Le massacre de Sabra et Chatila est commis entre le 15 et le par les milices libanaises chrétiennes phalangistes à l'encontre de civils principalement palestiniens dans le quartier de Sabra et le camp de réfugiés de Chatila, situés à Beyrouth-Ouest, alors que l'armée israélienne contrôle le secteur.

Le massacre se déroule dans le double contexte du conflit israélo-palestinien et de la guerre civile libanaise. Pour le premier, les nombreux réfugiés palestiniens expulsés en 1948 et installés au Liban offrent un soutien aux combattants palestiniens qui mènent leurs opérations depuis les camps de réfugiés. Visé par des attaques de l'OLP sur ses villages, Israël mène des raids sur les positions palestiniennes au Sud-Liban. Parallèlement, à partir de 1975, la guerre civile libanaise fait rage, opposant les différentes confessions (essentiellement le courant musulmans-progressistes aux chrétiens, minoritaires mais qui détiennent les postes clé de l'État), mais aussi les idéologies politiques.

Le nettoyage ethnique des Palestiniens au Liban est l'objectif commun d'Israël et de leurs alliées les milices chrétiennes. À partir de , avec l'aide des phalangistes, l'armée israélienne occupe la moitié sud du Liban. Le , les combattants palestiniens se retirent du pays, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu supervisé par la Force multinationale de sécurité à Beyrouth. Bachir Gemayel, allié d'Israël, est ensuite élu à la présidence du Liban le . Avant même son investiture, il est assassiné le par Habib Chartouni, membre chrétien du Parti social nationaliste syrien. L'armée israélienne organise avec les milices chrétiennes le massacre des réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila afin de provoquer un exode. Supervisés par Elie Hobeika, chef des services de renseignement des Forces libanaises, entre pénètrent dans ces camps, qui n'opposent pas de résistance(en) John Bulloch, Final Conflict. The War in Lebanon. Century London, 1983, . Durant 43 heures ils massacrent entre 2000 et ., essentiellement des hommes adultes. La sauvagerie avec laquelle les miliciens ont assassiné des milliers de personnes distingue ce massacre des autres commis durant la guerre du Liban.

En 1983, une commission indépendante menée par l'avocat irlandais Seán MacBride conclut qu'Israël a participé à la planification et à la préparation des massacres, a joué un rôle de facilitateur dans les exécutions, et qu'il est juridiquement responsable du massacre du fait de sa position d'occupant... De son côté, le gouvernement israélien nomme sa propre commission, la commission Kahane, afin d'enquêter sur le massacre. Celle-ci limite les responsabilités israéliennes.

Leila Seurat replace ce massacre dans une suite d'actes génocidaires d'Israël envers les Palestiniens, depuis l'exode de 1948 jusqu'au génocide de Gaza.

Contexte Présence palestinienne au Liban et conflit avec Israël

gauche|redresse|vignette|Réfugiés palestiniens dans le camp d'Ain al-Hilweh (1948). Le conflit israélo-palestinien est l'un des contextes du massacre. Après la première guerre israélo-arabe de 1948, des camps de réfugiés palestiniens sont créés pour héberger les Palestiniens réfugiés au Liban après le nettoyage ethnique de la Palestine par Israël. Les principaux sont ceux de Sabra et de Chatila dans une banlieue de Beyrouth-Ouest. La population pauvre de ces deux quartiers s'accroît avec l'arrivée de Palestiniens et de chiites fuyant les combats au sud, de travailleurs pauvres libanais, syriens, égyptiens, jordaniens. Avec le temps, les deux camps s'agrandissent et se rejoignent, pour finir par être désignés comme un ensemble, les camps de Sabra et Chatila.

vignette|Défilé de la milice du Fatah, Beyrouth, . L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) mène quelques attaques contre Israël depuis le Liban du Sud, où elle est installée d'abord de façon clandestine, puis massivement après le massacre de Septembre noir, opération de l’armée jordanienne contre les fedayins installés dans le pays. Le Liban devient la base principale de la résistance palestinienne.

Guerre civile au Liban depuis 1975

Le massacre de Sabra et Chatila s'inscrit aussi dans un cycle de violence et de massacres au Liban depuis le déclenchement de la guerre civile en 1975.

Le mandat français en Syrie et au Liban (1923-1946) instaure une constitution confessionnelle, permettant une domination des chrétiens sur le pays, ce qui aboutit par la suite à de vives tensions intercommunautaires. vignette|Bachir Gemayel faisant un discours dans le camp d'entrainement Don Bosco.

L'OLP est partie prenante de la guerre civile qui oppose le Front libanais, formé par la majorité des chrétiens, au Mouvement national, alliance entre les Palestiniens, les musulmans et druzes libanais, les panarabistes et la gauche (camp palestino-progressiste). Le conflit sanglant s'intensifie lorsque des puissances étrangères, notamment la Syrie, Israël, l'Iran et l'Union soviétique, s'impliquent aux côtés de différentes factions.

La guerre civile commence le , lorsque des miliciens phalangistes mitraillent un bus transportant des militants palestiniens, tuant au moins 22 personnes. D'autres massacres suivent : - le 18 janvier 1976, le massacre de Karantina ou de la Quarantaine par les Phalanges libanaises contre des réfugiés palestiniens et des musulmans chiites libanais. Il fait entre selon les estimations William W. Harris, , . ; - en représailles au massacre de Karantina le massacre de Damour est commis par des unités de l'OLP, appuyées par des éléments palestiniens pro-syriens d'As-Saiqa contre des maronites.Friedman, The New York Times, 20, 21, 26, 27 September 1982... Il y a entre 300 et . Durant ce massacre, la famille et la fiancée d'Hobeika sont tuées.. C'est lui qui supervise, 6 ans plus tard, le massacre de Sabra et Chatila ;

- le massacre de Tel al-Zaatar entrepris le 12 août 1976 par des factions phalangistes qui s’est soldé par plus de dans ce camp de réfugiés palestiniens Cobban, Helena (1984), , , , ..Le bilan des différents combats, massacres et exactions qui ont marqué la guerre du Liban serait d'au moins , Mohanad Hage Ali, guardian.co.uk, publié le 22 décembre 2010.Citations de différentes estimations..

