : il s'agit avant tout d'une entité cadastrale, c'est-à-dire fiscaleUlpien, Corpus juris civilis, XVII, 2, 52., d'un complexe immobilier d'une certaine dimension formant une propriété unique divisible en sections de taille variable pouvant être louées ou transmises par héritageLabéon (Marcus Antistius Labeo), Corpus juris civilis, XIX, 2, 58 ; Paul, Corpus juris civilis, XIX, 1, 53, 2 ; Ulpien, Corpus juris civilis, XVII, 2, 52, 10..
vignette|Reconstitution numérique d'insulae (immeubles ou groupe d'immeubles romains). Les insulae sont des blocs architecturalement unitaires « îlot urbain » mais qui comportent des parties ou portions dont l'extension, les fonctions et la destination peuvent être assez diverses. La distinction insula/domus résulte d'autres passages des textes : Les différentes parties sont louées à des locataires sous contrat (locatio conductio)Paul, Corpus juris civilis, XIX, 1, 53..
Dans tous ces cas, le terme « insula » ne peut donc généralement pas correspondre à la définition d'un îlot urbain entier. Pendant tout l'Empire romain, les immeubles de rapport qui, comme on l'a vu, peuvent être qualifiés d'insula, à condition d'en garder à l'esprit les définitions spatiales et juridiques, qui ne cessèrent de se multiplier.
Histoire
vignette|Insula haut de gamme avec balcons, loggias (pergulae), penthouse, terrasse, et tabernae (boutiques) sous galeries en arcades, d'Ostie, près de Rome. Les insulae sont des structures d'habitations romaines qui apparaissent à la fin du , avec, selon Pline l'Ancien, des hauteurs possibles de sept étagesPline l’Ancien, Histoires naturelles, III, 67.. Elles se multiplient durant toute la fin de la période républicaine dans le centre urbain de Rome au début de l'Empire romain. Elles sont initialement construites en matériaux légers (pisé ou torchis, bois, et tuile romaine), plus tard transformées en briques recouvertes si possible d'un enduit, le plâtre..
L'apparition des insulae La forte croissance du nombre dinsulae dans le développement urbain de Rome est directement lié à l'augmentation de la démographie romaine, constante durant les premiers siècles de l'histoire de la ville de Rome. jusqu'au , ainsi qu'à la naturalisation de populations de l'Italie ou encore à l'extension de l'Empire romain, et à la Pax Romana instaurée par Auguste, qui ont entraîné une hausse proportionnelle de l'immigration.
vignette|gauche|Vestiges de l', au pied du monument à Victor-Emmanuel II à Rome. D'autre part, si l'on admet que la cité s'étendait sur une superficie de (), au début de l'Empire, il s'agit d'une surface insuffisante pour loger une population estimée à d'habitants (soit au km, trois fois plus que Paris) d'autant plus que tous les secteurs n'étaient pas propices à la construction d'habitations. Il faut en effet exclure en grande majorité tous les lieux réservés aux édifices publics, notamment le Forum, la zone comprise dans le lit du Tibre, trop marécageuse pour être aménagée, toutes les zones de jardins, le Champ de Mars dont les sont inconstructibles (en tout cas pour tout ce qui concerne l'habitat) par respect pour les dieux de la mythologie romaine. Enfin, à partir de l'époque augustéenne, la colline du mont Palatin devient le domaine réservé de l'empereur et de sa famille, ce qui réduit d'autant la surface constructible.
vignette|Insulae et marchés de Trajan des forums impériaux de Rome. La pression née du besoin de logements et d'espace impose de trouver de nouvelles solutions. En outre, la ville ne peut se développer en largeur. Il est inutile de construire trop à distance du centre social et religieux, car les déplacements sont limités compte tenu de l'inexistence de moyens de transports efficaces. La seule possibilité est donc de construire en hauteur.
Sous Constantin (310-337), Rome compte pour Jean-Luc Lamboley, « Habitation », Lexique d'histoire et de civilisation romaines ..
Les différents types dinsulae vignette|Insulae avec balcons et tabernae (boutiques), d'Ostie, près de Rome. Sur le plan architectural, il existe trois grandes catégories dinsulae, bien que la classification reste assez générale et qu'il existe certainement un plus grand nombre de types.
Des insulae à tabernae Dans ces insulae, le rez-de-chaussée est occupé par des tabernae (boutiques), éventuellement sous des galeries en arcades, et les étages supérieurs sont des appartements loués de façon indépendante. C'est le modèle le plus anciennement attesté et le plus commun. Dans les tabernae, des escaliers mènent à un réduit en mezzanine à l'étage qui sert de réserve et éventuellement de domicile à des surveillants de nuit ou aux négociants les plus modestes, rarement propriétaires de la boutique dans laquelle ils travaillent. Une insula de ce type comporte souvent autant d'entrées que d'unités d'habitation à l'intérieur, avec souvent deux ou trois portes desservant le premier, deuxième et troisième étage.
Les insulae sans tabernae Le second type de bâtiment est représenté par les insulae entièrement constituées d'appartements à louer.
vignette|Vestige d'une insula près de la basilique Sainte-Marie d'Aracoeli, sur le Capitole. Ce genre dinsulae était beaucoup moins répandu, les boutiques de commerce étant indispensables à la vie romaine et à l'économie romaine. Le rez-de-chaussée est alors un logement de location privée, avec un niveau de confort proche de celui d'une domus (en opposition aux cenaculae des étages supérieurs), habité par un unique occupant. Il possède des fenêtres placées à deux mètres du sol, permettant de préserver l'intimité de ses occupants. Ce logement était réservé aux romains disposant de revenus importants.
Les insulae à portique vignette|gauche|Vestiges du flanc nord-ouest du Capitole de Rome. Le dernier type dinsulae tire sa particularité du fait qu'il est ceint d'un portique. Ce modèle de construction n'est apparu qu'après le grand incendie de Rome de 64, sous Néron. Le but de ces portiques était, selon Suétone, de limiter la propagation des incendies de villeSuétone, Néron, 16.. Cet appendice architectural greffé sur les façades protégeait les piétons qui faisaient leurs achats dans les tabernae de la pluie et d'éventuelles chutes d’objets, et il constituait une base architecturale solide pour la construction de terrasses (solaria).
Vues de l'extérieur, toutes ces insulae présentaient une ressemblance : les étages étaient généralement distribués de manière symétrique, des escaliers permettant d'accéder aux étages supérieurs. L'accès aux étages les plus élevés et les plus modestes se faisait par le biais d'échelles que linsularius (. Les appartements donnant sur les rues les plus larges pouvaient êtres pourvus de loggias (pergulae) ou de balcons de bois (maenianae), dont on retrouve parfois les poutrelles de soutien encastrées dans les murs. Il arrivait qu'ils soient construits en brique, et reposent sur une série de voûtes en berceau soutenues par de grandes poutres de travertin.
Archéologie Les insulae les mieux conservées se trouvent à Rome, au pied du Capitole, et à Ostie.
Bibliographie . . . . . . Notes de lecture de . , Ad summas tegulas. Untersuchungen zu vielgeschossigen Gebäudeblöcken mit Wohneinheiten und insulae im kaiserzeitlichen Rom, Rome, L'Erma Di Bretschneider, 2002.
Notes et références
Voir aussi
Domus Villa romaine Palais impérial de Rome
Vie romaine Société romaine Honestiores et humiliores
Architecture romaine Habitation de la Rome antique
Histoire de l'urbanisme Histoire de l'architecture
Glossaire de l'architecture Glossaire de l'archéologie Glossaire archéologique de la Rome antique
Liens externes
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