À partir de 1981, les Phalanges libanaises chrétiennes (Kataëb), dirigées par Bachir Gemayel, fils de Pierre Gemayel, se rapprochent d'Israël, qui leur fournit armement et formation pour combattre les factions de l'OLP. Israël dispose aussi du soutien de l'Armée du Liban sud, composée principalement de chrétiens, dirigée par Saad Haddad depuis 1978.

De son côté, l'OLP est soutenue et armée par la Syrie qui l'appuie militairement par des contingents palestiniens de l'armée syrienne comme l'Armée de libération de la Palestine, les commandos d'As-Saiqa et la brigade Yarmouk.

Invasion israélienne en juin 1982

vignette|Le camp de réfugiés de Nabatieh, avant et après les bombardements israéliens de 1974. Depuis le milieu des années 1970, l'armée israélienne mène régulièrement des attaques dans le sud du Liban pour protéger sa frontière nord. En , l'armée israélienne envahit le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani avec l'accord et le soutien des États-Unis. gauche|vignette| : banquet organisé par les phalangistes en l’honneur du haut commandement de l'armée israélienne, après l’entrée au Liban. Au-dessus des officiers se trouve un portrait de Bachir Gemayel. Le , l'ambassadeur israélien à Londres Shlomo Argov est grièvement blessé dans une tentative d'assassinat. Malgré les éléments indiquant que l'OLP n'est pas responsable de l'attentat (commis par le groupe palestinien Abou Nidal, hostile à l'OLP), Ariel Sharon, ministre israélien de la Défense, ordonne le bombardement des bases de l'OLP à Beyrouth, auquel l'organisation palestinienne répond par une recrudescence des tirs de roquettes contre le nord d'Israël. vignette|Réfugiés palestiniens au Liban pendant l'invasion israélienne de 1982. L'enchaînement de ces événements fournit à Israël un casus belli qui donne lieu à l'opération « Paix en Galilée » : le , Israël envahit le Liban. L'objectif immédiat est de mettre Israël hors de portée de l'OLP, et les objectifs plus généraux sont de repousser l'armée syrienne du Liban (notamment les missiles syriens positionnés dans la vallée de la Bekaa), ainsi que s'allier aux milices chrétiennes à Beyrouth pour en chasser l'OLP. Cette invasion est condamnée par la résolution 509 du Conseil de sécurité de l'ONUTexte de la résolution 509 du Conseil de sécurité des Nations unies .

Siège de Beyrouth et retrait de l'OLP gauche|vignette|Militants de l'OLP évacués sous la protections des militaires français et américains de la Force multinationale. Après plusieurs semaines de siège de Beyrouth, encerclée par les Israéliens et défendue avec acharnement par plus de combattants palestiniens soutenus par le front musulmans-progressistes, un plan est proposé le par le diplomate américain Philip Habib, qui prévoit le retrait de l'armée israélienne, l'évacuation des combattants de l'OLP, et le déploiement d'une force internationale des Nations unies (la FINUL) destinée à protéger les civils palestiniens. Israël s'engage à ne pas entrer à Beyrouth-Ouest et à protéger les Palestiniens des camps. L'accord prévoit également le démantèlement de toutes les organisations (santé, culture, sociales, etc.) de l'OLP au Liban.

Le , le Premier ministre israélien Menahem Begin s'entretient avec Bachir Gemayel à Nahariya, en Israël, et propose avec mépris ( relatif à la guerre israélo-arabe de 1948) la signature d'un traité de paix. Gemayel remet la signature de cet accord à plus tard et propose un pacte de non-agression. Le même jour, le président des États-Unis Ronald Reagan prononce un discours appelant Israël à évacuer les territoires palestiniens occupés et à la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien, ce qui provoque la fureur de Menahem Begin, qui y oppose du peuple israélienSeth Anziska, « Nouvelles révélations sur les massacres de Sabra et Chatila », Orient XXI, 26 octobre 2018..

À la demande des Américains, les Palestiniens hâtent leur départ, achevé le . Le surlendemain, considérant que des combattants de l'OLP restent retranchés dans Beyrouth, Israël enfreint les accords de cessez-le-feu et se déploie autour des camps de réfugiés. Les forces internationales franco-italo-américaines, qui surveillaient le départ de l'OLP, et garantes de la sécurité des populations civiles des zones évacuées, se retirent le , soit plus tôt que prévu ( selon Leila Seurat).

Le , Ariel Sharon communique l'estimation de l'armée israélienne selon laquelle il resterait de l'OLP à Beyrouth. Le soir de son assassinat, Bachir Gemayel dit à Ariel Sharon, qu'il y aura « besoin d’un mois pour faire sortir les centaines d’hommes de l’OLP restés à Beyrouth après l’évacuation ». L'armée israélienne s'en plaint à l'administration américaine, qui répond que la plupart des Palestiniens affiliés à l'OLP restés à Beyrouth font partie de la mission diplomatique reconnue par le gouvernement libanais, restée pour assister les familles et superviser le désarmement.

Assassinat de Gemayel gauche|vignette|Bachir Gemayel, commandant en chef des Forces libanaises (chrétiens), serrant la main à Rafael Eitan, chef d'état-major israélien, devant Avner Azoulay, représentant du Mossad (au centre), le .